tout un été d’écriture #12 | intérieurs extérieurs

atelier d’été de François Bon « CONSTRUIRE UNE VILLE AVEC DES MOTS » : cycle 2 FLOTTEMENTS, RENVERSES

Pour remonter vers le haut de la ville, le plus commode est d’emprunter la rue principale – celle qui relie la grande place et les jardins à la française qui couronnent la bordure ouest –, devenue piétonne dans les années 90. On peut choisir de bifurquer vers des ruelles adjacentes pour marcher au frais, sentir l’odeur de pierre calcaire qui se désagrège, entendre les rumeurs provenant des appartements au-dessus avec fenêtre ouverte, se perdre si on aime. On finit toujours par retomber un peu plus haut sur l’artère centrale (qui autrefois s’appelait rue Cardinal). Et puis là, tout de suite, les halles à l’architecture métallique avec portes automatiques. À l’époque il fallait pousser. Maintenant il suffit de s’approcher et ça s’ouvre sur les travées : poisson, huîtres, crevettes, fruits et légumes, olives, fruits secs, pain chaud, volaille de qualité, fromage. Odeurs toutes en vrac mêlées aux chairs humaines dans cette circulation matinale où le monde se préoccupe du manger pour le midi ou le soir. Certains étals très soignés, de luxe, à chaque fruit son cocon. D’autres où on peut se servir sans demander. En hiver il y fait chaud, on peut enlever ses gants. Avant ces halles étaient un grand marché aux fleurs : il ne reste plus qu’une ou deux femmes qui composent de magnifiques bouquets emballés dans du papier Kraft. Mais on peut traverser sans rien acheter, juste pour regarder et accéder de l’autre côté. Juste un passage, un raccourci. On fait un signe à la boulangère, croise quelques visages connus, tourne la tête vers les mareyeurs toujours bruyants en tablier jaune. Deux fois sur trois, elle traverse à la dernière allée, celle des fleurs.

 

texte écrit par Françoise Renaud dans le cadre de l’atelier d’été 2018 proposé par François Bon « Construire une ville avec des mots »
La proposition d’écriture (en 20 minutes) : choisir, quelque part dans la ville, une de ces petites bulles d’intérieur qui sont aussi des espaces publics, et la faire exister telle quelle, comme nous la vivons tous…

Photographie : Françoise Renaud, juin 2018

4 Comments

  1. La ville se dévoile à nouveau sous les pas de ton héroïne qui nous entraine dans ces bâtiments si particuliers des halles couvertes où la vie des marchés font écho à des lieux et situations vécus. Traversée où les cris du poissonnier , les senteurs de pains chauds et les arômes mélangées des fromages et des fleurs me ramènent dans les travées de mes souvenirs… La promenade continue et me laisse dans l’attente. Jacqueline.

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  2. C’était ingénieux de choisir cet endroit public où on croise du monde, des couleurs, des odeurs, des bruits, tout y est.
    C’est une petite bulle bien agréable dans la ville et j’aime aussi m’y promener.
    Un raccourci choisi et une sortie vers les fleurs, on te reconnaît bien là.
    Encore, encore Françoise, l’été n’est pas fini.

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  3. Tu nous emmènes dans ton univers et tu nous le fais partager avec ces mots ajustés.
    On a tous nos sens en éveil pour approfondir la découverte.
    à très bientôt.
    odile

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  4. Encore un joli polaroïd sensoriel avec un zoom, de la rue vers le coeur des halles…J’aime les paradoxes dans ce tableau : les odeurs mêlées de chair humaine et de poisson, mais aussi les étals de luxe. Le populaire et le chic…

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