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	<title>fantastique &#8211; Terrain Fragile</title>
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	<description>TEXTES &#38; PHOTOGRAPHIES FRANCOISE  RENAUD</description>
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	<title>fantastique &#8211; Terrain Fragile</title>
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		<title>c&#8217;est l&#8217;aube de l&#8217;été</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 09 Jul 2023 10:32:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[carnet d'installation 2023]]></category>
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					<description><![CDATA[carnet d&#8217;installation &#124; 9 juillet 2023 J&#8217;ai commencé à écrire quelque chose à propos de la maison, du moins celle qu&#8217;elle était il y a plus d&#8217;un siècle. J&#8217;ai envisagé les murs, les greniers, le dédale des pièces, les terres autour. Arpentant la chambre qui me sert de bureau, j&#8217;ai découvert la musique du parquet, &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/cest-laube-de-lete/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« c&#8217;est l&#8217;aube de l&#8217;été »</span></a></p>]]></description>
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<h2 class="wp-block-heading" id="block-185020dd-a3d0-427a-895e-b180fdf20192">carnet d&rsquo;installation | <em>9 juillet 2023</em></h2>



<div style="height:30px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<p style="font-size:clamp(14.642px, 0.915rem + ((1vw - 3.2px) * 0.836), 22px);">J&rsquo;ai commencé à écrire quelque chose à propos de la maison, du moins celle qu&rsquo;elle était il y a plus d&rsquo;un siècle. J&rsquo;ai envisagé les murs, les greniers, le dédale des pièces, les terres autour. Arpentant la chambre qui me sert de bureau, j&rsquo;ai découvert la musique du parquet, châtaignier en lattes de 70, et j&rsquo;ai commencé à dessiner la carte des plaintes émises par ce sol ancien et singulier. Comme une partition de craquements et autres sons inconnus. Un jour &#8212; je ne m&rsquo;y attendais pas &#8212; un personnage est apparu, une femme. Un jour elle était là, assise dans la cuisine. Elle m&rsquo;a fait un peu peur. Spectre ou fantôme, incarnation, reflet, mirage, en tout cas c&rsquo;est comme ça, de dos, qu&rsquo;elle est entrée dans mon roman. Je sais qu&rsquo;elle a un visage doux et un cou délicat en dépit de son âge. Elle m&rsquo;intrigue, je ne sais pas pourquoi je la vois vivante, j&rsquo;ai l&rsquo;impression de la connaître et j&rsquo;ai la certitude qu&rsquo;elle se trouve attachée à cette maison d&rsquo;une façon ou d&rsquo;une autre. Me voilà obligée de lui inventer une vie, une enfance, des frères, des pensées qui la distinguent de ceux qui émergent de l&rsquo;autre monde. J&rsquo;observe avec plus d&rsquo;attention les alentours, traque les traces de la vie ancienne, les stèles en pierre au long du coteau, l&rsquo;ancien hangar au toit effondré qui devait abriter le foin et les animaux. Allez savoir ce que tout ça deviendra dans mes pages&#8230;</p>



<p class="has-background" style="background-color:#dde1e5;font-size:clamp(15.197px, 0.95rem + ((1vw - 3.2px) * 0.887), 23px);"><em>Cuisine, centre de la maison et même du domaine. Peu de lumière. Une silhouette de dos installée à la table. Je me demande ce qu’elle fait là, si elle est réelle, de quoi est fait ce gilet qui couvre les épaules voûtées, matière laineuse on dirait, elle épluche des légumes ou alors raccommode, lit un livre, fait une prière, on dirait un tableau, je suis encore loin d’elle, ne vois rien du visage penché vers les mains, un peu peur quand même et dans l’intense de la surprise, a priori personne d’autre que moi n’habite cette maison, alors rien qu’une ombre, une impression, un caprice de mon imagination, un soupçon absurde qui me fait reculer vers le salon, je voudrais murmurer <span style="font-size:16.0pt;line-height:107%">mon dieu c’est vous&nbsp;? mais diable d’où sortez-vous&nbsp;?</span>, le temps de me frotter les yeux et ça a remué dans la cuisine, un froissement de souris, tout de suite après il me semble entendre le battant de la porte du fond, le temps que je me précipite, plus rien qu’un léger décalage de la chaise, des griffures sur la table, quelques miettes, une odeur de feu et de graisse cuite.</em></p>



<p style="font-size:clamp(15.197px, 0.95rem + ((1vw - 3.2px) * 0.887), 23px);"><span style="font-size:16.0pt;line-height:107%;font-style:normal"><em> </em></span></p>



<p style="font-size:clamp(14.642px, 0.915rem + ((1vw - 3.2px) * 0.836), 22px);">On est à l&rsquo;aube de l&rsquo;été. Le réel et le fantastique se côtoient. Pas de touristes en goguette, pas d&rsquo;aires d&rsquo;autoroutes, pas de pression estivale. Juste la vie simple. Ce matin un orage abreuvant à point nommé le potager et les sauges juste plantées. De quoi me réjouir, applaudir aux sensations de frais qui montent par la fenêtre ouverte.</p>



<p class="has-text-align-center has-small-font-size"><em>Photographie Françoise Renaud – à l’orée du domaine, juin 2023</em></p>
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		<title>fond du jardin</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 06 Sep 2022 06:41:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[enfance]]></category>
		<category><![CDATA[fantastique]]></category>
		<category><![CDATA[jardin]]></category>
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					<description><![CDATA[L’année de ses douze ans peut-être, loin en arrière, sorte de niche au sortir de l’enfance. En fait il y a plusieurs instants de même nature dont elle pourrait s’emparer et fouiller. L’un avec la grand-tante, l’autre avec le frère, l’autre avec les chiens, tous assemblés en cette même heure, durée d’une visite en ce &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/fond-du-jardin/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« fond du jardin »</span></a></p>]]></description>
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<p class="has-medium-font-size">L’année de ses douze ans peut-être, loin en arrière, sorte de niche au sortir de l’enfance. En fait il y a plusieurs instants de même nature dont elle pourrait s’emparer et fouiller. L’un avec la grand-tante, l’autre avec le frère, l’autre avec les chiens, tous assemblés en cette même heure, durée d’une visite en ce village où son père a été recueilli à la fin de la guerre. Le village se situe dans l’arrière-pays maritime fait de bocage, champs de pommiers et prés riches en herbe pour les gros animaux. Le père reconnaissant souhaite entretenir le lien avec ceux qui lui avaient proposé leur chambre à patates pour gîte et l’avaient nourri en des circonstances difficiles. Sans doute veut-il aussi donner à voir ses enfants, fille et garçon, qui grandissent si bien. De beaux enfants en somme.  </p>



<p class="has-medium-font-size">C’est en hiver, le jardin semble mort, les bâtiments de la ferme tassés et bien alignés le long du chemin. Elle aime les reconnaître dans l’instant où la voiture dépasse l’étang, bifurque à droite et se range sur le terre-plein. Tout de suite les chiens alertés se précipitent, leur lèchent les mains sitôt qu&rsquo;ils descendent. Les enfants n’ont que faire des adultes qui échangent des nouvelles un moment au jardin puis s’installent dans la cuisine pour partager une cerise à l’eau-de-vie ou un blanc sec — elle a déjà évoqué ces conversations autour de la table au bois noir griffé par l’usage et a déjà décrit les objets posés sur le buffet devant le miroir déformant. <em>Venez donc par ici, je vais vous donner un gâteau</em>. La tante qui vivra bien au-delà des cent ans, a la voix bourrue. Gentille. Sa face grimace, lèvres fendillées, poils au menton. Franchement elle n’aime pas trop l’embrasser, cette tante-là, elle n’aime pas l’odeur de son sarrau pas lavé. Mais ce regard affûté qu’elle a, comme l’œil noir d’une poule qui secoue la tête d’un bord sur l’autre. Mais cette pogne aussi qu’elle a, solide et intraitable pareille à un vérin de pressoir. <em>Mais oui vous pouvez en prendre deux. Allez mes petits ! Un dans la bouche, un dans la poche</em>. Ils se servent et repartent en courant vers le fond du jardin avec les chiens. Là, un drôle d’appentis entouré de broussailles. Porte déglinguée qui ne tient qu’avec un pauvre crochet. Curieux qu’ils ne l’aient jamais remarqué. Ils entrent, la porte se referme brusquement derrière eux à cause d’une rafale de vent, c’est sombre et sale et encombré. Dehors les chiens gémissent. Elle retient le bras de son frère. <em>On ne devrait pas, on va se faire gronder.</em> Pourtant elle ouvre grand les yeux, s’accroupit, il y a des craquements de planches et de tôle, pas de fenêtres sinon un trou dans le mur du fond, il fait froid, elle pose les mains sur les formes autour d’elle pour essayer de les reconnaître, cageots, meubles remisés, toiles d’araignée, vieux sacs de jute, elle ne sait plus où est son frère, ça sent le vieux, la fumée, le cafard, la pomme pourrie, le légume fermenté, toute la pénombre chargée d’histoires effrayantes. Un des chiens aboie dehors. Elle voudrait savoir pourquoi, elle voudrait les rejoindre. Hiver. Une forme a bougé dans le recoin contre le mur. Elle recule, porte la main vers sa poche où elle a rangé le biscuit.</p>
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		<title>onze fois trente-trois</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 23 Jun 2017 09:37:43 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[corps]]></category>
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		<category><![CDATA[Le tiers livre]]></category>
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					<description><![CDATA[1 Une femme aux cheveux blancs marche dans le hall de l’aéroport à pas menus, un peu perdue. Elle s’apprête à se rendre au bout du monde pour voir sa fille unique. Elle vient d’avoir 88 ans. 2 Il ne dit rien quand elle revient de l’hôpital. Pourtant il est mort de peur, peur qu’elle &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/onze-fois-trente-trois/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« onze fois trente-trois »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/06/artoff4416.jpg" rel="lightbox-0"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-1127" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/06/artoff4416.jpg" alt="" width="900" height="600" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/06/artoff4416.jpg 900w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/06/artoff4416-300x200.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/06/artoff4416-768x512.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/06/artoff4416-600x400.jpg 600w" sizes="(max-width: 900px) 100vw, 900px" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">1<br />
Une femme aux cheveux blancs marche dans le hall de l’aéroport à pas menus, un peu perdue. Elle s’apprête à se rendre au bout du monde pour voir sa fille unique. Elle vient d’avoir 88 ans.</p>
<p style="text-align: justify;">2<br />
Il ne dit rien quand elle revient de l’hôpital. Pourtant il est mort de peur, peur qu’elle ait encore une faiblesse et qu’elle y passe. Le souvenir de leur première rencontre lui revient, pareil à une obsession.</p>
<p style="text-align: justify;">3<br />
L’homme au visage d’enfant conduit une jeep suffisamment étroite pour emprunter le chemin qui conduit à son champ d’oignons. Un jour elle passe juste à côté et il lui parle. Il lui dit que les pommiers ont besoin d’eau en été.</p>
<p style="text-align: justify;">4<br />
Le père est mort récemment dans cette maison. Les enfants parlent de lui, surtout le fils qui n’a pas réussi à se défaire du joug que son géniteur exerçait sur lui. Le fils fait beaucoup de sport pour oublier, il court il court jusqu’au bout de ses forces.</p>
<p style="text-align: justify;">5<br />
Un jour il lui dit qu’elle ne peut pas savoir combien il l’aime — quelque chose d’impossible à mesurer. Alors se dessinent en arrière-plan les visages de celles qu’il a connues avant, juste pour le plaisir, et il voit combien sa vie a basculé.</p>
<p style="text-align: justify;">6<br />
Née dans un pays du  nord, elle décide à 60 ans d’aller vivre dans le sud. À cause du soleil, enfin c’est ce que les gens pensent. En vérité elle s’est enfuie  — elle a toujours voulu tuer son père qui maltraitait sa mère.</p>
<p style="text-align: justify;">7<br />
L’homme noir a vieilli mais la nature de sa musique n’a pas changé ni le son de son saxophone. Il traverse l’atlantique pour la revoir. Quand elle lui serre les mains, il la regarde dans les yeux et voit ce qu’elle est devenue.</p>
<p style="text-align: justify;">8<br />
Cary a toujours été bel homme et il a multiplié les aventures amoureuses. Sur le divan du psychanalyste il parle de sa mère qui lui a toujours écrit de belles lettres mais était incapable de l’aimer. Il commence à comprendre pourquoi il a gâché une bonne moitié de sa vie.</p>
<p style="text-align: justify;">9<br />
Ses enfants ont quitté la maison pour conduire leur vie ailleurs, une chose qu’elle ne peut pas supporter. Un matin, devant ses élèves, elle perd subitement le contrôle de sa voix et elle s’effondre. Comme un crash d’avion.</p>
<p style="text-align: justify;">10<br />
Refusant de se conformer aux offres de la société, une jeune fille cherche sa voie. Son amour pour le théâtre prend toute la place. Elle vient d’être choisie pour tenir le rôle d’Antigone avec une troupe d’amateurs.</p>
<p style="text-align: justify;">11<br />
Déjà douze ans qu’il souffre d’un cancer. Il est assis au bord de la mer et il raconte à son amie écrivain comment, à travers cette épreuve, son esprit s’est ouvert. Ou plutôt son cœur.</p>
<p style="font-size: 15px; text-align: right;"><em>textes créés par Françoise Renaud dans le cadre de l&rsquo;atelier d&rsquo;été 2017 proposé par François Bon : <a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4416">Et si je vous dis personnages ?</a><br />
<span style="color: #207373;">La consigne, c&rsquo;était  : en bref, faire émerger un personnage en trois phrases tout au plus</span><br />
Illustration : Alfred Kubin (1877-1959)<br />
</em></p>
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		<title>vers l&#8217;horizon perdu [1/2]</title>
		<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/vers-lhorizon-perdu-12/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 28 Nov 2016 15:21:49 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[corps]]></category>
		<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[fantastique]]></category>
		<category><![CDATA[noir]]></category>
		<category><![CDATA[Vases communicants]]></category>
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		<category><![CDATA[horizon]]></category>
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					<description><![CDATA[Ce texte a été écrit dans le cadre des Vases Communicants en liaison avec celui de Dominique Hasselmann qu&#8217;on peut retrouver ici. il sortait en général avant la tombée de la nuit — sans doute qu&#8217;il n&#8217;aimait pas le soleil —, il sortait de l&#8217;immeuble et se faufilait dans le flot des voitures et des &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/vers-lhorizon-perdu-12/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« vers l&#8217;horizon perdu [1/2] »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><em>Ce texte a été écrit dans le cadre des Vases Communicants en liaison avec celui de Dominique Hasselmann qu&rsquo;on peut retrouver <strong><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/vases-communicants-decembre-2016-avec-dominique-hasselmann/">ici</a></strong>.</em></p>



<div style="height:47px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<p class="has-medium-font-size">il sortait en général avant la tombée de la nuit — sans doute qu&rsquo;il n&rsquo;aimait pas le soleil —, il sortait de l&rsquo;immeuble et se faufilait dans le flot des voitures et des passants en se faisant remarquer le moins possible&nbsp;— sans doute qu&rsquo;il n&rsquo;aimait pas se distinguer non plus, raison pour laquelle il portait des vêtements de couleur neutre, pantalon gris, gabardine d&rsquo;un genre que tout le monde porte en ville et qui n&rsquo;éveille aucun soupçon, jamais de chapeau ni autre fantaisie</p>



<p class="has-medium-font-size">tout de même cette façon singulière qu&rsquo;il avait de se glisser entre les éléments qui encombraient son parcours : arbres, bancs, lampadaires, poussettes, fourgonnettes, laissait imaginer qu&rsquo;il était suivi ou même étroitement surveillé ou qu&rsquo;il pensait l&rsquo;être, ce mouvement rapide du bras qui rabattait le pan du manteau tout en jetant un regard derrière lui, cette inquiétude perceptible au front, cette accélération du pas, cette réticence à dire parler sourire, même au boulanger qui lui servait quotidiennement sa baguette de campagne, voire un gâteau le samedi soir, rarement deux, ce qui laissait supposer qu&rsquo;il vivait seul dans cet immeuble d&rsquo;où il avait surgi comme en retard juste avant la fermeture des boutiques du quartier, certaines demeurant éclairées au-delà des horaires affichés sur la porte, chose qu&rsquo;il avait bien notée et dont il profitait souvent</p>



<span id="more-899"></span>



<p class="has-medium-font-size">à vrai dire parler n&rsquo;était pas nécessaire dans sa situation puisque le boulanger savait exactement ce qu&rsquo;il voulait — tous les jours la même chose et même qu&rsquo;il la lui mettait de côté, sa baguette —, pour ce qui était du gâteau il le lui désignait du doigt à travers la vitrine avec un pincement de lèvres et à l&rsquo;épicerie il déposait sur le comptoir ce qu&rsquo;il avait glané dans les rayons, d&rsquo;ailleurs tout se passait dans une effervescence liée à tous ceux qui entraient et sortaient et aux conversations qui se croisaient, ce qui lui permettait d&rsquo;échapper aux échanges de politesses, et il se contentait de saluer d&rsquo;un signe de tête en sortant, du coup personne ne savait rien sur lui : sur son histoire, sur ce qu&rsquo;il faisait comme métier, s&rsquo;il avait une famille, des enfants, si même il était né ici ou s&rsquo;il avait débarqué un jour de l&rsquo;étranger, s&rsquo;il avait été artiste ou auteur d&rsquo;actes héroïques, en tout cas sa tenue était propre et soignée, là-dessus rien à dire, et il ne faisait de mal à personne, après tout c&rsquo;était son droit de rester silencieux et de marcher furtivement en regardant derrière lui</p>



<p class="has-medium-font-size">en fait il était attentif au crépuscule dont les lueurs le bouleversaient — il n&rsquo;aurait su dire d&rsquo;où ça lui venait ni pourquoi, quelque chose d&rsquo;attaché à sa petite enfance —, oui ces lueurs capables de projeter de la féérie au ciel l&rsquo;impressionnaient, c&rsquo;était là son ultime horizon avant le grand noir, et comme il ne voulait pas rater une opportunité de le saisir, surtout quand il avait plu ou allait pleuvoir — les palettes violettes et orangées étaient alors plus puissantes —  et comme la toile se modifiait à chaque seconde, il se retournait encore et encore, et cette fois il avait bien fait, le ciel s&rsquo;était embrasé d&rsquo;un coup et la façade de l&rsquo;immeuble était devenue rouge au point qu&rsquo;il s&rsquo;était arrêté net, sac de courses à bout de bras, un landau l&rsquo;avait heurté et le bébé s&rsquo;était mis à pleurer, forcément la mère avait grommelé, s&rsquo;arrêter au milieu du trottoir comme ça brutalement, il aurait pu faire attention tout de même, tandis qu&rsquo;il regardait l&rsquo;univers fantastique projeté une paire de minutes au-dessus de sa tête<br />il ne s&rsquo;était pas aperçu qu&rsquo;il avait commencé à grignoter sa baguette<br />et quand le noir avait dominé la couleur il avait regagné son appartement, essayant de conserver en mémoire ce décor éphémère, peut-être qu&rsquo;il l&rsquo;avait écrit ou dessiné, allez savoir ce qui se passe dans ces chambres où les gens vivent et ressentent plus ou moins vivement leur solitude après avoir surpris et perdu la beauté, espoir proposé sitôt retiré</p>



<div style="height:59px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<figure class="wp-block-image aligncenter is-style-default"><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2016/11/Quai-de-Valmy-Paris-10e-22.11.16_DH.jpg" rel="lightbox-0"><img decoding="async" width="768" height="1024" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2016/11/Quai-de-Valmy-Paris-10e-22.11.16_DH-768x1024.jpg" alt="quai-de-valmy-paris-10e-22-11-16_dh" class="wp-image-900" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2016/11/Quai-de-Valmy-Paris-10e-22.11.16_DH-768x1024.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2016/11/Quai-de-Valmy-Paris-10e-22.11.16_DH-225x300.jpg 225w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2016/11/Quai-de-Valmy-Paris-10e-22.11.16_DH.jpg 1200w" sizes="(max-width: 768px) 100vw, 768px" /></a></figure>



<p class="has-text-align-right"><em>Texte : Françoise Renaud<br />Photographie : Dominique Hasselmann</em></p>
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		<title>grande muraille</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 17 Jan 2016 12:25:39 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Quelque part sur la frontière nord de la Chine, entre IIIe siècle et XVIIe siècle&#8230; Tout là-bas, le soleil en chute libre. Quelqu&#8217;un le suit des yeux. Un homme. Il sait que, lorsque la terre sera plongée dans les ténèbres, l&#8217;astre continuera de peser sur la mémoire du corps. En particulier sur les paupières, petites &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/grande-muraille/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« grande muraille »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<h4><em>Quelque part sur la frontière nord de la Chine, entre IIIe siècle et XVIIe siècle&#8230;</em></h4>
<h4><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2016/01/Life-on-Mars-001.jpg" rel="attachment wp-att-383 lightbox-0"><img decoding="async" class="alignnone wp-image-383" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2016/01/Life-on-Mars-001.jpg" alt="Life on Mars" width="550" height="550" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2016/01/Life-on-Mars-001.jpg 640w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2016/01/Life-on-Mars-001-150x150.jpg 150w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2016/01/Life-on-Mars-001-300x300.jpg 300w" sizes="(max-width: 550px) 100vw, 550px" /></a></h4>
<p style="text-align: justify;">Tout là-bas, le soleil en chute libre.<br />
Quelqu&rsquo;un le suit des yeux. Un homme.<br />
Il sait que, lorsque la terre sera plongée dans les ténèbres, l&rsquo;astre continuera de peser sur la mémoire du corps. En particulier sur les paupières, petites plaies et brûlures ne pouvant s&rsquo;arrêter de suppurer. Pupilles brûlées aussi, pellicule opaque troublant la vue. Et c&rsquo;est pareil pour chacun des hommes du chantier.<br />
Ajoutés à ça, la poussière, le sable, la poudre issue des roches qu&rsquo;ils taillent polissent et transportent sur leur dos.<br />
La sueur qui pique la peau aux écorchures, repoussée d&rsquo;un mouvement quasi automatique du poignet.<br />
Si cruel ce pays désertique, torride le jour, glacial la nuit, avec des hordes de barbares qui déferlent pour dérober le peu qu&rsquo;ils ont, quand bien même ils se trouvent défendus par une garnison de soldats — car ce n&rsquo;est pas la main-d&rsquo;œuvre qu&rsquo;ils protègent, plutôt la muraille en train de se construire, et aussi les victuailles et les tentes du campement hérissées d&rsquo;étendards où ils séjournent tous.</p>
<p style="text-align: justify;">Une fois le soleil enfui, l&rsquo;ombre met à nu les souffrances, corps rompus abattus sous des bâches.<br />
Un court répit.<br />
Quelques heures gémissantes.<br />
Le rêve les emporte loin — rien d&rsquo;autre que le rêve pour tenir —, loin dans le giron doux des femmes, mères et amantes laissées en arrière ou simplement inventées, loin dans la tendresse d&rsquo;une progéniture perdue.<br />
Ses rêves à lui ont la dureté du granit extrait à cœur de montagne, matière primitive, lave, fluide sanglant, si bien qu&rsquo;il préfère leur faire barrage — il ne survivrait pas à l&rsquo;appel de ces choses douces inaccessibles. Il choisit de se remplir du monde en train de se construire en dépit de la douleur et de la faim. Il épie le vent, les nuages, les herbes, les arbustes, les bêtes qui fuient dans leurs terriers. Il respire rumine le monde comme on marche, vivant tout simplement, la chute du soleil révélant chaque soir la topographie des lieux — il le sait, chaque soir il regarde — et, dans l&rsquo;instant précis où l&rsquo;astre chute, la véritable courbure de l&rsquo;univers. C&rsquo;est là sa plus grande joie.</p>
<p style="text-align: justify;">Des siècles plus tard, des voyageurs équipés d&rsquo;appareils à photographier viendront admirer ces formidables fortifications. Ils s&rsquo;égaieront pépieront telle bande d&rsquo;oiseaux gris et repartiront comme ils sont venus sans rien percevoir de la profondeur infinie du temps et de la couleur violente de la terre, nourrie de sang humain et de crépuscules.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="padding-left: 30px; text-align: right;"><em>texte inspiré par <strong>Life on Mars</strong>, photographie de <a href="http://www-rickglay-com.photodeck.com/" target="_blank" rel="noopener">Rick Glay, </a>2013</em></p>
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		<title>falaise sans fin (8)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 12 Feb 2015 14:44:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[falaise sans fin (saison 1)]]></category>
		<category><![CDATA[fantastique]]></category>
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		<category><![CDATA[falaise]]></category>
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					<description><![CDATA[On aurait dit que leur souhait avait été exaucé.Enfin quelque chose arrivait, un événement qui venait percuter le cours de leur voyage. Mais ce quelque chose était une menace, un coup de semonce qui avait entraîné l&#8217;évanouissement du corps de Mermel, et bien sûr ils n&#8217;avaient rien souhaité d&#8217;aussi extrême. Sans doute un projectile qui &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-8/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« falaise sans fin (8) »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p></p>



<p>On aurait dit que leur souhait avait été exaucé.<br />Enfin quelque chose arrivait, un événement qui venait percuter le cours de leur voyage. Mais ce quelque chose était une menace, un coup de semonce qui avait entraîné l&rsquo;évanouissement du corps de Mermel, et bien sûr ils n&rsquo;avaient rien souhaité d&rsquo;aussi extrême. Sans doute un projectile qui l&rsquo;avait percuté en pleine poitrine pour qu&rsquo;il s&rsquo;effondre comme ça. D&rsquo;un bloc.<br />Ou alors à la gorge.<br />Une flèche, un boulet, une poignée de grenaille.<br />Et cette agression inattendue — souvent ils avaient repensé à l&rsquo;attaque des oiseaux noirs — les poussait à déguerpir à travers cet espace qui leur avait paru jusque là inhabité, tous les deux debout encore, devenus fous, comme poursuivis par un essaim de guêpes ou un mastodonte en colère, tandis que le troisième n&rsquo;était plus qu&rsquo;une masse abattue sur le sol.<br />Cela se passait à environ 1h de l&rsquo;après-midi. Ordinairement une bonne heure pour forcer le pas.<br />Mais cette fois ce n&rsquo;était pas la lumière qui les exhortait, c&rsquo;était la peur d&rsquo;être tirés comme des lapins par un snipeur.</p>



<p>Pas de bruit.<br />Pas de mouvement sinon de brefs vols d&rsquo;oiseau.<br /></p>



<span id="more-32"></span>



<p>Était-ce une troupe de chasseurs habitués à se déplacer contre le vent ou un seul individu embusqué qui les aurait épiés depuis la cascade ? Impossible de savoir.<br />Le jour — le temps — avançait, se dissolvait dans le ciel immense.</p>



<p>Donc Riks et Clod continuaient de courir droit devant dans l&rsquo;intention de porter secours à leur compagnon, mais aussi de se mettre à l&rsquo;abri le plus vite possible, peut-être là-bas où il y avait des bouquets d&rsquo;arbres. En fait il n&rsquo;y en avait plus beaucoup sur cette berge qui filait au flanc du torrent, du coup ils couraient à l&rsquo;aveugle en direction du corps couché. Et ils ne voyaient rien du paysage dans leur dos et ils n&rsquo;entendaient rien de l&rsquo;eau vivante qui s&rsquo;engouffrait dans la vallée, une vallée dont la nature avait beaucoup changé depuis qu&rsquo;ils avaient perdu de l&rsquo;altitude, torrent devenu rivière de plus en plus large, comme le cours des existences humaines.<br />Large à se perdre dans l&rsquo;océan. Dans le néant.<br />Tout en courant, Riks pensait que leur course n&rsquo;était pas suffisamment rapide pour tromper un fin braconnier. Le plus prudent aurait été de se mettre à l&rsquo;abri pour faire le point sur la situation, ensuite seulement approcher l&rsquo;homme à terre.<br />D&rsquo;ailleurs la fatigue commençait à raidir leurs muscles et depuis quelques instants une nimbe grise embuait leur vue. Tant d&rsquo;efforts répétés avec si peu de sommeil et de nourriture et la valse des inquiétudes, des sentiments contradictoires. N&rsquo;importe quoi pouvait arriver maintenant qu&rsquo;ils étaient loin de ceux qui les avaient vus naître et grandir. Alors à quoi bon courir, se cacher ? Sans doute valait-il mieux d&rsquo;accepter la fin — violente, pourquoi pas ? Une fin comme une autre.<br />Sur cette pensée, Riks stoppa sa course.<br />Clod l&rsquo;imita. Hors d&rsquo;haleine, il n&rsquo;aurait pas pu continuer longtemps. Ses yeux n&rsquo;étaient pas encore guéris et ils pleuraient à cause de l&rsquo;effort physique et du soleil hypnotisant. Ils étaient bien d&rsquo;accord. Inutile de souffrir davantage. Ils verraient bien, n&rsquo;est-ce pas ?<br />Là-bas, Mermel étendu sur le sol pierreux.</p>



<p>Voilà qu&rsquo;ils devinaient son ventre et ses membres soumis à de légers soubresauts.<br />Vivant, Mermel. Encore un peu.<br />Le pays palpitait autour d&rsquo;eux, montagne, lumière, menace fondue dans la pierre. Ils attendaient. Mais rien.</p>



<p>Côte à côte, mains ouvertes et levées haut en signe de soumission, ils pivotèrent lentement sur leurs talons et ils envisagèrent le panorama dans son entier, tentant de découvrir d&rsquo;où avait bien pu venir la première déflagration. Ils étaient prêts à tomber à leur tour, à se battre s&rsquo;il fallait, au mieux à négocier leur survie.<br />Mais rien. Il ne se passait rien.<br />Et ils voyaient clairement où ils en étaient.<br />Ils voyaient l&rsquo;incroyable beauté du cañon qui dessinait une ligne bien tranchée contre le ciel laiteux, les ténèbres à venir encore basculées de l&rsquo;autre côté de l&rsquo;horizon teintant par touches minuscules et phosphorescentes les nuages rosés et aussi le roc dressé depuis les rives devenues plus calmes, nu, sculpté par les vents, hiératique, pareil à un rempart.<br />Soudain, dans ce silence hanté par des cris d&rsquo;oiseau, ils le virent. Le chasseur. Il s&rsquo;en venait dans leur direction titubant, ah le forçat, le vagabond, bouche déformée par une expression mi ahurie mi douloureuse, fusil et havresac en bandoulière, vêtements sales en lambeaux.</p>



<p class="has-text-align-right"><em>Photographie : Sans titre de <strong><a href="http://www-rickglay-com.photodeck.com/" target="_blank" rel="noopener">Rick Glay</a></strong></em></p>
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		<title>falaise sans fin (7)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 12 Feb 2015 14:43:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[falaise sans fin (saison 1)]]></category>
		<category><![CDATA[fantastique]]></category>
		<category><![CDATA[feuilleton]]></category>
		<category><![CDATA[falaise]]></category>
		<category><![CDATA[Nord]]></category>
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					<description><![CDATA[Ils s&#8217;étaient accordés trois jours, trois jours pour manger, dormir – pas question de poésie, seulement de récupération –, trois jours au terme desquels ils avaient prévu de se remettre en route, de traverser les forêts pour atteindre les vallées où des hommes avaient dû se regrouper et s&#8217;installer en hameaux, en villages. Enfin, c&#8217;est &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-7/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« falaise sans fin (7) »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p></p>



<p>Ils s&rsquo;étaient accordés trois jours, trois jours pour manger, dormir – pas question de poésie, seulement de récupération –, trois jours au terme desquels ils avaient prévu de se remettre en route, de traverser les forêts pour atteindre les vallées où des hommes avaient dû se regrouper et s&rsquo;installer en hameaux, en villages. Enfin, c&rsquo;est ce qu&rsquo;ils supposaient. Ils rêvaient de la rencontre, proche à présent. Et ils étaient confiants, remplis de cette croyance naïve qui les avait poussés à quitter leur pays hostile pour trouver mieux.</p>



<p>Clod, toujours fragile, lança un dernier regard vers la cabane comme s&rsquo;il en regrettait la protection tandis que les autres déjà s&rsquo;étaient engagés dans les sous-bois pentus, peuplés de brume et de chaos granitiques. Difficile de s&rsquo;y déplacer, le sol était limoneux et glissant, il fallait se cramponner aux arbres, aux lianes, à tout ce qui se trouvait sur le passage pour ne pas déraper.<br />Au fil de la descente, la végétation devenait de plus en plus luxuriante. Souvent des amorces de torrent cavalaient à la faveur de pans rocheux puis se regroupaient à la faveur des replats en petites nappes d&rsquo;eau turbulente avant de repartir dans la pente. L&rsquo;eau était si claire qu&rsquo;on voyait l&rsquo;ondulation floue des herbes accrochées au fond et aux courtes berges. Parfois ils entendaient des bruits de branches. Ils s&rsquo;immobilisaient, craignant – ou désirant – qu&rsquo;il s&rsquo;agisse d&rsquo;un trappeur ou d&rsquo;une troupe de chasseurs. Mais non, rien. Seulement des bouquetins en fuite en train de s&rsquo;abreuver qui s&rsquo;étaient effrayés de leurs foulées. Ou un ours à ses affaires.<br />Bientôt, et sans avertissement, ils débarquèrent sur une plateforme plus dégagée qui bordait un canyon.<br />Et ce fut là un spectacle incroyable.</p>



<span id="more-29"></span>



<p>Quelque chose qui n&rsquo;existait pas dans le Nord,<br />quelque chose qu&rsquo;ils n&rsquo;avaient donc jamais vu.</p>



<p>Il s&rsquo;agissait d&rsquo;une série de cascades d&rsquo;une hauteur vertigineuse qui se ramifiaient en longs bras écumants, explosant fouettant habitant le pan de montagne d&rsquo;un brouillard d&rsquo;argent, et ce brouillard brillait contre la lumière du matin à la façon d&rsquo;un minéral à facettes qu&rsquo;on aurait fait tourner entre les doigts. En haut du plateau, la matière liquide semblait sourdre de la végétation même, du dessous des arbres dont la taille paraissait soudain dérisoire, comparée à l&rsquo;immensité du décor. Parvenue au bord du vide, elle basculait, s&rsquo;éclatait en mille particules qui semblaient contenir chacune toute la fureur et la force de la chute.<br />En bas, sous le bouillonnement, ils pouvaient contempler la masse couleur émeraude qui remplissait le gouffre, animée par des contrecourants verticaux quasi invisibles.</p>



<p>Ils restèrent en silence. Impressionnés. Éblouis.<br />L&rsquo;importance du dénivelé, la masse d&rsquo;eau, sa profondeur, la largeur du plan de chute, le bruit. Oui bien sûr, le bruit, que rien ne semblait en mesure d&rsquo;affaiblir.<br />Pas la peine de parler, il aurait couvert leurs voix.</p>



<p>Riks examina la situation et décida qu&rsquo;ils longeraient le canyon jusqu&rsquo;à trouver un passage pour gagner les terres basses. Il montra la direction avec le bras. Le matin était en son cœur. Ainsi, durant plusieurs heures, ils marchèrent le long du plateau calcaire, accompagnés par le grondement du torrent dans la gorge. Il allait forcément quelque part, ce torrent, il suffisait de le suivre sans s&rsquo;inquiéter. Le suivre simplement, jusqu&rsquo;à rejoindre un confluent, un lac, une mer.<br />Prompt à la manœuvre, Mermel avait pris la tête de la troupe dans l&rsquo;urgence de savoir ce qui les attendait. De loin, il leur faisait des signes pour les encourager. La température s&rsquo;était réchauffée. Et c&rsquo;est vrai qu&rsquo;ayant perdu de l&rsquo;altitude, ils respiraient mieux et leurs muscles fonctionnaient souplement. Le repos leur avait été bénéfique.<br />C&rsquo;est à la faveur d&rsquo;une fracture dans le rocher qu&rsquo;ils purent atteindre les berges du torrent devenu large rivière, enrichie par les pluies printanières. Ces berges s&rsquo;élargissaient en de vastes champs pareils à des alpages. Il y avait des traces de piétinement et des crottes sèches, indices de troupeaux. Mais s&rsquo;ils avaient aussi croisé plusieurs cabanons nichés ci et là à l&rsquo;abri du vent, ils n&rsquo;avaient pas croisé âme qui vive, ni bête ni berger ni chasseur. Et voilà qu&rsquo;une sourde inquiétude avait commencé de les tourmenter, l&rsquo;inquiétude d&rsquo;arriver quelque part, en territoire où des humains vivaient. Ils sentaient les habitations proches, et pourtant rien n&rsquo;arrivait. Ils auraient été prêts à braver une armée de sauvages plutôt que de se confronter à ce désert sans fin.</p>



<p>À ce moment, quelque chose fit explosion.<br />Et ils virent le corps de Mermel s&rsquo;effondrer, déformé par une sorte d&rsquo;ébranlement, mort ou vivant. Ils tournèrent la tête vers l&rsquo;autre berge et se mirent à courir.</p>



<p><em>(à suivre)</em></p>



<p class="has-text-align-right"> </p>



<p class="has-text-align-right"> </p>
]]></content:encoded>
					
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		<title>falaise sans fin (6)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 12 Feb 2015 14:43:21 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[falaise sans fin (saison 1)]]></category>
		<category><![CDATA[fantastique]]></category>
		<category><![CDATA[feuilleton]]></category>
		<category><![CDATA[falaise]]></category>
		<category><![CDATA[imaginaire]]></category>
		<category><![CDATA[Nord]]></category>
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					<description><![CDATA[Comment savoir ce qu&#8217;il y avait dans cet abri qui s&#8217;était trouvé à point nommé sur leur chemin alors qu&#8217;ils erraient, dévalant le versant recouvert de forêt, aveuglés par la lumière vive du couchant, prêts à se précipiter dans la mort, ayant perdu toute réflexion à cause de l&#8217;épuisement, et donc tout moyen de la &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-6/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« falaise sans fin (6) »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p></p>



<p>Comment savoir ce qu&rsquo;il y avait dans cet abri qui s&rsquo;était trouvé à point nommé sur leur chemin alors qu&rsquo;ils erraient, dévalant le versant recouvert de forêt, aveuglés par la lumière vive du couchant, prêts à se précipiter dans la mort, ayant perdu toute réflexion à cause de l&rsquo;épuisement, et donc tout moyen de la reconnaître ?</p>



<p>[Ou plutôt comment puis-je décider, moi, l&rsquo;auteur de cette histoire qui me dépasse et me pousse dans mes retranchements, de ce que mes personnages allaient trouver, enjambant un pan de muret effondré et repoussant le fouillis des branchages pour en atteindre l&rsquo;entrée ? Y avait-il du danger ? Une bête qui avait fait de ce lieu son repaire ? Des brigands embusqués?<br />Je vais leur allouer une chance. Je peux au moins faire ça pour eux car j&rsquo;ai grande conscience des périls vécus durant leur voyage, conscience aussi de leur état physique. Depuis qu&rsquo;ils ont quitté leur pays, ils n&rsquo;ont pas pris le moindre repos, ils ont gravi une falaise réputée infranchissable et ils ont combattu des oiseaux diaboliques – ils en portent les stigmates – sans compter le froid, le vent, la faim, la terreur, le désespoir.<br />S&rsquo;étendre sur un matelas d&rsquo;herbe ou de paille, s&rsquo;oublier dans le trou béant du sommeil, s&rsquo;oublier&#8230;<br />Voilà ce que je suis en mesure de leur accorder, au moins jusqu&rsquo;à ce que le soleil fasse le tour de la terre et les surprenne enfouis dans le vaste giron de l&rsquo;anéantissement.]</p>



<p>Cette cabane, des générations d&rsquo;hommes y avaient trouvé refuge et l&rsquo;avaient retapée au gré des transhumances et des campagnes de chasse. Il y avait de la litière propre pour se coucher, des outres en peau et une source à proximité pour les remplir, il y avait des pierres réunies en foyer et même un tas de bûches prêtes à servir. Les murs étaient imprégnés d&rsquo;odeurs de lichen et de gibier grillé, aussi du suint des êtres qui avaient séjourné là, arrivés on ne sait d&rsquo;où, comme eux, livrés aux violences de leur destin. Et maintenant que le jour était complètement achevé et que le rythme de leurs cœurs s&rsquo;était accéléré à cause de la joie d&rsquo;avoir trouvé un gîte, ils pouvaient lâcher prise, s&rsquo;effondrer – leurs muscles collés aux os aussi pesants que du linge mouillé – et céder au silence des ténèbres.</p>



<p>Au cœur de la nuit, Clod cria.<br />Il rêvait. Il rêvait qu&rsquo;il tombait, qu&rsquo;il se faisait arracher les yeux.<br />Il rêvait qu&rsquo;il mourait.</p>



<span id="more-27"></span>



<p>Personne ne l&rsquo;entendit. Chacun était coulé dans le plomb du sommeil, dans sa solitude, dans le plus dur et le plus essentiel de ce qui composait la vie. Ou plutôt la survie à l&rsquo;orée de la mort.<br />Cent heures à dormir n&rsquo;auraient pas suffi à les régénérer.</p>



<p>Le lendemain ils restèrent aux environs de la cabane. Ils profitèrent de la source pour laver leurs blessures. Riks s&rsquo;occupa de Clod, appliqua un baume sur ses paupières et banda ses mains tandis que Mermel se chargeait de leur futur repas. Bien exercé au maniement de l&rsquo;arc, il attrapa quelques oiseaux, puis cueillit des herbes pour les farcir et ramassa des champignons qui ressemblaient aux chanterelles. Alors ils firent un vaste feu et ils se préparèrent au festin.<br />Pas besoin de vin.<br />La nuit de retour les enveloppa d&rsquo;une brume qui leur parut douce, étrange. Entêtante. La viande les étourdissait et la forêt les protégeait. Ils ne pensaient à rien, pas même au retour.</p>



<p>[Je retarde le moment de les confronter à la réalité de ce nouveau pays dont ils ne connaissent rien. Je veux prendre le temps de les voir réunis autour de ce feu, je veux voir de près leurs visages.]</p>



<p><em>(à suivre)</em></p>



<p class="has-text-align-right"><em>Illustration : Sans titre, de <strong><a href="http://jacki-marechal.com/" target="_blank" rel="noopener">Jacki Maréchal</a></strong>, acrylique sur toile, 30&#215;30</em></p>
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		<title>falaise sans fin (5)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 12 Feb 2015 14:42:34 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[falaise sans fin (saison 1)]]></category>
		<category><![CDATA[fantastique]]></category>
		<category><![CDATA[feuilleton]]></category>
		<category><![CDATA[Caspar David Friedrich]]></category>
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		<category><![CDATA[série]]></category>
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					<description><![CDATA[Les derniers mètres leur semblèrent faciles. Ils les franchirent sans s&#8217;en apercevoir. Même s&#8217;ils étaient morts de faim et raidis par une fatigue incommensurable, ils exultaient d&#8217;avoir vaincu la falaise et leurs consciences semblaient avoir évacué d&#8217;un coup le poids des épreuves encourues : les monstres ailés, le vertige, la peur noyant le ventre.Oui, la &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-5/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« falaise sans fin (5) »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<ol class="wp-block-list">
<li></li>
</ol>



<p>Les derniers mètres leur semblèrent faciles. Ils les franchirent sans s&rsquo;en apercevoir. Même s&rsquo;ils étaient morts de faim et raidis par une fatigue incommensurable, ils exultaient d&rsquo;avoir vaincu la falaise et leurs consciences semblaient avoir évacué d&rsquo;un coup le poids des épreuves encourues : les monstres ailés, le vertige, la peur noyant le ventre.<br />Oui, la peur – sûrement leur pire ennemi.</p>



<p>Riks atteignit le premier le sommet, une sorte une vire composée de grandes dalles érodées par le gel intense, suffisamment spacieuse pour les accueillir. Il arrima sa corde solidement et aida ses compagnons à se hisser près de lui.<br />Tous les trois mouraient d&rsquo;impatience, ils voulaient voir ce qui se tramait de l&rsquo;autre côté, ils voulaient savoir à quoi ressemblait l&rsquo;autre pays. Mais la lumière mordorée du couchant commençait à envahir la vallée et estompait la plupart des détails. Debout dans le vent glacé, ils n&rsquo;envisageaient qu&rsquo;une immense plaine qui s&rsquo;enfuyait à perte de vue sous un ciel orné de nuages gris violet et rouge orangé, et d&rsquo;ailleurs leurs yeux bleu pâle – une espèce d&rsquo;innocence récemment révélée – étaient enflés, comme brûlés en dedans, ils ne pouvaient donc récolter qu&rsquo;une impression diffuse des éléments du paysage.<br />Une chose est sûre, ils prirent conscience de l&rsquo;espace qui s&rsquo;ouvrait devant eux, ils virent la raideur de la pente, ils ne pensaient ni à la prière ni à la mort, ils ne pensaient qu&rsquo;à glisser au-delà de cette ligne de crêtes pour quitter le vent, la froidure et les reflets de neige, atteindre – comment dire ? –, atteindre le paradis.<br />Tout retour en arrière était désormais impossible.</p>



<p></p>



<span id="more-17"></span>



<p>Riks indiqua qu&rsquo;ils ne devaient pas traîner. D&rsquo;une part à cause de la nuit proche, d&rsquo;autre part à cause du froid qui les paralyserait s&rsquo;ils s&rsquo;arrêtaient trop longtemps de bouger.<br />&#8211; On tient le bon bout. Ne vous en faîtes pas, on va s&rsquo;en sortir. Allez, on ne lâche rien.<br />&#8211; Oui, répondit Mermel, on fait du mieux qu&rsquo;on peut.<br />Riks désigna la sente pierreuse qui se faufilait entre les crocs de la montagne pour s&rsquo;engager sur l&rsquo;autre versant. Sûrement par là qu&rsquo;il fallait prendre. Mais auparavant, il se pencha vers le sol, composa un édifice avec les pierres qui se trouvaient là, sortit son couteau et grava sur l&rsquo;une d&rsquo;elles deux prénoms : Päl et Ernst. Dessous il coinça une lanière arrachée à sa chemise de façon à la laisser en prise au vent.<br />Les gens de sa tribu pensaient que le vent était capable de diriger l&rsquo;âme des défunts vers le monde véritable afin qu&rsquo;elle y trouve sa juste place.<br />Un instant ils regardèrent le fragile bout de tissu remuer à la façon d&rsquo;un ruban. Puis ils lui tournèrent le dos brusquement.<br />Un nouveau monde les attendait.</p>



<p>Le flanc sud était doux, souple et ventru – l&rsquo;exact opposé du flanc nord. La lumière féérique contribuait sans doute à cette impression.<br />Mermel se lança à corps perdu dans les longues pentes d&rsquo;éboulis tandis que Riks se chargeait d&rsquo;attendre Clod, désorienté, parfois gémissant, qui semblait beaucoup souffrir. Il s&rsquo;efforçait de le diriger, le stimulait avec la voix, en bref l&rsquo;accompagnait au mieux.<br />Bientôt le terrain se stabilisa. Il présentait une végétation rase, pelouse, mousses et plantes rampantes minuscules, ce qui facilita leur progression. Dans le moment où le soleil bascula derrière l&rsquo;horizon dans son berceau flamboyant, ils atteignaient les premiers couverts forestiers.<br />S&rsquo;ils n&rsquo;étaient pas capables d&rsquo;identifier la nature des arbres qui le composaient, ils savaient qu&rsquo;ils y dénicheraient un abri pour la nuit. Bien sûr, il leur faudrait rester vigilants à cause des dangers, en particulier à cause des bêtes sauvages, mais ils auraient bien moins froid qu&rsquo;au cours de ces dernières nuits, suspendus à la falaise sans fin.</p>



<p>Maintenant ils avançaient de front dans le taillis tels des somnambules.</p>



<p>La lumière avait considérablement baissé quand ils virent au loin un mur en pierre tapi contre un rideau d&rsquo;arbres courts et touffus. Une cabane.<br />Oui, sûrement une cabane.<br />De celles qu&rsquo;utilisent les chasseurs ou les bergers, rustique, tressage de branches en guise de toiture. C&rsquo;était une chose inespérée après de si longues journées d&rsquo;effort, ce havre, ce gîte, ce lieu propice au repos alors qu&rsquo;ils se demandaient à chaque seconde comment s&rsquo;orienter à travers ces espaces sauvages pour gagner les terres basses avec l&rsquo;obscurcissement inéluctable, la faim, l&rsquo;inquiétude, l&rsquo;immense fatigue prête à leur rompre les os. C&rsquo;était tout simplement magnifique.<br />Et ils se laissèrent porter vers cet espoir, cabane toute pareille à un îlot, à un canot égaré au milieu des eaux sombres.</p>



<p><strong><br /></strong><em>(à suivre)</em></p>



<p class="has-text-align-right"><em>Illustration : Abend (détail), Caspar David Friedrich, 1824</em></p>
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		<title>falaise sans fin (4)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 12 Feb 2015 14:18:58 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[falaise sans fin (saison 1)]]></category>
		<category><![CDATA[fantastique]]></category>
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					<description><![CDATA[Les oiseaux disparurent comme ils étaient venus. Sans aucune raison apparente. Ils se dispersèrent d&#8217;un coup dans la vallée, du côté des forêts, laissant les grimpeurs frappés par le retour impressionnant du silence. La peur avait creusé un trou en eux. La peur de tomber à cause des attaques des créatures, la peur de tout &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-4/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« falaise sans fin (4) »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p></p>



<p>Les oiseaux disparurent comme ils étaient venus. Sans aucune raison apparente. Ils se dispersèrent d&rsquo;un coup dans la vallée, du côté des forêts, laissant les grimpeurs frappés par le retour impressionnant du silence. La peur avait creusé un trou en eux. La peur de tomber à cause des attaques des créatures, la peur de tout perdre. Et maintenant que le danger était écarté, il leur semblait que ce trou rendait leurs sensations plus fortes, et aussi plus subtiles — sensations du monde du dehors et du monde du dedans. Il leur fallut un certain temps pour sortir de l&rsquo;hébétude.<br />Enfin, ils osèrent relever la tête.<br />Lentement. Très lentement. Comme s&rsquo;ils émergeaient d&rsquo;un rêve torturé.</p>



<p>Lentement ils firent le point sur leurs blessures. Ils avaient les oreilles déchiquetées, les mains et le cou ensanglantés, et le froid les avait pénétrés à cause de l&rsquo;immobilité. Il y avait aussi une sorte de bourdonnement qui tournait dans leurs crânes, une sorte d&rsquo;ivresse – peut-être le mal des cimes – qui venait affûter la fatigue et la faim, exalter la magie du silence.<br />« Eh vous deux, est-ce que ça va ? »<br />Enfin, Riks avait parlé. Il avait la voix rauque.<br />« Vos yeux, ça va ? »<br />« Oui. Je crois que oui. Mais faudrait continuer, le temps compte. »<br />C&rsquo;était Mermel qui avait répondu. Peut-être qu&rsquo;il avait crié, incapable de maîtriser les sons qui sortaient de sa gorge.</p>



<span id="more-24"></span>



<p><br />On sait qu&rsquo;il avait été le plus enragé dans le combat et les volatiles lui avaient infligé de profondes entailles aux avant-bras, au front et aux joues, mais il semblait s&rsquo;en moquer. Avoir survécu à l&rsquo;épreuve l&rsquo;avait rempli d&rsquo;une énergie nouvelle. Il était remonté à bloc. Dans l&rsquo;instant suivant, il s&rsquo;inquiéta pour leur compagnon à quelques coudées au-dessous d&rsquo;eux.<br />« Clod, répond-nous s&rsquo;il-te-plaît. Tu tiens bon ? Tes mains ?&#8230; »<br />Clod était toujours prostré contre la paroi.<br />Pourtant il sembla réagir, appuya les pieds contre le rocher pour pivoter, ébaucha un geste. Apparemment il était vivant.<br />Quand il bascula la tête vers le haut, ils virent ses orbites remplies de sang. Et c&rsquo;était une vision horrible.<br />Ses paupières avaient été entaillées par de violents coups de griffe, ce qui l&rsquo;handicapait et le faisait souffrir, mais il affirma qu&rsquo;il pouvait supporter la douleur et qu&rsquo;il pouvait voir. Oui, en gros, ça allait. Ils allaient pouvoir continuer leur voyage.</p>



<p>Ainsi Riks, Mermel et Clod étaient encore de la partie, encordés, intimement reliés par la corde de chanvre. Et, comme fortifié par le manque d&rsquo;oxygène, l&rsquo;espoir avait réapparu, même si les becs et les griffes des prédateurs avaient agi sur leurs chairs tels des couteaux. Désormais un souffle plus grand circulait dans leurs poitrines et les poussait au ventre. L&rsquo;espace immense les appelait, les happait, les englobait tous les trois, à la fois dans l&rsquo;effort et dans la croyance à un monde meilleur.<br />En fait, ils avaient lâché prise avec le monde d&rsquo;en bas, avec la famille, avec leurs frères disparus dans le vide. Leurs peaux et leurs muscles s&rsquo;étaient durcis. Ils avaient presque oublié depuis combien de temps ils grimpaient, d&rsquo;où ils venaient, de quoi ils étaient faits. L&rsquo;expérience récente les avait transformés.<br />Ils étaient prêts à franchir la frontière.</p>



<p>Ils approchaient de la ligne des crêtes, ils avaient l&rsquo;impression de pouvoir la toucher de la main. Quelques heures encore, après ce serait la nuit.</p>



<p><em>(à suivre)</em></p>



<p class="has-text-align-right"><em>Illustration : Val d&rsquo;Aoste (fragment), de <a href="http://commons.wikimedia.org/wiki/J._M._W._Turner" target="_blank" rel="noopener">William Turner </a>(1775-1851)</em></p>



<p>&nbsp;</p>
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		<title>falaise sans fin (3)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 12 Feb 2015 14:18:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[falaise sans fin (saison 1)]]></category>
		<category><![CDATA[fantastique]]></category>
		<category><![CDATA[feuilleton]]></category>
		<category><![CDATA[falaise]]></category>
		<category><![CDATA[Nord]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p>&nbsp;</p>



<p>Au-delà des montagnes, s&rsquo;étendait un autre pays, un pays bien plus clément que celui où ils étaient nés, de cela ils étaient persuadés — voilà d&rsquo;ailleurs ce qui les conduisait. Un pays différent aux conditions de vie meilleures avec des rivières qui fertilisaient les jardins, des arbres qui produisaient des fruits en quantité. Nul n&rsquo;y mourait de faim et les enfants jouaient à autre chose qu&rsquo;à la guerre. Peut-être qu&rsquo;en arrière-plan, il y avait chez ces hommes-là qui s&rsquo;affrontaient à la falaise l&rsquo;envie de compter parmi les membres importants de leur communauté, de s&rsquo;inscrire dans l&rsquo;histoire. Oui, ça aussi ça comptait, ça les poussait à se dépasser. Avaient-ils vraiment d&rsquo;autre choix alors qu&rsquo;ils se trouvaient accrochés tels des pantins dans l&rsquo;immensité minérale, à mi-chemin entre terre et ciel, que de repousser leurs limites, d&rsquo;aller au bout d&rsquo;eux-mêmes.</p>



<p>Près de dix jours qu&rsquo;ils étaient partis.<br />Ils se souvenaient seulement du nombre de nuits passées dans les niches de rocher. Et un nouveau matin était en train de se lever, le temps splendide, le ciel céruléen.<br />Pour la première fois ils apercevaient les sommets et ils se demandaient où diable ils allaient bien pouvoir se faufiler dans cette ligne de crêtes acérées, dressées contre l&rsquo;espace tel un rempart infranchissable.<br />Toujours se concentrer sur la grimpe.<br />Se laisser guider par les failles, les fissures, les lignages du rocher. Ils verraient bien ce qui se passerait.</p>



<span id="more-15"></span>



<p>On devine qu&rsquo;au cours des dernières heures ils avaient peu mangé peu dormi, cependant leurs mouvements demeuraient efficaces. Clod tout de même peinait à suivre le rythme imposé par le chef de cordée. Plus que le reste, il redoutait la glace dans les fissures qui cuisait ses blessures. Il avait déchiré un pan de son vêtement, en avait confectionné des bandages pour protéger ses doigts, ce qui avait amélioré la situation. Du moins au début. Mais maintenant que la douleur reprenait, il devait se concentrer sur ses prises, ne pas faire d&rsquo;erreurs. Il ne fallait pas retarder les autres suspendus au-dessus de lui. Il faisait de son mieux.<br />Parfois Riks ou Mermel lançait à travers l&rsquo;abîme : « Ça suit derrière ? Est-ce que ça va ? » Ou encore : « Bon sang, ça dérape ! Attention, attention. »<br />Et les mots rebondissaient et les sons se répercutaient en échos infinis.<br />À droite et à gauche, de grands pans gelés miroitaient.</p>



<p>Une chose est sûre, ils ne s&rsquo;attendaient pas à l&rsquo;épreuve qui était sur le point de survenir. Car, s&rsquo;ils s&rsquo;étaient préparés à affronter des bêtes féroces, ours ou loups, ils n&rsquo;en avaient pas croisés jusque là, ni d&rsquo;une espèce ni de l&rsquo;autre. Et ce ne serait pas de la forêt que le danger viendrait, mais du ciel.<br />En effet, sans que rien ne le laissât supposer, tout un peuple noir s&rsquo;abattit sur eux comme une averse de grêle alors que le soleil atteignait le zénith.</p>



<p>Il s&rsquo;agissait d&rsquo;étranges volatiles entre aigle et corbeau, impressionnants en taille, becs agressifs au point de couper gravement la peau rien qu&rsquo;en l&rsquo;effleurant. Jamais ils n&rsquo;avaient connu de tels monstres. Sans doute le beau temps qui les avait rassemblés en altitude, et aussi l&rsquo;odeur de la sueur humaine. Leur odeur. Ça les avait attirés, excités. Et les oiseaux étaient arrivés d&rsquo;un coup, avaient crié autour d&rsquo;eux, les avaient heurtés violemment de leurs ailes, voraces et cruels.<br />« C&rsquo;est à vos yeux qu&rsquo;ils en veulent ! Protégez-les ! Protégez-les ! »<br />Riks avait hurlé à l&rsquo;intention de ses compagnons.<br />Il se souvenait que son père avait évoqué un jour ces créatures, il se souvenait qu&rsquo;elles étaient friandes de ces matières vitrées qui remplissent les cavités du crâne des humains. Oui, c&rsquo;était les yeux qu&rsquo;elles cherchaient en priorité. Et les bêtes tournaient autour de leurs têtes pour les faire chuter, tentaient de les piquer au visage en rasant la montagne.</p>



<p>Si Riks était le plus réfléchi et le plus expérimenté des trois, Mermel était le plus puissant en muscles. Il attrapait ci et là une aile ou une patte et fracassait le corps des bêtes contre la paroi avant de les faire voltiger dans le vide. En dépit de quoi, d&rsquo;autres oiseaux revenaient à l&rsquo;attaque, plus méchants encore.<br />Il fallait tenir.<br />Clod s&rsquo;était tourné au plus près de la paroi, front et ventre en appui, bras soulevés à hauteur des épaules pour protéger ses joues.</p>



<p>[On n&rsquo;est pas loin de penser que lui, Clod, le plus faible des trois, va bientôt lâcher prise et chuter à son tour dans l&rsquo;abîme. Le récit semble y conduire tout droit. Cependant je ne peux m&rsquo;y résoudre.<br />Ces garçons-là sont déjà si perdus. Ils ont quitté les êtres qui leur sont chers, filles au regard doux, enfants ou parents. Ils n&rsquo;ont pas grand chose en bagage. Ils n&rsquo;ont qu&rsquo;un seul but : trouver le pays rêvé, l&rsquo;Eldorado, le pays de Cocagne — ô démente entreprise. Parce qu&rsquo;ils croient que l&rsquo;herbe y est plus verte, la chair des pommes plus sucrée. Pourtant la vie qui pulse est la même d&rsquo;un côté ou de l&rsquo;autre.<br />La vie dans leur corps.<br />La vie dans le corps féroce des oiseaux, dans le corps des arbres qui portent les fruits.<br />La vie dans leurs cerveaux, espérances et pensées proches des bruits de torrent. Ils se battent pour assurer meilleure vie aux leurs. En vérité, c&rsquo;est à eux-mêmes qu&rsquo;ils s&rsquo;affrontent, leur chemin à jamais imprimé dans la paroi comme dans un livre de pierre.<br />S&rsquo;ils n&rsquo;étaient que deux à rester, leurs chances de réussir s&rsquo;amenuiseraient. Une chose que décidément je ne peux supporter&#8230;]</p>



<p><em>(à suivre)</em></p>



<p class="has-text-align-right"><em>Illustration : Odlot żurawi, toile de Józef Marian Chelmónski,1871</em></p>
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		<title>falaise sans fin (2)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 12 Feb 2015 14:17:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[falaise sans fin (saison 1)]]></category>
		<category><![CDATA[fantastique]]></category>
		<category><![CDATA[feuilleton]]></category>
		<category><![CDATA[Caspar David Friedrich]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p>Ils n&rsquo;étaient plus que trois désormais.<br />Comme ils avaient largement progressé en altitude, leur souffle se faisait plus court et leurs muscles avaient tendance à se tétaniser à cause de l&rsquo;effort continu qu&rsquo;ils produisaient pour se hisser. Leur mental, sérieusement entamé par la disparition de Päl et de Ernst, était chauffé à blanc. Il y avait aussi que le jour passait.<br />Riks, chef de troupe, estima que la lumière serait vite insuffisante et qu&rsquo;il n&rsquo;était donc pas raisonnable de continuer. Il proposa de se réfugier dans cette niche rocheuse en surplomb qu&rsquo;ils venaient d&rsquo;atteindre à la façon de certains oiseaux, accroupis, bien serrés les uns contre les autres pour résister à la baisse de la température, toujours brutale après le coucher du soleil. Il leur fallait reprendre quelques forces.</p>



<p>En silence ils mâchèrent un peu de viande séchée, avalèrent le reste de sirop de bouleau contenu dans ces outres en peau de chèvre qu&rsquo;ils portaient accrochées à leurs ceintures. Puis ils regardèrent les masses de brouillard qui remuaient à leurs pieds. Elles se teintaient de cendre jusqu&rsquo;à se confondre aux ténèbres qui semblaient venir de très loin. De là-bas, par-dessus la forêt sans limites. Ils pensaient aux familles dans l&rsquo;attente&nbsp;— dans l&rsquo;inquiétude forcément. Et ils pensaient à la falaise qui leur avait volé deux de leurs frères.<br />Le&nbsp; cri de l&rsquo;un et de l&rsquo;autre — les deux étaient de même nature — avait déjà empreint la couleur de leurs rêves.<br />Bientôt la nuit fut totale.</p>



<span id="more-11"></span>



<p><br />Ils s&rsquo;assoupirent à tour de rôle — enfin, si on peut dire. Ils sombraient plutôt, assassinés de fatigue,&nbsp; puis revenaient à eux brusquement, se souvenaient de tout ce qui était arrivé. Alors ils n&rsquo;avaient plus guère que la chaleur et la respiration des autres, accroupis là tout contre, entre terre et ciel, pour se reconnaître vivant. Ils étaient proches à la fois du commencement et de la fin des choses, entre l&rsquo;avant et l&rsquo;après. Suspendus.</p>



<p>La première lueur du jour fut longue à venir. Un peu comme s&rsquo;ils avaient souffert d&rsquo;une intense douleur physique que seule la lumière pouvait soulager, ou encore les bruits liés aux gestes simples du quotidien. Le froid avait bloqué leurs articulations et, ne pouvant exécuter que de courts mouvements pour se réchauffer à cause de l&rsquo;exigüité du surplomb, ils se demandaient comment ils allaient récupérer suffisamment de souplesse pour reprendre l&rsquo;ascension. Intuitivement chacun semblait comprendre que la souplesse du corps allait de pair avec le désir de poursuivre mais, ce matin-là, la fatigue étreignait leurs membres comme jamais ils ne l&rsquo;avaient éprouvé au cours de leur vie d&rsquo;homme. Une sorte de peur – la même qui s&rsquo;était annoncée quand Päl s&rsquo;était fracassé le premier dans l&rsquo;abîme –, étrange et glaciale pareille à une sueur, commençait à couler dans leurs yeux. Et ils n&rsquo;osaient pas se regarder les uns les autres pour ne pas entamer le restant de courage.</p>



<p>Et puis le soleil se leva dans la splendeur.<br />Ne plus penser à rien. Se lancer à l&rsquo;assaut du rocher, continuer.</p>



<p>Riks ouvrit ses paumes et réclama de serrer celles de ses compagnons qui répondirent à son geste. Leurs doigts se soudèrent deux ou trois secondes comme un nœud d&rsquo;arbre. Possible qu&rsquo;ils fermèrent les yeux et qu&rsquo;ils murmurèrent une courte prière. Enfin, Riks se redressa, noua la corde autour de sa taille, se lança en même temps que son ombre. Mermel suivit le mouvement. Quant à Clod, il avait le visage fermé contrairement à son habitude. Ses doigts écorchés par les tressages de chanvre s&rsquo;étaient fissurés et ça lui faisait un mal de chien. Il n&rsquo;en toucha pas mot, serra les dents tout en fixant le haut de la paroi éclairée par l&rsquo;astre éblouissant. On pouvait voir d&rsquo;innombrables paillettes de mica blanc qui brûlaient dans la roche, comme autant d&rsquo;expressions du feu intérieur de la terre.</p>



<p><i>(à suivre)</i></p>



<p class="has-text-align-right"><i>I</i><em>llustration : Brume du matin (Morgennebel im Gebirg) de Caspar David Friedrich, 1808</em></p>
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		<title>falaise sans fin (1)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 12 Feb 2015 13:25:35 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[falaise sans fin (saison 1)]]></category>
		<category><![CDATA[fantastique]]></category>
		<category><![CDATA[feuilleton]]></category>
		<category><![CDATA[pays rêvé]]></category>
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					<description><![CDATA[Certains avaient eu l’intuition d’un passage à travers les montagnes, d’un col, d’un chemin de fortune qui pouvait les conduire de l’autre côté vers un pays plus facile et ils avaient décidé de se mettre en route. Les Anciens disaient que c’était inutile, que d’autres déjà avaient cherché cette voie et n’en étaient jamais revenus. &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-1/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« falaise sans fin (1) »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p></p>



<p>Certains avaient eu l’intuition d’un passage à travers les montagnes, d’un col, d’un chemin de fortune qui pouvait les conduire de l’autre côté vers un pays plus facile et ils avaient décidé de se mettre en route. Les Anciens disaient que c’était inutile, que d’autres déjà avaient cherché cette voie et n’en étaient jamais revenus. Deux corps avaient été retrouvés au pied de cette falaise qui délimitait les territoires, dépecés par des mâchoires d’ours. Fallait-il qu’eux aussi s’aventurent en terrain hostile et s’offrent à des batailles sans issue, tout ça pour satisfaire leur soif de rêve ? Non, décidément ils ne souhaitaient pas les voir partir, le clan y perdrait sa jeunesse. Mais ceux qui avaient l’intuition d’un passage avaient un feu qui brûlait dans leur poitrine et ce feu s’appelait l’espoir. L’espoir d’une terre meilleure, d’une terre douce et riante. Depuis qu’ils étaient nés, ils avaient vu combien tous autour d’eux souffraient du froid et de gerçures infectées, combien il était pénible de ramasser les écorces et les tubercules en suffisance, combien les nourrissons mouraient. Le gibier était rare, décimé par des maladies étranges. Une sorte de malédiction qui durait depuis on en savait quand. Décidément, rien ne pouvait les détourner de leur projet, pas même l’avis des Anciens.</p>



<p>Ils étaient cinq.<br />Les femmes du clan leur avaient cousu des sacs faciles à porter à l’épaule et le forgeron leur avait fabriqué des pitons à planter dans les fentes. Ils avaient aussi préparé des cordages en chanvre, affûté leurs flèches et aiguisé leurs lames de couteau. Ils étaient prêts à tout affronter, même le diable.</p>



<p></p>



<span id="more-4"></span>



<p>Les trois premiers jours, ils avaient marché d’une traite à travers la forêt dense et froide pour atteindre le pied du mur infranchissable. Là, ils s’étaient accordés une halte, avaient choisi l’endroit pour installer le campement d’où ils pourraient explorer les failles, s’exercer à l’escalade, choisir les meilleures voies de grimpe.<br />Et c’est vrai que ce mur était incroyablement haut et abrupt. Ils n’en avaient jamais vu de pareil, sauf Riks qui une fois, lors d’une campagne de chasse avec son père, avait vu de loin la montagne. Son père lui avait dit qu’en toute saison la brume s’accumulait contre les parois et empêchait d’en distinguer le sommet. Et c’était vrai, ce mur semblait ne jamais finir. Donc ils avaient planté des pitons pour estimer le comportement de la roche – par chance elle ne semblait résister – et ils avaient planté mille fois leurs ongles dans les fissures pour se hisser et exercer à plein leurs muscles. Ils s’en sortaient plutôt bien. Le soir ils discutaient autour du feu, se chamaillaient comme le font les hommes jeunes avant de sombrer dans un sommeil profond tandis que l’un d’eux veillait sur le campement à cause des bêtes sauvages.</p>



<p>Quand ils eurent le sentiment de s’être acclimatés suffisamment à la paroi, à sa structure, à ses difficultés, ils tinrent conseil à la façon des Anciens et Riks prit la parole. « Vous devez vous concentrer sur vos appuis, maîtriser votre souffle. Ne vous laissez jamais distraire. Notre réussite en dépend. »<br />Le lendemain ils réunirent leurs affaires et attaquèrent le mur une fois le jour levé. Aucun ne parlait.<br />Ils gravirent sans encombre le premier pan et atteignirent une sorte de vire couverte d’herbe rase qui dominait la forêt. Un court instant la brume sembla s’effilocher, comme pour leur permettre d’éprouver la saveur du vertige à dominer comme ça la falaise. Puis ils tournèrent le dos au pays qu’ils connaissaient et s’enfilèrent dans une large faille. Une heure durant, tout se passa bien. Et puis il y eut un frisson. Un rapace, aigle ou milan noir, délogé de son aire défroissa ses ailes pour s’envoler au-dessus du vide et dans le mouvement déséquilibra Päl alors qu’il changeait de prise.<br />Un cri immense remplit l’espace.<br />Le corps de Päl chuta comme un sac de plomb.</p>



<p>Ses compagnons se figèrent. Pour la première fois la peur pénétra leur ventre.<br />Riks fut le premier à réagir : « Il faut continuer. Reprenez-vous. Il le faut. » Mais Ernst restait obsédé par le cri et le bruit du corps qui avait rebondi plusieurs fois avant de s’immobiliser, désarticulé, tout en bas. Il ne parvenait plus à se hisser. Ses jambes tremblaient et il prit beaucoup de retard sur les autres À un moment donné, il se retrouva seul. Incapable de reprendre le contrôle de ses nerfs, il s’immobilisa contre la paroi, vide de forces et de pensées. Et c’est là que ses doigts lâchèrent prise. Son cri atteignit ses compagnons alors qu’ils se hissaient sur un surplomb qui leur semblait être le dernier. En tout cas la paroi vertigineuse scintillait au-dessus de leurs têtes et il leur sembla distinguer les arêtes du sommet.</p>



<p>Autour d’eux, le silence vibrait telle une lumière blanche.<br />Soudain ils sentirent le froid et la faim.</p>



<p><em>(à suivre)</em></p>



<p class="has-text-align-right"><em>L&rsquo;immuable et l&rsquo;éphémère #21 &#8211; 170 x 122, acrylique sur panneau bois</em><br /><em> de <strong><a href="http://www.felipcostes.com/testfelip/accueil.html" target="_blank" rel="noopener">Felip Costes</a></strong></em></p>
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