<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>écriture &#8211; Terrain Fragile</title>
	<atom:link href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tag/ecriture/feed/" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile</link>
	<description>TEXTES &#38; PHOTOGRAPHIES FRANCOISE  RENAUD</description>
	<lastBuildDate>Wed, 17 Jul 2024 08:07:56 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
	<sy:updatePeriod>
	hourly	</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>
	1	</sy:updateFrequency>
	

<image>
	<url>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2015/12/cropped-arbres-32x32.jpg</url>
	<title>écriture &#8211; Terrain Fragile</title>
	<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile</link>
	<width>32</width>
	<height>32</height>
</image> 
	<item>
		<title>vies minuscules</title>
		<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/vies-minuscules/</link>
					<comments>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/vies-minuscules/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 08 Jul 2024 16:49:10 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[au bord du jour 2024-2025]]></category>
		<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[librairie]]></category>
		<category><![CDATA[vies minuscules]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://francoiserenaud.com/terrainfragile/?p=5276</guid>

					<description><![CDATA[Je savais qu’il était né dans ce pays et qu’il habitait la ville, du moins qu’il y avait habité à une époque, des faits bien loin de ma pensée en ce jour mouvementé de juillet où je parcourais les rues en compagnie d’un couple d’amis venus me rendre visite. Depuis le remarquable édifice du lycée &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/vies-minuscules/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« vies minuscules »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p style="font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.455), 18px);">Je savais qu’il était né dans ce pays et qu’il habitait la ville, du moins qu’il y avait habité à une époque, des faits bien loin de ma pensée en ce jour mouvementé de juillet où je parcourais les rues en compagnie d’un couple d’amis venus me rendre visite. Depuis le remarquable édifice du lycée Jourdan, on avait enfilé la rue de la République, tourné un peu au hasard sur la droite pour se diriger vers la ville ancienne. Les façades crépies d’ocre du petit théâtre à l’italienne promettaient un intérieur charmant. En voie de rénovation m’avait-on dit, des fonds ayant été récemment attribués pour ce projet. En dehors du Grand Café aux boiseries turquoise déjà photographié au cours de l’hiver et des hautes façades sombres des bâtiments municipaux et préfectoraux, je ne savais pas grand-chose du lieu, n’étant venue depuis ma campagne qu’une paire de fois pour raisons administratives. Remontant à contre-courant la rue du Prat on avait fini par rejoindre la Grand Rue piétonne, agréablement en pente. Des portes condamnées nombreuses et des vitrines couvertes d’affiches et de graffiti témoignaient du peu d’activité de la cité. Ruelles quasi désertes. Ou alors n’était-ce pas la bonne heure. Tout de même quelques tables en terrasse sous de beaux arbres avec gens attablés pour le café. Tout ça jusqu’à tomber à l’angle de la rue Jules Sandeau sur une vitrine de librairie.</p>



<p style="font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.455), 18px);">Jolie façade d’un gris doux récemment refaite, albums jeunesse en présentation, porte ouverte aux passants. Le nom de la librairie était inscrit en belles lettres majuscules couleur rouille.</p>



<p style="font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.455), 18px);">Ça m’a drôlement secouée, ça m’a forcée à rétablir le lien de façon forte et immédiate entre l’écrivain et la ville. La librairie portait le nom d’un de ses livres les plus célèbres paru en 1984, son tout premier livre, un nom et un adjectif, le tout accordé au pluriel. Ah ce livre qui lui était venu, huit vies, huit portraits inspirés par ses ancêtres creusois, petites gens enfermés dans une vie âpre et sans issue. Et, repensant à Antoine Peluchet, à Claudette ou à l’abbé Bandy, je voyais très clairement le dessin de son crâne, ses joues creuses, réinventais cette façon qu’il avait de choisir et d’articuler les mots accompagnés par le jeu constant des mains.</p>



<p style="font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.455), 18px);">On avait poursuivi jusqu’à l’église Saint-Pierre et Saint-Paul insérée dans le vieux quartier comme une pièce dans un puzzle. J’ai lu qu’elle avait été reconstruite à l’emplacement d’une chapelle édifiée au XIIIe siècle, ne conservant d’elle que la première travée de la nef et le porche sud. Et c’est devant ce porche que je l’ai croisé. Il était en compagnie d’une femme et il la tenait par la taille. Ils avançaient heureux entre les maisons ornées de petits jardins à la végétation exubérante. Son regard a croisé le mien, il a haussé les sourcils comme si nous nous connaissions, presque ébauché un signe de la main. <em>Mais venez donc prendre un café avec nous, là-bas sous les arbres, c’est un petit coin charmant&nbsp;!</em> Bien sûr que je les aurais suivis si j’avais été seule, nous aurions parlé du hameau de la naissance, de la compassion, de la résurrection. Nous aurions aussi parlé de Madeleine, la petite morte, que nous avions finalement en commun tous les deux. Scellées dans la pierre rose du porche, vibraient cent petites figures érodées par les vents et les pluies limousines. Je les avais regardées avec intensité. Elles semblaient si vivantes. Elles me parlaient de Madeleine.</p>



<div style="height:41px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<figure class="wp-block-gallery aligncenter has-nested-images columns-default is-cropped wp-block-gallery-1 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex">
<figure class="wp-block-image size-large is-style-default"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="824" height="618" data-id="5279" src="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2024/07/20240704_161114-824x618.jpg" alt="" class="wp-image-5279" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2024/07/20240704_161114-824x618.jpg 824w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2024/07/20240704_161114-300x225.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2024/07/20240704_161114-2000x1500.jpg 2000w" sizes="(max-width: 824px) 100vw, 824px" /></figure>
</figure>



<p class="has-text-align-center has-x-small-font-size"><em> Photographies ©Françoise Renaud</em>, <em>église Saint-Pierre et Saint-Paul</em>, <em>Guéret, 5 juillet 2024</em></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/vies-minuscules/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>18</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>expérimentation</title>
		<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/experimentation/</link>
					<comments>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/experimentation/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 05 Mar 2024 11:42:55 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[au bord du jour 2024-2025]]></category>
		<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://francoiserenaud.com/terrainfragile/?p=5072</guid>

					<description><![CDATA[écrire à l&#8217;intérieur de cet espace ouvert &#8212; espace accessible aux autres et de n&#8217;importe quel endroit du monde &#8212; pour donner idée du travail permanent qui à la fois ronge et réjouit : fragments éclatés souvent, impressions, images dérobées au quotidien et au voyage, le passage des heures se chargeant de les nouer ensemble, &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/experimentation/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« expérimentation »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<div style="height:47px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<p style="font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.568), 19px);">écrire à l&rsquo;intérieur de cet espace ouvert &#8212; espace accessible aux autres et de n&rsquo;importe quel endroit du monde &#8212; pour donner idée du travail permanent qui à la fois ronge et réjouit : fragments éclatés souvent, impressions, images dérobées au quotidien et au voyage, le passage des heures se chargeant de les nouer ensemble, de les arrimer solidement au navire égaré au milieu d&rsquo;une mer sans horizons, indistincte, tempétueuse&#8230; juste une question de désir et de concentration, d&rsquo;attention portée aux bruits autour de soi&#8230; un peu comme une sédimentation désorganisée qui, si soumise à la gravité, obéirait à bien d&rsquo;autres facteurs comme la couleur de l&rsquo;esprit ou la pression atmosphérique, plus ou moins saisissables</p>



<p style="font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.568), 19px);">parfois un imprévu, petits événements d&rsquo;hiver, visite de Pascal ou incursion animale au jardin</p>



<p style="font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.568), 19px);">parfois longs silences accordés entre nuages mutant rapidement du menaçant au cotonneux, ménageant entre deux chaos quelques trouées de bleu</p>



<p style="font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.568), 19px);">des interrogations interrompent l&rsquo;écriture, la remettent en cause, ça sourd du fond, ça mine, le travail d&rsquo;une année balayé d&rsquo;un revers de main (décidément ça ne tient pas, tout à revoir, c&rsquo;était inévitable ) et quoi dire vraiment ? quoi partager ? comment agencer tout cela en quelque chose qui ressemblerait à un roman et qui pourrait intéresser les gens ? et toujours ce lancinant « à quoi bon écrire ? », malgré tout je tiens bon &#8212; que ferais-je d&rsquo;autre si je cessais ? quelles perspectives ? &#8211;, obligée de composer avec le désir et la difficulté, le temps et la contrainte, la pureté de la langue et la nécessité du récit</p>



<p style="font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.568), 19px);">là où je vis, les éléments du monde sont à portée des sens : toucher l&rsquo;eau de la source, inspecter le renflement rose des bourgeons, suivre le chat dans sa promenade, lever les yeux vers l&rsquo;horizon là-bas, tenter de décrire le rideau de pluie derrière la fenêtre, observer les poissons qui reviennent à la surface tels des survivants, replanter un cerisier Montmorency et des petits lilas qu&rsquo;un voisin m&rsquo;a donnés, tasser la terre avec le talon, épier le silence, juste après s&rsquo;alerter à cause des grues qui s&rsquo;en reviennent vers le Nord en criant, là où je vis le souffle vient du noir de la terre et de son dialogue avec les roches qui la soutiennent, certaines montés en murs ou dressées en stèles, d&rsquo;autres enfouies soumises à toutes espèces de métamorphoses</p>



<p class="has-text-align-center"><em>Photographie françoise renaud, </em>février 2024</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/experimentation/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>19</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>ne pas surtout pas</title>
		<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/ne-pas-surtout-pas/</link>
					<comments>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/ne-pas-surtout-pas/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 13 Oct 2020 16:49:06 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[ateliers Tiers Livre]]></category>
		<category><![CDATA[pas question de]]></category>
		<category><![CDATA[surtout pas]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://francoiserenaud.com/terrainfragile/?p=2960</guid>

					<description><![CDATA[tout ce que je ne veux pas que mon texte soit avant même de l&#8217;écrire&#8230; un travail issu de l&#8217;atelier d&#8217;écriture Tiers Livre été 2020 « Outils du roman » &#160; Pas question que ça bavarde, que ça lambine, pire que ça se répète. Pas question de servir du réchauffé. Pas question de bricoler. Pas question de &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/ne-pas-surtout-pas/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« ne pas surtout pas »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify; font-size: 15px;"><em>tout ce que je ne veux pas que mon texte soit avant même de l&rsquo;écrire&#8230;<br />
un travail issu de l&rsquo;atelier d&rsquo;écriture Tiers Livre été 2020 « Outils du roman »</em></p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Pas question que ça bavarde, que ça lambine, pire que ça se répète. Pas question de servir du réchauffé. Pas question de bricoler. Pas question de céder, de bâcler, de se satisfaire de ce qui arrive ou de s’en moquer. Pas question de trop réfléchir, de trop construire, trop prévoir à l’avance, trop installer les choses au point qu’elles s’étouffent d’elles-mêmes comme un feu nourri de bois mouillé &#8212; inutile de relancer avec des branchettes, repartir du début et chercher l’étincelle. Pas question de faire l’économie des rêves, de la sortie du sommeil qui apporte des réponses au récit embourbé. Pas question d’aller à la ligne tout le temps sans raison valable. Pas question de restreindre le champ d’investigation, d’éviter les chemins de traverse, de ne fréquenter que des zones éprouvées (en savane, on rencontre des bêtes capables de renverser le cours des événements d’un coup de corne). Pas question de fabriquer de la matière juste pour faire du plein, de céder à la tentation du dialogue qui n’apporte pas grand-chose sinon une illusion de volume et balance des tirets à tout bout de champ. Pas question de trop lisser, de supprimer le grain. Pas question de se laisser détourner par un coup de fil, une visite, une flegme incorrigible &#8212; ou alors tout le contraire. Pas question de ne rien sentir en lisant à voix haute – dans ce cas jeter à la poubelle. Pas question de rester hors des zones sensibles, de ne pas pister la musique des phrases, les rythmes, les cris, les couleurs, les mouvements de foule, les matières qui composent le sol, les arbres, les changements de saison, les peaux qui vieillissent, les odeurs des vêtements, les mots d’amour, les gens qui marchent en silence et se courbent, les rivières qui vont et se creusent. Pas question de réfléchir. Surtout pas raisonner, pas construire, pas fermer la porte aux possibilités de vent, d’intrusion. Pas dire que c’est bon comme ça. Surtout pas.</p>
<p style="font-size: 15px; text-align: right;"><em>Photographie PNG design (Unplash) </em></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/ne-pas-surtout-pas/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>7</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>un hiver personnages #3 &#124; une foule</title>
		<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/un-hiver-personnages-3-une-foule/</link>
					<comments>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/un-hiver-personnages-3-une-foule/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 04 Feb 2020 11:21:21 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[peinture]]></category>
		<category><![CDATA[ville]]></category>
		<category><![CDATA[ateliers Tiers Livre]]></category>
		<category><![CDATA[foule]]></category>
		<category><![CDATA[personnages]]></category>
		<category><![CDATA[réduction de l'espace]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://francoiserenaud.com/terrainfragile/?p=2484</guid>

					<description><![CDATA[Cycle d&#8217;ateliers hiver 2019/2020 avec Tiers Livre et François Bon intitulé « Un hiver personnages ». Proposition 3 : « à vous de choisir ce qui sera votre échantillonnage, votre piscine pour immersion avec foule, et la taille de cette foule. Et puis organiser le défilé des masques. Une affaire de mouvement ? Une affaire de mouvement. Et &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/un-hiver-personnages-3-une-foule/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« un hiver personnages #3 &#124; une foule »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="font-size: 14px; text-align: justify;"><em>Cycle d&rsquo;ateliers hiver 2019/2020 avec Tiers Livre et François Bon intitulé « Un hiver personnages ». Proposition 3 : « à vous de choisir ce qui sera votre échantillonnage, votre piscine pour immersion avec foule, et la taille de cette foule. Et puis organiser le défilé des masques. Une affaire de mouvement ? Une affaire de mouvement. Et de peinture ? Et de peinture. »  </em><em><a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4877">En savoir plus ici</a>. </em></p>
<p>&nbsp;</p>
<h3><em><strong>réduction de l&rsquo;espace</strong></em></h3>
<p style="text-align: justify;">Serrés comme des sardines. Corps inconnus, étrangers, corps en vêtements de saison, corps à gifler repousser, corps chargés d’odeur de ville de gasoil de tabac et autres substances à fumer, corps avec barbe et lunettes, corps adossés tant bien que mal avec épaules bras mains qui se frôlent une fois accrochées aux barres métalliques prévues pour éviter de tomber lors des accélérations, corps fatigués énervés plus ou moins propres, ramassés en nombre dans l’espace étroit, infréquentables. Et il faut se retenir de soupirer de crier parce qu’à un moment donné ça devient insupportable de rester là, au contact, alors que d’autres montent encore, réduisant d’autant l’espace respirable — comment font-ils d’ailleurs pour trouver à se caser, récalcitrants à la compression et à l’empilement mais visiblement accoutumés aux mouvances de la multitude ? Lui qui a la mèche folle et le front luisant, il a l’air d’en avoir assez lui aussi, stoïque debout, plutôt bel homme, il porte un foulard de toutes les couleurs qui le rend attirant — tiens c’est vrai je ne l’avais pas remarqué au premier abord, c’est qu’il a dû monter dans la rame après moi. Lui en bonnet tricoté genre rasta affalé dans un angle, moue occupant le bas du visage terne et crispé, conservant entre le pouce et l’index un semblant de cigarette. Lui en manteau élégant — mais qu’est-ce qu’il fait là ? c’est qu’il est obligé. Familles en duos trios forcément disloquées, pas d’interstices suffisamment grands, du coup l’un casé en profondeur dans l’allée, l’autre pressé près d’une vitre, l’autre encore à l’assaut d’un strapontin étrangement libre hissant sur ses genoux le petit — trois ou quatre ans — mais la robe se coince dans l’articulation du siège si bien qu’il faut l’intervention de la voisine pour démêler l’affaire. Merci beaucoup madame. Je suis des yeux, je vois, j’observe, je souffre et respire avec eux, corps inconnus indifférents les uns aux autres, suffisamment éduqués pour demeurer ensemble quelques minutes, pas plus. Et tout ce qui arrive dans ces poignées de temps perdues dans la cohue, touchés par les mêmes oscillations et variations de vitesse entraînant effleurements rapprochements chocs non désirés, tout ce qui arrive s’inscrivant au fur et à mesure dans le cerveau, mémoire composée de petits morceaux de peau surpris dans l’ouverture d’un vêtement ou portions de visage ou expressions ou détails marquants dans l’accoutrement et la silhouette ou encore odeurs de laine mouillée et de sueur, rarement parfum fleuri ou citronné (trop loin la toilette du matin), de scènes brèves, de paroles dérobées. Elle maquillée et pacotille au poignet, cheveux retenus par une sorte de bandeau à paillettes. Elle avec casque audio mâchant du chewing-gum avec l’air de s’en moquer. Les deux là garçons, quinze ans, badant leur téléphone avec l’air complice. Lui aux avant-bras tatoués. Elle serrant son sac sur ses genoux, inquiète du moment où elle va devoir se lever et trouver la sortie. Elle avec un livre, plongée dedans. Ils elles oscillent avec le wagon dans un flou coloré fluctuant, parfois inquiétant. Je les vois. Je me demande de quoi sont faits leurs rêves. Et je les observe dans cet effort à cohabiter, à supporter cette situation, je les applaudis et commence à souffrir avec eux de la promiscuité et de la chaleur qui grimpe bien que le wagon soit climatisé à ce qu’il paraît — fait si chaud dehors ou alors clim en panne —, hautes parois vitrées reflétant les immeubles de la ville avec pans de ciel intercalés, trottoirs, terre-pleins, lumières violentes — zut, j’aurais dû essayer de m’installer de l’autre bord —, rumeurs propulsées à l’intérieur à l’ouverture des portes. Ça brasse, ça roule comme si on était sur la mer, d’un bord à l’autre, d’un corps à l’autre, frôlements dans l’indifférence générale, l’un se retourne, l’autre soupire ou sourit, excusez-moi, mais je vous en prie. Je m’efface. Bientôt mon tour de descendre.</p>
<p style="font-size: 13px; text-align: right;"><em>Photographie : Fabrizio Verrecchia (Unplash)</em></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/un-hiver-personnages-3-une-foule/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>8</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>l&#8217;automne, pas encore</title>
		<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/lautomne-pas-encore/</link>
					<comments>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/lautomne-pas-encore/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 23 Sep 2019 10:48:24 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[arbre]]></category>
		<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[automne]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://francoiserenaud.com/terrainfragile/?p=2316</guid>

					<description><![CDATA[Beaucoup parlent d&#8217;automne à la radio, dans les publicités. En fait rien qu&#8217;une histoire de date (on est le 23 septembre) mais je ne le vois pas encore dans le paysage. Le temps a juste commencé à changer avec la pluie ces deux derniers jours, un épisode méditerranéen bien maigre, proposant une pluie fine et &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/lautomne-pas-encore/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« l&#8217;automne, pas encore »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Beaucoup parlent d&rsquo;automne à la radio, dans les publicités. En fait rien qu&rsquo;une histoire de date (on est le 23 septembre) mais je ne le vois pas encore dans le paysage. Le temps a juste commencé à changer avec la pluie ces deux derniers jours, un épisode méditerranéen bien maigre, proposant une pluie fine et de la brume faufilée  entre les montagnes, pas de grands sauts tombant du ciel capables de régénérer la rivière, alors rien n&rsquo;a vraiment changé sauf le soupir des arbres et le souffle de l&rsquo;eau un peu plus présent&#8230; les couleurs elles viendront s&#8217;emparer des parties végétales, bientôt, jusqu&rsquo;à les précipiter sur la terre. Je vais les guetter comme à l&rsquo;affût de moi-même en cette période tourmentée de cauchemars. Les figures de mon passé sont toujours présentes et d&rsquo;ailleurs je les sollicite, tentant de comprendre, d&rsquo;écrire les vrais mots qui pourraient délivrer. Dans un rêve récent, j&rsquo;ai contribué à assassiner mon père et c&rsquo;était quelque chose d&rsquo;atroce. Parfois on peut en venir aux mains, facilement  Et puis tout s&rsquo;apaise. La promenade solitaire soulage la tension. Un papillon majestueux dont je ne connais pas l&rsquo;espèce, est venu hier se poser près de moi, comme une manifestation d&rsquo;un monde en lisière. On voudrait être protégé, c&rsquo;est vrai, demeurer à l&rsquo;abri dans la tanière vivante aux odeurs de feu et de soupe, écrire, demeurer seul mais pas tout à fait seul. Juste un récit à venir qu&rsquo;on a sous la peau et qui sourd comme une sueur.</p>
<p><img decoding="async" class="size-large wp-image-2322 aligncenter" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/09/P1060229-824x618.jpg" alt="" width="730" height="548" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/09/P1060229-824x618.jpg 824w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/09/P1060229-300x225.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/09/P1060229-768x576.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/09/P1060229-1200x900.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/09/P1060229.jpg 2048w" sizes="(max-width: 730px) 100vw, 730px" /></p>
<p><img decoding="async" class="size-large wp-image-2323 aligncenter" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/09/P1060230-824x618.jpg" alt="" width="730" height="548" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/09/P1060230-824x618.jpg 824w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/09/P1060230-300x225.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/09/P1060230-768x576.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/09/P1060230-1200x900.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/09/P1060230.jpg 2048w" sizes="(max-width: 730px) 100vw, 730px" /></p>
<p style="text-align: right; font-size: 13px;"><em>Photographies françoise renaud, 23 septembre 2019</em></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/lautomne-pas-encore/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>4</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>peu de mots</title>
		<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/peu-de-mots/</link>
					<comments>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/peu-de-mots/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 26 Feb 2019 17:14:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[corps]]></category>
		<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[fluidité]]></category>
		<category><![CDATA[force des mots]]></category>
		<category><![CDATA[lire écrire]]></category>
		<category><![CDATA[livre]]></category>
		<category><![CDATA[peu de mots]]></category>
		<category><![CDATA[sobriété]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://francoiserenaud.com/terrainfragile/?p=1917</guid>

					<description><![CDATA[j&#8217;ai commencé un livre et chaque phrase est si forte que je suis dans l&#8217;incapacité d&#8217;avancer ma lecture&#8230; je reste là et je relis, impossible de tourner la page, tout se passe comme si ces quelques mots &#8212; peu de mots &#8212; avaient le pouvoir de révéler des choses qui m&#8217;avaient échappé jusque là et &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/peu-de-mots/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« peu de mots »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/02/Chine_Yunnan_Shaxi-91_carré.jpg" rel="lightbox-0"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-1935" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/02/Chine_Yunnan_Shaxi-91_carré.jpg" alt="" width="640" height="641" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/02/Chine_Yunnan_Shaxi-91_carré.jpg 705w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/02/Chine_Yunnan_Shaxi-91_carré-150x150.jpg 150w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/02/Chine_Yunnan_Shaxi-91_carré-300x300.jpg 300w" sizes="auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">j&rsquo;ai commencé un livre et chaque phrase est si forte que je suis dans l&rsquo;incapacité d&rsquo;avancer ma lecture&#8230; je reste là et je relis, impossible de tourner la page, tout se passe comme si ces quelques mots &#8212; peu de mots &#8212; avaient le pouvoir de révéler des choses qui m&rsquo;avaient échappé jusque là et résonnaient sans fin&#8230; mon corps s&rsquo;agite, mes doigts frottent le feuillet comme pour l&rsquo;interroger&#8230; le genre de livre écrit avec ce qu&rsquo;il faut de grâce et de simplicité pour toucher les zones secrètes écartées de notre conscience (comme j&rsquo;aimerais moi aussi écrire des livres qui ressemblent à celui-là)</p>
<p style="text-align: justify;">ils percutent notre peau comme celle d&rsquo;un tambour<span id="more-1917"></span></p>
<p style="text-align: justify;">ils sont musique et danse et joie</p>
<p style="text-align: justify;">ils nous emportent dans l&rsquo;air &#8212; et même très haut &#8211;, sans doute parce que tout tient ensemble dans un parfait équilibre : l&rsquo;événement (même minime), le brut et le sublime</p>
<p style="text-align: justify;">car pas vraiment de place pour le récit (tout a déjà été raconté, peu importe, c&rsquo;est la façon, le style, l&rsquo;impact),<br />
il y a seulement la puissance et la fièvre des mots qui font avancer le livre par petits sauts pareils à ceux des petits rongeurs qui grimpent aux arbres, car le livre ne sait pas au commencement où il va, dans quels recoins il va nous emporter, le livre commence à tâtons, se construit avec le temps même au cours duquel il s&rsquo;écrit, avec la matière qu&rsquo;il remue autour ou dedans, il va et vient et revient, s&#8217;empare des riens, court le long des fossés et des nefs d&rsquo;église où l&rsquo;on s&rsquo;est réfugié parce qu&rsquo;il faisait froid ou au contraire parce qu&rsquo;on rêvait d&rsquo;un espace frais et paisible, attrape les fragments d&rsquo;une lettre qui vient d&rsquo;arriver et qui est posée sur la table, des miettes de pain, des rigoles où l&rsquo;eau coule pour remplir les abreuvoirs, des bruits qui proviennent de la cuisine où se prépare un repas, de la rue calme, des rumeurs du vent, du passage d&rsquo;un promeneur</p>
<p style="text-align: justify;">le livre n&rsquo;a pas de fin, il coule entre les doigts, fluide et souple, il parle des bonheurs et des blessures, des épuisements et des marches à travers la montagne, des bêtes qu&rsquo;on y a croisées, des grottes à demi explorées, du précieux ravivé en nous par la beauté d&rsquo;un matin ou d&rsquo;un soir, du froid cruel ressenti à marcher dans une ville russe ou de la douceur éprouvée à subir une averse de neige, le livre s&rsquo;écrit tout en allant vers son destin, il épuise un par un les petits riens que personne ne voit, et le chat vient s&rsquo;installer sur les papiers, le silence, la nuit qui remplit la fenêtre, tout est là dans le réel : la vie et l&rsquo;enfance en arrière pour chacun de nous, l&rsquo;oubli de soi pour l&rsquo;autre &#8212; ce qu&rsquo;on appelle l&rsquo;amour &#8211;, l&rsquo;élan des papillons autour de la fleur et l&rsquo;immobilité pour une nuit d&rsquo;écriture, mots tout juste posés sur le monde&#8230; surtout continuer, ne pas se décourager, avancer avec joie, écrire, écrire, vous dire tout cela</p>
<p style="text-align: right; font-size: 13px;"><em>Photographie @Charlotte Renaud, 2017</em></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/peu-de-mots/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>8</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>le parc de Sceaux</title>
		<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/le-parc-de-sceaux/</link>
					<comments>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/le-parc-de-sceaux/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 03 Dec 2018 17:19:55 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[arbre]]></category>
		<category><![CDATA[jardin]]></category>
		<category><![CDATA[peinture]]></category>
		<category><![CDATA[végétal]]></category>
		<category><![CDATA[arbres]]></category>
		<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[jardins]]></category>
		<category><![CDATA[Le Parc de Sceaux]]></category>
		<category><![CDATA[littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Raymond Berthelot peintre]]></category>
		<category><![CDATA[Voyages de l'eau]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://francoiserenaud.com/terrainfragile/?p=1821</guid>

					<description><![CDATA[Ce texte a été écrit récemment pour une lecture autour des œuvres de Raymond Berthelot sur le thème &#8216;VOYAGES DE L&#8217;EAU&#8217;,  du 23 au 25 novembre 2018 à Montpellier. &#160; Regarder la toile. Se laisser capter par le mystère, par la symétrie des espaces et par le ruissellement constant de l’eau. Bientôt l’apercevoir, lui qui &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/le-parc-de-sceaux/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« le parc de Sceaux »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/12/DSC_2371_3.jpg" rel="lightbox-0"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-1822" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/12/DSC_2371_3-816x1024.jpg" alt="" width="540" height="678" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/12/DSC_2371_3-816x1024.jpg 816w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/12/DSC_2371_3-239x300.jpg 239w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/12/DSC_2371_3-768x964.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/12/DSC_2371_3-1200x1507.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/12/DSC_2371_3.jpg 1631w" sizes="auto, (max-width: 540px) 100vw, 540px" /></a></p>
<p style="text-align: left; font-size: 13px;">Ce texte a été écrit récemment pour une lecture autour des œuvres de Raymond Berthelot sur le thème &lsquo;VOYAGES DE L&rsquo;EAU&rsquo;,  du 23 au 25 novembre 2018 à Montpellier.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Regarder la toile.<br />
Se laisser capter par le mystère, par la symétrie des espaces et par le ruissellement constant de l’eau.<br />
Bientôt l’apercevoir, lui qui marchait dans les parages.</p>
<p style="text-align: justify;">Il avait franchi les grilles, puis il avait dépassé le château et à présent il marchait dans le parc. On aurait dit au hasard. Il aimait cet endroit, les peupliers, les tilleuls, les statues au croisement des sentiers. Il aimait la vue du canal au Nord, depuis la terrasse des Pintades. Il trouvait en ces lieux une sorte d’apaisement dont il avait besoin et donc il y venait souvent. Il franchissait les grilles, dépassait le château et puis il s’avançait en marchant tranquillement dans le parc.<br />
Sans doute que sans le formuler clairement – tout se passait à l’intérieur de lui, dans la touffeur de ces lieux complexes réservés à la pensée et à la méditation &#8211;, il appréciait le côté monumental de ces jardins, les perspectives, les massifs boisés traversés par de longues allées, les lignes vertes à l’infini. Il oubliait la ville et le bruit. C’était un peu comme une source nouvelle, juste à sa portée capable de dissiper toute formes de tracas &#8212; les siens et ceux de la cité – et d’engendrer comme une vive poésie.<span id="more-1821"></span></p>
<p style="text-align: justify;">Ce jour-là il s’était engagé dans les jardins d’un bon pas. Il faisait frais, juste la température qu’il fallait pour marcher. Il y avait des oiseaux qui nichaient sur des îlots protégés constitués de plantes aquatiques, des îlots construits exprès pour eux qui facilitaient leur reproduction. Il les connaissait. Et il les observait tout en marchant. Il y avait des jeunes qui suivaient leurs parents, c’était attendrissant. Et bien sûr qu’il était sensible à ces choses-là, à la nature, à la cadence du vivant et au rythme incessant de la respiration des créatures, et il en prenait bonne note dans sa mémoire — probable que de ces images viendraient plus tard nourrir son inspiration, guider sa main. Ainsi se rapprochait-il peu à peu de l’axe majestueux des cascades.<br />
C’était une espèce de trouée verticale perpendiculaire à l’axe du château, constituée de vasques successives qui recevaient les eaux jaillissantes et les conduisaient jusqu’à un bassin octogonal orné d’un haut jet d’eau.<br />
Et c’est en cet endroit précis qu’il l’avait aperçu.</p>
<p style="text-align: justify;">Un homme.<br />
Près du bassin.<br />
Un homme noir qui tenait un vélo à la main.</p>
<p style="text-align: justify;">C’était bien réel même si ça ressemblait à une scène incertaine, à une image exotique, et même à un rêve. Du coup il avait stoppé net et il avait pris conscience de ce qu’il voyait à couvert, sous les feuillages. Il avait observé la tenue blanche de l’homme au vélo, sa coiffure rouge, sa posture face au décor grandiose et son vif intérêt pour les cascades. Il avait été impressionné par sa façon toute simple de se tenir là au milieu de ces jardins à la française, espaces à l’esthétique éloignée de sa culture d’origine. Et tandis qu’ils vivaient tous les deux ces secondes, précieuses pour des raisons différentes, le peintre avait remarqué combien autour d’eux la couleur verte était apaisante. Infiniment apaisante. Et puis toute cette vapeur d’eau constituée par des milliards de gouttelettes encore suspendues après avoir été projetées en l’air, gouttelettes en nombre infini qui produisaient à force de suspension une brume transparente.<br />
À y regarder encore, le vert était d’une qualité incroyable, presque synthétique. C’était normal au printemps, voilà ce que se disait le peintre (en effet il était facile d’imaginer que c’était le printemps, ou alors juste après parce que de jeunes oiseaux étaient nés, ils les avaient bien vus l’un et l’autre sur les îlots). En tout cas l’homme à peau noire avait quelque chose d’irréel, et ce rideau végétal quelque de trop bien coupé, trop parfait.</p>
<p style="text-align: justify;">L’homme ne s’était pas retourné. Il avait continué sa route en poussant son vélo.<br />
Ou alors s’étaient-ils salués quand ils étaient passés l’un près de l’autre.</p>
<p style="text-align: justify;">Un jour, plus tard, ces détails saisis au vol se sont projetés dans la toile. L’étrangeté et la beauté du personnage pareil à un homme providentiel. L’eau ciselée en suspens. Les milliards de gouttes et les milliards de touches de couleur minuscules pour les traduire, virgules, accents, vibrations &#8212; et plus que ça encore.<br />
Aujourd&rsquo;hui regarder, apprécier, éprouver à notre tour ce sentiment déjà vécu à se promener un jour dans un par cet à se glisser entre deux rideaux d’arbres et à jouer dans le labyrinthe à se perdre, à se noyer. Oui, on peut se noyer dans le vert comme dans l’eau et y surprendre parfois certaines incarnations de nos rêves.<br />
Eau, végétal, figures singulières : un si parfait attelage.</p>
<p style="text-align: right; font-size: 13px;"><em>Illustration : Le Parc de Sceaux, Raymond Berthelot</em></p>
<h3 style="text-align: right; font-size: 17px;"><span style="color: #ff9900;"><strong><span style="color: #000000;">Accéder ici au</span> <a style="color: #ff9900;" href="http://raymondberthelot.e-monsite.com/">site du peintre Raymond Berthelot</a></strong></span></h3>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/le-parc-de-sceaux/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>7</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>vers un écrire-film #02 &#8211; fleuve noir</title>
		<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/fleuve-noir/</link>
					<comments>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/fleuve-noir/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 24 Feb 2018 13:11:49 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[atelier d'écriture]]></category>
		<category><![CDATA[corps silencieux]]></category>
		<category><![CDATA[Duras]]></category>
		<category><![CDATA[écrire film]]></category>
		<category><![CDATA[fleuve noir]]></category>
		<category><![CDATA[je fais]]></category>
		<category><![CDATA[le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[Marc Dantan]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://francoiserenaud.com/terrainfragile/?p=1360</guid>

					<description><![CDATA[Je ne sais pas comment ça se passe, comment ça vient, je pourrais dire que ça prend source dans le corps comme une lumière, une image, une couleur, un mouvement infime dans le tissu du corps silencieux, un mouvement réfugié depuis longtemps dans les cellules (cellules issues de la lignée des bêtes sorties de l’eau &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/fleuve-noir/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« vers un écrire-film #02 &#8211; fleuve noir »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/02/p1a7nd3p7f10misfd1g9cg3ggc34.jpg" rel="lightbox-0"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-1367 aligncenter" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/02/p1a7nd3p7f10misfd1g9cg3ggc34-1024x818.jpg" alt="" width="700" height="560" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/02/p1a7nd3p7f10misfd1g9cg3ggc34-1024x818.jpg 1024w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/02/p1a7nd3p7f10misfd1g9cg3ggc34-300x240.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/02/p1a7nd3p7f10misfd1g9cg3ggc34-768x614.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/02/p1a7nd3p7f10misfd1g9cg3ggc34.jpg 1126w" sizes="auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Je ne sais pas comment ça se passe, comment ça vient, je pourrais dire que ça prend source dans le corps comme une lumière, une image, une couleur, un mouvement infime dans le tissu du corps silencieux, un mouvement réfugié depuis longtemps dans les cellules (cellules issues de la lignée des bêtes sorties de l’eau un jour d’orage et de violence alors que la terre n’était que jungle et marécages), car les choses existent déjà en dehors de moi, en dehors de nous — mais quelle histoire racontons-nous sans cesse ? n’est-ce pas toujours un peu la même dans les livres ou les films et a-t-elle un intérêt pour quelqu’un ? —, je me souviens quand j’étais bien plus jeune, seule au bord de l’océan qui borde mon pays, je contemplais les vagues fougueuses et je les aimais infiniment parce qu’elles me donnaient à voir quelque chose d’inclassable, et cet amour me guide toujours — sûrement à cause de lui que je le fais et d’ailleurs c’est tout ce que j’avais à cet âge pour me raccrocher au monde et grandir sans poser de problème à personne : la beauté de la mer et quelques phrases à gratter dans un cahier d’école —, de même le visage de ma sœur morte me guide à travers la foule et la multitude de mes peurs de cette façon infiniment belle et particulière qu’ont les vagues — maintenant de ça je suis à peu près sûre —, elle me montre le passage, son gentil visage de condamnée à frôler le mien et le cœur labouré de ma mère et la colère de mon père, alors oui forcément que je le fais à cause de tout ce bazar qui un jour m’a fait basculer sur l’autre versant, changer de route, — je le vois plus clairement à présent —, et chaque jour tout réapprendre en le faisant, trébucher, se relever, se demander à quoi bon continuer, se laisser submerger par la joie ou le doute et reprendre une goulée d’air jusqu’à ce que ça vienne sur le papier un peu comme une vision (paysages, villes, routes, êtres vivants au bord des routes) — mots surgis bons ou inutiles, qui peut le dire  —, simplement il est temps de faire ce que j’ai à faire car je suis au plein de ma vie, alors j’écris un point c’est tout, avec des larmes et en poursuivant les méandres d’un long fleuve noir.</p>
<p style="font-size: 15px; text-align: right;"><em>Photographie : Série océan, <a href="http://marcdantan.com/">Marc Dantan</a></em></p>
<p style="font-size: 15px; text-align: right;"><em><br />
texte écrit par Françoise Renaud dans le cadre de l&rsquo;atelier d&rsquo;hiver 2018 proposé par François Bon<br />
<strong><a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4735"> Vers un écrire-film</a> / #03 : Le « comment j&rsquo;ai fait » de Marguerite Duras</strong><br />
<strong><span style="color: #339966;"><span style="color: #91260c;">Il était proposé d&rsquo;écrire son « bloc noir » en un seul et unique paragraphe, installer ce qui se passe pendant des mois, une vie, toutes ces interrogations, désespoirs, jusqu&rsquo;à FAIRE&#8230;</span><br />
</span></strong></em></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/fleuve-noir/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>10</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>hors de portée du chagrin</title>
		<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/hors-de-portee-du-chagrin/</link>
					<comments>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/hors-de-portee-du-chagrin/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 21 Oct 2015 11:03:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[corps]]></category>
		<category><![CDATA[enfance]]></category>
		<category><![CDATA[famille]]></category>
		<category><![CDATA[pays]]></category>
		<category><![CDATA[chagrin]]></category>
		<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[Pays de Retz]]></category>
		<category><![CDATA[père]]></category>
		<category><![CDATA[rocher]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://francoiserenaud.com/terrainfragile/?p=309</guid>

					<description><![CDATA[écrire au gré d&#8217;un voyage vers l&#8217;Ouest avec la peur de me répéter&#8230; L&#8217;impression d&#8217;entailler à peine la chair, d&#8217;effleurer le sujet. Dans ces textes brefs écrits à la volée, je sens dès la première ligne que se tient là toute une matière gisante, disponible. Offerte. Ici pourtant, rien qu&#8217;un embryon qui pourrait devenir plus &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/hors-de-portee-du-chagrin/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« hors de portée du chagrin »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2015/10/lichen_mer_carré_web.jpg" rel="lightbox-0"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-313" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2015/10/lichen_mer_carré_web.jpg" alt="Lichen, pays de Retz, 2015, photographie de Françoise Renaud" width="550" height="550" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2015/10/lichen_mer_carré_web.jpg 1000w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2015/10/lichen_mer_carré_web-150x150.jpg 150w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2015/10/lichen_mer_carré_web-300x300.jpg 300w" sizes="auto, (max-width: 550px) 100vw, 550px" /></a></p>
<p style="text-align: justify; font-size: 14px;"><em>écrire au gré d&rsquo;un voyage vers l&rsquo;Ouest avec la peur de me répéter&#8230;<br />
L&rsquo;impression d&rsquo;entailler à peine la chair, d&rsquo;effleurer le sujet. Dans ces textes brefs écrits à la volée, je sens dès la première ligne que se tient là toute une matière gisante, disponible. Offerte. Ici pourtant, rien qu&rsquo;un embryon qui pourrait devenir plus solide, plus universel&#8230; plus tard, sans doute&#8230;<br />
</em></p>
<p>&nbsp;</p>
<h3 style="text-align: justify;">Chaque fois, il me fait pleurer des larmes de sang.</h3>
<p style="text-align: justify;">Lui. Raide, bouffi. Toujours silencieux — mon père. Muré dans sa pénombre. Blindé. Fermé aux propositions de la vie.</p>
<p style="text-align: justify;">Parler, il ne sait pas. L&rsquo;a-t-il jamais su ? (quelque chose que j&rsquo;ai déjà écrit) Nous avions passé notre jeunesse à réclamer son attention, ses mots de tendresse, son affection. Rien. Et c&rsquo;est fini maintenant, il n&rsquo;y aura rien. Rien de plus, rien de moins. Juste son corps terriblement vieilli depuis ma dernière visite. Pas courbé, non. Plutôt affaissé, accablé de fardeaux invisibles. Son visage désormais n&rsquo;est que ruine. Comme il ne porte plus ses lunettes, on voit plusieurs cernes concentriques et grisâtres lui manger les joues. Sa respiration est oppressante. Sa voix, quand elle se manifeste pour des choses vitales — réclamer du pain, dire qu&rsquo;il a assez de soupe, demander où diable est rangée sa casquette — est mal assurée, déraille même, cherchant recours dans le cri. Fines lèvres pincées à se fendre. C&rsquo;est un fait, l&rsquo;homme est prêt à crier pour un rien alors qu&rsquo;il devrait lâcher prise. Il est à cran.<br />
Peut-être qu&rsquo;il  ne supporte plus de vivre. Bientôt quatre-vingt treize ans. Trop long peut-être, trop douloureux, le corps aux articulations usées.<br />
Peut-être qu&rsquo;à force de souffrir, il est devenu indifférent. Ou qu&rsquo;il ne veut plus.</p>
<p style="text-align: justify;">Jeune, il portait déjà les stigmates d&rsquo;une certaine fermeture, dureté dans les yeux et sécheresse des mains. Jamais méchant, ça non, mais agaçant avec sa perpétuelle quête de reconnaissance, jouant des coudes dans la marée humaine pour se faire voir plus que les autres. <span id="more-309"></span>Lui, plus valeureux, plus courageux, plus ardent.  Et maintenant que sa vie se réduit, il se cramponne à des bribes de passé, du moins aux plus glorieuses à ses yeux. En compagnie de voisins, il se risque une fois de plus à évoquer son courage pour creuser à la pelle les fondations de sa maison ou la générosité d&rsquo;un patron qui appréciait le travail bien fait. Jamais un mot sur nous, les autres derrière lui, sa femme, ses enfants vivants et morts, nous autres qui constituons la famille, le cercle proche  — qui sait ce qu&rsquo;il en restera quand il sera mort ? Pas un mot, pas un signe de fierté.</p>
<p style="text-align: justify;">Je le regarde, dans cet épuisement. Vieillard.</p>
<p style="text-align: justify;">Il ne sent pas combien je l&rsquo;aime malgré tout, combien j&rsquo;aimerais lui prendre la main, lui parler de ma vie personnelle, de mon travail d&rsquo;écriture, des légumes de mon jardin au bord d&rsquo;un ruisseau. Tant de charges pèsent sur son cou comme un joug invisible : déceptions, deuils à commencer par celui de Marie sa mère, puis de sa première fille — cette petite enfant si douce, pas comme les autres, notre sœur, mon unique —, maladies incurables, gelées d&rsquo;hiver, frustrations de chair. Toutes ces épreuves qui lui ont ôté sa substance, ne laissant qu&rsquo;un grand vide intérieur pareil au vide cosmique. Il ne peut pas.<br />
Il rumine et sa pogne est dure comme une écorce morte.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors se taire — c&rsquo;est le plus simple. Peut-être qu&rsquo;il le choisit, après tout.<br />
Ne rien remuer de ce qui fait mal sinon on pleure. Se taire. Bouger le moins possible. Ne pas pleurer, voyons ! Faire son jardin encore, tant qu&rsquo;il peut. Biner entre les rangs de fraisiers, planter. Salades d&rsquo;hiver en terre sous le châssis : scaroles, frisées. Encore un hiver devant. Tenir en dépit de ses poumons abîmés, de ses douleurs. Tenir, ne pas pleurer, ne rien dire.<br />
Rugir parfois ou alors ruminer.<br />
Une façon de se tenir hors de portée du chagrin.</p>
<p style="text-align: right;"> <em>Mer et rocher, Pays de Retz, © Françoise Renaud, octobre 2015</em></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/hors-de-portee-du-chagrin/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>12</slash:comments>
		
		
			</item>
	</channel>
</rss>
