dans le métro ce matin

Ça roule ça oscille, bras tendus accrochés ferme au bâtiment qui tremble dans l’accélération, mais il essaie de tenir bon même si l’oppression le gagne, sueur perlant sur son front malgré le frais de la saison — plus fraîche que la normale ils ont dit —, pourtant il est en sueur, il a du mal à supporter. Une mauvaise nuit sans doute, relents de fumée de saleté collés à son costume élimé, relents insupportables à mesure du trajet quand on est comme moi projetée le nez dans le tissu. À être tassés, impossible d’échapper.

Entrée en station, ouf la porte claque, il sort ni vu ni connu — ce qu’il croit.

***

Juste en face une fille écrit sur son téléphone sans broncher, ne bouge presque pas — enfin le moins possible, juste les pouces très vite —, elle ne veut pas croiser les yeux de quelqu’un d’autre, elle veut rester avec elle-même dans son téléphone, avec les odeurs de la nuit précédente, les images accumulées conservées dans un petit coffret à ouvrir plus tard quand elle sera seule dans le regret d’une histoire très romantique, imaginée peut-être ou déjà achevée. À un moment donné sa lèvre se tord, je ne suis pas sûre mais j’ai l’impression qu’elle va pleurer.

***

On lui a cédé un strapontin. Elle s’y installe difficilement, quelqu’un l’aide un peu. Puis elle ramène sur elle le pan de sa jupe pas toute jeune, le voyage n’en finit pas, sac posé sur ses genoux qu’elle retient de ses mains ossues toutes ridées tavelées. J’imagine sa difficulté à se déplacer à pied dans la ville et à transporter ses possessions, son dos accablé et sa nuque couverte de petits cheveux blancs repoussés dru sous la ligne de croissance habituelle des cheveux, la douleur dans ses articulations.
Ça va, madame ? Ça va aller, vous êtes sûre ?
Même si elle hoche la tête et murmure Vous êtes gentille, je veille sur elle quand elle descend de la rame.

 

textes créés par Françoise Renaud dans le cadre de l’atelier d’été 2017, volet 2,  proposé par François Bon : Et si je vous dis personnages ?
Il était proposé d’écrire « trois paragraphes compacts, chacun organisé sur un personnage, une confrontation, une circonstance, un face-à-face. Que la matière même qu’on va faire surgir devienne territoire de l’imaginaire collectif à construire. »