<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>Le tiers livre &#8211; Terrain Fragile</title>
	<atom:link href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/category/le-tiers-livre/feed/" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile</link>
	<description>TEXTES &#38; PHOTOGRAPHIES FRANCOISE  RENAUD</description>
	<lastBuildDate>Sat, 16 Dec 2023 18:33:30 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
	<sy:updatePeriod>
	hourly	</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>
	1	</sy:updateFrequency>
	

<image>
	<url>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2015/12/cropped-arbres-32x32.jpg</url>
	<title>Le tiers livre &#8211; Terrain Fragile</title>
	<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile</link>
	<width>32</width>
	<height>32</height>
</image> 
	<item>
		<title>espèces de décor (2)</title>
		<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/especes-de-decor-2/</link>
					<comments>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/especes-de-decor-2/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 02 Sep 2020 08:20:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[Le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[décors]]></category>
		<category><![CDATA[extérieurs]]></category>
		<category><![CDATA[intérieurs extérieurs]]></category>
		<category><![CDATA[vents puissants]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://francoiserenaud.com/terrainfragile/?p=2860</guid>

					<description><![CDATA[texte écrit dans le cadre de l&#8217;atelier d&#8217;été Tiers Livre proposé et animé par François Bon. Cette fois il était question de produire de la matière, de décrire des contextes, des décors. Absence de personnages. Et toujours, se plier à l&#8217;exercice pour être plus fort et plus riche après ! &#160; extérieurs Emprunter depuis la &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/especes-de-decor-2/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« espèces de décor (2) »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="font-size: 14px;"><em>texte écrit dans le cadre de l&rsquo;atelier d&rsquo;été Tiers Livre proposé et animé par François Bon. Cette fois il était question de produire de la matière, de décrire des contextes, des décors. Absence de personnages. Et toujours, se plier à l&rsquo;exercice pour être plus fort et plus riche après !</em></p>
<p>&nbsp;</p>
<h3 style="text-align: justify;">extérieurs</h3>
<p style="text-align: justify;">Emprunter depuis la rue un étroit sentier bordé d’herbe. Longer le mur en schiste investi par d&rsquo;innombrables petites fougères. Alors débarquer dans un espace plus ou moins rectangle contenu entre la maison et le poulailler, hortensias en massif prenant une place considérable. Le potager au fond, déjà bien visible depuis le portail, parcelle circonscrite par des cyprès de Lambert difficiles à maîtriser mais protégeant avantageusement des vents d’ouest. Noter le caquètement des poules lâchées sur le terrain. Trois marches de seuil. Un lieu familier. Par-dessus un ciel mouvant, chargé. L’averse pourrait bien venir.</p>
<p style="text-align: justify;">Haute haie taillée reconnaissable à l’approche, réclamant beaucoup de soin. Quelques mètres plus loin, un passage pareil à une voûte protectrice aménagé dans le taillis. Il est équipé d’un portillon en métal jamais cadenassé qui produit à se refermer un bruit singulier annonçant l’éventuel visiteur. Par derrière, la cour pareille à une antichambre invitant à la fois vers le jardin plus vaste et vers la maison tout près ornée de rosiers sauvages envahissants, la voix venant de la cuisine, <em>entrez mais entrez donc</em>, le soleil encore doux, l’odeur du végétal qu&rsquo;on a arrosé il y a peu.</p>
<p style="text-align: justify;">Plateforme en pente assez marquée en haut de la plage – donc plein vent, face au plan infini de la mer &#8212; avec un arbre large façonné par le climat, jamais soumis, résistant. Folles et fortes branches. Tronc qu’on dirait travaillé avec des outils de sculpteur. L’arbre couvre une trentaine de mètres carrés, peut-être plus, et empiète au-delà de la falaise. Presque il se tend vers le lointain comme s’il voulait basculer dans le vide. Sous la ramure, un banc justement placé – depuis quand ? &#8212; pour regarder la mer, écouter, méditer, s’asseoir avec quelqu’un &#8212; pour peu qu’on ait quelqu’un avec qui s’asseoir.</p>
<p style="text-align: justify;">Port et môle, une promenade de tous les jours. Villas cossues en face, coteau planté de beaux arbres accoutumés aux vents violents. Ancienne minoterie. Goulet vers le canal qui remonte dans les terres. Belles volées d’oiseaux autour des mâts. Port, bateaux, oiseaux. Un lieu pour s’embarquer.</p>
<p style="text-align: justify;">Genre d&rsquo;esplanade vaste comme un champ de course. Ombres et lumières. Théâtre d’un bord, centre commercial de l’autre. Va-et-vient incessants. Lignes de vie.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: right; font-size: 13px;"><em> Photographie: Camillo Corsetti Antonini (unsplash)</em></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/especes-de-decor-2/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>6</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>espèces de décor (1)</title>
		<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/especes-de-decor-1/</link>
					<comments>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/especes-de-decor-1/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 21 Aug 2020 08:22:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[Le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[pays]]></category>
		<category><![CDATA[secret]]></category>
		<category><![CDATA[bureaux]]></category>
		<category><![CDATA[cuisines]]></category>
		<category><![CDATA[décor]]></category>
		<category><![CDATA[espèces de décor]]></category>
		<category><![CDATA[greniers]]></category>
		<category><![CDATA[intérieurs]]></category>
		<category><![CDATA[lieux à visiter]]></category>
		<category><![CDATA[littérature]]></category>
		<category><![CDATA[outils du roman]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://francoiserenaud.com/terrainfragile/?p=2855</guid>

					<description><![CDATA[texte écrit dans le cadre de l&#8217;atelier d&#8217;été Tiers Livre animé par François Bon. Cette fois il était question de produire de la matière, de décrire des contextes, des décors, sans personnages. En fait, se plier à l&#8217;exercice pour être plus fort après ! intérieurs Un moment pour s’habituer au manque de lumière, persiennes rabattues &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/especes-de-decor-1/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« espèces de décor (1) »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="font-size: 14px; text-align: justify;"><em>texte écrit dans le cadre de l&rsquo;atelier d&rsquo;été Tiers Livre animé par François Bon. Cette fois il était question de produire de la matière, de décrire des contextes, des décors, sans personnages. En fait, se plier à l&rsquo;exercice pour être plus fort après !<br />
</em></p>
<h3 style="text-align: justify;">intérieurs</h3>
<p style="text-align: justify;">Un moment pour s’habituer au manque de lumière, persiennes rabattues à cause de la chaleur. Rayonnages bourrés de livres plus ou moins en désordre, bureau massif occupant une bonne part de la surface. Quelques marches à descendre. Un moment pour observer ressentir le décor. Tapis ou non. Tableaux ou non. Bien peu d’objets personnels finalement, de ceux qu’on s’attend à trouver dans un lieu destiné à l’étude ou à l’écriture, au remuement des papiers et des souvenirs : statuettes rapportées de longs voyages, dessins à l’encre, coquillages, tissages, livrets cousus main, petites choses sans valeur chargées de sens – poterie, galet de rivière, tabatière, encrier. Rien de cela, seulement des livres à grosse couverture des cahiers des outils pour écrire. L’ensemble tout à fait immobile.</p>
<p style="text-align: justify;">Sommairement meublée, pour ça oui. Et petite avec ça. Chambre d’une dizaine de mètres carrés dotée d’une fenêtre donnant sur le ciel. Alors presque rien : un lit pas bien grand, une table en bois brut aux rainures sales pour faire la cuisine manger travailler avec une chaise qui ne prend pas de place, un évier minuscule à la fois pour se laver et prendre de l’eau, quelques pièces de vaisselle posées sur l’étagère au-dessus, et dans l’enfilade un genre de recoin fermé par un rideau, de quoi ranger des effets personnels, enfin ce qu’on possède, c’est-à-dire pas grand-chose. Oui mais fenêtre sur le ciel.</p>
<p style="text-align: justify;">Cuisine où s’assoir pour manger quelque chose, prendre un café, bavarder. Cuisine où se poser au sortir du sommeil ou en rentrant d’un long périple. Cuisine avec inévitables appareils ménagers – ceux-ci relativement usagés, simplifiés, datant d’une autre époque mais fonctionnant toujours. Placards pour accueillir une batterie de plats casseroles moules marmites d’une femme qui a fait des milliers de tartes aux pommes, confectionné tant de soupes de légumes et de confitures (prune poire pomme) pour nourrir une famille. La table a été récupérée lors du décès d’une voisine sans héritiers, Yvonne ou Rose, de même quelques verres anciens chipés chez le vieux Maurice. Pas de nappe. Évier trop bas, plan de travail carrelé de blanc – le moins cher. Cuisine d’enfance. Cuisine où demeurer entre rue et jardin, entre saisons, tant qu’il y a de la vie encore.</p>
<p style="text-align: justify;">Ça pourrait s’appeler un grenier, bas de plafond. Sous les poutres en fait. Il y a du fatras, des choses qui ne servent plus à rien. Odeurs indéfinissables, poussière surtout. Madriers, chaises bricolées, vieux vêtements, vieux papiers, livres d’images, lettres ficelées. Odeurs incitant au voyage dans le temps et à l’exploration intime forcément.</p>
<p style="text-align: justify;">Plutôt des lieux anciens qui se manifestent, des lieux sombres emplis de bruits domestiques, frottements au sol, battements de portes, ustensiles de cuisine qui se heurtent au matin quand on fait du café et fait griller du pain. Y pénètrent des bruits et des odeurs de jardin, de campagne, presque jamais urbains. Meubles désuets &#8212; secrétaires en vogue dans les seventies, buffets hideux mais commodes pour ranger la vaisselle, armoires en chêne léguées par une vieille tante, postes TV juchés sur des tables roulantes. Lieux à revisiter avant qu’ils ne disparaissent. Et à parcourir cet enchaînement-là de quatre cinq pièces portant des noms liés à leur usage, s’invente un seul et unique espace qui ne palpite que pour soi dans la blancheur d’un ciel de bord de mer qui se propage à la façon d’un courant d’air, alors frôler du doigt l’arête d’un meuble, aller jusqu’à la chambre puis revenir au petit cabinet de toilette repeint il y a peu, passer par la cuisine, comment dire, l’ensemble ne constituant finalement qu’une seule et unique pièce, la maison avec ses bruits familiers et ses odeurs de cire, la maison quoi ! à jamais reliée aux premières années et aux apprentissages &#8212; comment a-t-on pu un jour en partir ? &#8211;, maison sans aucune envergure ni originalité mais reliée au temps personnel et à certains événements marquants, ouverte aux humeurs de l’océan qui bat et rebat éternellement la côte sauvage.</p>
<p style="text-align: right; font-size: 13px;"><em>Photographie : Jim Digritz (unsplash)</em></p>
<p style="text-align: justify;">
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/especes-de-decor-1/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>6</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>un hiver personnages #2 &#124; une généalogie au féminin</title>
		<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/un-hiver-personnages-2-une-genealogie-au-feminin/</link>
					<comments>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/un-hiver-personnages-2-une-genealogie-au-feminin/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 15 Jan 2020 14:36:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[famille]]></category>
		<category><![CDATA[Le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[ateliers Tiers Livre]]></category>
		<category><![CDATA[génaologie au féminin]]></category>
		<category><![CDATA[un hiver personnages]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://francoiserenaud.com/terrainfragile/?p=2472</guid>

					<description><![CDATA[Cycle d&#8217;ateliers avec Tiers Livre et François Bon intitulé « Un hiver personnages ». Deuxième proposition : « une accumulation où chaque silhouette est brièvement modelée en une seule phrase, comme les mains feraient de l’argile. Et ça, oui, par un principe d’accumulation, délibérément pour élargir le « répertoire » de matière brute qui nous servira progressivement pour &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/un-hiver-personnages-2-une-genealogie-au-feminin/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« un hiver personnages #2 &#124; une généalogie au féminin »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="font-size: 14px; text-align: justify;"><em>Cycle d&rsquo;ateliers avec Tiers Livre et François Bon intitulé « Un hiver personnages ». Deuxième proposition : « une accumulation où chaque silhouette est brièvement modelée en une seule phrase, comme les mains feraient de l’argile. Et ça, oui, par un principe d’accumulation, délibérément pour élargir le « répertoire » de matière brute qui nous servira progressivement pour les récits à développer ». </em><em><a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4874">En savoir plus ici</a>.</em></p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Celles qui n’en avaient que faire des mots Celles qui n’en avaient que faire des promesses Celles qui avaient les mains gercées à force de frotter le linge et de laver les légumes avec l’eau du puits Celles qui venaient de familles de laboureurs et qui portaient des bas de laine et des robes sombres Celles qui se pliaient à la tradition, avaient pourtant des yeux qui brillaient, d’un noir si affûté qu’ils semblaient se planter droit devant avec la volonté de ne jamais se détourner<br />
Celle qui rêvait d’une robe rouge<br />
Celle qui confectionnait des balais avec des branches de genêt toutes de la même longueur et ficelées grossièrement<br />
Celle qui passait par les maisons pour proposer son beurre<br />
Celle sur la photo qui a de l’aplomb, les deux pieds campés dans la terre, et sans doute qu’elle ne craignait pas de marcher à travers les landes inondées de brume ou brossées de vent, et même qu’elle ôtait ses chaussures pour ne pas les user Qui était bien aimée d’Angélique P., femme que j’ai fréquenté jusqu’à ses 106 ans et demi et qui parlait si bien des jardins et des filles qu’elle avait connues quand elle était jeune et qui toutes étaient parties sous la terre comme elle disait, toutes nées dans ce petit coin de pays en bordure d’océan là où il n’y avait pas de villes, rien que des villages et des bourgs avec le marché un jour par semaine et quelquefois une foire aux bestiaux ou une fête de la mer avec les bateaux qui faisaient la navette entre le port et l’île en face Celle dont il ne reste pas grand-chose sinon deux clichés réalisés dans le studio du photographe à l’occasion de ses vingt ans et de son mariage Celle à qui je ressemble m’a-t-on dit, du moins en carrure et en tempérament</p>
<p>Celle qui avait dû aimer la splendeur des grands arbres de la côte alors qu’ils traversaient le siècle sans qu’on les tracasse Qui se laissait émouvoir (enfin je crois) par les clameurs du vent d’ouest, par la venue des fleurs au verger Qui aurait aimé écrire des poésies mais elle n’avait pas d’encre ni de cahier, de toute façon elle n’y avait jamais cru suffisamment pour le faire<span id="more-2472"></span></p>
<p style="text-align: justify;">Celle qui s’aventurait sur le chemin des écluses et cueillait des fleurs de marais, les serrait fort en bouquets pour les vendre Qui défaisait sa chevelure et rêvait de dentelles et d’amour, ayant eu vent que de tels sentiments pouvaient exister et entraîner la fièvre, quand elle arpentait le môle et croisait les pêcheurs aux manches retroussées et aux airs délurés (ils étaient nombreux à cette époque-là à posséder des bateaux et à sortir en mer avant l’aube)</p>
<p>Celle qui n’était finalement pas si jeune quand elle avait pris mari (urgent d’accepter le premier parti venu sans trop faire la fine bouche sinon elle allait rester seule), un certain mois de janvier avait livré un petit garçon au monde qui porterait le même prénom que le père et ne s’en était jamais remise</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Celles qui étaient loin d’être stupides même si elles n’avaient pas étudié ni lu le moindre livre Celles qui avaient vécu la guerre Celles qui auraient sûrement préféré un peu de richesse matérielle à n’importe quel serment d’amour (les pauvres n’avaient connu ni l’un ni l’autre, pas même possédé un col brodé ou une paire de gants en peau) Celles qui ont servi un mari toute une vie sans broncher Celles qui ont résisté longtemps avant de céder Celles à qui ça a coûté la vie Et celles de l’autre famille plus loin dans les terres qui se laissaient dominer par les hommes elles aussi, pas leur mot à dire, et qui s’échinaient dans les tâches obscures et soignaient les bêtes et sarclaient les rangées de choux Celle qui s’en était sortie (je me demande comment), à priori grâce au curé qui avait repéré ses facilités à l’école et qui en avait parlé à son père si bien qu’elle avait eu plus de chance que ses sœurs Qui avait fait des années de pensionnat Qui avait tenu bon Qui avait appris mille poèmes et chansons par cœur (aujourd’hui un seul mot enclenche chez elle la venue d’un ou plusieurs couplets) Qui n’a jamais pu oublier l’enfant mort Qui a bien caché son chagrin</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Toutes celles dont je devine les visages, Marie Gilberte Clotilde Simone Thérèse Eugénie Joséphine, ce jour-là elles se donnent le bras et avancent dans l’allée sous les arbres en sautillant et en chantant, joie et insouciance, on dirait des petites filles, et puis l’une d’elles se retourne et semble me faire signe, « Viens, suis-nous. On y va. », toutes corps jeunes et alertes, cheveux ébouriffés, robes claires.</p>
<p style="text-align: right; font-size: 13px;"><em>Photographie : 1947, photothèque familiale</em></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/un-hiver-personnages-2-une-genealogie-au-feminin/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>10</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>pousser la langue #06 &#124; corps vents fenêtres</title>
		<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/pousser-la-langue-06-il-elle-fenetre/</link>
					<comments>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/pousser-la-langue-06-il-elle-fenetre/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 26 Aug 2019 08:27:28 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[enfance]]></category>
		<category><![CDATA[Le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[atelier d'écriture]]></category>
		<category><![CDATA[atelier d'été 2019]]></category>
		<category><![CDATA[corps vents fenêtres]]></category>
		<category><![CDATA[fenêtres]]></category>
		<category><![CDATA[le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[maisons]]></category>
		<category><![CDATA[reflets]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://francoiserenaud.com/terrainfragile/?p=2266</guid>

					<description><![CDATA[Une proposition de naviguer de fenêtre en fenêtre jusqu&#8217;à entremêler différentes époques de notre vie, à les révéler&#8230; et sans ponctuation&#8230; Le Tiers livre ici &#160; Elle levait les yeux pour la voir elle le faisait souvent pour attraper la lumière du dehors et les nuages qui semblaient faire partie du verre elle pensait à &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/pousser-la-langue-06-il-elle-fenetre/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« pousser la langue #06 &#124; corps vents fenêtres »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: left; font-size: 16px;"><span style="color: #228585;"><em>Une proposition de naviguer de fenêtre en fenêtre jusqu&rsquo;à entremêler différentes époques de notre vie, à les révéler&#8230; et sans ponctuation&#8230; </em></span><a href="http://www.tierslivre.net/ateliers/proposition-04-affinite-pour-la-description/">Le Tiers livre ici</a></p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Elle levait les yeux pour la voir elle le faisait souvent pour attraper la lumière du dehors et les nuages qui semblaient faire partie du verre elle pensait à la suite très loin dans le futur elle pensait à d’autres lieux qu’elle habiterait d’autres fenêtres comme celle de la cuisine de la rue Pouget grande avec volets verts donnant sur des jardins de faubourg celui d’en face reconnaissable au bananier qui revenait chaque année toujours aussi dépenaillé à cause des vents forts ou celle encore qu’elle avait contemplée trente ans plus tard allongée dans un lit blanc de chambre aseptisée genre de fenêtre-mur à volet roulant bruyant à manipuler en fait c’était il n’y a pas longtemps nuit sans dormir avec douleur intense canicule sur la ville et traces de sable sur la paroi rappelant des coulures de larmes sur un visage tout ça intimement imbriqué avec irisations de lumière électrique et sirènes d’ambulance rêves pensées reflets fusionnés le matin très tôt avec le soleil émergeant au-dessus des petites montagnes tout change si vite dans la minuscule ouverture de la vieille maison bordée de toiles d’araignée cadre en bois et verre datant de quelques décennies sans doute car épais et légèrement trouble ce qui la reconduit à ce haut vitrage vers lequel elle levait souvent les yeux composé d’éléments 30 x 30 ce doit être à peu près ça mais ça n’a pas d’importance cahier d’enfance posé sous le coude et encrier avec le printemps chassant l’hiver et toutes les odeurs de poêle à mesure que le soleil gagnait du terrain et grimpait contre l’épaulement de la fenêtre parfois pluies intenses à cause de la proximité de la mer et violentes bourrasques qui faisaient vibrer aussi les carreaux de la cuisine avec rideau en dentelle blanche largement repoussé afin d’observer les mouvements à l’entour elle fenêtres maisons habitées par les corps les vents les arbres et les villes elle pensait rêvait de la haute fenêtre de la salle de classe regardait les lumières regarde les reflets des différents mondes traversés absorbés par les épaules les cheveux elle ne sait rien du temps qui prend la peau surprenant parfois dans le cadre quelque reflet de sa propre silhouette.</p>
<p style="text-align: right; font-size: 14px;"><em>Photo <a href="https://unsplash.com/@eiskonen?utm_source=unsplash&amp;utm_medium=referral&amp;utm_content=creditCopyText">Hans Eiskonen</a> </em></p>
<p>&nbsp;</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/pousser-la-langue-06-il-elle-fenetre/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>7</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>pousser la langue  #04&#124; chemin des Horts</title>
		<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/pousser-la-langue-04-affinite-pour-la-description/</link>
					<comments>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/pousser-la-langue-04-affinite-pour-la-description/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 07 Aug 2019 08:30:11 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[Le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[végétal]]></category>
		<category><![CDATA[affinité pour la description]]></category>
		<category><![CDATA[atelier d'été 2019]]></category>
		<category><![CDATA[chemin des Horts]]></category>
		<category><![CDATA[Terrain fragile]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://francoiserenaud.com/terrainfragile/?p=2230</guid>

					<description><![CDATA[Affinité pour la description : se saisir d’un élément dans le grand dehors du monde, pas dans l’environnement privé, et en faire un objet texte… peu importe ce qui est choisi, mais plutôt l’échelle avec laquelle on en saisit la matière, le détail&#8230; dans l&#8217;inspiration de Gertrud Stein « Acquaintance with description » Le Tiers livre ici &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/pousser-la-langue-04-affinite-pour-la-description/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« pousser la langue  #04&#124; chemin des Horts »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="font-size: 15px;"><span style="color: #a86d2d;"><em><span style="color: #287a51;">Affinité pour la description : se saisir d’un élément dans le grand dehors du monde, pas dans l’environnement privé, et en faire un objet texte… peu importe ce qui est choisi, mais plutôt l’échelle avec laquelle on en saisit la matière, le détail&#8230; dans l&rsquo;inspiration de Gertrud Stein « Acquaintance with description »</span><br />
<a href="http://www.tierslivre.net/ateliers/proposition-04-affinite-pour-la-description/">Le Tiers livre ici</a></em></span></p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Ce trouble qui envahit à emprunter le sentier, ce vague sentiment d’insécurité à se retrouver corps soudain contenu dans la marge étroite définie par deux murs suffisamment élevés pour dominer le marcheur et abondamment couronnés de lianes et autres plantes envahissantes au point de procurer une sensation de jungle – fouillis adhérant ou griffu retombant en de nombreux points le long des parois, genre de luxuriance qui habille en un rien de temps les murailles –, cette impression d’enfouissement qui pesait sur la poitrine et précipitait un peu la respiration (à peine mais accélération tout de même discernable) bien que le ciel demeurât immense au-dessus de la tête, ciel tendu en effet entre les collines forestières pentues occultant les horizons de l’est et de l’ouest, en même temps cette sensation d’aspiration vers le haut de la vallée encore invisible (on en devine l’existence à l’échancrure du ciel, au loin, qui prédit un col entre les bosses) à progresser ainsi sur le sentier faufilé entre les murailles jadis construites avec les pierres du torrent, simples pierres grises, parfois tirant sur le jaune ou le rouille, déformées au fil de l’histoire tectonique régionale puis érodées forcément, à présent hérissées de lycopodes dans ses entrebâillements, de nombrils de Vénus et autres espèces de fougères de petite taille qui se plaisent à croître dans un peu de terre maigre.</p>
<p style="text-align: justify;">En vérité le plus troublant était d’atteindre ce virage qui s’amorçait juste après le jardin abandonné qu’on entrevoyait en passant devant le portail défoncé par la dernière inondation et qui bien sûr réveillait de la peine, un virage qui n’en finissait pas de se dessiner, une courbe lente et magnifique qui avait dû donner du fil à retordre à ses bâtisseurs et qui suivait habilement le versant à mi-hauteur tout en contournant le traversier en jachère situé au-dessus, c’est alors qu’on pouvait ressentir la sécheresse des pierres contrastant avec la verdure omniprésente, en observer les détails, les toucher même : linéations, déformations, minéraux incrustés, facettes oxydées donnant idée du ventre des montagnes. Y surprendre dans la portion la plus ensoleillée un lézard attentif ou une bande de papillons s’éparpillant à la moindre alerte. Enfin percevoir la rumeur légèrement résonnante du torrent qui roulait à une vingtaine de mètres par-delà le rempart accompagnée de bruissements d’insectes et de chants d’oiseaux, rumeur plus ou moins remuante selon l’heure et plus ou moins intense selon la saison, rumeur qui de toute façon éloignait des bruits urbains fracassants. Comprendre alors combien ces hautes parois savaient accueillir dans le resserrement de leurs pans et l’ample déroulement de leur méandre – un peu à la façon d’une enceinte – , murs pareils à des structures indissociables du déplacement des personnes et des troupeaux, murs pareils à des bornes du temps aptes à raviver des sentiments intimes éprouvés dans l’enfance et des frayeurs enterrées, à la fois fragilisant et protégeant celui qui marche, seul dans la mémoire des siècles précédents, regard tendu vers le col là-bas, pleinement nourri de l’ambiance sonore et du rythme des pierres, ressentant dans son dos la masse du pays puissamment implanté qui participait de la même euphorie et du même paysage.</p>
<p><img fetchpriority="high" decoding="async" class="alignnone wp-image-2233" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/08/P1050797_carré-822x824.jpg" alt="" width="640" height="641" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/08/P1050797_carré-822x824.jpg 822w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/08/P1050797_carré-150x150.jpg 150w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/08/P1050797_carré-300x300.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/08/P1050797_carré-768x770.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/08/P1050797_carré-1200x1202.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/08/P1050797_carré.jpg 2044w" sizes="(max-width: 640px) 100vw, 640px" /></p>
<p style="text-align: right; font-size: 13px;"><em>Photographies : Chemin des Horts,  françoise renaud, juillet 2019</em></p>
<p>&nbsp;</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/pousser-la-langue-04-affinite-pour-la-description/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>3</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>en 4000 mots #6 &#124; Robert Walser : un tout petit clou</title>
		<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/en-4000-mots-6-robert-walser-un-tout-petit-clou/</link>
					<comments>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/en-4000-mots-6-robert-walser-un-tout-petit-clou/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 31 Jan 2019 11:43:20 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[corps]]></category>
		<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[en 4000 mots 2019]]></category>
		<category><![CDATA[Le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[atelier d'hiver 2019]]></category>
		<category><![CDATA[l'amant russe]]></category>
		<category><![CDATA[recherches sur la nouvelle]]></category>
		<category><![CDATA[Robert Walser]]></category>
		<category><![CDATA[un tout petit clou]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://francoiserenaud.com/terrainfragile/?p=1910</guid>

					<description><![CDATA[Atelier Tiers Livre &#8211; hiver 2018 / 2019 recherches sur la nouvelle Le Tiers Livre &#8211; atelier d&#8217;hiver #6, écrire sans sujet à partir de &#8216;Vie de poète&#8217; de Robert Walser (écrire sur rien, à partir de rien, « en un seul bloc »&#8230; j&#8217;ai écrit cette variation en prolongement de #2 : écriture avec écrivain) Il &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/en-4000-mots-6-robert-walser-un-tout-petit-clou/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« en 4000 mots #6 &#124; Robert Walser : un tout petit clou »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<address><span style="color: #808080;"><strong>Atelier Tiers Livre &#8211; hiver 2018 / 2019<br />
recherches sur la nouvelle<br />
</strong></span></address>
<p style="font-size: 14px; text-align: left;"><em>Le Tiers Livre &#8211; atelier d&rsquo;hiver </em>#6<em>, écrire sans sujet à partir de &lsquo;Vie de poète&rsquo; de Robert Walser<br />
(écrire sur rien, à partir de rien, « en un seul bloc »&#8230; j&rsquo;ai écrit cette variation en prolongement de #2 : <strong><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/en-4000-mots-2-ecriture-avec-ecrivain/">écriture avec écrivain</a></strong>)</em></p>
<p><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/01/P1020963_carré.jpg" rel="lightbox-0"><img decoding="async" class="alignnone wp-image-1913" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/01/P1020963_carré-1022x1024.jpg" alt="" width="580" height="581" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/01/P1020963_carré-1022x1024.jpg 1022w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/01/P1020963_carré-150x150.jpg 150w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/01/P1020963_carré-300x300.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/01/P1020963_carré-768x769.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/01/P1020963_carré-1200x1202.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/01/P1020963_carré.jpg 2044w" sizes="(max-width: 580px) 100vw, 580px" /></a></p>
<p class="has-drop-cap" style="text-align: justify;"><strong>I</strong>l y a grande soirée à l’ambassade. Pas la peine de rêver, il ne viendra pas. Toute la semaine sans le voir – la troisième au total. Elle n’arrivera pas à travailler, encore moins à dormir : les ombres dehors, le vent, le cri déchirant des chats qui se défient. Elle va avoir la fièvre de lui. Alors se fixer sur rien ou pas grand-chose, par exemple une tache d’humidité au plafond, une rayure, un bout de carte postale qui dépasse d’un livre. Fouiller désespérément le noir pour se raccrocher à ce rien qui pourrait la sauver. Elle ne boit jamais seule d’habitude, mais là c’est différent — juste une rasade parce qu’elle ne supporte pas d’attendre. Elle cherche un clou entre deux lés de tapisserie, un élytre d’insecte dans le rideau, une carapace de coccinelle, <span id="more-1910"></span>ou alors des indices de dégradation du miroir. Vodka. Elle est perdue, elle s’obstine à chercher une petite chose inouïe qui pourrait retenir son attention, la ramener à elle-même. Peut-être que l’amant russe est un homme à femmes, qu’il a d’autres maîtresses. Tout à fait possible, elle sait comment il fait pour devenir irrésistible, elle l’a déjà vu faire… Se fixer, ne pas déraper, rester digne&#8230; Et bien sûr qu’un clou, même minuscule, ça n’est pas rien : une possibilité de suspendre un tableau, un portrait de famille, un trousseau de clés. Et une carapace de coccinelle ça n’est pas rien non plus, quelques milligrammes et sept points noirs sur le dos. Mais ni clou ni insecte dans les parages, seulement la bouteille qu’elle a achetée pour leur soirée et la page de son cahier – elle trouve pratique d’écrire dans des cahiers, au moins tout est ensemble. Quelques mots comme : L’attendre fait mal ou Je l’imagine souriant à côté de sa femme dans une robe affreuse. Trop nul. Vodka encore. Elle déambule dans le studio, regarde les moutons de poussière réfugiés au ras du plancher, en ordre de marche tel un bataillon velu, personne ne sait d’où ils viennent, comment ils se forment. Et puis là-bas une chose roulée en boule, pièce de linge oubliée, culotte en coton gris. Un de ces slips larges, propriété de l’amant, dont elle s’est souvent moquée, assez inélégant mais confortable — de fabrication moscovite elle suppose —, donc un objet qui a touché le corps adoré et même ses parties intimes. Cette façon qu’il a toujours de l’ôter, grand corps pas vraiment athlétique mais étonnamment souple à se jeter sur le lit l’attirer l’étreindre. Doux le tissu qu’elle caresse – il a été beaucoup porté, lavé —, s’en sert comme d’un mouchoir ou carré de velours. Et voilà qu’elle pleure toutes les larmes de son corps, inconsolable de solitude et d’amour. Pitoyable de pleurer comme ça à son âge pour un slip, pour un homme, rien qu’une histoire passagère – tout était clair dès le départ —, non mais à quels états cette passion la réduit. Désolée, engloutie, elle s’en fiche, étreint ce rien du tout, ce bout de chiffon, étrange témoin de ses plaisirs.</p>
<p style="text-align: right; font-size: 13px;"><em>Photographie de Françoise Renaud (série Le cadavre dans l&rsquo;escalier, 2017)<br />
Ici le Tiers Livre, <a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4787&amp;fbclid=IwAR3yQKprKiC-sjlUflHJYpBoHt53DRh7USOvvBiNL_niX_Hszt-QB6EPS8I">« en 4000 mots » | recherches sur la nouvelle</a></em></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/en-4000-mots-6-robert-walser-un-tout-petit-clou/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>4</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>en 4000 mots #5 &#124; Sarraute : scénographie des voix</title>
		<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/en-4000-mots-5-sarraute-scenographie-des-voix/</link>
					<comments>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/en-4000-mots-5-sarraute-scenographie-des-voix/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 21 Jan 2019 16:50:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[corps]]></category>
		<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[en 4000 mots 2019]]></category>
		<category><![CDATA[Le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[Nathalie Sarraute]]></category>
		<category><![CDATA[recherches sur la nouvelle]]></category>
		<category><![CDATA[Terrain fragile]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://francoiserenaud.com/terrainfragile/?p=1898</guid>

					<description><![CDATA[Atelier Tiers Livre &#8211; hiver 2018 / 2019 recherches sur la nouvelle Le Tiers Livre &#8211; atelier d&#8217;hiver #5, à partir de &#8216;Vous les entendez&#8217; de Nathalie Sarraute (tentative de dialogue et de mise en scène du dialogue « en un bloc ») Approche voyons, n’aie pas peur, toutes les filles passent par là un jour ou &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/en-4000-mots-5-sarraute-scenographie-des-voix/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« en 4000 mots #5 &#124; Sarraute : scénographie des voix »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<address><span style="color: #808080;"><strong>Atelier Tiers Livre &#8211; hiver 2018 / 2019<br />
recherches sur la nouvelle<br />
</strong></span></address>
<p style="font-size: 14px; text-align: left;"><em>Le Tiers Livre &#8211; atelier d&rsquo;hiver </em>#5<em>, à partir de &lsquo;Vous les entendez&rsquo; de Nathalie Sarraute<br />
(tentative de dialogue et de mise en scène du dialogue « en un bloc »)<br />
</em></p>
<p><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/01/P1020948_carré.jpg" rel="lightbox-0"><img decoding="async" class="alignnone wp-image-1900" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/01/P1020948_carré-1024x1024.jpg" alt="" width="560" height="559" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/01/P1020948_carré-1024x1024.jpg 1024w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/01/P1020948_carré-150x150.jpg 150w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/01/P1020948_carré-300x300.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/01/P1020948_carré-768x767.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/01/P1020948_carré-1200x1198.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/01/P1020948_carré.jpg 2048w" sizes="(max-width: 560px) 100vw, 560px" /></a></p>
<p class="has-drop-cap" style="text-align: justify;"><strong>A</strong>pproche voyons, n’aie pas peur, toutes les filles passent par là un jour ou l’autre, ça ne sert à rien de te faire du mouron… La voix est déformée à cause des épingles retenues entre les dents, pourtant douce, rassurante… Voilà, rentrer un peu plus le galon, ah c’est beaucoup mieux, plus élégant ; en général elles attendent toutes ce moment-là, elles piaffent, c’est comme inscrit dans leur sang… Les gens parlent toujours à tort et à travers, qu’est-ce qu’ils savent les gens de nos vrais sentiments ?… Quand même tu devrais être contente, et puis ça vaut mieux que de ne plaire à personne et de rester en rade, après on devient vite trop vieille, combien de fois je te l’ai dit… Un battement d’aile peut dévier la courbe, un simple geste orienter le destin, on sait bien : un regard appuyé ou détourné, une main qui s’approche ou refuse, mais un mari pour la vie, elle n’est pas sûre d’avoir vraiment choisi… <span id="more-1898"></span>De toute façon ça ne pouvait pas durer cette affaire-là : lui venait du bord de la mer en vélo — ça faisait une sacrée trotte —, tous ces kilomètres juste pour me parler une heure ou deux, à la rigueur me tenir la main quand on se promenait dans les champs, alors il a fallu que je me décide, que je réponde à ses avances ; lui ou un autre, je me demande… La femme aux épingles entre les dents tourne autour de la robe, se baisse, défripe les volants… Il est plutôt beau garçon dis donc, par contre ce qu’il a vraiment dans le crâne, tu ne le sauras qu’à l’usage… Elles se taisent. Bruit de tissu qu’on froisse, pieds frottant le sol, ciseaux à couture qui tombent et vont rebondir contre l’armoire… Ah si on savait à l’avance, tout serait différent&#8230; La fille vêtue de la robe attrape un mouchoir dans sa manche, renifle plusieurs fois… On ne peut pas dire que de mon côté ça a été une réussite ; un fainéant pour ne pas dire autrement, par chance il est parti jeune – un pauvre gars en fin de compte —, mais on a beau faire, ces choses-là on ne peut pas les savoir à l’avance… Le visage de fille se contracte, rictus, elle répète : on ne peut pas savoir à l’avance. Comme une bouffée d’appréhension qui plisse son front et soulève sa poitrine…. Approche un peu, oui comme çà, encore un petit point sous l’aisselle, ne pas oublier d’ajuster la couronne, on ne sera jamais prêtes… Bruits à l’extérieur de la chambre, mouvements et cris &#8212; comme une rumeur. Les gens commencent à se rassembler devant la maison… Allez souris un peu, c’est ton jour, un très beau jour, tu ne vas quand même pas te mettre à pleurer, c’est idiot de pleurer le plus jour de sa vie… En fait elle a peur qu’il lui fasse des choses qu’elle ne veut pas, qu’il soit violent avec elle, et ça elle ne peut pas le dire, c’est de la lave dans sa bouche, ça l’empêche de respirer (la blessure entre le blanc des cuisses, le sang, la peau, le ventre doux), tout ça parce que sa mère ne lui a rien dit, parce que les femmes ne disent jamais, elles acceptent… On toque à la porte : Est-ce qu’on peut entrer ? on voudrait bien la voir&#8230; Ah non impossible, ça porte malheur !&#8230; Qui a dit ça ? rien que des bêtises, parce que nous on en a marre d’attendre, on aimerait bien… Rires d’enfant derrière la cloison, pas précipités, déjà les petites filles sont reparties vers le jardin. Le père grogne sans doute… Tous ils t&rsquo;attendent… Il y a quelque chose dans son cœur de fille qui retient, elle ne peut pas l’expliquer et ça commence à couler sur ses joues… Allons, reste tranquille sinon je ne vais pas y arriver, dis donc c’est que tu es drôlement jolie ! on a bien fait de récupérer la robe de ta sœur, au fond rien que de petits ajustements, et c’est une drôle d’économie pour ton fiancé… Chuchotements encore, il faut se dépêcher… Enfin dis-moi, est-ce que tu as été un peu heureuse avec ton gars ?… Ah ça j’en sais trop rien, quoiqu’au début… Tu l’aimais n&rsquo;est-ce pas ? et tu avais envie qu’il s’allonge avec toi dans le lit ? s’il-te-plaît dis-le moi… Oui oui bien sûr… Elle ôte les dernières épingles, les plante dans le coussin à couture, s’affaire autour de la couronne… Enfin ce n’est pas toujours ce qu’on croit la première fois, tu verras bien, tu finiras par t’habituer… Des mots qui rongent, inquiètent… Maintenant il est temps, ton père va te conduire jusqu’à l’autel… Et lui, il a déjà mis son costume, tu crois ?&#8230; Ah ça sûrement qu’il est fin prêt, coiffé avec sa raie sur le côté, gominé… J’ai peur de ne pas y arriver… Du calme, la belle, souviens-toi, le mieux à faire est de fermer les yeux… Il pourra toujours raconter que je ne voulais pas enlever ma robe, qu’au dernier moment je m’étais refusée comme un animal ; il faut comprendre aussi, foncer vers l’inconnu ou tomber dans le vide c’est pareil, raide sur ma chaise d’église, le goût salé des larmes, accrochée des deux mains à mes jupons… Eh bien c’est là qu’il faut plier l’échine, se forcer, en vérité ça ne dure pas bien longtemps. Ouf ça y est, tu es vraiment jolie tu sais&#8230; Pousser la porte de la chambre, traverser la cuisine — trop tard pour reculer —, applaudissements… Regarde, ils sont tous là… grand temps de partir… mais… arrêter de penser, se forcer… et puis</p>
<p style="text-align: right; font-size: 13px;"><em>Photographie de Françoise Renaud (série Le cadavre dans l&rsquo;escalier, 2017)<br />
Ici le Tiers Livre, <a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4787&amp;fbclid=IwAR3yQKprKiC-sjlUflHJYpBoHt53DRh7USOvvBiNL_niX_Hszt-QB6EPS8I">« en 4000 mots » | recherches sur la nouvelle</a></em></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/en-4000-mots-5-sarraute-scenographie-des-voix/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>5</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>en 4000 mots #4 &#124; Duras quatuor à dire</title>
		<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/en-4000-mots-4-durasquatuoradire/</link>
					<comments>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/en-4000-mots-4-durasquatuoradire/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 13 Jan 2019 13:26:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[en 4000 mots 2019]]></category>
		<category><![CDATA[famille]]></category>
		<category><![CDATA[Le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[atelier d'hiver]]></category>
		<category><![CDATA[Duras]]></category>
		<category><![CDATA[La mort du jeune aviateur anglais]]></category>
		<category><![CDATA[recherches sur la nouvelle]]></category>
		<category><![CDATA[Terrain fragile]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://francoiserenaud.com/terrainfragile/?p=1890</guid>

					<description><![CDATA[Atelier Tiers Livre &#8211; hiver 2018 / 2019 recherches sur la nouvelle Le Tiers Livre &#8211; atelier d&#8217;hiver #4, à partir de &#8216;La mort du jeune aviateur anglais&#8217; de Marguerite Duras Je n’existais pas encore au moment où ça s’est passé, mais je peux le concevoir, ce moment, redessiner le lieu à l’aune de nos &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/en-4000-mots-4-durasquatuoradire/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« en 4000 mots #4 &#124; Duras quatuor à dire »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<address><span style="color: #808080;"><strong>Atelier Tiers Livre &#8211; hiver 2018 / 2019<br />
recherches sur la nouvelle<br />
</strong></span></address>
<p style="font-size: 14px; text-align: left;"><em>Le Tiers Livre &#8211; atelier d&rsquo;hiver </em>#4<em>, à partir de &lsquo;La mort du jeune aviateur anglais&rsquo; de Marguerite Duras<br />
</em></p>
<p><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/01/P1020961_carré.jpg" rel="lightbox-0"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-1891" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/01/P1020961_carré-1024x1024.jpg" alt="" width="560" height="560" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/01/P1020961_carré-1024x1024.jpg 1024w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/01/P1020961_carré-150x150.jpg 150w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/01/P1020961_carré-300x300.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/01/P1020961_carré-768x768.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/01/P1020961_carré-1200x1200.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/01/P1020961_carré.jpg 2048w" sizes="auto, (max-width: 560px) 100vw, 560px" /></a></p>
<p class="has-drop-cap" style="text-align: justify;"><strong>J</strong>e n’existais pas encore au moment où ça s’est passé, mais je peux le concevoir, ce moment, redessiner le lieu à l’aune de nos brefs séjours après le long voyage dans la voiture de mon père jusqu’à ce pays éloigné du bord de la mer. Un lieu pauvre et perdu, soumis à l’empire de l’ombre, peuplé de gens affairés à la terre : semeurs, jardiniers, éleveurs de bêtes. Un lieu-dit portant un nom d’arbre. Le Noyer. Situé dans le département de la Loire Inférieure – image dégradante résonnant avec l’odeur de fumier, forte autour des fermes basses et des prés descendant jusqu’à l’eau (souvenir aussi d’un enfant retrouvé noyé, mais c’est une autre histoire). Un hameau difficile à distinguer des autres du même genre éparpillés dans cette campagne, pourtant différent ce jour-là à cause d’un mariage en train de se préparer. Enfin une certaine effervescence, le pavé lavé de frais, des chaises disposées en rang d’oignon devant la maison pour le monde qui commence à venir, des petits gâteaux et des verres sur une table pour les hommes qui voudraient un blanc sec.<span id="more-1890"></span></p>
<p style="text-align: justify;">Mais où est la mariée ? en train de passer sa robe, mais où et avec l’aide de qui ? Parce qu’à la regarder sur les photographies, elle n’a pas bien l’air facile à enfiler, cette robe réalisée par une couturière, ajustée au galbe des seins, empiècement satiné marquant la taille et boutonnée dans le dos &#8212; vous savez, ces petits boutons faits du même tissu que la robe difficile à passer dans les trous &#8211;, mais personne ne se souvient vraiment. S’en référer aux sœurs. Une autre fois peut-être. Enfin, il n’y a pas trente-six solutions, ça s’est forcément passé à la ferme puisque le cortège est parti du hameau pour gagner l’église au bout de la ligne droite (des images du cortège le prouvent), donc dans l’une des chambres à l’arrière qui ne voient guère le soleil. La couturière étant marraine de la mariée, c’est elle qui a dû l’assister, épingles serrées entre les dents et aiguillée de coton toute prête pour un dernier ajustement. Cette femme, morte il y a déjà des années, ne peut rien confirmer. Rien confirmer non plus du cri que la jeune fille a poussé au moment de glisser la tête dans l’encolure en mousseline blanche.</p>
<p style="text-align: justify;">Étrange comme je l’entends crier moi aussi au seuil d’épouser l’homme qu’elle ne connaît pas ou si peu. Elle a vu quelque chose, quelque chose logé dans les plis qui l’a épouvantée : bête noire, mouton de poussière, pétale séché, papillon, quelque chose de non identifié qui s’est mué en mauvais présage. Suit la peur. De partir. De quitter sa terre et les siens. De commencer une autre vie. Peur de ce qui va arriver. Si elle le savait, elle se cacherait dans un coffre ou dans une armoire.</p>
<p style="text-align: justify;">Aller y voir de plus près, y aller à pleines mains, ne pas se gêner, fouiller le tissu à des années de distance, soulever les plis, fourrager dans le jupon, défroisser les volants, identifier la chose qu’elle a vue (après elle n’a plus voulu bouger), la robe lâchée par terre, le temps passant, le monde s’impatientant &#8212; aujourd’hui le dire même si ça ne sert à rien &#8212; dérouler le fil des secondes pour décortiquer l’affreux pressentiment &#8212; l’écrire, lui et tout ce qui en a découlé – ce serait comme un morceau de film, une scène au ralenti avec la robe posée successivement sur le lit, puis le fauteuil, puis tombée au sol, puis habillant le corps jeune et svelte à vingt ans &#8212; écrire la peur ancrée dans la chair de ma mère, transmise à chacun de ses enfants &#8212; je la questionne au téléphone, c’est si loin, elle confond les dates, finalement elle se souvient de la chambre à l’arrière, elle dit « la chambre de maman », elle dit aussi que c’était la robe de sa sœur mariée six mois plus tôt – le film proposerait des visages, ceux des proches et des gens présents à la cérémonie, demi-souriants, la plupart silencieux, aujourd’hui disparus &#8212; se pencher sur la page – écrire le contraste entre le noir et le blanc, entre la mousseline et le corps de l’insecte, entre l’espoir et la terreur &#8212; griffer les mots pour elle – griffer comme si je brodais son intraduisible émoi &#8212; se pencher – évoquer le cri &#8212; griffer les mots – dire – dire – coudre &#8212; écrire</p>
<p style="text-align: right; font-size: 13px;"><em>Photographie de Françoise Renaud (série Le cadavre dans l&rsquo;escalier, 2017)</em><br />
Ici le Tiers Livre, <a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4787&amp;fbclid=IwAR3yQKprKiC-sjlUflHJYpBoHt53DRh7USOvvBiNL_niX_Hszt-QB6EPS8I">« en 4000 mots » | recherches sur la nouvelle</a></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/en-4000-mots-4-durasquatuoradire/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>7</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>en 4000 mots #2 &#124; écriture avec écrivain</title>
		<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/en-4000-mots-2-ecriture-avec-ecrivain/</link>
					<comments>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/en-4000-mots-2-ecriture-avec-ecrivain/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 29 Dec 2018 11:39:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[corps]]></category>
		<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[en 4000 mots 2019]]></category>
		<category><![CDATA[Le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[Antonio Tabucchi]]></category>
		<category><![CDATA[atelier d'été 2018]]></category>
		<category><![CDATA[construction d'une nouvelle]]></category>
		<category><![CDATA[écriture avec écrivain]]></category>
		<category><![CDATA[écrivain]]></category>
		<category><![CDATA[en 4000 mots]]></category>
		<category><![CDATA[le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[nouvelle]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://francoiserenaud.com/terrainfragile/?p=1846</guid>

					<description><![CDATA[Atelier Tiers Livre &#8211; hiver 2018 / 2019 recherches sur la nouvelle Le Tiers Livre &#8211; atelier d&#8217;hiver #2, écriture avec écrivain (à partir des Rêves de rêves d’Antonio Tabucchi) Octobre 1988. C’est un dimanche. Ana Daniel (nom d’emprunt, je n’ose pas écrire son vrai nom) est dans un studio quelque part en banlieue et &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/en-4000-mots-2-ecriture-avec-ecrivain/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« en 4000 mots #2 &#124; écriture avec écrivain »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<address><span style="color: #808080;"><strong>Atelier Tiers Livre &#8211; hiver 2018 / 2019<br />
recherches sur la nouvelle</strong></span></address>
<p style="font-size: 14px; text-align: left;"><em>Le Tiers Livre &#8211; atelier d&rsquo;hiver </em>#<em>2, écriture avec écrivain (à partir des Rêves de rêves d’Antonio Tabucchi)</em></p>
<p><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/12/P1020958_carré.jpg" rel="lightbox-0"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-1849" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/12/P1020958_carré-1022x1024.jpg" alt="" width="640" height="641" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/12/P1020958_carré-1022x1024.jpg 1022w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/12/P1020958_carré-150x150.jpg 150w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/12/P1020958_carré-300x300.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/12/P1020958_carré-768x770.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/12/P1020958_carré-1200x1202.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/12/P1020958_carré.jpg 2044w" sizes="auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px" /></a></p>
<p class="has-drop-cap" style="text-align: justify;">Octobre 1988. C’est un dimanche. Ana Daniel (nom d’emprunt, je n’ose pas écrire son vrai nom) est dans un studio quelque part en banlieue et elle attend. Elle attend un coup de téléphone qui confirmera leur rendez-vous, demain ou un autre jour. Tout de sa vie s’arrêtera dans l’instant où il entrera, où le désir remplacera le vide et la désespérance. Sa main tambourinera contre la porte et quand elle ouvrira il sera là sur le seuil, un peu ivre &#8212; ou complétement ivre. Ana voudra mourir. Lui aussi, du moins elle le suppose, elle sait ce désir puissant qu’il a d’elle, tout de suite leurs corps projetés l’un vers l’autre &#8212; elle a déjà décrit les étapes de ce genre de noyade dans un livre qui racontait une passion ancienne, déchirante &#8211;, entre eux rien que des gestes, pas de mots ou alors si rares, les bras affolés, des envies de douceur et de violence, de volupté et de mort impossibles à combler. Le lit est large et blanc, draps bien tirés, oreillers retapés, elle attend, ne parvient pas à travailler. <span id="more-1846"></span>Pour tromper l’attente, elle décrit leur liaison dans son journal (il sera publié plus tard, sorti de l’ombre, parce que <em>les mots sont le temps lui-même</em>, elle l’a écrit comme ça, en tout cas quelque chose de proche, mais en ce moment où elle écrit, elle ne peut pas imaginer qu’un jour ces cahiers-là seront offerts au monde). Donc elle s’avancera vers la porte comme elle irait vers sa fin : stopper cette tension atroce, se jeter contre son grand corps de russe blond aux ongles mal soignés et aux vêtements de marque, compter pour lui plus que tout, même si elle le sait qu’il retournera un jour dans son pays. Elle rêve qu’il est là, elle le découvre appuyé contre le chambranle, déchiffre son sourire, sa soif immense, elle a envie de pleurer et de rire. Dans le rêve il avance au milieu de la pièce alors qu’elle recule, il tend la main, l’attire jusqu’à ce que leurs souffles se mêlent. Ils tombent sur le lit, boivent de la vodka, se mettent dans d’étranges positions pour se prouver leur folie. Ça dure longtemps, deux ou trois heures, ils ont tiré les rideaux ou alors il fait nuit. Pourtant quelque chose se défait en même temps qu’ils le font car la passion s’amenuise à s’éloigner de son commencement, Ana Daniel (dire son vrai nom n’apporterait rien de plus) en est persuadée au point qu’elle y pense tout le temps et que ça la déchire. Elle pense aussi qu’elle est trop vieille pour vivre ce genre de passion, que c’est sûrement la toute dernière fois. La sensation d’érosion, d’amenuisement s’accélère. Il se détache d’elle, la repousse, se met à rire bruyamment comme s’il se moquait d’elle : « Tu es une salope, Ana, rien qu’une salope ! » (soit il trouve ses gestes trop crus, soit il soupçonne qu’elle utilisera un jour leur histoire pour en faire un livre). Il est ivre. Elle se débat. « Non ce n’est pas vrai, je suis vivante, je te désire comme une vivante. » Le rire se poursuit tandis qu’il se rhabille. Le lit est devenu un chantier, draps souillés froissés. La nuit derrière la fenêtre. L’amant a pris les traits d’un clochard qui s’imbibe d’alcool à brûler et qui l’insulte. Putain de salope. L’image se brouille. Elle voudrait ne plus jamais rêver. À nouveau dans l’attente. Elle écrit dans le cahier les pensées que lui suscitent cet amour pour l’homme russe marié trois enfants, elle fouille fouille son corps au plus loin mais impossible de se protéger de la désillusion. Écrire la perdition et puis la destruction.</p>
<p style="text-align: right; font-size: 13px;"><em>En dire un peu plus sur la proposition d&rsquo;atelier : un bloc de texte, un personnage qui écrit, un fragment de récit. Choisir un écrivain dont on voudrait se rapprocher et installer son rêve&#8230; .<br />
</em></p>
<p style="text-align: right; font-size: 13px;"><em>Photographie : Françoise Renaud (série Le cadavre dans l&rsquo;escalier, 2017)</em><br />
Ici le Tiers Livre, <a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4787&amp;fbclid=IwAR3yQKprKiC-sjlUflHJYpBoHt53DRh7USOvvBiNL_niX_Hszt-QB6EPS8I">« en 4000 mots » | recherches sur la nouvelle</a></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/en-4000-mots-2-ecriture-avec-ecrivain/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>5</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>en 4000 mots #1&#124; images mentales</title>
		<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/en-4000-mots-images-mentales/</link>
					<comments>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/en-4000-mots-images-mentales/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 21 Dec 2018 18:54:46 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[en 4000 mots 2019]]></category>
		<category><![CDATA[Le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[atelier hiver 2018]]></category>
		<category><![CDATA[Henri Michaux]]></category>
		<category><![CDATA[le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[nouvelle]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://francoiserenaud.com/terrainfragile/?p=1832</guid>

					<description><![CDATA[Atelier Tiers Livre &#8211; hiver 2018 / 2019 recherches sur la nouvelle Proposition #1 : des images mentales (à partir de Henri Michaux, en rêvant à partir de peintures énigmatiques) Dans un lit, un corps d’enfant. On ne distingue pas les traits du visage, juste la forme du petit corps (on sait qu’il s’agit d’un &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/en-4000-mots-images-mentales/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« en 4000 mots #1&#124; images mentales »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<address><span style="color: #808080;"><strong>Atelier Tiers Livre &#8211; hiver 2018 / 2019<br />
recherches sur la nouvelle<br />
</strong></span></address>
<p style="font-size: 14px; text-align: left;"><em>Proposition #1 : des images mentales (à partir de Henri Michaux, en rêvant à partir de peintures énigmatiques)</em></p>
<p><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/12/P1020957_carré.jpg" rel="lightbox-0"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-1839" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/12/P1020957_carré-1022x1024.jpg" alt="" width="640" height="641" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/12/P1020957_carré-1022x1024.jpg 1022w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/12/P1020957_carré-150x150.jpg 150w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/12/P1020957_carré-300x300.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/12/P1020957_carré-768x770.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/12/P1020957_carré-1200x1202.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/12/P1020957_carré.jpg 2044w" sizes="auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Dans un lit, un corps d’enfant. On ne distingue pas les traits du visage, juste la forme du petit corps (on sait qu’il s’agit d’un corps d’enfant). Clarté maigre provenant du dehors – la chambre n’a qu’une seule fenêtre qui donne sur un jardin et les voilages sont tirés. Rien de spécial dans la chambre sinon le blanc du lit. Ah si, les dessins antidérapants du sol en béton, comme une résille. Dehors : fruitiers aux branches nues, choux tordus bien rangés. C’est l’hiver. Presque personne sur la route. Tous les gestes sont lents, la terre comme morte.</p>
<p style="text-align: justify;">Je suis tout près de lui. Je tends la main vers sa cuisse dans le pantalon de travail. Sans le toucher. Je voudrais lui faire signe, lui dire quelque chose. Il ne sent pas, ne regarde pas.<span id="more-1832"></span></p>
<p style="text-align: justify;">Un rivage très loin (bordure Nord-Est de l’île). Juste avant la pluie les choses se distinguent beaucoup mieux : les falaises, les zones de plage, les petits bois de chênes verts et de mimosas, les maisons du port. Toujours cette vaste étendue grise ou verte entre le continent et l’île, secouée de vagues plus ou moins phosphorescentes. Des oiseaux crient en nombre. Peut-être aussi des poissons qui volent au-dessus du tumulte, pareils à des créatures fantastiques.</p>
<p style="text-align: justify;">D’abord le blanc, rien que le blanc &#8212; champ de neige ou pétales de fleurs, on ne sait pas. À s’approcher et ajuster la mire, on distingue le grain, la trame du tissu. C’est un tissu raffiné et léger comme de la mousseline (par endroits brodé, en d’autres ajouré), tissu maintenant déployé sur le fauteuil pour révéler la robe &#8212; robe de mariée de ma mère. Une légère odeur de fleur d’oranger, une illusion plutôt liée à l’image de la robe et à la blancheur.</p>
<p style="text-align: justify;">Rumeur sourde de plus en plus forte. Il y a des bruits de galop, d’animaux qui fuient, leurs silhouettes saisies dans une lumière orangée de fin du monde. Regarder, ne pas bouger pour ne pas modifier l’ordre.</p>
<p>Pépiements d’oiseaux. Fraîcheur de la terre. Plein été ou alors septembre. La petite fille rampe sous les branches, attrape un fruit  juteux &#8212; une poire à peau sombre tavelée. Elle se sent parfaitement cachée sous la ramée au fond du jardin et elle suce le fruit. Délice.</p>
<p>La femme est souvent devant l’école à l’heure de la sortie. La femme a une fille qui s’appelle Éva – un nom original dans ce bourg de campagne. La femme a de gros seins qui pointent sous le pull moulant, mise en valeur par un soutien-gorge Playtex (ils en faisaient de la réclame à cette époque), ça en devient presque gênant. Il y a aussi que la femme a du rouge à lèvres et les cheveux bien coiffés, parfois elle pose la main sur la hanche. On sent le regard des hommes qui se pose sur elle. Éva ressent de la honte.</p>
<p>Réveil en sursaut. Tu es un assassin, c’est ce que tu te dis. Oui tu as tué quelqu’un mais tu ne te souviens plus des circonstances. Presque tous les détails se sont évanouis, survit le sentiment très fort que c’est vrai, que ça s’est passé, que tu as fait quelque chose de terrible et d’impossible à réparer, et cette violence t’accompagne au fond de ton cerveau à jamais.</p>
<p style="text-align: right; font-size: 13px;"><em>Photographie : Françoise Renaud (série Le cadavre dans l&rsquo;escalier, 2017)</em><br />
Ici le Tiers Livre, <a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4787&amp;fbclid=IwAR3yQKprKiC-sjlUflHJYpBoHt53DRh7USOvvBiNL_niX_Hszt-QB6EPS8I">« en 4000 mots » | recherches sur la nouvelle</a></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/en-4000-mots-images-mentales/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>4</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>tout un été d&#8217;écriture #34 &#124; sud</title>
		<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-34-sud/</link>
					<comments>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-34-sud/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 29 Oct 2018 08:05:23 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[Le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[tout un été d'écriture 2018]]></category>
		<category><![CDATA[ville]]></category>
		<category><![CDATA[construire une ville avec des mots]]></category>
		<category><![CDATA[le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[sud]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://francoiserenaud.com/terrainfragile/?p=1792</guid>

					<description><![CDATA[Été comme hiver, céder à l’attraction de la lumière. S’arracher à la résille urbaine, traverser les quartiers d’immeubles regroupés autour de supermarchés géants, s’engager sous les autoroutes et les voies rapides pour gagner une partie de la plaine, plus basse et plus poreuse, facilement inondée. Filer plein sud. Un moment côtoyer la rivière qui taille &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-34-sud/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« tout un été d&#8217;écriture #34 &#124; sud »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph">Été comme hiver, céder à l’attraction de la lumière. S’arracher à la résille urbaine, traverser les quartiers d’immeubles regroupés autour de supermarchés géants, s’engager sous les autoroutes et les voies rapides pour gagner une partie de la plaine, plus basse et plus poreuse, facilement inondée. Filer plein sud. Un moment côtoyer la rivière qui taille son cours entre les digues pour rejoindre les étangs et puis la mer. Quelque chose dans l’air à la fois de doux et de brillant qui pourrait tenir sa promesse à condition de tenir le cap, d’aller jusqu’au bout, là où il n’y a plus que l’eau et la ligne d’horizon. Vent soudain plus présent. L’herbe est sèche partout. Taillis. Roseaux. Il y a des bêtes dans de vastes enclos définis par des haies broussailleuses : chevaux, jeunes taureaux. Quelques hommes vaquent dans leurs parages. Les bêtes courent à la folie ou grondent ou vont se mettre à l’ombre des arbres maigres à toucher les barrières croisillonnées. Toujours une sensation de fouillis dans ces zones de transition malmenées par l’urbanisation, oscillant entre l’envie de campagne et l’attraction du profit (terres peu fécondes, juste bonnes à bâtir ou à y installer des campings). Marge entre deux réalités, deux époques, deux mondes. Il existe encore des chemins d’ornières qui se perdent dans les fourrés et vont rejoindre la bordure fluctuante des étangs. Ils sont allongés contre le littoral, échappent aux circulations habituelles même si on perçoit toujours un tumulte plus ou moins lointain de voitures, un trafic. L’été le ciel est en feu. L’hiver ça souffle dur et ça lève de l’écume sur le vert des étangs. Les échassiers aux ailes roses ont du mal à résister dans les bourrasques. Bientôt le canal et toute une vie organisée en ses rives, anciennes cabanes de pêcheurs faites de bric et de broc parfaitement nichées dans les roselières, la plupart devenues aujourd’hui maisons d’habitation dont la précarité encore bien visible prolonge les charmes d’avant. Comme un repli, une frange indéfinie soumise aux vents et à l’opulente lumière où rôde une population peu encline au partage avec les étrangers. Les canots à l’amarre parlent de liberté, de promenade solitaire. Monde à part opposé à l’idée de ville. Plus au sud encore. Suivre le cordon littoral — désert hors saison — pour accéder à l’horizon qu’elle aime contempler, assise sur la plage de galets. Le passé s’abolit. Les déferlantes rugissent, assaillent le littoral, creusent des sillons jusqu’à la cathédrale blanche et rognent le rempart fragile juste avant les lagunes, sans cesse rongent rongent le continent. Elle vit de cela, de cette démonstration de puissance, de cette perte constante, de ce qui repart de soi dans le tumulte — comme une érosion obligatoire pour profiter du vivre et de la solitude.</p>



<div style="height:59px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><em>texte écrit par Françoise Renaud dans le cadre de l&rsquo;atelier d&rsquo;été 2018 proposé par François Bon <strong> <a href="http://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article210"> « Construire une ville avec des mots »</a></strong></em><br /><em><strong><span style="color: #339966;"><span style="font-size: 15px; color: #993366;">La proposition d&rsquo;écriture </span></span></strong></em><em><strong><span style="color: #339966;"><span style="font-size: 15px; color: #993366;"> / #34 : <i>une demande extrêmement précise : 4 x 20’, pas plus d’1 texte par jour, sur chacun des points cardinaux de la ville, pour une carte pragmatique, textes autonomes (à partir du texte de Cendrars sur les photos de Doisneau)</i>.<br /></span></span></strong></em></p>



<figure class="wp-block-image is-style-default"><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/10/villeConstruction_carréNB.jpg" rel="lightbox-0"><img loading="lazy" decoding="async" width="1022" height="1024" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/10/villeConstruction_carréNB-1022x1024.jpg" alt="" class="wp-image-1798" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/10/villeConstruction_carréNB-1022x1024.jpg 1022w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/10/villeConstruction_carréNB-150x150.jpg 150w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/10/villeConstruction_carréNB-300x300.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/10/villeConstruction_carréNB-768x770.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/10/villeConstruction_carréNB-1200x1202.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/10/villeConstruction_carréNB-2000x2004.jpg 2000w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/10/villeConstruction_carréNB.jpg 2044w" sizes="auto, (max-width: 1022px) 100vw, 1022px" data-mwl-img-id="1798" /></a></figure>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><em>Photographie : Françoise Renaud, octobre 2018<br /></em></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-34-sud/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>3</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>tout un été d&#8217;écriture #33 &#124; transactions</title>
		<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-33-transactions/</link>
					<comments>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-33-transactions/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 15 Oct 2018 11:48:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[Le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[tout un été d'écriture 2018]]></category>
		<category><![CDATA[ville]]></category>
		<category><![CDATA[construire une ville avec des mots]]></category>
		<category><![CDATA[le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[Terrain fragile]]></category>
		<category><![CDATA[transactions]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://francoiserenaud.com/terrainfragile/?p=1753</guid>

					<description><![CDATA[C’est comme autant de vies secrètes qui se frôlent, parfois se heurtent, réagissent, crient, se faufilent tels des poissons glissants, rebondissent à l’image de bulles de savon sur les trottoirs ou contre les murs secs, empruntent les transports en commun à se toucher le bras ou l’épaule et parfois davantage aux heures bondées, se regardent, &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-33-transactions/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« tout un été d&#8217;écriture #33 &#124; transactions »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph">C’est comme autant de vies secrètes qui se frôlent, parfois se heurtent, réagissent, crient, se faufilent tels des poissons glissants, rebondissent à l’image de bulles de savon sur les trottoirs ou contre les murs secs, empruntent les transports en commun à se toucher le bras ou l’épaule et parfois davantage aux heures bondées, se regardent, se confrontent ou s’évitent, tous en vrac dans la cité captifs du même présent se pressant dans les bus, les halls de gare, les banques, les centres commerciaux, les bâtiments administratifs, les écoles, les cinémas. Vies secrètes qui pourraient se raconter autour d’un feu de camp – il suffirait d’un rien &#8211;, se dévoiler lentement autour d’un verre dans un café ou assis sur un banc du parc à regarder les oiseaux : les mêmes maux, les mêmes petites joies, les mêmes passions et interrogations sur la vie la mort la souffrance le bonheur à des degrés divers, car l’air vibre de ces mélanges et croisements possibles dans la ville qui ne cesse de s’étendre jusqu’à rejoindre les collines, et on bien a conscience qu’on pourrait noyer son interlocuteur si toutefois une relation s’établissait et si on prenait les choses depuis le commencement, tonnes de paroles déversées sans préméditation – autour de la naissance, des parents, de l’enfance vécue dans un autre contrée, peut-être un autre pays – et certains mots reviendraient plus fréquemment que d’autres, entraînant des développements fortuits (famille, mariage, enfant, maladie, exil). Comme çà qu’on en viendrait à raconter une peine récente, un ennui, une situation compliquée à résoudre, et bien sûr ça prendrait un peu de temps parce qu’il faudrait citer les noms des intervenants dans l’affaire (mon mari, mon fils, ma mère, mon patron, mon propriétaire), les replacer les uns par rapport aux autres tout en expliquant que c’est difficile de s’en sortir, qu’il n’existe pas de solution miracle, ce qui engagerait en retour des encouragements, des élans de compassion, des confidences, échanges pareils à des ruisseaux qui affluent vers la même rivière.</p>



<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph">Et donc ça arrive, cette fois à la boulangerie, mon chien est mort, on l’a piqué, ah c’est dur de perdre son animal de compagnie, et tout cela est si sincère qu’on pleure presque même si on n’a jamais rencontré l’animal, parce que tout simplement on a déjà vécu l’événement soi-même, et on repart dans l’autre sens en imaginant le chien, la jeune fille caressant la tête du chien, son chagrin. Une autre fois chez le coiffeur ou dans le tram : mon fils s’est fait larguer, quel malheur, ou bien j’ai perdu mon boulot. Et le type est si en colère, ses mots si agressifs qu’on n’a pas envie de l’aider, seulement s’éloigner et passer à autre chose. Fuir le routard qui traîne sur les marches du théâtre et réclame qu’on lui jette une pièce, fusiller du regard la sans-gêne qui tripote les fruits sur l’étal avant d’en choisir deux, éviter l’étudiant qui distribue des publicités ou mène une enquête pour une rétribution minime. Parfois céder à l’attraction d’un visage, acheter des bonbons à un gars qui sourit, flirter, se relier. Tant de fortunes diverses, croisements, frottements. Dans la plupart des espaces de la ville le kaléidoscope est en marche, d’un jour à l’autre presque identique avec personnages interchangeables – paroles gestes mimiques permettant de les situer sur l’échelle sociale, de peser leur besoin, la nature des liens entre eux. Le silence aussi parfois entre les mondes, le repli des corps, les barrières infranchissables, les déserts. Oui, impossible parfois de se rejoindre dans le dédale des rues, des âges et des origines.</p>



<div style="height:72px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><em>texte écrit par Françoise Renaud dans le cadre de l&rsquo;atelier d&rsquo;été 2018 proposé par François Bon <strong> <a href="http://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article210"> « Construire une ville avec des mots »</a></strong></em><br /><em><strong><span style="color: #339966;"><span style="font-size: 15px; color: #993366;">La proposition d&rsquo;écriture </span></span></strong></em><em><strong><span style="color: #339966;"><span style="font-size: 15px; color: #993366;"> / #33 : <i>souffler la pierre et le ciment, pour une accumulation de tous les gestes, métiers, chantiers, actions, échanges </i>.<br /></span></span></strong></em></p>



<figure class="wp-block-image is-style-default"><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/FrançoiseRENAUD_Vies-secrètes.jpg" rel="lightbox-0"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="1024" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/FrançoiseRENAUD_Vies-secrètes-1024x1024.jpg" alt="" class="wp-image-1790" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/FrançoiseRENAUD_Vies-secrètes-1024x1024.jpg 1024w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/FrançoiseRENAUD_Vies-secrètes-150x150.jpg 150w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/FrançoiseRENAUD_Vies-secrètes-300x300.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/FrançoiseRENAUD_Vies-secrètes-768x768.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/FrançoiseRENAUD_Vies-secrètes-1200x1200.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/FrançoiseRENAUD_Vies-secrètes.jpg 1920w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" data-mwl-img-id="1790" /></a></figure>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><em>Photographie : Françoise Renaud, 2017<br /></em></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-33-transactions/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>3</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>tout un été d&#8217;écriture #32 &#124; ciels ma ville</title>
		<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-32-ciels-ma-ville/</link>
					<comments>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-32-ciels-ma-ville/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 05 Oct 2018 08:19:16 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[Le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[tout un été d'écriture 2018]]></category>
		<category><![CDATA[ville]]></category>
		<category><![CDATA[atelier d'été 2018]]></category>
		<category><![CDATA[ciels ma ville]]></category>
		<category><![CDATA[construire une ville avec des mots]]></category>
		<category><![CDATA[le tiers livre]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://francoiserenaud.com/terrainfragile/?p=1743</guid>

					<description><![CDATA[À partir du moment où elle a habité cette ville – une ville qui peu à peu deviendrait la sienne même si elle aurait préféré vivre près d’un rivage, mieux encore sur une île pour profiter d’expériences plus naturelles &#8212; &#160;&#160;elle a épié le ciel, les incendies dans le ciel, les déluges, les poussières, les &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-32-ciels-ma-ville/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« tout un été d&#8217;écriture #32 &#124; ciels ma ville »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph">À partir du moment où elle a habité cette ville – une ville qui peu à peu deviendrait la sienne même si elle aurait préféré vivre près d’un rivage, mieux encore sur une île pour profiter d’expériences plus naturelles &#8212; &nbsp;&nbsp;elle a épié le ciel, les incendies dans le ciel, les déluges, les poussières, les profusions d’étoiles, les pluies, les pénombres, les soleils couchants, les grandes clartés et les assombrissements subits. Cette ville était très différente de celles qu’elle avait fréquentées et visitées jusque-là&nbsp;(son pays d’avant était constitué de côtes plus ou moins sauvages et de bocage alors que cette nouvelle cité s’était étendue à la faveur de terrains calcaires recouverts de garrigue et avait investi des petites collines et des vallons). Et ce n’était pas seulement la topographie, la nature du sol et des végétaux qui s’y plaisaient qui la rendaient différente, c’était aussi la latitude, le climat, la fluctuation des températures, le régime des vents, la circulation des eaux entre le sol et l’air, la vaporisation, la chaleur, la moiteur. Il faut dire que tout au début, dès son premier automne, il y avait eu des orages qui l’avaient saisie et avaient éveillé sa peur. </p>



<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph">L’eau courait partout à hauteur du genou – jamais elle n’avait vécu ça &#8211;, les voitures partaient à la dérive et le ciel demeurait terrifiant plusieurs jours d’affilée, délivrant des clameurs noires. Elle avait développé envers lui une sorte d’appréhension qui semblait la guider vers des zones d’inquiétude inépuisables et l’entraînait au repli. Ne pas bouger. Le regarder par la fenêtre, guetter sa voix et ses couleurs. Espérer un changement – prier presque. Comme ça qu’elle avait commencé à observer toutes les choses qui arrivaient dans ce nouvel azur, choses qui continuent à l’étonner par leur âpreté et leur brutalité. En été le contact des toitures à l’espace est aussi net qu’un trait d’encre sur papier. La lumière se réverbère sur le rocher fissuré des collines – près de 2700 heures d’insolation par an, ça plombe. Aussi sur la carcasse d’acier des avions qui coupent très haut, laissent des tranchées. Le ciel a une couleur presque trop nette, trop pure. Dense et minérale. Exacerbée par les vents violents. Immuable. Le ciel est un bloc bleu. Il se déploie, écrase la ville, même les immeubles à plusieurs étages. Et si rares sont les journées avec nuages caracolant d’un bout à l’autre comme on en voit sur les rivages ou par-dessus les îles. Les désordres du ciel se condensent dans les intersaisons, elle l’a appris, elle redoute. À marcher dans la ville, la brûlure traverse le corps de part en part, chasse le mal. Presque jamais de brouillard – elle le regrette. Vents violents, pour ça oui. À chaque saison son lot de ciels ébouriffés ou limpides, impitoyables ou silencieux.</p>



<div style="height:58px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><em>texte écrit par Françoise Renaud dans le cadre de l&rsquo;atelier d&rsquo;été 2018 proposé par François Bon <strong> <a href="http://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article210"> « Construire une ville avec des mots »</a></strong></em><br /><em><strong><span style="color: #339966;"><span style="font-size: 15px; color: #993366;">La proposition d&rsquo;écriture&nbsp;</span></span></strong></em><em><strong><span style="color: #339966;"><span style="font-size: 15px; color: #993366;"> / #32 : <i>allez donc voir, en numérique, les occurrences du mot « ciel » chez Baudelaire, Apollinaire ou Proust&#8230; regardez aussi les extraits du « Livre des ciels » de Leslie Kaplan, ou les débuts des Maigret de Simenon : et il n’y aurait rien à écrire des ciels de votre propre ville en construction ?</i><br /></span></span></strong></em></p>



<figure class="wp-block-image is-style-default"><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/ciel.jpg" rel="lightbox-0"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="1024" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/ciel-1024x1024.jpg" alt="" class="wp-image-1748" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/ciel-1024x1024.jpg 1024w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/ciel-150x150.jpg 150w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/ciel-300x300.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/ciel-768x768.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/ciel-1200x1200.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/ciel-2000x2000.jpg 2000w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/ciel.jpg 2048w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" data-mwl-img-id="1748" /></a></figure>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><em>Photographie : Françoise Renaud (Bretagne), 2016<br /></em></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-32-ciels-ma-ville/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>5</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>tout un été d&#8217;écriture #31 &#124; Calvino et les morts</title>
		<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-31-calvino-et-les-morts/</link>
					<comments>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-31-calvino-et-les-morts/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 24 Sep 2018 16:41:28 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[corps]]></category>
		<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[Le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[tout un été d'écriture 2018]]></category>
		<category><![CDATA[Calvino et les morts]]></category>
		<category><![CDATA[construire une ville avec des mots]]></category>
		<category><![CDATA[le tiers livre]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://francoiserenaud.com/terrainfragile/?p=1741</guid>

					<description><![CDATA[4ème cycle : route des utopies En marchant dans la ville on ne pense qu’aux vivants, aux autres qui marchent comme soi. On ne voit que la ville des vivants. Et puis un indice : une stèle, une dalle gravée, un nom de rue, une statue, une plaque commémorative, une enceinte en pierre avec des silhouettes &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-31-calvino-et-les-morts/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« tout un été d&#8217;écriture #31 &#124; Calvino et les morts »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<h3 class="wp-block-heading"><em>4ème cycle : route des utopies</em></h3>



<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph">En marchant dans la ville on ne pense qu’aux vivants, aux autres qui marchent comme soi. On ne voit que la ville des vivants. Et puis un indice : une stèle, une dalle gravée, un nom de rue, une statue, une plaque commémorative, une enceinte en pierre avec des silhouettes d’arbres, un fourgon noir. Des figures confuses surgissent tout à coup, nous étreignent la poitrine en ce jour pourtant où tout va si bien, on se retrouve assis sur un banc de l’esplanade à réfléchir et se souvenir, à suivre une rue au nom d’un musicien disparu. La ville porte trace de tous ceux qui ont crié en naissant, elle brasse les visages et bruit de multiples histoires. La ville est pareille à une entité géologique, sans cesse remaniant ses terrains, étendant ses cendres et poussant ses grondements du tréfonds des tombes à travers les fissures d’écorce. La ville est comme vivante de ses morts. Et il y a des endroits où on sent davantage la multitude passée à la trappe. Par exemple les parkings souterrains, les tunnels, les caves d’opéra ou de salle de concert. Un genre d’humidité suinte à travers les épaisseurs de ciment, pique les yeux. Sûrement l’âme du musicien adoré qui remonte ainsi que l’eau, mélodies infiltrées par tous les canaux de la terre. Personne ne sait mais il est là encore, ça vibre sous les pieds de la foule qui traverse la place au dallage glissant, ça improvise. C’est lui sûrement – comment la ville ne pourrait-elle pas se souvenir ? Assise sur le banc elle pense à lui. Elle se souvient de sa voix douce, de la façon qu’il avait de se déplacer sur la scène, d’étreindre son instrument tel un corps à faire danser. Si vite emporté. Elle se souvient de certaines nuits de musique et de poésie, du concert lorsqu’on a brûlé sa dépouille. La vie est pareille à une courbe, à une trajectoire d’étoile. Il y a aussi ce vieil ami qui aimait bavarder et arpentait la ville à bicyclette, jambes piquetées de taches rousses. Un jour son cerveau s’est vrillé. Maintenant il repose dans une case de St Lazare auprès de sa mère, un vaste lieu protégé de cyprès avec chapelle pour se recueillir. On y entre par un lourd portail rouillé, on s’y promène, on évoque les noms à haute voix, toutes ces plaques offertes au soleil dans cette extension singulière et mélancolique de la cité. Elle pense à son père enseveli il y a peu sous la terre et le ciel atlantique. La nuit d’avant le rituel, il y avait eu une tempête et le ciel au-dessus de l’église près des plages était bouleversé de nuées blanches qui couraient en travers. Plus de bâtiments, plus de tombes, rien que du ciel. Partout les traces des morts demeurent, tatouées dans le ciel et la chair de nos villes.</p>



<div style="height:63px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><em> texte écrit par Françoise Renaud dans le cadre de l&rsquo;atelier d&rsquo;été 2018 proposé par François Bon <strong> <a href="http://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article210"> « Construire une ville avec des mots »</a></strong></em><br /><em><strong><span style="color: #339966;"><span style="font-size: 15px; color: #993366;">La proposition d&rsquo;écriture (toujours en 20 minutes) / #31 : <i>non pas mimer les allégories que déploie Italo Calvino, mais s’en appuyer comme d’une autorisation mentale à explorer ce qu’on sait, soi-même, de la mort dans ce lieu qu’on bâtit</i>.<br /></span></span></strong></em></p>



<figure class="wp-block-image is-style-default"><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/façadeverre.jpg" rel="lightbox-0"><img loading="lazy" decoding="async" width="1022" height="1024" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/façadeverre-1022x1024.jpg" alt="" class="wp-image-1745" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/façadeverre-1022x1024.jpg 1022w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/façadeverre-150x150.jpg 150w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/façadeverre-300x300.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/façadeverre-768x770.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/façadeverre-1200x1202.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/façadeverre-2000x2004.jpg 2000w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/façadeverre.jpg 2044w" sizes="auto, (max-width: 1022px) 100vw, 1022px" data-mwl-img-id="1745" /></a></figure>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><em>Photographie : Françoise Renaud, septembre 2018<br /></em></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-31-calvino-et-les-morts/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>5</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>tout un été d&#8217;écriture #30 &#124; répéter</title>
		<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-30-repeter/</link>
					<comments>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-30-repeter/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 18 Sep 2018 16:02:02 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[Le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[pays]]></category>
		<category><![CDATA[tout un été d'écriture 2018]]></category>
		<category><![CDATA[ville]]></category>
		<category><![CDATA[construire une ville avec des mots]]></category>
		<category><![CDATA[le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[répéter]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://francoiserenaud.com/terrainfragile/?p=1736</guid>

					<description><![CDATA[Comment y échapper, combien de temps ça durerait – une heure au moins, peut-être deux &#8211;, voilà ce qu’elle se disait à chaque fois qu’ils arrivaient au village dans la 2CV grise, tournaient dans l’allée en herbe pour se garer à hauteur du portail grillagé qui ouvrait sur le jardin où couraient les chiens. C’était &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-30-repeter/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« tout un été d&#8217;écriture #30 &#124; répéter »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph">Comment y échapper, combien de temps ça durerait – une heure au moins, peut-être deux &#8211;, voilà ce qu’elle se disait à chaque fois qu’ils arrivaient au village dans la 2CV grise, tournaient dans l’allée en herbe pour se garer à hauteur du portail grillagé qui ouvrait sur le jardin où couraient les chiens. C’était au cours d’un après-midi de la première semaine de l’année. Son père tenait à visiter une tante à qui il devait beaucoup (elle l’avait recueilli à son adolescence, nourri, habillé durant les années difficiles au début de la guerre) et la présentation des vœux demeurait un rituel obligatoire auquel la famille se trouvait inévitablement associée. Pour les enfants, c’était une séance pénible. D’abord parce qu’elle était imposée, ensuite parce qu’ils avaient l’impression de reculer dans le temps à gagner cet endroit écarté de&nbsp;la petite ville et du bord de mer, à pénétrer ce pan de campagne qui leur rappelait d’où ils venaient vraiment et à rencontrer ces gens qui leur paraissaient des ancêtres. Ils détestaient ce sentiment de régression. </p>



<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph">C’était janvier. Le jour était désolé et froid, tout le monde avait mis un manteau et même une écharpe. </p>



<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph">Ils descendaient de la voiture, poussaient le portail et s’avançaient dans le jardin, regardaient leurs chaussures déjà boueuses alors que s’élevait une grosse voix depuis la cuisine. C’était l’oncle. Entrez donc mes petits, entrez entrez. Dame bon sang, pas chaud dehors. Et le monde pénétrait à son invitation dans la grande pièce obscure où le vieux couple mangeait dormait vivait, s’attardait un moment debout devant l’âtre, le temps de les embrasser, les deux, de leur offrir la boîte de chocolats qu’ils avaient apportée et de réciter le couplet bien huilé des vœux qui s’achevait dans la bouche des enfants par la formule consacrée : Le paradis à la fin de vos jours. Dame sacré, c’est qu’ils sont bien mignons ! s’exclamait la tante, costaude dans son sarrau gris de tous les jours, tout en leur tapotant la joue ou la tête, puis sortant de son buffet la boîte de gâteaux et le bocal de cerises à l’eau-de-vie, l’oncle invitant le père à s’assoir pour échanger les dernières nouvelles du pays, les naissances et décès, les intempéries. Ils levaient leur verre : Bon ben à la nouvelle hein ? C’est qu’elle nous rapproche du tombeau, faudrait pas oublier ! À chaque fois elle éprouvait le besoin de s’essuyer les joues suite aux embrassades forcées, l’odeur de la pièce avait tendance à l’écœurer, mélange de lait, de résine et de paille souillée. Elle restait assise gentiment au bout du banc, le temps de grignoter son biscuit. Patientait. Une poignée de minutes. Tout comme son frère. Se disait que chaque année c’était le même refrain, que ça ne servait pas à grand-chose, ces souhaits de bonne année, puisque toute une vie ne suffirait pas à les réaliser et puis personne n’y croyait vraiment. Enfin elle entraînait son frère au jardin pour aller jouer avec les chiens qui ne demandaient pas mieux. Surtout ne traversez pas la route hein ? Qu’on n’ait pas loin à vous chercher. De toute façon ils préféraient la rudesse du jardin d’hiver et la fougue des animaux noirs qui leur sautaient sur le ventre et leur léchaient le visage, aux conversations sans intérêt pour eux et à l’atmosphère irrespirable de la pièce de ferme, si basse de plafond, qui servait à la fois de cuisine et de chambre où avaient dû naître et mourir certains de leurs ascendants. D’un coup l’air froid les revigorait. Ils se mettaient à courir comme des fous, disparaissaient dans le taillis des mimosas, talonnés par les bêtes, et répétaient en riant : Bonne année, bonne santé, et patati et patata.</p>



<div style="height:65px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><em> texte écrit par Françoise Renaud dans le cadre de l&rsquo;atelier d&rsquo;été 2018 proposé par François Bon <strong> <a href="http://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article210"> « Construire une ville avec des mots »</a></strong></em><br /><em><strong><span style="color: #339966;"><span style="font-size: 15px; color: #993366;">La proposition d&rsquo;écriture (toujours en 20 minutes) / #30 : <i>il ne s’agit pas de rituels privés, mais sociaux, ceux qui organisent la communauté — ceux (les plus solennels) qui reviennent une fois l’an, par exemple, mais pourquoi pas plus souvent ou quotidiens — et pourquoi pas en décrire un dans la parfaite équivalence du temps récit et du temps dit référentiel, celui de l’action en temps réel ?</i><br /></span></span></strong></em></p>



<figure class="wp-block-image is-style-default"><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/texte_REPETER.jpg" rel="lightbox-0"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="1022" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/texte_REPETER-1024x1022.jpg" alt="" class="wp-image-1737" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/texte_REPETER-1024x1022.jpg 1024w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/texte_REPETER-150x150.jpg 150w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/texte_REPETER-300x300.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/texte_REPETER-768x767.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/texte_REPETER-1200x1198.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/texte_REPETER.jpg 1947w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" data-mwl-img-id="1737" /></a></figure>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><em>Photographie : Françoise Renaud (Bretagne), 2016<br /></em></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-30-repeter/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>4</slash:comments>
		
		
			</item>
	</channel>
</rss>
