accident

Vous allez le comprendre, je suis à nouveau arrêtée dans ma course. Repos forcé, nouvelle épreuve, mais ça va aller… J’en profite pour écrire sur ces circonstances — une contribution au Dictionnaire du “Comment écrire” sur Tiers Livre autour de ce terrible mot Accident.
Vivre – écrire- traverser le temps et l’espace – accueillir – participer à son devenir.

 

Fait imprévu intervenant au beau milieu de la vie. Choc violent, chute, culbute, torsion, bouleversement, anéantissement, interruption momentanée ou définitive de l’image. L’accident arrive sans crier gare. Il touche soi ou les autres. Quand il s’agit d’un proche, c’est comme si c’était soi, pire même. L’accident déchire la toile, détruit la perception qu’on a du temps. Tout ce qui était bâti ou en train de s’inventer s’effondre. En un éclair l’accident reconfigure le monde – comme une mise à jour. Forcément générateur d’écriture à plus ou moins long terme.

Chaque accident dont j’ai été victime, a planté ses griffes dans la chair et la mémoire, a secoué l’idée de la mort tout en creusant une zone grise dans le livre en cours d’écriture. Hier j’étais heureuse de mon escapade dans l’ouest, de mes carrés de potager en espérance de soleil, de mes petits projets. Et voilà qu’un linteau de porte me stoppe net. Je me fracture le dos. Corps à terre, douleur aigüe. Le printemps a brusquement changé de visage. Il y a deux ans : la cheville tourne, le corps bascule dans un trou creusé par une pelleteuse dans la rue – combien de fois déjà, cet enracinement défaillant ? Ou encore, à la mort du père : l’escalier aux marches mouillées, tibia brisé.

L’accident réclame nécessairement des mots — écrits ou simplement prononcés — afin qu’ils constituent une douce enveloppe, caressent nos os et nos joues, engendrant une sorte de psalmodie consolante alors qu’on voudrait encore marcher le long  du fleuve, se donner une chance de voir le paysage plus loin. L’accident crée des inclusions dans le texte pareils aux insectes saisis à jamais dans l’ambre, petites solitudes immobiles.

Photographie : Iris couchés au jardin, Françoise Renaud, mai 2021