blancheur
« Dans ma vallée », Photographies Françoise Renaud, 28 février 2018
« Dans ma vallée », Photographies Françoise Renaud, 28 février 2018
Je ne sais pas comment ça se passe, comment ça vient, je pourrais dire que ça prend source dans le corps comme une lumière, une image, une couleur, un mouvement infime dans le tissu du corps silencieux, un mouvement réfugié depuis longtemps dans les cellules (cellules issues de la lignée des bêtes sorties de l’eau …
Il y a tout juste un an, les choses avaient basculé, brusquement les choses avaient basculé, je veux dire que plus rien n’avait été tout à fait pareil, un changement d’un jour à l’autre, et presque d’une seconde à l’autre, un corps qu’on connaissait depuis longtemps avait perdu la possibilité de crier ou de murmurer, …
elle observe les flancs de forêt déchiquetés, les affleurements de roche visibles entre le peu de végétation rogné par l’hiver, brûlé, décomposé, sinon les arbres forts capables de tenir encore du temps et les bosquets épineux coriaces et pour la première fois elle éprouve le sentiment que la saison froide est pareille à un rite de …
Tous mes souhaits accompagnés de ces quelques images prises lors de mon dernier séjour en Savoie cet automne. Puissions-nous tous avoir sur cette terre des fruits à manger, du bois pour nous chauffer et de la joie à diffuser. La nature offre sans réserve ce qu’elle engendre et nous pourrions très bien nous en contenter …
#Sainte-Marie-sur-mer #1966 Le cinéma, c’était rare. Quelquefois le dimanche, des films tout public projetés dans la salle du patronage qui passaient longtemps après leur sortie mais ça n’avait pas d’importance. Le plancher descendait en pente douce vers une scène qui servait pour les représentations théâtrales. Au fond, le grand écran blanc. Appliques sur les côtés …
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Un boulevard désert dans une banlieue américaine, de ces banlieues où n’habitent que des gens aisés qui se paient des milices pour prévenir les intrusions et maintenir l’ordre. L’image fixe proviendrait d’une caméra de surveillance fixée en hauteur sur un bâtiment ou un lampadaire, ce qui procure une perspective plongeante. Toute la scène sera envisagée …
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la lumière file de l’autre côté du versant, met le feu un instant… juste un instant, ça ne dure pas et ça peut échapper à celui qui ne regarde pas… bien sûr qu’on ne peut pas être sans arrêt aux aguets et regarder le monde, faire attention à tous les détails, observer la lumière par …
Toujours en septembre qu’arrivent les catastrophes, elle a des raisons de le croire, et justement nous sommes en septembre. Le 15 exactement. Ce n’est pas qu’elle soit plus inquiète que d’habitude — elle a toujours eu un tempérament anxieux et se fait une montagne d’un rien (des traits hérités de sa mère) —, enfin tout de même, …
Viens donc, là, tout près. Approche. Viens te blottir dans ce coin sous mon aile, contre mon flanc tiède. Viens, approche, ne crains rien. Tu pourras y pleurer, renifler tout ton compte, y demeurer le temps que tu voudras. Tu sentiras se mêler les palpitations de mon cœur et du tien, tes sanglots et tous …
d’abord rien de particulier… elle marche d’un pas rapide dans la rue d’une grande ville, elle a l’air détendue, ses vêtements souples flottent sur sa peau au rythme de sa foulée elle arrive à hauteur d’un café dont elle vérifie le nom en levant les yeux vers l’enseigne, c’est bien là, elle pivote vers la …
Il est rapporté qu’Eva Rafelson aimait se tenir à l’écart du monde et qu’elle s’occupait de peinture le matin, une tasse de café ne suffisant pas à la réconcilier avec le réel. Sitôt réveillée, elle se réfugiait dans un cabanon transformé en atelier à la lisière des saules et s’emparait de ses pinceaux. Il lui …
Elle se souvenait de ce long versant couvert de châtaigniers, nuages courtisant les crêtes, taillis suant le jaune à peine le début de l’été. Des courants d’air glissaient le long de la route et bousculaient au sol des paquets de feuilles desséchées par la chaleur exceptionnelle de juin. Il fallait descendre au plus creux pour …
Tu ne t’es jamais rendu compte de rien pendant toutes ces années ? Absolument rien ? Non mais tu plaisantes, c’était tout de même flagrant : ce retrait, cette froideur, ce mouvement de la main comme si elle avait voulu repousser une ombre, un fantôme qui lui aurait collé à la peau. Je ne sais …
une seule phrase qui assaille, tourne autour de la déchirure… au téléphone on lui a dit qu’il fallait faire vite, qu’il y avait eu un accident — ah bon un accident ? — en fait elle n’a pas tout compris (on lui parlait en anglais et il y avait de la friture sur la ligne) …
Ça roule ça oscille, bras tendus accrochés ferme au bâtiment qui tremble dans l’accélération, mais il essaie de tenir bon même si l’oppression le gagne, sueur perlant sur son front malgré le frais de la saison — plus fraîche que la normale ils ont dit —, pourtant il est en sueur, il a du mal à supporter. …
1 Une femme aux cheveux blancs marche dans le hall de l’aéroport à pas menus, un peu perdue. Elle s’apprête à se rendre au bout du monde pour voir sa fille unique. Elle vient d’avoir 88 ans. 2 Il ne dit rien quand elle revient de l’hôpital. Pourtant il est mort de peur, peur qu’elle …
tout cela à portée de corps, de regard ça coule, ça progresse, ça rebondit, ça abreuve les animaux qui vont sans entraves on est forcément étourdi par cette course perpétuelle, cette grâce, cette musique parce qu’elle est issue du sédiment primitif, du blanc de la naissance et de la mort, de la brume qui noie …
Au jardin ça pousse l’air de rien, partout ça sort, ces bulbes enfouis en terre à l’automne ont fait émerger des choses fragiles et veloutées. Fraîches. Si fraîches qu’on croit à une illusion d’optique, contours doucement renflés comme de la chair vivante. De même la couleur. Improbable. Accouplement d’une pâleur, d’un rose aurore et d’une …
Encore une fois de la peine. Et l’impuissance à comprendre. On est là dans la cuisine à se faire une tasse de thé ou une bricole à manger, il fait froid ou beau dehors, on a le projet de sortir pour une course ou une promenade, et c’est là qu’on reçoit un message ou un …
Certains lieux comptent plus que d’autres au cours d’une vie d’homme. La maison d’enfance par exemple. Peu importe son aspect ou la nature de son jardin. Avec ou sans cabanon. Borné de grillage ou de haies. C’est là qu’une certaine géographie du paysage a commencé à s’inscrire dans le corps et dans la mémoire. Une …
Cher petit papa, Voici la dernière lettre que je t’écris pour t’accompagner dans ton voyage au-delà des frontières. Les souvenirs affluent en moi, déjà. Ils me poignardent, en même temps secouent la vie et l’amour que j’ai toujours eu pour toi. Je me souviens. Je me souviens de la fête au village. Nous glissions en …
Hier matin. Ouvrant les yeux. On ne voit pas le jour comme d’habitude qui filtre entre les rideaux. On sent quelque chose de différent. Le réveil n’indique plus l’heure. Grand silence en dehors de la rumeur de rivière. Il y a que la neige est tombée en abondance depuis le milieu de la nuit. Dix …
Je veux de la terre pour ma tombe. De la belle terre fertile – pas question d’ornements en plastique, pots, angelots, couronnes –, de la belle terre retenue par une bordure en schiste et nourrie des cellules de ma carcasse abandonnée. Une terre capable de faire surgir des fleurs en bulbes ou en arbustes, palette …
sec, presque mort, l’espace s’embrase autour de lui, l’incendie proche, les lumières à la tombée de l’astre, on ne sait pas vraiment ce qui se passe, une catastrophe imminente qui fait fuir les animaux des taillis, les oiseaux, c’est juste une impression sans doute lors de cette promenade au flanc du mont sauvage avec le …