<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>série &#8211; Terrain Fragile</title>
	<atom:link href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tag/serie/feed/" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile</link>
	<description>TEXTES &#38; PHOTOGRAPHIES FRANCOISE  RENAUD</description>
	<lastBuildDate>Sat, 16 Dec 2023 15:50:11 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
	<sy:updatePeriod>
	hourly	</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>
	1	</sy:updateFrequency>
	

<image>
	<url>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2015/12/cropped-arbres-32x32.jpg</url>
	<title>série &#8211; Terrain Fragile</title>
	<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile</link>
	<width>32</width>
	<height>32</height>
</image> 
	<item>
		<title>falaise sans fin (8)</title>
		<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-8/</link>
					<comments>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-8/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 12 Feb 2015 14:44:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[falaise sans fin (saison 1)]]></category>
		<category><![CDATA[fantastique]]></category>
		<category><![CDATA[feuilleton]]></category>
		<category><![CDATA[compagnons]]></category>
		<category><![CDATA[falaise]]></category>
		<category><![CDATA[pays rêvé]]></category>
		<category><![CDATA[série]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://francoiserenaud.com/terrainfragile/?p=32</guid>

					<description><![CDATA[On aurait dit que leur souhait avait été exaucé.Enfin quelque chose arrivait, un événement qui venait percuter le cours de leur voyage. Mais ce quelque chose était une menace, un coup de semonce qui avait entraîné l&#8217;évanouissement du corps de Mermel, et bien sûr ils n&#8217;avaient rien souhaité d&#8217;aussi extrême. Sans doute un projectile qui &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-8/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« falaise sans fin (8) »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">On aurait dit que leur souhait avait été exaucé.<br />Enfin quelque chose arrivait, un événement qui venait percuter le cours de leur voyage. Mais ce quelque chose était une menace, un coup de semonce qui avait entraîné l&rsquo;évanouissement du corps de Mermel, et bien sûr ils n&rsquo;avaient rien souhaité d&rsquo;aussi extrême. Sans doute un projectile qui l&rsquo;avait percuté en pleine poitrine pour qu&rsquo;il s&rsquo;effondre comme ça. D&rsquo;un bloc.<br />Ou alors à la gorge.<br />Une flèche, un boulet, une poignée de grenaille.<br />Et cette agression inattendue — souvent ils avaient repensé à l&rsquo;attaque des oiseaux noirs — les poussait à déguerpir à travers cet espace qui leur avait paru jusque là inhabité, tous les deux debout encore, devenus fous, comme poursuivis par un essaim de guêpes ou un mastodonte en colère, tandis que le troisième n&rsquo;était plus qu&rsquo;une masse abattue sur le sol.<br />Cela se passait à environ 1h de l&rsquo;après-midi. Ordinairement une bonne heure pour forcer le pas.<br />Mais cette fois ce n&rsquo;était pas la lumière qui les exhortait, c&rsquo;était la peur d&rsquo;être tirés comme des lapins par un snipeur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pas de bruit.<br />Pas de mouvement sinon de brefs vols d&rsquo;oiseau.<br /></p>



<span id="more-32"></span>



<p class="wp-block-paragraph">Était-ce une troupe de chasseurs habitués à se déplacer contre le vent ou un seul individu embusqué qui les aurait épiés depuis la cascade ? Impossible de savoir.<br />Le jour — le temps — avançait, se dissolvait dans le ciel immense.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Donc Riks et Clod continuaient de courir droit devant dans l&rsquo;intention de porter secours à leur compagnon, mais aussi de se mettre à l&rsquo;abri le plus vite possible, peut-être là-bas où il y avait des bouquets d&rsquo;arbres. En fait il n&rsquo;y en avait plus beaucoup sur cette berge qui filait au flanc du torrent, du coup ils couraient à l&rsquo;aveugle en direction du corps couché. Et ils ne voyaient rien du paysage dans leur dos et ils n&rsquo;entendaient rien de l&rsquo;eau vivante qui s&rsquo;engouffrait dans la vallée, une vallée dont la nature avait beaucoup changé depuis qu&rsquo;ils avaient perdu de l&rsquo;altitude, torrent devenu rivière de plus en plus large, comme le cours des existences humaines.<br />Large à se perdre dans l&rsquo;océan. Dans le néant.<br />Tout en courant, Riks pensait que leur course n&rsquo;était pas suffisamment rapide pour tromper un fin braconnier. Le plus prudent aurait été de se mettre à l&rsquo;abri pour faire le point sur la situation, ensuite seulement approcher l&rsquo;homme à terre.<br />D&rsquo;ailleurs la fatigue commençait à raidir leurs muscles et depuis quelques instants une nimbe grise embuait leur vue. Tant d&rsquo;efforts répétés avec si peu de sommeil et de nourriture et la valse des inquiétudes, des sentiments contradictoires. N&rsquo;importe quoi pouvait arriver maintenant qu&rsquo;ils étaient loin de ceux qui les avaient vus naître et grandir. Alors à quoi bon courir, se cacher ? Sans doute valait-il mieux d&rsquo;accepter la fin — violente, pourquoi pas ? Une fin comme une autre.<br />Sur cette pensée, Riks stoppa sa course.<br />Clod l&rsquo;imita. Hors d&rsquo;haleine, il n&rsquo;aurait pas pu continuer longtemps. Ses yeux n&rsquo;étaient pas encore guéris et ils pleuraient à cause de l&rsquo;effort physique et du soleil hypnotisant. Ils étaient bien d&rsquo;accord. Inutile de souffrir davantage. Ils verraient bien, n&rsquo;est-ce pas ?<br />Là-bas, Mermel étendu sur le sol pierreux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Voilà qu&rsquo;ils devinaient son ventre et ses membres soumis à de légers soubresauts.<br />Vivant, Mermel. Encore un peu.<br />Le pays palpitait autour d&rsquo;eux, montagne, lumière, menace fondue dans la pierre. Ils attendaient. Mais rien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Côte à côte, mains ouvertes et levées haut en signe de soumission, ils pivotèrent lentement sur leurs talons et ils envisagèrent le panorama dans son entier, tentant de découvrir d&rsquo;où avait bien pu venir la première déflagration. Ils étaient prêts à tomber à leur tour, à se battre s&rsquo;il fallait, au mieux à négocier leur survie.<br />Mais rien. Il ne se passait rien.<br />Et ils voyaient clairement où ils en étaient.<br />Ils voyaient l&rsquo;incroyable beauté du cañon qui dessinait une ligne bien tranchée contre le ciel laiteux, les ténèbres à venir encore basculées de l&rsquo;autre côté de l&rsquo;horizon teintant par touches minuscules et phosphorescentes les nuages rosés et aussi le roc dressé depuis les rives devenues plus calmes, nu, sculpté par les vents, hiératique, pareil à un rempart.<br />Soudain, dans ce silence hanté par des cris d&rsquo;oiseau, ils le virent. Le chasseur. Il s&rsquo;en venait dans leur direction titubant, ah le forçat, le vagabond, bouche déformée par une expression mi ahurie mi douloureuse, fusil et havresac en bandoulière, vêtements sales en lambeaux.</p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><em>Photographie : Sans titre de <strong><a href="http://www-rickglay-com.photodeck.com/" target="_blank" rel="noopener">Rick Glay</a></strong></em></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-8/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>falaise sans fin (7)</title>
		<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-7/</link>
					<comments>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-7/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 12 Feb 2015 14:43:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[falaise sans fin (saison 1)]]></category>
		<category><![CDATA[fantastique]]></category>
		<category><![CDATA[feuilleton]]></category>
		<category><![CDATA[falaise]]></category>
		<category><![CDATA[Nord]]></category>
		<category><![CDATA[pays rêvé]]></category>
		<category><![CDATA[série]]></category>
		<category><![CDATA[voyage]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://francoiserenaud.com/terrainfragile/?p=29</guid>

					<description><![CDATA[Ils s&#8217;étaient accordés trois jours, trois jours pour manger, dormir – pas question de poésie, seulement de récupération –, trois jours au terme desquels ils avaient prévu de se remettre en route, de traverser les forêts pour atteindre les vallées où des hommes avaient dû se regrouper et s&#8217;installer en hameaux, en villages. Enfin, c&#8217;est &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-7/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« falaise sans fin (7) »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph">Ils s&rsquo;étaient accordés trois jours, trois jours pour manger, dormir – pas question de poésie, seulement de récupération –, trois jours au terme desquels ils avaient prévu de se remettre en route, de traverser les forêts pour atteindre les vallées où des hommes avaient dû se regrouper et s&rsquo;installer en hameaux, en villages. Enfin, c&rsquo;est ce qu&rsquo;ils supposaient. Ils rêvaient de la rencontre, proche à présent. Et ils étaient confiants, remplis de cette croyance naïve qui les avait poussés à quitter leur pays hostile pour trouver mieux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Clod, toujours fragile, lança un dernier regard vers la cabane comme s&rsquo;il en regrettait la protection tandis que les autres déjà s&rsquo;étaient engagés dans les sous-bois pentus, peuplés de brume et de chaos granitiques. Difficile de s&rsquo;y déplacer, le sol était limoneux et glissant, il fallait se cramponner aux arbres, aux lianes, à tout ce qui se trouvait sur le passage pour ne pas déraper.<br />Au fil de la descente, la végétation devenait de plus en plus luxuriante. Souvent des amorces de torrent cavalaient à la faveur de pans rocheux puis se regroupaient à la faveur des replats en petites nappes d&rsquo;eau turbulente avant de repartir dans la pente. L&rsquo;eau était si claire qu&rsquo;on voyait l&rsquo;ondulation floue des herbes accrochées au fond et aux courtes berges. Parfois ils entendaient des bruits de branches. Ils s&rsquo;immobilisaient, craignant – ou désirant – qu&rsquo;il s&rsquo;agisse d&rsquo;un trappeur ou d&rsquo;une troupe de chasseurs. Mais non, rien. Seulement des bouquetins en fuite en train de s&rsquo;abreuver qui s&rsquo;étaient effrayés de leurs foulées. Ou un ours à ses affaires.<br />Bientôt, et sans avertissement, ils débarquèrent sur une plateforme plus dégagée qui bordait un canyon.<br />Et ce fut là un spectacle incroyable.</p>



<span id="more-29"></span>



<p class="wp-block-paragraph">Quelque chose qui n&rsquo;existait pas dans le Nord,<br />quelque chose qu&rsquo;ils n&rsquo;avaient donc jamais vu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il s&rsquo;agissait d&rsquo;une série de cascades d&rsquo;une hauteur vertigineuse qui se ramifiaient en longs bras écumants, explosant fouettant habitant le pan de montagne d&rsquo;un brouillard d&rsquo;argent, et ce brouillard brillait contre la lumière du matin à la façon d&rsquo;un minéral à facettes qu&rsquo;on aurait fait tourner entre les doigts. En haut du plateau, la matière liquide semblait sourdre de la végétation même, du dessous des arbres dont la taille paraissait soudain dérisoire, comparée à l&rsquo;immensité du décor. Parvenue au bord du vide, elle basculait, s&rsquo;éclatait en mille particules qui semblaient contenir chacune toute la fureur et la force de la chute.<br />En bas, sous le bouillonnement, ils pouvaient contempler la masse couleur émeraude qui remplissait le gouffre, animée par des contrecourants verticaux quasi invisibles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ils restèrent en silence. Impressionnés. Éblouis.<br />L&rsquo;importance du dénivelé, la masse d&rsquo;eau, sa profondeur, la largeur du plan de chute, le bruit. Oui bien sûr, le bruit, que rien ne semblait en mesure d&rsquo;affaiblir.<br />Pas la peine de parler, il aurait couvert leurs voix.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Riks examina la situation et décida qu&rsquo;ils longeraient le canyon jusqu&rsquo;à trouver un passage pour gagner les terres basses. Il montra la direction avec le bras. Le matin était en son cœur. Ainsi, durant plusieurs heures, ils marchèrent le long du plateau calcaire, accompagnés par le grondement du torrent dans la gorge. Il allait forcément quelque part, ce torrent, il suffisait de le suivre sans s&rsquo;inquiéter. Le suivre simplement, jusqu&rsquo;à rejoindre un confluent, un lac, une mer.<br />Prompt à la manœuvre, Mermel avait pris la tête de la troupe dans l&rsquo;urgence de savoir ce qui les attendait. De loin, il leur faisait des signes pour les encourager. La température s&rsquo;était réchauffée. Et c&rsquo;est vrai qu&rsquo;ayant perdu de l&rsquo;altitude, ils respiraient mieux et leurs muscles fonctionnaient souplement. Le repos leur avait été bénéfique.<br />C&rsquo;est à la faveur d&rsquo;une fracture dans le rocher qu&rsquo;ils purent atteindre les berges du torrent devenu large rivière, enrichie par les pluies printanières. Ces berges s&rsquo;élargissaient en de vastes champs pareils à des alpages. Il y avait des traces de piétinement et des crottes sèches, indices de troupeaux. Mais s&rsquo;ils avaient aussi croisé plusieurs cabanons nichés ci et là à l&rsquo;abri du vent, ils n&rsquo;avaient pas croisé âme qui vive, ni bête ni berger ni chasseur. Et voilà qu&rsquo;une sourde inquiétude avait commencé de les tourmenter, l&rsquo;inquiétude d&rsquo;arriver quelque part, en territoire où des humains vivaient. Ils sentaient les habitations proches, et pourtant rien n&rsquo;arrivait. Ils auraient été prêts à braver une armée de sauvages plutôt que de se confronter à ce désert sans fin.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À ce moment, quelque chose fit explosion.<br />Et ils virent le corps de Mermel s&rsquo;effondrer, déformé par une sorte d&rsquo;ébranlement, mort ou vivant. Ils tournèrent la tête vers l&rsquo;autre berge et se mirent à courir.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>(à suivre)</em></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"> </p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"> </p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-7/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>falaise sans fin (5)</title>
		<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-5/</link>
					<comments>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-5/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 12 Feb 2015 14:42:34 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[falaise sans fin (saison 1)]]></category>
		<category><![CDATA[fantastique]]></category>
		<category><![CDATA[feuilleton]]></category>
		<category><![CDATA[Caspar David Friedrich]]></category>
		<category><![CDATA[falaise]]></category>
		<category><![CDATA[Nord]]></category>
		<category><![CDATA[série]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://francoiserenaud.com/terrainfragile/?p=17</guid>

					<description><![CDATA[Les derniers mètres leur semblèrent faciles. Ils les franchirent sans s&#8217;en apercevoir. Même s&#8217;ils étaient morts de faim et raidis par une fatigue incommensurable, ils exultaient d&#8217;avoir vaincu la falaise et leurs consciences semblaient avoir évacué d&#8217;un coup le poids des épreuves encourues : les monstres ailés, le vertige, la peur noyant le ventre.Oui, la &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-5/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« falaise sans fin (5) »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<ol class="wp-block-list">
<li></li>
</ol>



<p class="wp-block-paragraph">Les derniers mètres leur semblèrent faciles. Ils les franchirent sans s&rsquo;en apercevoir. Même s&rsquo;ils étaient morts de faim et raidis par une fatigue incommensurable, ils exultaient d&rsquo;avoir vaincu la falaise et leurs consciences semblaient avoir évacué d&rsquo;un coup le poids des épreuves encourues : les monstres ailés, le vertige, la peur noyant le ventre.<br />Oui, la peur – sûrement leur pire ennemi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Riks atteignit le premier le sommet, une sorte une vire composée de grandes dalles érodées par le gel intense, suffisamment spacieuse pour les accueillir. Il arrima sa corde solidement et aida ses compagnons à se hisser près de lui.<br />Tous les trois mouraient d&rsquo;impatience, ils voulaient voir ce qui se tramait de l&rsquo;autre côté, ils voulaient savoir à quoi ressemblait l&rsquo;autre pays. Mais la lumière mordorée du couchant commençait à envahir la vallée et estompait la plupart des détails. Debout dans le vent glacé, ils n&rsquo;envisageaient qu&rsquo;une immense plaine qui s&rsquo;enfuyait à perte de vue sous un ciel orné de nuages gris violet et rouge orangé, et d&rsquo;ailleurs leurs yeux bleu pâle – une espèce d&rsquo;innocence récemment révélée – étaient enflés, comme brûlés en dedans, ils ne pouvaient donc récolter qu&rsquo;une impression diffuse des éléments du paysage.<br />Une chose est sûre, ils prirent conscience de l&rsquo;espace qui s&rsquo;ouvrait devant eux, ils virent la raideur de la pente, ils ne pensaient ni à la prière ni à la mort, ils ne pensaient qu&rsquo;à glisser au-delà de cette ligne de crêtes pour quitter le vent, la froidure et les reflets de neige, atteindre – comment dire ? –, atteindre le paradis.<br />Tout retour en arrière était désormais impossible.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<span id="more-17"></span>



<p class="wp-block-paragraph">Riks indiqua qu&rsquo;ils ne devaient pas traîner. D&rsquo;une part à cause de la nuit proche, d&rsquo;autre part à cause du froid qui les paralyserait s&rsquo;ils s&rsquo;arrêtaient trop longtemps de bouger.<br />&#8211; On tient le bon bout. Ne vous en faîtes pas, on va s&rsquo;en sortir. Allez, on ne lâche rien.<br />&#8211; Oui, répondit Mermel, on fait du mieux qu&rsquo;on peut.<br />Riks désigna la sente pierreuse qui se faufilait entre les crocs de la montagne pour s&rsquo;engager sur l&rsquo;autre versant. Sûrement par là qu&rsquo;il fallait prendre. Mais auparavant, il se pencha vers le sol, composa un édifice avec les pierres qui se trouvaient là, sortit son couteau et grava sur l&rsquo;une d&rsquo;elles deux prénoms : Päl et Ernst. Dessous il coinça une lanière arrachée à sa chemise de façon à la laisser en prise au vent.<br />Les gens de sa tribu pensaient que le vent était capable de diriger l&rsquo;âme des défunts vers le monde véritable afin qu&rsquo;elle y trouve sa juste place.<br />Un instant ils regardèrent le fragile bout de tissu remuer à la façon d&rsquo;un ruban. Puis ils lui tournèrent le dos brusquement.<br />Un nouveau monde les attendait.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le flanc sud était doux, souple et ventru – l&rsquo;exact opposé du flanc nord. La lumière féérique contribuait sans doute à cette impression.<br />Mermel se lança à corps perdu dans les longues pentes d&rsquo;éboulis tandis que Riks se chargeait d&rsquo;attendre Clod, désorienté, parfois gémissant, qui semblait beaucoup souffrir. Il s&rsquo;efforçait de le diriger, le stimulait avec la voix, en bref l&rsquo;accompagnait au mieux.<br />Bientôt le terrain se stabilisa. Il présentait une végétation rase, pelouse, mousses et plantes rampantes minuscules, ce qui facilita leur progression. Dans le moment où le soleil bascula derrière l&rsquo;horizon dans son berceau flamboyant, ils atteignaient les premiers couverts forestiers.<br />S&rsquo;ils n&rsquo;étaient pas capables d&rsquo;identifier la nature des arbres qui le composaient, ils savaient qu&rsquo;ils y dénicheraient un abri pour la nuit. Bien sûr, il leur faudrait rester vigilants à cause des dangers, en particulier à cause des bêtes sauvages, mais ils auraient bien moins froid qu&rsquo;au cours de ces dernières nuits, suspendus à la falaise sans fin.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Maintenant ils avançaient de front dans le taillis tels des somnambules.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La lumière avait considérablement baissé quand ils virent au loin un mur en pierre tapi contre un rideau d&rsquo;arbres courts et touffus. Une cabane.<br />Oui, sûrement une cabane.<br />De celles qu&rsquo;utilisent les chasseurs ou les bergers, rustique, tressage de branches en guise de toiture. C&rsquo;était une chose inespérée après de si longues journées d&rsquo;effort, ce havre, ce gîte, ce lieu propice au repos alors qu&rsquo;ils se demandaient à chaque seconde comment s&rsquo;orienter à travers ces espaces sauvages pour gagner les terres basses avec l&rsquo;obscurcissement inéluctable, la faim, l&rsquo;inquiétude, l&rsquo;immense fatigue prête à leur rompre les os. C&rsquo;était tout simplement magnifique.<br />Et ils se laissèrent porter vers cet espoir, cabane toute pareille à un îlot, à un canot égaré au milieu des eaux sombres.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><br /></strong><em>(à suivre)</em></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><em>Illustration : Abend (détail), Caspar David Friedrich, 1824</em></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-5/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
	</channel>
</rss>
