Vases communicants de septembre, avec Marie-Christine Grimard

Premier vendredi de septembre. Période caniculaire. On a besoin de frais, d’océan . Et c’est Marie-Christine Grimard que j’accueille dans ma page.

Son blog s’appelle Promenades en ailleurs. Marie-Christine aime ressentir et donner à ressentir. Elle aime photographier. « Elle aime avancer tout droit, seule sous le vent. » Nous avons le même goût des paysages de mer. Voilà pourquoi je lui ai proposé l’océan en partage autour d’un échange de nos photographies.
Nous voici réunies pour chevaucher les déferlantes. Un texte en deux volets. Pour commencer voici le sien.

DE L’OCÉAN (2/2)

falaise, côte atlantique, photographie de Françoise Renaud

Ce matin l’air a un goût saumâtre.
Ou peut-être n’est-ce que mon état d’esprit du jour…
Le vent d’ouest laisse sur mes lèvres un goût amer, un goût de rentrée !

Dernier matin ; j’ai rangé la maison, nettoyé le réfrigérateur, remisé les fauteuils de jardin, vérifié l’irrigation des hortensias, bouclé les valises.
Avant de fermer les volets sur la saison achevée, j’irai faire un dernier tour sur la falaise histoire de regarder la mer danser, histoire de ne pas oublier les heures dorées de cet été envolé.
Je sais qu’il sera là, m’attendant comme chaque matin au bord de la falaise.
Je sais qu’il me verra approcher de son regard latéral et qu’au dernier moment il poussera un cri strident pour me signifier de ne pas franchir la limite qu’il a choisi pour nos échanges.
Je m’arrêterai tout au bord du sentier et l’écouterai en silence.
Il me racontera le parfum des embruns mêlés de résine de pin, le bruit des galets glissant sous l’écume, la chanson secrète des coquillages nacrés.

Je lui dirai le sourire que l’océan dessine sur le visage des enfants, la caresse que le vent distille dans les cheveux de ma fille, le frisson du sable ondulant entre mes orteils lorsque la vague se retire.
Il m’aidera à me souvenir du temps sucré des jours de liberté.
Et quand la brume se lèvera sur la mer, je prendrai la route.
Je laisserai les kilomètres défiler et mon esprit vagabonder sur ce rivage blond.

Il me restera quelques nuits pour rêver, à plat-ventre sur le sable, le menton sur les paumes, les cheveux ondulant sous le vent en phase avec les graminées de la dune.
Il suffira de ne pas se réveiller, pas encore, pas tout de suite.
Sur ce matin de rentrée…

Photographie : Côte atlantique  ©Françoise Renaud, 2015

———————————————————————————————————————————————————————————————————-

Les Vases communicants se déroulent le premier vendredi du mois depuis juillet 2009, à l’initiative de François Bon et Jérôme Denis. Marie-Noëlle Bertrand coordonne les publications, stimule et inscrit les futurs échanges sur le blog associé le rendez-vous des vases. Il existe aussi une page Facebook. Aux blogueurs de se définir un thème, d’associer des images ou du son à leur texte, l’idée étant d’aller écrire sur le blog de l’autre.

Mon texte de l’océan (1/2) est à retrouver ici chez elle.

8 Comments

  1. C’est aussi sauvage que l’océan ma petite Françoise, ton texte me soulève, m’entraîne dans les embruns, j’ai peur de me noyer… mais non tout va bien…
    Merci ma belle pour ce beau texte d’une fille de l’océan.

    Répondre

  2. Beaucoup de nostalgie dans ce très beau texte de Marie Christine Grimard. L’océan acteur et complice… Un fil rouge commun aux deux textes, ici dans la narration, là dans la relation direct avec l’évenement et l’enfance…mots qui se complètent et qui nous emmènent dans l’imaginaire de vos vies qui reagit différemment devant une simple photo… Horizons infinis de la littérature !!! Jacqueline.

    Répondre

  3. Le départ, la nostalgie déjà là, une provision d’embruns en guise de viatique, les vagues qui déferlent, le vent, le silence, le rêve naissant laissant place à l’imaginaire. Similitude des deux textes qui se complètent.

    Répondre

  4. Merci à vous tous d’exprimer vos émotions… et en prime, d’échanger entre vous.
    C’est le principe même du blog, de pouvoir réunir, partager, exprimer… interagir entre création et dégustation.
    Et puis quand on fait ce genre de travail, improvisation de texte court à partir d’une photographie, on laisse aller, on ne réfléchit surtout pas. Vient ce qui vient… et on essaie de trouver le juste équilibre entre raconter quelque chose, être sincère, donner à ressentir.
    En tout cas merci à tous… et goûtons chaque instant de cette vie…

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.