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	<title>roman &#8211; Terrain Fragile</title>
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	<description>TEXTES &#38; PHOTOGRAPHIES FRANCOISE  RENAUD</description>
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	<title>roman &#8211; Terrain Fragile</title>
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		<title>confidence</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 30 May 2022 16:41:23 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[corps]]></category>
		<category><![CDATA[enfance]]></category>
		<category><![CDATA[roman]]></category>
		<category><![CDATA[avenir des clans]]></category>
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					<description><![CDATA[Vous livrer ici un fragment de mon travail en chantier. Une sorte de dialogue sans mots entre guillemets, mais dialogue quand même. Alors que Waralin le survivant et Riks le jeune fomentent un projet important pour l&#8217;avenir des clans, l&#8217;enfant Doria les surprend et les observe. L&#8217;enfant Doria — fille de Mermel — a franchi &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/confidence/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« confidence »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p style="font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.114), 15px);"><em>Vous livrer ici un fragment de mon travail en chantier. Une sorte de dialogue sans mots entre guillemets, mais dialogue quand même. </em></p>



<p style="font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.114), 15px);"><em>Alors que Waralin le survivant et Riks le jeune fomentent un projet important pour l&rsquo;avenir des clans, l&rsquo;enfant Doria les surprend et les observe.</em></p>



<p class="has-drop-cap has-medium-font-size">L&rsquo;enfant Doria — fille de Mermel — a franchi les remparts, elle cherche des petites choses à enfiler pour faire des colliers, elle pense que sur le talus là-bas en marchant vers la forêt la neige sera moins épaisse et qu’elle y trouvera des graines enfouies, elle avance et soudain elle les voit, elle les reconnaît tout de suite même s’ils sont loin, Waralin le survivant et le jeune Riks, et comme elle a enfreint la règle imposée aux enfants de ne pas quitter seuls le camp, elle se cache, les observe, observe la silhouette de Waralin installée dans le traîneau — d’habitude si tassée renfrognée, contrainte par l&rsquo;infirmité — qui s’agite, danse des mains et des bras en même temps que le torse participe aux courants de l’air et que les épaules se tournent comme pour indiquer une direction, elle se dit que s’il bouge de cette façon désordonnée c’est qu’il est en train de parler et c’est forcément qu’il a quelque chose d’important à dire pour déployer les bras, les mettre en branle à ce point, elle le sait, elle le comprend, elle ne l’a jamais vu dans cet état ou alors en transe lorsqu’il racontait sa chute à flanc de glacier alors que tous étaient réunis dans la grande hutte en rondins de bouleau — elle n’a pas oublié le bleu cinglant presque surnaturel de ses yeux —, donc Waralin a quelque chose d’important à dire à Riks et ça concerne la survie et l’avenir des tribus, la possibilité d’un nouveau printemps avec la floraison des épineux, la prolifération des lapins et le retour des grands mammifères, elle imagine tout cela, le suce comme un petit fruit de prunelier, Riks plus jeune que Waralin est dressé de toute sa hauteur près du traîneau, il a l’air d’un géant mais ce qui frappe l’enfant Doria c’est le fait qu’il soit légèrement penché vers l’avant, et aussi son extrême immobilité, on dirait qu’il est entièrement concentré sur le visage de Waralin et qu’il se laisse uniquement toucher par l’air brassé par les mains — une sorte d’inversion des rôles dans ce moment de conversation, indice supplémentaire pour penser que les mots prononcés sont importants et de l’ordre de la confidence —, elle s’est rapprochée de la scène pour en être sûre, c’est alors que Riks prend les mains de Waralin dans les siennes, son visage paraît changé, un long moment ils se regardent comme partageant un même projet, un rêve de voyage, une pensée audacieuse et clandestine avec le temps qui s’accroche aux brumes et l’oiseau noir qui décrit des cercles au-dessus de leurs têtes et lance des cris scandant leur pacte, entre eux il se trame quelque chose, maintenant elle en est tout à fait sûre, ils échangent encore des mots en se tenant par le coude —&nbsp;des mots qu’elle n’entend pas&nbsp;— et tandis qu’ils lèvent d’un même mouvement leurs visages vers le ciel, l&rsquo;enfant Doria quitte sa cachette et se met à courir comme une folle en direction des remparts.&nbsp;</p>
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		<title>champ de bataille</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 04 Jul 2020 13:21:48 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[corps]]></category>
		<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[roman]]></category>
		<category><![CDATA[ateliers d'été]]></category>
		<category><![CDATA[champ de bataille]]></category>
		<category><![CDATA[foule]]></category>
		<category><![CDATA[multitude]]></category>
		<category><![CDATA[outils du roman]]></category>
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					<description><![CDATA[extraits d&#8217;un texte écrit pour l&#8217;atelier d&#8217;été 2020 Tiers livre sur le thème Outils du roman consigne : écrire le début d&#8217;un roman en rendant perceptible l&#8217;omniscience de l&#8217;auteur pour rentrer dans les pensées des personnages (un seul bloc), accueillir tout ce qu&#8217;il va naître &#160; observer cette esplanade pareille à un champ de bataille, &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/champ-de-bataille/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« champ de bataille »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="font-size: 14px;"><em>extraits d&rsquo;un texte écrit pour l&rsquo;atelier d&rsquo;été 2020 Tiers livre sur le thème </em>Outils du roman<em><br />
consigne : écrire le début d&rsquo;un roman en rendant perceptible l&rsquo;omniscience de l&rsquo;auteur pour rentrer dans les pensées des personnages (un seul bloc), accueillir tout ce qu&rsquo;il va naître<br />
</em></p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">observer cette esplanade pareille à un champ de bataille, recueillir les impressions de mouvements croisés et de circulations aléatoires, écouter les bruits que font les pas des gens, les conversations et le souffle des gens, ça produit une sorte de gémissement à peine audible, une rumeur sourde qui inonde la surface peuplée et s’étend en cercles concentriques jusqu’aux bâtiments qui bordent la place, et c’est dans les limites de ce champ que les silhouettes se déplacent, dispersées ou soudainement regroupées par on ne sait quel jeu d’attraction-répulsion comme enclenché par un aimant souterrain capable d’influencer les trajectoires — tel un vaste jeu de flipper, l’espace au sol, lisse, donc glissant et en légère déclivité induisant probablement cette comparaison —, appuyer sur la touche vidéo et jongler comme d’un curseur avec les temps d’exposition, vitesse d’obturation et nombre d’images par seconde pour ralentir ou accélérer le flux de ce monde en affaires, corps en tous genres hommes femmes enfants, jeunes et vieux, avec course des nuages et modifications de la lumière par-dessus de la mêlée, enfin où vont-ils tous ? qu’ont-ils à faire de si urgent ? quelle dose de douleur ou de joie transportent-ils dans leurs besaces et quelles histoires dans leurs cerveaux ? Ils ne savent pas qu’ils sont observés depuis le haut du grand escalier du théâtre, ils sont juste vivants en cet instant-là, bien réels, le sang circule comme il faut dans le circuit de leurs veines, ils vont et viennent, traversent la place tout droit ou en diagonale, regardent leur montre, se hâtent vers le serpent bleu du tram qui émerge du tunnel pour aborder la rampe d’accès aux voyageurs. Impossible de distinguer les visages, encore moins leurs expressions, même en usant du zoom (l’appareil est simple de manipulation, juste bon à prendre des scènes ordinaires, anniversaires ou réunions de famille). Seulement discernables la taille, la corpulence, le port de tête, l’aisance, la jeunesse en se référant à la vitesse de déplacement — encore que beaucoup de jeunes flânent et beaucoup de plus âgés sont drôlement agiles —, l’allure vestimentaire, les bagages à porter sur l’épaule ou à rouler, les animaux en laisse. À un moment donné fermer les yeux et ne plus les rouvrir pour mieux se laisser pénétrer par les attitudes longuement observées, ressentir les pensées… femme qui porte un sac (lourd le sac), cheveux blancs, dos voûté tête penchée pour mieux voir où elle pose les pieds, <em>traître ce pavé, on glisse si facilement sur un papier, une feuille d’arbre</em>… homme grand de taille qui toise ceux qu’il dépasse… fille en robe blanche, autre fille brune plus ronde et bavarde qui traîne les pieds&#8230;. jeune type en vélo qui fend la foule au risque de percuter quelqu’un, sac à dos rempli de livres ou de victuailles, plutôt des livres —  étudiant, ne pense qu’aux filles, s’appelle Jonathan, habite dans une rue proche de la cathédrale, enfin pas sûr, on verra ça plus tard  —, de toute façon roule trop vite sur cette esplanade interdite aux deux-roues (il va se faire coxer, c’est sûr, ou il va y avoir un pépin)&#8230; [aussi colosse barbu portant un étui de guitare, femmes la soixantaine en train de faire les magasins pour ne rien acheter, bande d’ados en jogging à bandes blanches sur le côté et sweater à capuche prêts à faire un mauvais coup, garçon en fauteuil atteint d’une maladie génétique, fillette aux yeux bleu glacier tenant la main de sa grand-mère et la tirant l’air de rien vers le stand de bonbons, trois hommes costard cravate sortant d’un bâtiment cossu se pressant vers un restaurant <em>ça n’en finissait pas, cette réunion, intarissable le mec</em>]. Ressentir alors qu’il n’y a aucune certitude sur l’avenir mais nourrir l’idée que c’est à cause de l’étudiant qu’il va arriver quelque chose, qu’il doit exister un lien entre lui et les deux filles qui traînent souvent en ville, par exemple l’une d’elles en romance avec lui, raison pour laquelle il cherche à les distinguer dans la foule pour les rejoindre en se dressant sur les pédales de son engin tout en parlant dans son iPhone, ou alors projetant simplement d’aller à la mer le lendemain ou au cinéma pour draguer l’une d’entre elles (de préférence celle en robe). Descendre la rampe d’escalier tout en zoomant au maximum (gagner en proximité tout en perdant de la hauteur). Et puis ça y est, la vague nous prend, comme un vertige à débouler sur le flipper et à envisager de l’intérieur la scène habitée de conversations et sillonnée de parcours incertains. Continuer à prendre des notes visuelles. Suivre la dame au sac qui se dirige vers la gare en respirant fort, le vieil homme qui parle à son caniche <em>allons, presse-toi un peu mon petit pote</em>, le groupe d’enfants qui braillent, les routards avinés <em>non mais qu’est-ce qu’elle a celle-là à me regarder comme ça ?</em>, le type à peau noire très beau qui porte un tee-shirt noir avec une tête de lion (magnifique, le lion) et qui chantonne My Lady Sunshine : <em>tu es née sur une île sauvage, j’ai cherché là-bas ton visage, je te rejoindrai dans la nuit</em>, si beau que les gens se retournent sur lui après son passage, se faufiler dans son sillage un moment avec le blues dans la gorge et se laisser imprégner (et même influencer) par la chanson d’amour, entendre soudain tout un tapage et même des cris, aussitôt penser qu’une personne a eu un malaise (pas étonnant avec la chaleur), à moins qu’il ne s’agisse d’une attaque terroriste, ou alors non c’est bien l’étudiant qui a fini par renverser un vieillard ou un infirme, avancer tout en filmant alors foule s’ouvrant et se refermant, agitations, rumeurs, zones d’ombre, ondes de chaleur, vélo comme un couteau dans le flot des gens, caméra de même finalement</p>
<p style="font-size: 14px; text-align: right;"><em>Illustration : </em>L&rsquo;entrée du Christ à Bruxelles<em>, James Ensor, 1888<br />
</em></p>
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		<title>un hiver personnages #4 &#124; croquis</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Mar 2020 08:29:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[corps]]></category>
		<category><![CDATA[roman]]></category>
		<category><![CDATA[secret]]></category>
		<category><![CDATA[atelier d'écriture]]></category>
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		<category><![CDATA[me souvenir de son nom]]></category>
		<category><![CDATA[mes personnages]]></category>
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					<description><![CDATA[Cycle d&#8217;ateliers hiver 2019/2020 avec Tiers Livre et François Bon intitulé « Un hiver personnages ». Proposition 4 : « prendre le temps, dans la vie quotidienne, d’être attentif à cette pulsion qu’on a d’imaginer la vie de telles personnes inconnues ou anonymes qu’on croise, même le plus bref instant&#8230; On ne développe pas, on ébauche ces bulles &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/un-hiver-personnages-4-croquis/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« un hiver personnages #4 &#124; croquis »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="font-size: 14px; text-align: justify;"><em>Cycle d&rsquo;ateliers hiver 2019/2020 avec Tiers Livre et François Bon intitulé « Un hiver personnages ».<br />
Proposition 4 : « prendre le temps, dans la vie quotidienne, d’être attentif à cette pulsion qu’on a d’imaginer la vie de telles personnes inconnues ou anonymes qu’on croise, même le plus bref instant&#8230; On ne développe pas, on ébauche ces bulles de vie, on revient à l’observation. » </em><em><a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4877">En savoir plus ici</a>. </em></p>
<h3 style="text-align: justify;">me souvenir de son nom</h3>
<p><img fetchpriority="high" decoding="async" class="alignnone wp-image-2517" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2020/03/cristian-newman-CeZypKDceQc-unsplash-548x824.jpg" alt="" width="650" height="977" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2020/03/cristian-newman-CeZypKDceQc-unsplash-548x824.jpg 548w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2020/03/cristian-newman-CeZypKDceQc-unsplash-199x300.jpg 199w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2020/03/cristian-newman-CeZypKDceQc-unsplash-768x1155.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2020/03/cristian-newman-CeZypKDceQc-unsplash-1021x1536.jpg 1021w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2020/03/cristian-newman-CeZypKDceQc-unsplash-scaled.jpg 1362w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2020/03/cristian-newman-CeZypKDceQc-unsplash-1200x1805.jpg 1200w" sizes="(max-width: 650px) 100vw, 650px" /></p>
<p style="text-align: justify;">Je les croise en allant à la mairie ou à la poste. Je les vois furtivement, les surprends dans une posture ou une autre. En train de sortir de leur maison, de parler à quelqu’un ou simplement de marcher dans la rue en portant des paquets. D’eux je ne sais rien. Je ne sais que ce que l’un ou l’autre voisin a bien voulu me dire de ce qu’il savait lui-même, donc matériau récolté au hasard de petites conversations conduites ci et là. Je ne sais pas si c’est du réel ou du transformé. Je choisis de penser qu’il y a forcément du vrai dans ces bribes restituées, forcément quelque chose de ce que ces gens sont ou ont été. J’ajoute ces informations à mes observations et les rassemble dans un coin de cerveau. J’en dessine une sorte de tableau. Peu à peu ça devient une vaste histoire. Ça ressemble à une carte de géographie, sauf que ce ne sont pas des lieux qui y sont inscrits ou des routes qui y sont tracées, mais des événements, des notations (corporelles ou vestimentaires ou sentimentales), des  détails intimes, des paroles volées auxquels s’ajoutent — je m’en rends bien compte — des scènes imaginées.<span id="more-2516"></span></p>
<p style="text-align: justify;">Un jour elle disait : « J’ai eu peur quand il y a eu la panne. À minuit j’ai appelé le maire… j’aurais pas dû. Il était pas content. » Un autre jour elle était en panique à cause d’une fuite à la chasse d’eau. Petite et maigre. Parler méridional imagé. En blouse de ménage à petits motifs (pois, fleurs, motifs géométriques) à peine distincts sur fond bleu sombre, deux grandes poches pour le côté pratique, liserés unis soulignant le plastron. Elle tourne avec deux ou trois du même genre (non seulement pratique mais économique), probablement achetées au marché du vendredi. En été rien dessous, en hiver des couches de lainage et bas épais qui cachent la peau. Jamais observé ses chaussures. Quel âge ? Quatre-vingt-cinq ou six ou plus. Maintenant que j’en parle, il me semble qu’elle fait souvent référence à son âge : « Dame, ça ne vaut plus le coup. Pour le temps qui reste… », ce qui veut dire qu’elle est lucide et envisage la fin.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais qu’est-ce qu’elle fait là, assise sur une chaise devant sa porte pendant des heures ? Elle prend le frais, elle attend, s’ennuie, supplie. Elle est fondue dans le décor. A quoi pense-t-elle ? Quelquefois Geneviève lui tient compagnie. Quelquefois elles vont marcher le long de la rivière, surtout depuis qu’un nouveau sentier a été aménagé à passer devant l’école. Encore ce courage d’aller marcher, avancer dans la terre mêlée de gravier en parlant des affaires courantes, du passé, des petits-enfants qui grandissent et font des études pour devenir on ne sait quoi — pas facile de nos jours de trouver la bonne orientation, de faire quelque chose qui plaît. Tout a tellement changé.</p>
<p style="text-align: justify;">Elle a dû naître dans un de ces hameaux de montagne. Son père travaillait à la mine ou gardait des moutons. J’opte plutôt pour la mine. Travail de forçat qui permettait quand même de nourrir une famille et d’acheter un bout de maison. Il y avait de l’activité dans le coin à la fin du XIXe siècle. Je pourrais faire des recherches pour retrouver le nom du père, la questionner sur le sujet mais elle pourrait bien se cabrer. Elle n’est pas d’un caractère facile et d’ailleurs sa fille s’en plaint. Parce que je sais qu’elle a une fille, elle en a parlé une fois que je la saluais (elle l’attendait pour le soir). Nathalie ou Virginie. Va pour Virginie. Née à la fin des années soixante, peu d’études. Secrétaire ou caissière, mariée, trois enfants.</p>
<p style="text-align: justify;">« Les petits, ils viennent plus. Ici ils s’ennuient trop. — C’est comme les miens. — Ben oui, ça va quand ils sont jeunes, ils jouent à la rivière. Maintenant, avec ces fichus appareils électroniques. — Ben oui, ils jouent plus comme avant. » Elle blague avec Geneviève tout en pressant le pommeau de sa canne. Je vois ce que le passage du temps a fait sur elle. Isolée. Peu d’occasions de voir la famille. Quelqu’un la conduit au supermarché une fois par semaine, l’épicerie sur place ne suffit pas. Toujours une bonne âme pour l’aider. « Et puis avec tout ce qu’ils nous ont fait ! » Elle parle des travaux récents, se plaint qu’il n’y ait que des murs. « Ah pour ça, les murs ils savent les faire ! »  Pas d’arbres, tous emportés par l’inondation de 2014. Sûrement qu’elle sera morte quand la verdure aura repoussé sur la tonnelle.</p>
<p style="text-align: justify;">Le soir elle s’avale un bouillon de poule le soir, sinon elle se bricole un bout de viande avec trois légumes. On dit qu’elle a passé des examens, on parle de cancer, allez savoir. Elle risque de tenir encore un bout de temps, quelques étés à prendre le frais sur le pas de sa porte, à déplorer l’évolution des choses. Cette figure exposée à tous les soleils, cette odeur un peu âcre qui émane de la blouse. J’ajuste, je croque, je décide de ce qui arrive ou non. Elle n’a plus beaucoup de dents. La pierre des murs absorbe son image, elle disparaît. Bon sang, je n’arrive plus à me souvenir de son nom.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="font-size: 13px; text-align: right;"><em>Photographie : Cristian Newman (Unplash)</em></p>
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		<title>tout un été d’écriture #01 / numéro 9</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 13 Jun 2018 16:44:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[roman]]></category>
		<category><![CDATA[tout un été d'écriture 2018]]></category>
		<category><![CDATA[construire une ville avec des mots]]></category>
		<category><![CDATA[faubourg]]></category>
		<category><![CDATA[quartier]]></category>
		<category><![CDATA[ville]]></category>
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					<description><![CDATA[Revenir dans ce faubourg pas bien loin de la fac, dans cette rue où elle louait une piaule il y a combien d’années déjà —&#160;de quoi donner le vertige&#160;—, cette rue désormais en sens unique, comme resserrée, étouffée par les bâtiments poussés à la faveur des derniers jardins. Ici il y avait des palmiers, elle &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-01-numero-9/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« tout un été d’écriture #01 / numéro 9 »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-medium-font-size">Revenir dans ce faubourg pas bien loin de la fac, dans cette rue où elle louait une piaule il y a combien d’années déjà —&nbsp;de quoi donner le vertige&nbsp;—, cette rue désormais en sens unique, comme resserrée, étouffée par les bâtiments poussés à la faveur des derniers jardins. Ici il y avait des palmiers, elle s’en souvient. Aussi un bananier dépenaillé qui reprenait vie chaque été, quelques rosiers grimpants. Là, un atelier d’encadrement tenu par un italien toujours tiré à quatre épingles (il lui avait mis sous verre une affiche de kabuki et un cheval birman brodé, tableaux toujours en sa possession). De l’autre côté le garage de Marco, un travailleur celui-là qui restait le soir jusqu’à pas d’heure. Elle se demande s’il vit encore, ne reconnaît plus rien. Tout transformé, lissé, neuf, moderne. Plus d’âme, plus de fleurs, plus de jardins.</p>



<p class="has-medium-font-size">C’était pourtant un quartier préservé de la ville avec une réelle liberté d’aller et venir, de bavarder avec les voisins, de se garer au hasard du trottoir. Pour accéder à son deux-pièces, elle traversait un garage rempli d’un effarant bric-à-brac, contournait un parterre dont elle était seule à prendre soin, attrapait l’escalier qui s’élançait le long d’une treille jusqu’à atteindre quelques mètres carrés de terrasse.</p>



<p class="has-medium-font-size">Voilà qu’elle se tient devant la façade.</p>



<p class="has-medium-font-size">Oui c’est ça. Numéro 9. Elle fait un effort pour reconnaître les deux grandes fenêtres, à l’époque équipées de volets qui jointaient mal. Crépi refait, porte d’entrée en bois peint devenue métallique avec boîte à lettres intégrée. Plus rien à voir. L’italien a fermé boutique depuis longtemps, le garage de Marco est devenu un immeuble comme ils font maintenant, bien propret avec entrée vitrée dotée d’un digicode. Places de parking bien dessinées au sol. Revenir sur ses pas, quelle drôle d’idée. Sans doute pour voir ce que ça fait au cœur. Pour constater la vitesse à laquelle vont les choses. Pour se souvenir de certaines amours et prendre une sacrée claque. C’est idiot, se mettre dans une posture pareille. Elle n’aurait jamais dû faire le détour. Revenir. Revoir le visage d’un amant ou deux qui honoraient alors son corps jeune. Saisir l’ancien parfum des roses au croisement des ruelles et très vite tourner les talons.</p>



<div style="height:30px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<p class="has-text-align-right" style="font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.114), 15px);"><em> un texte écrit dans le cadre de l&rsquo;atelier d&rsquo;été 2018 Tiers Livre <strong> <a href="http://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article210"> « Construire une ville avec des mots »</a></strong></em><br /><em><strong><span style="color: #339966;"><span style="font-size: 15px; color: #993366;">Ce qui était proposé : <i>Revenir dans un lieu quitté il y a longtemps (très limité le nombre de lieux susceptibles de provoquer cette sensation) impérativement à la 3ème personne</i> .</span></span></strong></em></p>



<p class="has-text-align-right" style="font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.114), 15px);"><em>Photographie Françoise Renaud, 2017</em></p>



<figure class="wp-block-image is-style-default"><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/06/P1000148_NB.jpg" rel="lightbox-0"><img decoding="async" width="1024" height="768" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/06/P1000148_NB-1024x768.jpg" alt="" class="wp-image-1539" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/06/P1000148_NB-1024x768.jpg 1024w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/06/P1000148_NB-300x225.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/06/P1000148_NB-768x576.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/06/P1000148_NB-1200x900.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/06/P1000148_NB-2000x1500.jpg 2000w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/06/P1000148_NB.jpg 2048w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" data-mwl-img-id="1539" /></a></figure>
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		<title>vers un écrire-film #04 &#124; quand Modiano mène l’enquête</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 06 Apr 2018 09:13:22 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[roman]]></category>
		<category><![CDATA[atelier d'écriture]]></category>
		<category><![CDATA[écrire film]]></category>
		<category><![CDATA[enquête]]></category>
		<category><![CDATA[le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[Modiano]]></category>
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					<description><![CDATA[Un attachement particulier Je ne sais pas pourquoi ce visage m’était apparu cette nuit-là dans les interstices du sommeil. L&#8217;homme semblait jeune, d’une autre époque. Il portait un costume militaire. Il souriait, en même temps ses lèvres semblaient remuer comme dans un film muet. Au matin j’avais gardé l’impression qu’une fenêtre venait de s’ouvrir sur &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/vers-un-ecrire-film-04-quand-modiano-mene-lenquete/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« vers un écrire-film #04 &#124; quand Modiano mène l’enquête »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<h3>Un attachement particulier</h3>
<h3><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/04/2018-04-01-09.42.23_2.jpg" rel="lightbox-0"><img decoding="async" class="alignnone wp-image-1484" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/04/2018-04-01-09.42.23_2-1024x1024.jpg" alt="" width="640" height="640" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/04/2018-04-01-09.42.23_2-1024x1024.jpg 1024w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/04/2018-04-01-09.42.23_2-150x150.jpg 150w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/04/2018-04-01-09.42.23_2-300x300.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/04/2018-04-01-09.42.23_2-768x768.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/04/2018-04-01-09.42.23_2-1200x1200.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/04/2018-04-01-09.42.23_2.jpg 2048w" sizes="(max-width: 640px) 100vw, 640px" /></a></h3>
<p style="text-align: justify;">Je ne sais pas pourquoi ce visage m’était apparu cette nuit-là dans les interstices du sommeil. L&rsquo;homme semblait jeune, d’une autre époque. Il portait un costume militaire. Il souriait, en même temps ses lèvres semblaient remuer comme dans un film muet. Au matin j’avais gardé l’impression qu’une fenêtre venait de s’ouvrir sur une immensité jamais fréquentée. Et puis bien des choses étaient passées dessus. J’avais oublié jusqu’au jour où j’avais découvert son nom.</p>
<p style="text-align: center;">***</p>
<p style="text-align: justify;">Nous étions en hiver et j’étais en visite chez ma mère. Elle m’avait demandé de monter au grenier une caisse de documents.<br />
Tout ça encombre mon secrétaire, avait-elle déclaré. Il est temps de faire le vide.<br />
C’était suite au décès de mon père. Elle triait, ne voulait pas laisser tout ce bazar à ses enfants, ça l’obsédait. Une façon aussi d’alléger sa respiration, de faire table rase d’une époque pénible.<br />
Tu es sûre ? Tu ne pourras plus les consulter si je les monte au grenier.<br />
Elle avait hoché la tête sans rien dire.</p>
<p style="text-align: justify;">Les documents étaient rangés dans un coffre en bois ancien — à l’origine un coffre à couture. Je l’ai porté au grenier et je l’ai ouvert. Courriers attachés avec des ficelles de couleur, cahiers d’école, registre de compte, quelques agendas à couverture en cuir, un peigne. Et puis des photographies noir et blanc, petits formats à bord dentelé comme on faisait avant.<br />
J’ai soulevé les premières et je suis tombée sur lui. C’était frappant. Son nom était écrit derrière. Eugène Mornay.<br />
Dans son costume en drap vert il était vraiment beau, regard soyeux, fin duvet sur les joues contrastant avec le col rude.</p>
<p style="text-align: center;">***</p>
<p style="text-align: justify;">J’ai questionné ma mère. Ce nom ne lui disait rien.<br />
Je me suis concentrée sur le costume. Mon père avait porté le même et plus j’y pensais, plus les deux hommes se confondaient, leurs visages se superposaient, se brouillaient, les dates, les époques. J’ai sorti l’album de famille pour y retrouver mon père en habit militaire. J’avais bien fait. Deux indications précieuses étaient inscrites au crayon sous la photo : <em>Ropetti, Pau.</em></p>
<p style="text-align: justify;">Engagé volontaire en 1944, mon père s’était trouvé en garnison à Pau. Il avait souvent parlé du cirque de Gavarnie. Le Pic du Marboré, c’était son Annapurna à lui. Après le repas, ma mère avait déposé devant moi un album noir.<br />
Tiens. Tu devrais regarder là-dedans. Il faisait déjà des photos avant qu’on se marie.<br />
Jamais eu connaissance avant de cet album. Pourquoi l’avoir tenu au secret ?<br />
La couverture était usée. En verso, deux publicités : <em>LUI… ELLE… toujours Dubonnet</em> et <em>Grand Vin de Champagne Morlat (de la Marne) pétillant breuvage des anniversaires.</em><br />
À l’intérieur étaient rassemblées des chemises bleues censées recevoir des partitions musicales — on pouvait lire la liste des instruments d’orchestre en allemand sur chacune d’elles. Des fentes y avaient été ménagées avec soin pour insérer les coins des photos. Chaque planche présentait huit clichés de 8 centimètres sur 5.</p>
<p style="text-align: center;">***</p>
<p style="text-align: justify;">J’ai feuilleté. Lentement.<br />
Soldats marchant dans la neige, vues de haute montagne, côte sauvage de Biarritz. Plus loin, au milieu d’une page, deux hommes debout sur une passerelle. En arrière, les murmures d’une forêt. J’ai reconnu Eugène Mornay en compagnie de mon père.</p>
<p style="text-align: justify;">Léger sourire sur les lèvres d’Eugène. Coude appuyé sur le parapet, il se déhanche légèrement. Leurs corps se frôlent.<br />
Ils sont proches. Ils semblent échapper au malheur.</p>
<p style="text-align: justify;">Planche suivante. Mars 1945. On les retrouve à La Baule avec d’autres soldats, assis sur la balustrade de l’Hôtel Adriana.<br />
Je connais bien ce boulevard qui borde la baie, nous nous y sommes souvent promenés quand j’étais enfant.<br />
Les pensions le long de la plage avaient été réquisitionnées pour loger les troupes, m’a expliqué ma mère. Je ne t’apprends rien. Saint-Nazaire en état de siège ne serait libéré que le 11 mai, trois jours après la capitulation allemande.<br />
Silence. Puis elle a continué.<br />
Elle a évoqué les patrouilles ennemies dans l’estuaire — les passeurs enveloppaient leurs rames avec des chiffons pour ne pas faire de bruit —, les accès à la ville minés, la faim, la tension insoutenable au cours des derniers mois de guerre. Elle a dit que les rafles étaient fréquentes. Qu’ils fusillaient pour un oui pour un non.<br />
Sans doute comme ça qu’Eugène y était passé. Pour avoir refusé de donner son vélo ou son morceau de pain, ou simplement de baisser la tête. Enfin, c’était une hypothèse qu’elle n’était pas obligée de confirmer. Si elle l’avait fait, elle aurait du même coup reconnu l’affection que son mari avait portée à un inconnu, compagnon de combat. En dehors d’elle.<br />
Elle n&rsquo;avait rien dit. De moi elle s&rsquo;était détournée.<br />
J’ai imaginé un instant qu’il avait gardé une photo de son camarade dans son portefeuille toute sa vie, ou alors dans sa table de nuit. Et c’était là qu’un jour j’avais aperçu son beau visage.</p>
<p style="text-align: center;">***</p>
<p style="text-align: justify;">Bien sûr il m’aurait fallu vérifier, déchiffrer ses agendas, retourner ses tiroirs, fouiller la cave et le garage, consulter les listes de disparus dans la région de Saint-Nazaire entre mars et juin 1945, visiter les mémoriaux, arpenter les cimetières militaires, rechercher des membres de la famille Mornay. Plus tard peut-être si la question de cet attachement particulier — si étrangement escamoté — me tenait à la peau.<br />
Avant mon départ, ma mère m’avait confié d’une voix rauque qu’après-guerre, mon père lui avait fait cadeau d&rsquo;un lot de serviettes de table. Elles étaient toutes brodées des deux mots : <em>Hôtel Adriana</em>. Elle avait eu honte parce que ce linge avait été en quelque sorte volé, une chose qu’elle ne pouvait supporter. Elle avait retiré un à un les fils en coton rouge jusqu’à rendre les lettres méconnaissables. Jusqu’à effacer l’histoire. Oublier.</p>
<p> <a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/04/2018-04-01-09.40.28.jpg" rel="lightbox-1"> </a><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/04/2018-04-01-09.40.28.jpg" rel="lightbox-1"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-1463" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/04/2018-04-01-09.40.28-768x1024.jpg" alt="" width="350" height="467" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/04/2018-04-01-09.40.28-768x1024.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/04/2018-04-01-09.40.28-225x300.jpg 225w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/04/2018-04-01-09.40.28-1200x1600.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/04/2018-04-01-09.40.28.jpg 1536w" sizes="auto, (max-width: 350px) 100vw, 350px" /></a>  <a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/04/2018-04-01-09.39.39_3.jpg" rel="lightbox-3"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-1487" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/04/2018-04-01-09.39.39_3-735x1024.jpg" alt="" width="335" height="467" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/04/2018-04-01-09.39.39_3-735x1024.jpg 735w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/04/2018-04-01-09.39.39_3-215x300.jpg 215w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/04/2018-04-01-09.39.39_3-768x1071.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/04/2018-04-01-09.39.39_3-1200x1673.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/04/2018-04-01-09.39.39_3.jpg 1376w" sizes="auto, (max-width: 335px) 100vw, 335px" /></a><br />
<a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/04/2018-04-01-09.40.55_2.jpg" rel="lightbox-4"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-1490" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/04/2018-04-01-09.40.55_2-1024x942.jpg" alt="" width="710" height="653" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/04/2018-04-01-09.40.55_2-1024x942.jpg 1024w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/04/2018-04-01-09.40.55_2-300x276.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/04/2018-04-01-09.40.55_2-768x707.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/04/2018-04-01-09.40.55_2-1200x1104.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/04/2018-04-01-09.40.55_2.jpg 2048w" sizes="auto, (max-width: 710px) 100vw, 710px" /></a></p>
<p style="font-size: 15px; text-align: right;"><em>Photographies personnelles de l&rsquo;auteure, 2018<br />
</em></p>
<p style="font-size: 15px; text-align: right;"><em> texte écrit par Françoise Renaud dans le cadre de l&rsquo;atelier d&rsquo;hiver 2018 proposé par François Bon<br />
<strong><a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4735">  </a> <a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4742">vers un écrire-film #04 | quand Modiano mène l’enquête</a></strong><br />
<strong><span style="color: #339966;"><span style="color: #993366;">Ce que j&rsquo;ai retenu de la proposition : &#8230; démarches, recherches, souvenirs, lieux, documentation : la marche qui doit solidifier notre chemin vers le récit va devenir ce récit lui-même.</span><br />
</span></strong></em></p>
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		<title>fantôme de soi écrivain</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 02 Sep 2017 15:36:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[Le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[roman]]></category>
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					<description><![CDATA[Il est rapporté qu’Eva Rafelson aimait se tenir à l’écart du monde et qu’elle s’occupait de peinture le matin, une tasse de café ne suffisant pas à la réconcilier avec le réel. Sitôt réveillée, elle se réfugiait dans un cabanon transformé en atelier à la lisière des saules et s’emparait de ses pinceaux. Il lui &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/fantome-de-soi-ecrivain/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« fantôme de soi écrivain »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/08/arton4463.jpg" rel="lightbox-0"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-1194" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/08/arton4463.jpg" alt="" width="763" height="627" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/08/arton4463.jpg 900w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/08/arton4463-300x247.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/08/arton4463-768x631.jpg 768w" sizes="auto, (max-width: 763px) 100vw, 763px" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Il est rapporté qu’Eva Rafelson aimait se tenir à l’écart du monde et qu’elle s’occupait de peinture le matin, une tasse de café ne suffisant pas à la réconcilier avec le réel. Sitôt réveillée, elle se réfugiait dans un cabanon transformé en atelier à la lisière des saules et s’emparait de ses pinceaux. Il lui semblait qu’il était alors nul besoin de réfléchir, que la crispation qui résidait à l’intérieur de sa poitrine de façon permanente s’amoindrissait, en tout cas lui laissait plus de champ.<br />
Elle n’aurait pas su définir ce qui lui arrivait exactement, mais quand la nuit s’incorporait au jour ça la griffait dedans et peindre était la seule activité qui la calmait. Plusieurs fois elle avait décrit ce phénomène dans ses lettres à Paula Grund, amie d’enfance qui, mariée à un notaire, vivait désormais dans une province du sud. Sans doute que Paula ou d’autres parmi ceux qui l’avaient côtoyée auraient pu témoigner de cette difficulté qui ombrageait son front et tassait brusquement sa silhouette comme sous l’effet d’une bourrasque de vent, mais aucun enquêteur n’avait réussi à approcher ces personnes-là. De toute façon elles seraient restées muettes sur le sujet. Ce qui en revanche a été plus commode à établir est le nombre de ses maris. Le premier avait péri dans un naufrage, le second s’était révélé trop cavaleur pour répondre à son besoin de consolation et s’était éclipsé à peine paru. Quant au troisième, il était d’un tempérament discret et l’avait encouragé à posséder un espace à elle dans cette maison avec jardin qu’il avait acquise quelques mois avant leur mariage.</p>
<p style="text-align: justify;">Il s’appelait Josef et son visage était tranquille et doux.</p>
<p style="text-align: justify;">Il avait accepté le fait qu’Eva passait le plus clair de son temps à trafiquer dans sa cabane plutôt qu’à s’occuper de ménage ou de cuisine. Sans doute respectait-il même cette lubie, l’interprétant comme un besoin sauvage qui la conduisait depuis l’adolescence surgi on ne savait d’où — les parents d’Eva n’étaient que des gens de commerce assez peu éduqués et ils n’avaient guère influencé son parcours —, comme une urgence qui avait semblé diriger son existence et que certains auraient pu prendre pour une maladie.<span id="more-1193"></span><br />
Josef souhaitait garder Eva le plus longtemps possible près de lui — à quarante ans, elle était particulièrement belle. Aussi avait-il abordé la situation avec bienveillance, pensant qu’écrire ou peindre ne pouvait que lui faire du bien et qu’il était vain de qualifier ces occupations artistiques de futiles. Et puis il avait embauché une dame du village pour s’occuper du linge et de la maison.</p>
<p style="text-align: center;">***</p>
<p style="text-align: justify;">À l’époque de leur mariage, Eva Rafelson était déjà connue comme écrivain. Plusieurs de ses nouvelles avaient été publiées dans des magazines de qualité et avaient frappé les esprits à cause de leur pureté singulière. On peut citer L’esprit des rivières ou La cathédrale incendiée. Et puis un roman dont la presse s’était emparé, glorifiant son style authentique et sensuel, voire révolutionnaire.<br />
<em>Vies invisibles au cœur de la nuit</em> n’avait rien de révolutionnaire, juste l’histoire d’un couple qui ne parvenait pas à avoir de descendance et qui se décomposait à l’aune de leur désir enfui. C’était l’écriture qui était différente, qui soulevait des images si poignantes qu’elle parvenait à éclairer le profond des êtres jusqu’à révéler leur vérité.<br />
C’était avec ce même regard qu’Eva envisageait les fleurs du jardin ou les enfants jouant dans le pré ou les créatures qui traversaient le ciel avant de les faire émerger de sa palette. Les mots étaient comme les couleurs, ils lui paraissaient cependant plus rebelles, insaisissables, difficiles à dompter. Chaque phrase lui coutait énormément — elle l’avait confié lors l’un entretien qu’elle avait accordé à un journal local après la parution de son roman. Elle avait dit que chaque page arrachait de la substance aux parois de son cœur quand bien même le récit prenait forme en dehors de sa volonté. Ensuite elle n’avait plus voulu entendre parler de ces journalistes qui de toute façon « déformaient ses propos », manquaient de subtilité et ne pouvaient rien comprendre à la souffrance cachée au fond des gorges.<br />
Il est confirmé que ses lecteurs attendaient beaucoup d’elle.<br />
Son éditeur grisé par le succès ne cessait de la harceler, souhaitant battre le fer tant qu’il était brûlant. À lui tout seul il était pareil à une meute de loups prêts à se jeter sur n’importe quelle bête affolée propre à être consommée. Mais elle refusait obstinément de lui répondre.</p>
<p style="text-align: center;">***</p>
<p style="text-align: justify;">Eva Rafelson avait-elle résisté à la pression ? Avait-elle arrêté d’écrire, elle qui avait tant aimé attraper son cahier à la tombée du jour pour le couvrir d’écritures fines et serrées à peine lisibles, se laissant emporter par le mystère d’un récit coulant du corps comme une sève ? Comment imaginer qu’elle ait pu se passer d’un pareil envoûtement ? Comment imaginer qu’elle ait pu sacrifier la poésie et lui préférer le travail sur la toile ?<br />
Paula Grund affirme avoir noté un vrai changement dans leur correspondance — c’était environ un an après la sortie du livre.<br />
Eva était devenue évasive, elle écrivait que les mots la brûlaient, qu’elle ne trouvait l’apaisement qu’en peignant des portraits d’enfants en robes rouges ou endormis dans leurs landaus. Et puis elle avait parlé d’une perte, de quelque chose qui s’était brisé. Paula avait cru à la perte d’un petit, l’enfant de Josef, en fait personne n’a jamais su. Là-dessus leurs échanges s’étaient raréfiés et Paula n’avait pas eu l’occasion de voyager vers le nord pour lui rendre visite.</p>
<p style="text-align: center;">***</p>
<p style="text-align: justify;">Certains ont avancé qu’Eva Rafelson avait fini par dormir dans sa cabane au bord des saules, qu’elle avait complètement abandonné ses cahiers et que la peinture était devenue son alliée la plus sûre. Josef lui portait son courrier, ses repas – d’elle-même elle n’aurait pas songé à s’alimenter. Ses yeux étaient devenus très clairs, comme délavés. Sa peau fine, prête à se déchirer. Josef observait sa dernière toile, lui demandait si elle avait besoin d’un carnet pour prendre des notes. Lentement il s’approchait d’elle, caressait sa joue jusqu’au moment où elle faisait ce geste en direction de la porte pour qu’il la laisse. Parfois il tentait de la ramener à la raison, lui apportait une couverture plus chaude ou une tisane avec du miel. Toujours ce geste pour le libérer des contraintes qu’elle détestait lui infliger et qu’il interprétait comme une répudiation.<br />
Non, elle ne voulait pas aller dîner chez Henrika ou rencontrer les Bergen. Non, elle ne voulait pas voir de médecin. Elle allait bien. Elle voulait seulement rester seule, à l’extrême, sur le fil tendu au bord de rompre.<br />
Aucun détail n’a filtré des circonstances de sa mort.<br />
<em>Vies invisibles au cœur de la nuit</em> vient d’être réédité en poche.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="font-size: 15px; text-align: right;"><em>texte écrit par Françoise Renaud dans le cadre de l&rsquo;atelier d&rsquo;été 2017 proposé par François Bon, </em><em> <a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4441">Et si je vous dis personnages ?</a> volet 5 « Fantôme de soi écrivain » à partir du livre « Écrivains » d’Antoine Volodine »<br />
<strong><span style="color: #339966;">Il est proposé « d&rsquo;inventer un personnage qui écrit, à l&rsquo;extrême de soi&#8230; que ça nous emmène marcher seul&#8230; avec tout ce qu&rsquo;on porte d&rsquo;écriture non réalisée&#8230; »</span></strong></em></p>
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		<title>lieux occupés</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 25 Feb 2017 14:26:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[enfance]]></category>
		<category><![CDATA[famille]]></category>
		<category><![CDATA[jardin]]></category>
		<category><![CDATA[roman]]></category>
		<category><![CDATA[Françoise Renaud]]></category>
		<category><![CDATA[Retrouver le goût des fleurs]]></category>
		<category><![CDATA[Sylvia Bahri]]></category>
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					<description><![CDATA[Certains lieux comptent plus que d’autres au cours d&#8217;une vie d’homme. La maison d&#8217;enfance par exemple. Peu importe son aspect ou la nature de son jardin. Avec ou sans cabanon. Borné de grillage ou de haies. C&#8217;est là qu’une certaine géographie du paysage a commencé à s’inscrire dans le corps et dans la mémoire. Une &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/1015-2/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« lieux occupés »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/02/10437618_10153434740233810_4264028173952359536_n.jpg" rel="lightbox-0"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-1016" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/02/10437618_10153434740233810_4264028173952359536_n.jpg" alt="" width="640" height="640" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/02/10437618_10153434740233810_4264028173952359536_n.jpg 640w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/02/10437618_10153434740233810_4264028173952359536_n-150x150.jpg 150w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/02/10437618_10153434740233810_4264028173952359536_n-300x300.jpg 300w" sizes="auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Certains lieux comptent plus que d’autres au cours d&rsquo;une vie d’homme. La maison d&rsquo;enfance par exemple. Peu importe son aspect ou la nature de son jardin. Avec ou sans cabanon. Borné de grillage ou de haies. C&rsquo;est là qu’une certaine géographie du paysage a commencé à s’inscrire dans le corps et dans la mémoire.<br />
Une nourriture qui serait venue par le dehors.<br />
Par la nature de l’air.<br />
Par la pierre des murets, les arbres au voisinage, le ciel dans tous ses états par-dessus les toitures. Par les herbes poussées au hasard des recoins dans une once de terreau gorgée de graines en sommeil. Par la nature des lumières diffusées à travers les rideaux. Les coloris, les transparences, les sons provenant de la rue, les vents faufilés par la cheminée en hiver, les orages d’août. Rien ne se serait construit pareillement de nous sans ces éléments nécessaires pour grandir, sans ces gris ces bleus, sans ces palettes de couleurs, ces murmures et fracas qu&rsquo;on mémorise avec une surprenante précision quand on est haut comme trois pommes, que tout semble crier fort autour de nous et qu&rsquo;on parcourt indéfiniment le jardin, en courant ou rampant. Jardin pareil à un espace immense, à un alpage. Aussi forcément les odeurs attachées aux saisons, aux activités de la famille et aux périodes de fête.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi les lieux occupés s’inscrivent dans l’itinéraire personnel. Appartements, maisons. Ils laissent empreinte quels que soient la durée d’occupation, la forme des fenêtres, la tapisserie, la lumière, l’ambiance, les bruits divers. Tels différents tableaux de notre galerie intime.</p>
<p style="text-align: right; font-size: 17px;"><em>Extrait du roman de Françoise Renaud &lsquo; Retrouver le goût des fleurs&rsquo;, à paraître en 2017</em><br />
<em> Photographie ©Sylvia Bahri</em></p>
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		<title>Libre et paisible</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 11 Jul 2015 08:09:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[roman]]></category>
		<category><![CDATA[Création]]></category>
		<category><![CDATA[écrire]]></category>
		<category><![CDATA[liberté]]></category>
		<category><![CDATA[paix]]></category>
		<category><![CDATA[textes]]></category>
		<category><![CDATA[Virginia Woolf]]></category>
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					<description><![CDATA[« L&#8217;art de création exige la liberté et la paix. Aucune roue ne doit grincer, aucune lumière vaciller. Les rideaux doivent être bien tirés. L&#8217;écrivain, pensais-je, une fois que son expérience est terminée, doit pouvoir s&#8217;abandonner et laisser son esprit célébrer ses noces dans l&#8217;obscurité. Il ne faut pas qu&#8217;il regarde ce qui se passe &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/libre-et-paisible/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« Libre et paisible »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2015/07/DSCF5202.jpg" rel="lightbox-0"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone  wp-image-264" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2015/07/DSCF5202-1024x768.jpg" alt="Eau vive, photographie de Françoise Renaud, 2014" width="659" height="495" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2015/07/DSCF5202-1024x768.jpg 1024w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2015/07/DSCF5202-300x225.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2015/07/DSCF5202-1200x900.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2015/07/DSCF5202.jpg 2048w" sizes="auto, (max-width: 659px) 100vw, 659px" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">« L&rsquo;art de création exige la liberté et la paix. Aucune roue ne doit grincer, aucune lumière vaciller. Les rideaux doivent être bien tirés. L&rsquo;écrivain, pensais-je, une fois que son expérience est terminée, doit pouvoir s&rsquo;abandonner et laisser son esprit célébrer ses noces dans l&rsquo;obscurité. Il ne faut pas qu&rsquo;il regarde ce qui se passe ou qu&rsquo;il pose des questions concernant ce qu&rsquo;il fait. Il doit bien plutôt arracher les pétales d&rsquo;une rose ou regarder les cygnes doucement se laisser emporter par le fleuve. »</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Voilà que je m&rsquo;en retourne vers Virginia Woolf qui prônait une chambre à soi, quelques livres sterling de rente et suffisamment de solitude pour avoir accès à la lumière blanche de la vérité. Et je m&rsquo;en retourne aussi vers l&rsquo;écriture, cette expression incessante de l&rsquo;être qui se réveille, respire tout le jour et s&rsquo;endort avec difficulté parce que rien n&rsquo;est encore accompli de l’œuvre − cette inquiétude de ne jamais atteindre le seuil, de ne pas travailler avec assez de force, de ne pas s&rsquo;enfoncer suffisamment profond dans la matière du fleuve. Virginia l&rsquo;avait fait. Pour en finir. Elle l&rsquo;avait choisi. Elle était entrée dans la rivière Ouse, résolue.</p>
<p style="text-align: justify;">Je suis née bien après elle et je n&rsquo;ai pas besoin de cacher mes manuscrits des yeux fureteurs d&rsquo;un père ou d&rsquo;un mari, ou de mettre sous cloche mon esprit. Je peux exprimer ce qui me tourmente et ce qui me réjouit, m&rsquo;émerveiller ou m’apitoyer, et c&rsquo;est là une chose inestimable. Je peux inventer des personnages de roman, hommes et femmes, les faire se rencontrer, se détester, puiser dans la société qui s&rsquo;agite pour restituer des émotions et des histoires. Je peux m&rsquo;aventurer dans les forêts, au milieu des lacs et des mers. Je peux ouvrir des passages secrets, ensanglanter des visages, dépeindre des visions d&rsquo;enfer ou de paradis. Je peux aussi m&rsquo;adonner à la contemplation et à la poésie, griffonner des chroniques, des textes brefs pour mon blog sur la toile. En bref, je peux écrire. Créer.<br />
En liberté.<br />
Ou presque.</p>
<p style="text-align: justify;">Il est arrivé que certains de mes textes touchent si justement − si durement − que j&rsquo;ai été mise en demeure de les retirer du domaine public, par soit-disant respect pour les défunts ou autres arguments du même genre. Vaines menaces. Ces textes disaient seulement la vérité.<br />
Les textes vivent de toute façon, ils sont publiés quelque part, sont lus, sont appréciés, aimés ou détestés, diffusés. L&rsquo;écriture se glisse dans les interstices de l&rsquo;espace-temps quels que soient ses forme et support. Je ne veux pas me résigner. Je veux continuer jusqu&rsquo;à saigner. Ma liberté crie entre les mots comme le flot jaillit entre les rochers.</p>
<p style="text-align: right; font-size: 14px;">Extrait de <i>A Room of One&rsquo;s Own, </i>de Virginia Woolf,1929<br />
Photographie de Françoise Renaud, ©2014</p>
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		<title>de l&#8217;autre côté de la vitre</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 09 May 2015 10:21:44 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[famille]]></category>
		<category><![CDATA[roman]]></category>
		<category><![CDATA[Boubat]]></category>
		<category><![CDATA[L'enfant de ma mère]]></category>
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					<description><![CDATA[Enfin un bruit de moteur avait couru jusqu’à eux, couvrant le pépiement des oiseaux nichés dans les haies. Alors que le moment de la séparation approchait à vive allure, elle avait senti le sol se dérober sous elle. Quitter la ferme avait été chose pénible, embrasser la mère serait pire encore. Pourtant c’était bien de &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/de-lautre-cote-de-la-vitre/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« de l&#8217;autre côté de la vitre »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2015/05/boubat_enfantdevantunevitrine_1948.jpg" rel="lightbox-0"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-215" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2015/05/boubat_enfantdevantunevitrine_1948.jpg" alt="Enfant devant une vitrine, Edouard Boubat, 19481948" width="522" height="535" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2015/05/boubat_enfantdevantunevitrine_1948.jpg 736w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2015/05/boubat_enfantdevantunevitrine_1948-292x300.jpg 292w" sizes="auto, (max-width: 522px) 100vw, 522px" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Enfin un bruit de moteur avait couru jusqu’à eux, couvrant le pépiement des oiseaux nichés dans les haies. Alors que le moment de la séparation approchait à vive allure, elle avait senti le sol se dérober sous elle. Quitter la ferme avait été chose pénible, embrasser la mère serait pire encore. Pourtant c’était bien de sa délivrance qu’il s’agissait.<br />
Ensuite tout s’était passé comme elle l’avait supposé. Elle avait eu le cœur serré au point de devenir douloureux. Quand il s’était relâché elle n’avait pu s’empêcher de verser quelques larmes.<br />
Pas la mère.<br />
Son visage à elle était resté fermé, impassible, pareil à celui d’une très vieille femme à qui l’on annonce la mort d’un fils.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Pendant ce temps le plus jeune des frères, le plus gai, avait installé le vélo sur la galerie de l’autocar. Déjà des mains s’agitaient. Des mouchoirs aussi. Le père retenait son chapeau, les chevelures cinglaient les joues. Le vent avait dû forcir. Elle se souvient les avoir regardés de l’autre côté de la vitre sans réussir à fabriquer d’expression sur son visage, suspendue au carreau, interdite, le sang subitement refoulé jusqu’au cœur comme sous l’effet d’un poison ou d’un grand effroi. Avec difficulté elle avait réussi à remuer les lèvres pour un adieu tandis que ses doigts glissaient lentement le long du verre sans trouver de prise, les premières phalanges blanchies par la pression. Ensuite les bouches s’étaient déformées d’une étrange façon. Décidément elle ne comprenait plus ce qu’on lui criait. Tel un poisson pris dans une nasse elle aurait voulu se débattre, hurler elle aussi toutes ces choses qu’elle avait enfermées en elle depuis le commencement. Elle aurait voulu croire que la scène qu’elle vivait là n’était qu’une illusion.<br />
Elle avait dû abandonner rapidement cet espoir. Les champs bordés de fossés s’étaient mis à défiler derrière les fenêtres de l’autocar. Quant aux créatures articulées, bouches béantes, bras dressés au-dessus des têtes, elles s’étaient si rapidement éloignées qu’elle ne pouvait plus les reconnaître.<br />
Bientôt elle les perdit de vue.<br />
Ce n’est qu’au bout d’un certain temps qu’il l’avait attirée vers lui pour la sortir de sa torpeur. Elle s’était laissée faire, mais elle avait conservé sur ses genoux tout au long du voyage sa mallette en carton et son paletot de laine ainsi que des trésors.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: right;"><em>extrait de &lsquo;<a href="http://www.francoiserenaud.com/bibliographie/romans-recits/lenfant-de-ma-mere/" target="_blank" rel="noopener">L&rsquo;enfant de ma mère</a>&lsquo;, roman de Françoise Renaud, CLC éditions 2004<br />
&lsquo;L&rsquo;enfant derrière la vitre&rsquo;, photographie d’Édouard Boubat, Paris 1948</em></p>
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