rigoles de gravier

poutre_carré2

Nous hurlons de honte et de colère.
Nous hurlons dans notre solitude.
Nous hurlons depuis cinq cent cinquante-six jours, moment où la lave du torrent a fondu sur le village et sur nos têtes. Encore aujourd’hui ruines et désolation dans les rues. On devine quelle guerre c’était hier – même les étrangers le voient –, mais rien ne semble avancer.
Hier, c’était il y a longtemps, cinq cent cinquante-six jours – je vous jure que je les ai comptés un par un. Pourtant nous ne manquons pas de courage mais nous hurlons de désenchantement à cause des pertes accumulées – ô destin trop injuste –, photos, courriers, livres, objets, meubles, vêtements, voitures, possessions matérielles cependant dérisoires comparées au deuil d’une famille, l’un d’entre nous qui avait nom, enfants et maison, emporté par l’onde boueuse et folle et chargée de toutes les choses de la montagne et de tous les orages du ciel, le Naduel devenu ce soir-là Amazone capable de tordre des poutres métalliques de quatre mètres de long et larges comme une cuisse d’homme, d’arracher aux versants des arbres aux griffes profondes, parts séculaires du paysage. Nous hurlons de marcher dans les rigoles de gravier chaque jour, de longer les murs détruits rehaussés de rambardes en attendant mieux, de longer le stade de foot. Continue reading →