passage

sentir que l’espace temporel d’un premier jour de l’an à un autre se fait de plus en plus réduit, alors tenter d’en étirer les coins, de repousser les bords du cadre, de vider les greniers et les buanderies pour faire de la place sans oublier de s’attaquer aux portes et aux fenêtres, repousser les rideaux pour qu’elles accueillent davantage de lumière et davantage d’air venu d’en-haut et aussi des vents qui ont circulé longtemps par-dessus la mer, parfois plusieurs nuits d’affilée, et même que ces vents ont fait le tour de la terre, longé des épines neigeuses et des remparts de lave, ronger les falaises et pousser les flots à avaler le sable des plages et à lisser les milliards de galets blancs gris bruns scintillants qui composent le lit des rivages et les cœurs de rivière de notre petite planète qu’il nous faut choyer autant qu’un jardin de campagne, et avant que le temps ne se rétrécisse encore un peu plus, je tâcherai de rejoindre d’ici l’an suivant la belle renarde rouge que j’ai rencontrée ces derniers mois

elle m’a dit « Je suis la mère de toutes les créatures de la lande, je suis la renarde rouge avec des prunelles qui muent du bleu gris à l’ambre doux quand le ciel change, sensibles à toutes les sortes de mouvement. Je suis une fervente et je ne lâche jamais prise. »

il me faut poursuivre avec elle ce récit que j’ai intitulé et les rivages et les îles

et je renouerai autant que je peux avec mes guerriers du grand nord, le roi Olaf de la race des géants, Waralin le survivant, Riks, Mermel et Ernst remplis d’une détermination sauvage pour prendre d’assaut une falaise sans fin, tout un programme

tous ont besoin de moi, enfin je crois, et peut-être que je vous réjouirai avec quelques belles lectures, en tout cas vous aurez toute mon attention et mon amitié