tout un été d’écriture #02 | image

Chambre modestement meublée avec lit au sol — sol en lino à chevrons marron et beige comme on faisait avant — et fenêtre aux volets refermés qui donne côté rue. C’est une chambre familière, probablement habitée durant plusieurs années, à la fois pied-à-terre et endroit-repère entre deux voyages. L’image raconte le contraste entre la fraîcheur de la maison et la brûlure du dehors — c’est la fin de l’été dans le Sud—, entre la pénombre et la lumière, lumière violente et mordorée qui se répand depuis la porte ouverte sur la terrasse, donc du côté des vieux jardins installés entre deux rangées de bâtiments (personne ne les soupçonne en regardant les façades), lumière violente et mordorée qui franchit le seuil, glisse sur les dalles mal jointées de la cuisine puis sur le lino à chevrons, atténuée tout de même par la distance entre le lit et la terrasse — une dizaine de mètres tout au plus, peut-être moins, l’appartement n’est pas bien grand — et par instants comme troublée à cause du léger vent qui agite la treille et projette ses découpures sur le mur de la maison. Parfum d’encens, pénombre et lumière, en plein décalage horaire —  une vingtaine d’heures auparavant encore sous le tropique du Capricorne, des semaines à explorer des îles, des volcans, des villes labyrinthiques et puis brusquement le retour — et c’est dans de tels moments que les images frappent davantage et s’inscrivent dans le sillon de la fatigue — le même sillon que celui de l’enfance — et que la résille de lumière qui rampe jusqu’à la chambre, influence les lignes et les cellules du corps couché embarqué dans son rêve.

 

texte écrit par Françoise Renaud dans le cadre de l’atelier d’été 2018 proposé par François Bon « Construire une ville avec des mots »
Ce qui était proposé : à nouveau cette problématique du retour, quel que soit le lieu qui provoque cette intensité de souvenir ou d’émotion, mais on gomme le narrateur, on ne retient que l’image fixe devant soi, si possible sous forme d’un paragraphe monobloc. Écriture bouclée en 20′.

Photographie : Françoise Renaud, 2017