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	<title>famille &#8211; Terrain Fragile</title>
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	<description>TEXTES &#38; PHOTOGRAPHIES FRANCOISE  RENAUD</description>
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	<title>famille &#8211; Terrain Fragile</title>
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		<title>la douceur des morts</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 16 Jun 2025 07:56:16 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[au bord du jour 2024-2025]]></category>
		<category><![CDATA[corps]]></category>
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					<description><![CDATA[Je rentre d&#8217;un voyage en Bretagne, le premier depuis le décès de mon père. Impressions, survivances qui rejoignent d&#8217;autres expériences&#8230; (texte publié la première fois en 2017) Lors de ce dernier voyage, j&#8217;ai revu l&#8217;escalierun escalier de rien du tout, quelques marches comme je l&#8217;ai récemment décrit, faciles à franchir, franchement pas de quoi tomber &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/la-douceur-de-nos-morts/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« la douceur des morts »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="wp-block-paragraph" style="font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.455), 18px);"><em>Je rentre d&rsquo;un voyage en Bretagne, le premier depuis le décès de mon père. Impressions, survivances qui rejoignent d&rsquo;autres expériences&#8230; (texte publié la première fois en 2017)<br /></em></p>



<div style="height:30px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<p class="wp-block-paragraph" style="font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.341), 17px);">Lors de ce dernier voyage, j&rsquo;ai revu l&rsquo;escalier<br />un escalier de rien du tout, quelques marches comme je l&rsquo;ai récemment décrit, faciles à franchir, franchement pas de quoi tomber — sans doute que le sol s&rsquo;était subitement dérobé sous mes pieds —<br />et j&rsquo;ai revu son visage de cendres<br />nettement</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.341), 17px);">ce visage des derniers jours avant l&rsquo;enfouissement sous la terre alors qu&rsquo;il était couché sur le lit de glace dans la petite pièce sombre prévue pour les visites, avec de quoi s&rsquo;assoir confortablement mais pas trop, une tablette au chevet pour poser une bougie et une fleur dans un vase, un parfum de santal couvrant l&rsquo;odeur de dégradation des chairs qui déjà avait commencé et ne ferait que se poursuivre au cours des quelques jours d&rsquo;attente dans ce bâtiment prévu pour les morts et pour les vivants qui&nbsp; avaient l&rsquo;habitude de les côtoyer et ne pouvaient se détacher d&rsquo;eux aussi vite<br />donc peu de lumière, l&rsquo;exacte quantité qu&rsquo;on s&rsquo;accorde pour la prière et le recueillement<br />pourtant bien souvent les gens dérogeaient à la règle et parlaient assez fort, échangeant des nouvelles en dehors de ce qui venait d&rsquo;arriver et au-delà même du personnage qui les réunissait en ce lieu, des nouvelles du voisinage ou de la famille du côté de ma mère, des souvenirs aussi, pas mal de souvenirs</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.341), 17px);">son visage à lui indifférent désormais à ces affaires et ces rumeurs, apaisé finalement, tendu, grisâtre un peu comme un galet</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.341), 17px);">à&nbsp; présent je l&rsquo;aperçois souvent</p>



<div style="height:22px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<p class="wp-block-paragraph" style="font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.341), 17px);">il existe à l&rsquo;intérieur de moi, et je l&rsquo;observe dans le détail pendant que tout est encore assez net — car j&rsquo;imagine que ça va finir par s&rsquo;estomper et que je vais enfin guérir de lui —<br />ses cheveux courts un peu en brosse parce qu&rsquo;ils venaient d&rsquo;être coupés — j&rsquo;étais présente lors de la dernière venue du coiffeur peu avant dans la cuisine —, et si doux au toucher, si doux ses cheveux de vieil homme, douceur qui n&rsquo;appartient qu&rsquo;à nos morts, la même douceur qui m&rsquo;avait un jour engendrée sans doute<br />et je pourrais décrire chaque centimètre carré de ses joues front paupières closes, mais ça n&rsquo;en dira pas beaucoup plus, car tout se tenait serré à l&rsquo;intérieur, étouffé, perché au-delà de la perception des hommes et des femmes rassemblés à tour de rôle autour de la dépouille, ce tout jadis déchaîné et brisé, ce tout défait et entêté qui l&rsquo;avait isolé des autres et l&rsquo;avait fait tenir longtemps dans la nuit noire et contre les assauts de la pluie auxquels rien ne résiste, ainsi j&rsquo;ai revu son visage au-delà de la texture des songes, celui que je suis seule à connaître parce qu&rsquo;il s&rsquo;est coulé dans mes sillons intimes — et de la même façon dans ceux de mon frère — comme pour se prolonger et transmettre le mieux qu&rsquo;il y avait à sauver, à nous mettre sous la dent quand nous étions en train de grandir</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.341), 17px);">son visage proche désormais d&rsquo;un dessin au crayon, d&rsquo;une esquisse à la craie blanche mêlée de sang sur un pan de calcite, sorte d&rsquo;enluminure primitive oubliée dans une cache, un repli de falaise ou d&rsquo;obscures catacombes</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.341), 17px);">je n&rsquo;ai pas fait de photo sur son lit de glace&nbsp;— je me demande pourquoi —, sans doute parce que ce n&rsquo;est pas une chose convenable, pourtant j&rsquo;aurais dû afin de presser l&rsquo;image contre moi de mes deux mains tremblantes longtemps après son départ comme un livre rare capable d&#8217;empoigner, de raconter et donner un dernier tour de vis à l&rsquo;histoire qui sans lui n&rsquo;aurait jamais eu lieu</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.341), 17px);">au bord du bassin, le lion qu&rsquo;il avait sculpté jadis à ses heures perdues, me regarde depuis son repos de pierre</p>



<div style="height:62px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<figure class="wp-block-image aligncenter size-large is-resized"><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/06/lion_carré.jpg" rel="lightbox-0"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="751" height="750" src="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/06/lion_carré.jpg" alt="" class="wp-image-1117" style="width:1185px;height:auto" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/06/lion_carré.jpg 751w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/06/lion_carré-150x150.jpg 150w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/06/lion_carré-300x300.jpg 300w" sizes="(max-width: 751px) 100vw, 751px" data-mwl-img-id="1117" /></a></figure>



<p class="has-text-align-center has-x-small-font-size wp-block-paragraph"><em>Texte et photographie (Lion, créature de mon père, 2015 ), Françoise Renaud, 15 juin 2017<br /></em></p>
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		<title>récit de l&#8217;ouest sauvage</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 18 Sep 2020 14:06:24 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[enfance]]></category>
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					<description><![CDATA[à chaque retour au bord de la mer dans la maison d&#8217;enfance, je trouve le moyen de grimper au grenier &#8212;  quand nous étions enfants c&#8217;était un vrai grenier, transformé depuis, du moins en partie &#8212; et je revisionne des phases de vie, des événements qui avaient marqué la famille, des moments d&#8217;adolescence, des jours &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/histoire-de-louest/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« récit de l&#8217;ouest sauvage »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">à chaque retour au bord de la mer dans la maison d&rsquo;enfance, je trouve le moyen de grimper au grenier &#8212;  quand nous étions enfants c&rsquo;était un vrai grenier, transformé depuis, du moins en partie &#8212; et je revisionne des phases de vie, des événements qui avaient marqué la famille, des moments d&rsquo;adolescence, des jours de solitude et même certaines heures de jeu avec mes cousines, je retrouve des courriers ficelés avec des écritures connues, je m&#8217;empare de livres écornés et fouille le fond des placards comme si j&rsquo;allais y dénicher quelque objet insolite, vêtement ou jeu de sept familles s&rsquo;attachant à d&rsquo;insoupçonnables souvenirs, et cette fois c&rsquo;est un coffret en bois au décor bien modeste qui retient mon attention : modeste mais quand même, joli format carré, teinte sombre, dessin gravé sur le couvercle puis peint de façon élégante si bien qu&rsquo;il paraît presque presque fondu dans le bois sauf le col blanc du personnage qui contraste avec le fond, et aussi le mot de six lettres inscrit en bas et un peu en travers apposé telle une signature et venant préciser le nom du port de pêche de Loire-Atlantique où je suis née et où s&rsquo;est déroulée mon enfance, objet proposé au tourisme balbutiant dans l&rsquo;immédiat après-guerre dans les boutiques à souvenirs installées sur le môle</p>
<p style="text-align: justify;">le personnage : homme jeune croqué en plan américain avec costume et chapeau qu&rsquo;on identifie tout de suite comme bretons en dépit du croquis plutôt rustique, joli port de tête, sourire doux, regard tourné sur le côté comme s&rsquo;il regardait quelque chose d&rsquo;agréable, quant à la veste elle est vert sombre et propose plusieurs revers avec, juste en-dessous, un plastron en tissu rouge</p>
<p style="text-align: justify;">le coffret a été acheté en 1946, ma petite mère avait alors dix-sept ans</p>
<p style="text-align: justify;">elle me le dit sans même prendre un instant pour rechercher la date exacte quand je lui montre l&rsquo;objet, elle s&rsquo;en souvient très bien, c&rsquo;était lors d&rsquo;un voyage de jeunes filles organisé par une commune de l&rsquo;arrière-pays où elle passait sa première année en tant que maîtresse d&rsquo;école et toutes étaient allées à la mer pour une joyeuse partie de pêche, ce qui ne lui avait pas spécialement plu à elle, enfin le fait d&rsquo;être entre jeunes filles oui peut-être, mais le fait de marcher dans l&rsquo;eau froide et de fouiller la vase avec la main ou un outil, ça pas tellement &#8212; non franchement la pêche ne serait pas quelque chose dont elle pourrait raffoler un jour &#8211;, en fait elle ne se doutait pas que de proches événements allaient la ramener en ce lieu de mer et qu&rsquo;elle y passerait une très large part de sa vie, y aurait des enfants, y vivrait des bonheurs et des chagrins, y résiderait encore en son grand âge et visiterait ses morts enterrés de plus en plus nombreux dans le grand champ de sable ceinturé de vieux murs, enfin voilà ce qu&rsquo;elle me dit maintenant que je suis devant elle, coffret entre les mains, affirmant que si elle n&rsquo;avait pas eu de goût pour la pêche ou la baignade &#8212; il est vrai qu&rsquo;elle ne possédait pas de costume pour cela &#8211;, elle avait apprécié en revanche la balade sur le port, les oiseaux qui criaient, les bateaux amarrés où s&rsquo;affairaient des hommes aux mains puissantes, et c&rsquo;est en cette occasion qu&rsquo;elle avait acheté la boîte en bois, boîte à trésors que j&rsquo;ai tout de suite rangée dans mon bagage, elle m&rsquo;a affirmé que je pouvais, qu&rsquo;elle serait mieux chez moi que dans un placard du grenier et en plus si ça me faisait plaisir, alors c&rsquo;était parfait, cette même boîte désormais posée à ma droite sur le bureau où je travaille, me rappelant au fait qu&rsquo;une grande part de mémoire est forcément perdue, effacée, à un moment donné inaccessible</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><img decoding="async" class="size-large wp-image-2898 aligncenter" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2020/09/montbeau4_mai2012-618x824.jpg" alt="" width="618" height="824" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2020/09/montbeau4_mai2012-618x824.jpg 618w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2020/09/montbeau4_mai2012-225x300.jpg 225w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2020/09/montbeau4_mai2012-768x1024.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2020/09/montbeau4_mai2012-1152x1536.jpg 1152w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2020/09/montbeau4_mai2012-scaled.jpg 1536w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2020/09/montbeau4_mai2012-1200x1600.jpg 1200w" sizes="(max-width: 618px) 100vw, 618px" /></p>
<p style="font-size: 13px; text-align: center;"><em>Photographies : Côte de Jade  &#8211; Françoise Renaud</em></p>
<p style="text-align: justify;">
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		<title>un hiver personnages #2 &#124; une généalogie au féminin</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 15 Jan 2020 14:36:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[famille]]></category>
		<category><![CDATA[Le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[ateliers Tiers Livre]]></category>
		<category><![CDATA[génaologie au féminin]]></category>
		<category><![CDATA[un hiver personnages]]></category>
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					<description><![CDATA[Cycle d&#8217;ateliers avec Tiers Livre et François Bon intitulé « Un hiver personnages ». Deuxième proposition : « une accumulation où chaque silhouette est brièvement modelée en une seule phrase, comme les mains feraient de l’argile. Et ça, oui, par un principe d’accumulation, délibérément pour élargir le « répertoire » de matière brute qui nous servira progressivement pour &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/un-hiver-personnages-2-une-genealogie-au-feminin/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« un hiver personnages #2 &#124; une généalogie au féminin »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="font-size: 14px; text-align: justify;"><em>Cycle d&rsquo;ateliers avec Tiers Livre et François Bon intitulé « Un hiver personnages ». Deuxième proposition : « une accumulation où chaque silhouette est brièvement modelée en une seule phrase, comme les mains feraient de l’argile. Et ça, oui, par un principe d’accumulation, délibérément pour élargir le « répertoire » de matière brute qui nous servira progressivement pour les récits à développer ». </em><em><a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4874">En savoir plus ici</a>.</em></p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Celles qui n’en avaient que faire des mots Celles qui n’en avaient que faire des promesses Celles qui avaient les mains gercées à force de frotter le linge et de laver les légumes avec l’eau du puits Celles qui venaient de familles de laboureurs et qui portaient des bas de laine et des robes sombres Celles qui se pliaient à la tradition, avaient pourtant des yeux qui brillaient, d’un noir si affûté qu’ils semblaient se planter droit devant avec la volonté de ne jamais se détourner<br />
Celle qui rêvait d’une robe rouge<br />
Celle qui confectionnait des balais avec des branches de genêt toutes de la même longueur et ficelées grossièrement<br />
Celle qui passait par les maisons pour proposer son beurre<br />
Celle sur la photo qui a de l’aplomb, les deux pieds campés dans la terre, et sans doute qu’elle ne craignait pas de marcher à travers les landes inondées de brume ou brossées de vent, et même qu’elle ôtait ses chaussures pour ne pas les user Qui était bien aimée d’Angélique P., femme que j’ai fréquenté jusqu’à ses 106 ans et demi et qui parlait si bien des jardins et des filles qu’elle avait connues quand elle était jeune et qui toutes étaient parties sous la terre comme elle disait, toutes nées dans ce petit coin de pays en bordure d’océan là où il n’y avait pas de villes, rien que des villages et des bourgs avec le marché un jour par semaine et quelquefois une foire aux bestiaux ou une fête de la mer avec les bateaux qui faisaient la navette entre le port et l’île en face Celle dont il ne reste pas grand-chose sinon deux clichés réalisés dans le studio du photographe à l’occasion de ses vingt ans et de son mariage Celle à qui je ressemble m’a-t-on dit, du moins en carrure et en tempérament</p>
<p>Celle qui avait dû aimer la splendeur des grands arbres de la côte alors qu’ils traversaient le siècle sans qu’on les tracasse Qui se laissait émouvoir (enfin je crois) par les clameurs du vent d’ouest, par la venue des fleurs au verger Qui aurait aimé écrire des poésies mais elle n’avait pas d’encre ni de cahier, de toute façon elle n’y avait jamais cru suffisamment pour le faire<span id="more-2472"></span></p>
<p style="text-align: justify;">Celle qui s’aventurait sur le chemin des écluses et cueillait des fleurs de marais, les serrait fort en bouquets pour les vendre Qui défaisait sa chevelure et rêvait de dentelles et d’amour, ayant eu vent que de tels sentiments pouvaient exister et entraîner la fièvre, quand elle arpentait le môle et croisait les pêcheurs aux manches retroussées et aux airs délurés (ils étaient nombreux à cette époque-là à posséder des bateaux et à sortir en mer avant l’aube)</p>
<p>Celle qui n’était finalement pas si jeune quand elle avait pris mari (urgent d’accepter le premier parti venu sans trop faire la fine bouche sinon elle allait rester seule), un certain mois de janvier avait livré un petit garçon au monde qui porterait le même prénom que le père et ne s’en était jamais remise</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Celles qui étaient loin d’être stupides même si elles n’avaient pas étudié ni lu le moindre livre Celles qui avaient vécu la guerre Celles qui auraient sûrement préféré un peu de richesse matérielle à n’importe quel serment d’amour (les pauvres n’avaient connu ni l’un ni l’autre, pas même possédé un col brodé ou une paire de gants en peau) Celles qui ont servi un mari toute une vie sans broncher Celles qui ont résisté longtemps avant de céder Celles à qui ça a coûté la vie Et celles de l’autre famille plus loin dans les terres qui se laissaient dominer par les hommes elles aussi, pas leur mot à dire, et qui s’échinaient dans les tâches obscures et soignaient les bêtes et sarclaient les rangées de choux Celle qui s’en était sortie (je me demande comment), à priori grâce au curé qui avait repéré ses facilités à l’école et qui en avait parlé à son père si bien qu’elle avait eu plus de chance que ses sœurs Qui avait fait des années de pensionnat Qui avait tenu bon Qui avait appris mille poèmes et chansons par cœur (aujourd’hui un seul mot enclenche chez elle la venue d’un ou plusieurs couplets) Qui n’a jamais pu oublier l’enfant mort Qui a bien caché son chagrin</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Toutes celles dont je devine les visages, Marie Gilberte Clotilde Simone Thérèse Eugénie Joséphine, ce jour-là elles se donnent le bras et avancent dans l’allée sous les arbres en sautillant et en chantant, joie et insouciance, on dirait des petites filles, et puis l’une d’elles se retourne et semble me faire signe, « Viens, suis-nous. On y va. », toutes corps jeunes et alertes, cheveux ébouriffés, robes claires.</p>
<p style="text-align: right; font-size: 13px;"><em>Photographie : 1947, photothèque familiale</em></p>
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		<title>temps très changeant au mois de mai</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 13 May 2019 13:10:29 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[corps]]></category>
		<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[famille]]></category>
		<category><![CDATA[chirurgien]]></category>
		<category><![CDATA[fiction]]></category>
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		<category><![CDATA[poussières en suspens]]></category>
		<category><![CDATA[texte]]></category>
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					<description><![CDATA[8 mai un jour à écouter la pluie tomber, à imaginer qu&#8217;elle abreuve les jardins et s&#8217;accumule dans les canaux de la terre pour l&#8217;été (qui sera chaud peut-être, personne ne sait), tu demeures presque privée de pensées, flottant dans cet après-midi froide et brumeuse, rien qu&#8217;à écouter la pluie 9 et 10 mai le &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/temps-tres-changeant-au-mois-de-mai/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« temps très changeant au mois de mai »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><img decoding="async" class="alignnone wp-image-2054" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/05/P1020738_carré-822x824.jpg" alt="" width="640" height="641" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/05/P1020738_carré-822x824.jpg 822w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/05/P1020738_carré-150x150.jpg 150w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/05/P1020738_carré-300x300.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/05/P1020738_carré-768x770.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/05/P1020738_carré-1200x1202.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/05/P1020738_carré.jpg 2044w" sizes="(max-width: 640px) 100vw, 640px" /></p>
<p style="text-align: justify;">8 mai</p>
<p style="text-align: justify;">un jour à écouter la pluie tomber, à imaginer qu&rsquo;elle abreuve les jardins et s&rsquo;accumule dans les canaux de la terre pour l&rsquo;été (qui sera chaud peut-être, personne ne sait), tu demeures presque privée de pensées, flottant dans cet après-midi froide et brumeuse, rien qu&rsquo;à écouter la pluie</p>
<p style="text-align: justify;">9 et 10 mai</p>
<p style="text-align: justify;">le retour du soleil dynamise à nouveau l&rsquo;espace, c&rsquo;est ce que tu ressens en observant les poussières qui dansent  autour de toi, poussières qui semblent te relier aux mouvements et aux paysages perdus (du moins pour le moment), <span id="more-2030"></span>au rythme vital qui possède toute chose, aux mystères et aux éclipses de ta mémoire souvent sollicitée dans tes récits et tes fictions — y a-t-il une réelle différence ? —, fouillée comme un terreau noir où se dissimulent mille particules nutritives et mille êtres invisibles&#8230; de ton côté tu parleras plus volontiers de textes (mot qui d&rsquo;après toi peut tout désigner, tout englober, autant les lacunes que les points brûlants, toujours révélateurs d&rsquo;un parcours indomptable), textes à parcourir à pied et avec les yeux tout comme les lieux géographiques, visibles, tangibles, capables de redessiner l&rsquo;inconsolable — pertes, peurs, rivalités dans l&rsquo;amour, accidents, maladies, tout ce qui entrave le cours du quotidien et nous laisse exsangue au bord de la route, pourtant inutile de pleurer sur la liberté perdue, juste réunir le courage avant de repartir à l&rsquo;assaut  —, oui tu aimes parler de textes à saisir dans la pogne ainsi qu&rsquo;une miche de pain pour s&rsquo;y tailler de beaux morceaux&#8230; d&rsquo;ailleurs c&rsquo;est ce que tu fais en ces jours où le temps s&rsquo;alanguit, tu t&#8217;empares des livres et des mots et tu les dévores et tu observes les poussières qui dansent dans la chambre, leur chute interminable révélant les jeux de la gravité et de la relativité comme des composantes inhérentes à tout objet, à tout corps vivant</p>
<p style="text-align: justify;">et tu reviens sur le mot rivalité, soudain si important si cinglant, car au fond pour le père tu étais une rivale, tu le supplantais dans des domaines qui avaient toujours été les siens (le jardin par exemple), tu le dominais sur le plan de la parole et de la créativité, tu prenais de la place — sa place — si bien qu&rsquo;en ta présence il se taisait, était sur le recul, ne voulait pas combattre — surtout ne pas admirer le moindre de tes talents, il s&rsquo;en serait écorché la bouche —, son ombre toujours violente à évoquer à chaque tournant,  pourtant tu l&rsquo;aimais tant</p>
<p>ce qui demeure en toi après tout ça</p>
<p>« encore une fiction ? — une vérité »</p>
<p style="text-align: justify;">13 mai</p>
<p style="text-align: justify;">la pression au niveau de ta lombaire se fait moins cruelle, les crispations s&rsquo;estompent, tu épies le moindre signe de réparation comme si tu surveillais un feu qui couve et menace de reprendre, parfois tu touches du doigt le pansement dans le dos ou la page d&rsquo;agenda où est griffé en rouge ton prochain rendez-vous avec le chirurgien — délai configuré en jours et non plus en semaines —, cet homme artisan de ta reconstruction qui doit conserver souvenir de ses patients à travers des clichés de leur colonne vertébrale fracturée, à peine le temps de le rencontrer, de lui poser toutes les questions qui rôdent dans ton esprit inquiet, enfin tu alignes tes mots pour décrire toujours à l&rsquo;autre (aux autres) ce que tu deviens</p>
<p style="text-align: right; font-size: 13px;"><em>Photographie : Atelier de Père</em><em>, Françoise Renaud, 2017<br />
</em></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>peu à peu</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 May 2019 15:26:28 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[corps]]></category>
		<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[famille]]></category>
		<category><![CDATA[odeurs de vent]]></category>
		<category><![CDATA[os]]></category>
		<category><![CDATA[père]]></category>
		<category><![CDATA[solitude]]></category>
		<category><![CDATA[temps]]></category>
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					<description><![CDATA[29 avril sortie du bloc opératoire, tu ressens de la confusion et du soulagement, et puis une certaine dose d&#8217;euphorie à retourner de nuit à la chambre 201 (encore inondée de soleil il y a quelques heures), euphorie qui d&#8217;ici l&#8217;aube se transforme en fatigue profonde, indice que ça recommence tout en bas suite à &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/peu-a-peu/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« peu à peu »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-2024" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/05/1949_janvier_1-e1557217513668-618x824.jpg" alt="" width="525" height="700" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/05/1949_janvier_1-e1557217513668-618x824.jpg 618w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/05/1949_janvier_1-e1557217513668-225x300.jpg 225w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/05/1949_janvier_1-e1557217513668-768x1024.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/05/1949_janvier_1-e1557217513668-1200x1600.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/05/1949_janvier_1-e1557217513668.jpg 1536w" sizes="auto, (max-width: 525px) 100vw, 525px" /></p>
<p style="text-align: justify;">29 avril</p>
<p style="text-align: justify;">sortie du bloc opératoire, tu ressens de la confusion et du soulagement, et puis une certaine dose d&rsquo;euphorie à retourner de nuit à la chambre 201 (encore inondée de soleil il y a quelques heures), euphorie qui d&rsquo;ici l&rsquo;aube se transforme en fatigue profonde, indice que ça recommence tout en bas suite à l&rsquo;épreuve  — recommencer : commencer à nouveau, se lever pour la première fois, marcher, se laver menu comme si les compteurs étaient soudain retombés à zéro —</p>
<p style="text-align: justify;">30 avril</p>
<p style="text-align: justify;">tu rentres chez toi soutenue par deux hommes solides et gais, tu as du mal à supporter la lumière, la chatte grise t&rsquo;a entendue venir (elle sait bien qu&rsquo;il s&rsquo;est passé quelque chose), d&rsquo;ailleurs elle se montre sitôt que tu franchis le portail, tu lui parles, elle se frotte à ta jambe <span id="more-2017"></span>et miaule, tu lui parles avec infinie tendresse, il y a de l&rsquo;émotion à revenir sur les lieux de ta vie réelle, du bonheur simple et presque des larmes</p>
<p>4 mai</p>
<p style="text-align: justify;">le chamboulement t&rsquo;a brassé le corps et l&rsquo;esprit à la façon d&rsquo;une marée qui brasse le sable et les algues, il t&rsquo;apporte des lots d&rsquo;images anciennes — certaines claires, d&rsquo;autres en partie effacées —, tu restes calme étendue sur le lit où la chatte se plaît à ronronner au milieu des silences et des odeurs de vent, et puis tu oses glisser à l&rsquo;intérieur du temps fragile (pareil à l&rsquo;os, périssable, <em>effritable </em>et changeant de texture), tu abandonnes ta paume sur le drap, livres épars, et tu ressens combien le silence des arbres grandis sur le coteau ouvre sur un espace très lointain</p>
<p>5 et 6 mai</p>
<p style="text-align: justify;">tu dialogues avec ton frère venu de l&rsquo;autre bout du pays pour deux jours complices (<em>on fera avec</em> avait-il annoncé et tu avais acquiescé), avoir un frère est finalement une chose étrange, relation unique et irremplaçable où se choquent et se maillent des bribes d&rsquo;enfance, l&rsquo;évidence de la mutation des corps à travers l&rsquo;âge et la brillance des yeux — toujours la même — chargée des mille et une histoires si souvent racontées lors des repas de fête dans la maison au bord de la mer bâtie par le père dans les années cinquante, avec l&rsquo;odeur de l&rsquo;herbe, des fruits blets et des fagots d&rsquo;osier écorcé en attente d&rsquo;être vanné, dans l&rsquo;après-midi vous regardez ensemble quelques photographies et tu soulignes encore une fois son visage si bouffi et fermé dans les derniers mois (visage si beau quand il était jeune homme), tu penses que les lieux de l&rsquo;enfance ne cesseront jamais d&rsquo;être reparcourus</p>
<p>7 mai</p>
<p>à nouveau solitude de la chambre dans cette confrontation avec mon propre corps, avec cette douleur sourde qui enveloppe le lieu blessé ainsi qu&rsquo;une carapace, douleur légère mais présente — juste ce qu&rsquo;il faut pour te rappeler au calme et espérer</p>
<p style="text-align: right; font-size: 13px;"><em>Photographie : Père et mère,  janvier 1949</em></p>
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		<title>en 4000 mots #4 &#124; Duras quatuor à dire</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 13 Jan 2019 13:26:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[en 4000 mots 2019]]></category>
		<category><![CDATA[famille]]></category>
		<category><![CDATA[Le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[atelier d'hiver]]></category>
		<category><![CDATA[Duras]]></category>
		<category><![CDATA[La mort du jeune aviateur anglais]]></category>
		<category><![CDATA[recherches sur la nouvelle]]></category>
		<category><![CDATA[Terrain fragile]]></category>
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					<description><![CDATA[Atelier Tiers Livre &#8211; hiver 2018 / 2019 recherches sur la nouvelle Le Tiers Livre &#8211; atelier d&#8217;hiver #4, à partir de &#8216;La mort du jeune aviateur anglais&#8217; de Marguerite Duras Je n’existais pas encore au moment où ça s’est passé, mais je peux le concevoir, ce moment, redessiner le lieu à l’aune de nos &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/en-4000-mots-4-durasquatuoradire/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« en 4000 mots #4 &#124; Duras quatuor à dire »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<address><span style="color: #808080;"><strong>Atelier Tiers Livre &#8211; hiver 2018 / 2019<br />
recherches sur la nouvelle<br />
</strong></span></address>
<p style="font-size: 14px; text-align: left;"><em>Le Tiers Livre &#8211; atelier d&rsquo;hiver </em>#4<em>, à partir de &lsquo;La mort du jeune aviateur anglais&rsquo; de Marguerite Duras<br />
</em></p>
<p><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/01/P1020961_carré.jpg" rel="lightbox-0"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-1891" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/01/P1020961_carré-1024x1024.jpg" alt="" width="560" height="560" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/01/P1020961_carré-1024x1024.jpg 1024w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/01/P1020961_carré-150x150.jpg 150w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/01/P1020961_carré-300x300.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/01/P1020961_carré-768x768.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/01/P1020961_carré-1200x1200.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/01/P1020961_carré.jpg 2048w" sizes="auto, (max-width: 560px) 100vw, 560px" /></a></p>
<p class="has-drop-cap" style="text-align: justify;"><strong>J</strong>e n’existais pas encore au moment où ça s’est passé, mais je peux le concevoir, ce moment, redessiner le lieu à l’aune de nos brefs séjours après le long voyage dans la voiture de mon père jusqu’à ce pays éloigné du bord de la mer. Un lieu pauvre et perdu, soumis à l’empire de l’ombre, peuplé de gens affairés à la terre : semeurs, jardiniers, éleveurs de bêtes. Un lieu-dit portant un nom d’arbre. Le Noyer. Situé dans le département de la Loire Inférieure – image dégradante résonnant avec l’odeur de fumier, forte autour des fermes basses et des prés descendant jusqu’à l’eau (souvenir aussi d’un enfant retrouvé noyé, mais c’est une autre histoire). Un hameau difficile à distinguer des autres du même genre éparpillés dans cette campagne, pourtant différent ce jour-là à cause d’un mariage en train de se préparer. Enfin une certaine effervescence, le pavé lavé de frais, des chaises disposées en rang d’oignon devant la maison pour le monde qui commence à venir, des petits gâteaux et des verres sur une table pour les hommes qui voudraient un blanc sec.<span id="more-1890"></span></p>
<p style="text-align: justify;">Mais où est la mariée ? en train de passer sa robe, mais où et avec l’aide de qui ? Parce qu’à la regarder sur les photographies, elle n’a pas bien l’air facile à enfiler, cette robe réalisée par une couturière, ajustée au galbe des seins, empiècement satiné marquant la taille et boutonnée dans le dos &#8212; vous savez, ces petits boutons faits du même tissu que la robe difficile à passer dans les trous &#8211;, mais personne ne se souvient vraiment. S’en référer aux sœurs. Une autre fois peut-être. Enfin, il n’y a pas trente-six solutions, ça s’est forcément passé à la ferme puisque le cortège est parti du hameau pour gagner l’église au bout de la ligne droite (des images du cortège le prouvent), donc dans l’une des chambres à l’arrière qui ne voient guère le soleil. La couturière étant marraine de la mariée, c’est elle qui a dû l’assister, épingles serrées entre les dents et aiguillée de coton toute prête pour un dernier ajustement. Cette femme, morte il y a déjà des années, ne peut rien confirmer. Rien confirmer non plus du cri que la jeune fille a poussé au moment de glisser la tête dans l’encolure en mousseline blanche.</p>
<p style="text-align: justify;">Étrange comme je l’entends crier moi aussi au seuil d’épouser l’homme qu’elle ne connaît pas ou si peu. Elle a vu quelque chose, quelque chose logé dans les plis qui l’a épouvantée : bête noire, mouton de poussière, pétale séché, papillon, quelque chose de non identifié qui s’est mué en mauvais présage. Suit la peur. De partir. De quitter sa terre et les siens. De commencer une autre vie. Peur de ce qui va arriver. Si elle le savait, elle se cacherait dans un coffre ou dans une armoire.</p>
<p style="text-align: justify;">Aller y voir de plus près, y aller à pleines mains, ne pas se gêner, fouiller le tissu à des années de distance, soulever les plis, fourrager dans le jupon, défroisser les volants, identifier la chose qu’elle a vue (après elle n’a plus voulu bouger), la robe lâchée par terre, le temps passant, le monde s’impatientant &#8212; aujourd’hui le dire même si ça ne sert à rien &#8212; dérouler le fil des secondes pour décortiquer l’affreux pressentiment &#8212; l’écrire, lui et tout ce qui en a découlé – ce serait comme un morceau de film, une scène au ralenti avec la robe posée successivement sur le lit, puis le fauteuil, puis tombée au sol, puis habillant le corps jeune et svelte à vingt ans &#8212; écrire la peur ancrée dans la chair de ma mère, transmise à chacun de ses enfants &#8212; je la questionne au téléphone, c’est si loin, elle confond les dates, finalement elle se souvient de la chambre à l’arrière, elle dit « la chambre de maman », elle dit aussi que c’était la robe de sa sœur mariée six mois plus tôt – le film proposerait des visages, ceux des proches et des gens présents à la cérémonie, demi-souriants, la plupart silencieux, aujourd’hui disparus &#8212; se pencher sur la page – écrire le contraste entre le noir et le blanc, entre la mousseline et le corps de l’insecte, entre l’espoir et la terreur &#8212; griffer les mots pour elle – griffer comme si je brodais son intraduisible émoi &#8212; se pencher – évoquer le cri &#8212; griffer les mots – dire – dire – coudre &#8212; écrire</p>
<p style="text-align: right; font-size: 13px;"><em>Photographie de Françoise Renaud (série Le cadavre dans l&rsquo;escalier, 2017)</em><br />
Ici le Tiers Livre, <a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4787&amp;fbclid=IwAR3yQKprKiC-sjlUflHJYpBoHt53DRh7USOvvBiNL_niX_Hszt-QB6EPS8I">« en 4000 mots » | recherches sur la nouvelle</a></p>
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		<title>tout un été d&#8217;écriture #04 &#124; s’éloigner</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 25 Jun 2018 16:01:58 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[famille]]></category>
		<category><![CDATA[Le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[tout un été d'écriture 2018]]></category>
		<category><![CDATA[ville]]></category>
		<category><![CDATA[construire une ville avec des mots]]></category>
		<category><![CDATA[le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[tout un été d'écriture]]></category>
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					<description><![CDATA[Cette façade, cette terrasse à l’arrière, ces jardins oubliés. Un lieu minuscule à l’échelle cosmique. Un lieu parmi des milliards d’autres lieux à la surface de la planète. Parcelle de forêt un jour défrichée cultivée puis bâtie jusqu’à devenir village bourg ville métropole. Juste un point précis où tout de sa vie a commencé – &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-04-seloigner/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« tout un été d&#8217;écriture #04 &#124; s’éloigner »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph">Cette façade, cette terrasse à l’arrière, ces jardins oubliés. Un lieu minuscule à l’échelle cosmique. Un lieu parmi des milliards d’autres lieux à la surface de la planète. Parcelle de forêt un jour défrichée cultivée puis bâtie jusqu’à devenir village bourg ville métropole. Juste un point précis où tout de sa vie a commencé – sa vraie vie, sa vie en dehors de la famille, loin du pays d’origine. Sa vie en propre.<br />Et c’est dans un mouvement de conscience rapide qu’elle appréhende la récente contraction de la ville qui asphyxie le quartier. Parce qu’elle se souvient des sensations à vivre alors dans ce faubourg, d’une certaine forme de bonheur finalement. La solidité des maisons n’est qu’apparence, elle le sent plus qu’avant. Érigés sur une pile de sédiments éprouvés par d’imperceptibles séismes, offerts à toutes les sortes d’érosions et aux tempêtes galactiques, les murs ont tendance à s’effriter. Oui la ville hurlante &#8212; comme un corps &#8212; se désagrège l’air de rien à cause des vibrations, des gaz d’échappement et des souffrances humaines.<br />À revisiter ce lieu important de sa vie, elle prend peur &#8212; l’ampleur du temps sans doute, difficile à supporter. Les antennes et paraboles ancrées dans les toitures se mettent à osciller, de même les verticales, et des lézardes se dessinent dans les pans de béton. Tornade, maelström inversé, cataclysme. Son corps, aspiré par-dessus des bâtiments, se déforme sous l’effet d’une puissante gravité. Bientôt&nbsp;le quartier n’est plus qu’un nuage de poussière. Elle pense&nbsp;: Le monde est un désastre.<br />Zoom arrière encore.</p>



<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph">Les bruits se sont estompés. Quartiers, grandes avenues, ville entière, tout est devenu minuscule et lointain, méconnaissable, comme un&nbsp; élargissement de la mémoire donnant accès à un territoire infiniment plus vaste et bleu. La poussière retombe lentement. Alors s’esquissent dans son champ de vision les contours d’une terre pour moitié inondée de lumière.</p>



<div style="height:30px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph" style="font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.114), 15px);"><em> un texte écrit dans le cadre de l&rsquo;atelier d&rsquo;été 2018 Tiers Livre <strong> <a href="http://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article210"> « Construire une ville avec des mots »</a></strong></em><br /><em><strong><span style="color: #339966;"><span style="font-size: 15px; color: #993366;">Ce qui était proposé (en 20 minutes d&rsquo;écriture) : <i>et si on était projeté, mais toujours en regardant se même point, loin vers l’arrière, ou n’importe quelle autre direction, et qu’on verrait de bien plus loin tous ces éléments restés dans le souvenir (et uniquement par ce qu’on en retrouve mentalement)</i>.</span></span></strong></em></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph" style="font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.114), 15px);"><em>Photographie : Françoise Renaud, juin 2018</em></p>
]]></content:encoded>
					
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		<item>
		<title>un an déjà</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 02 Feb 2018 17:00:49 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[corps]]></category>
		<category><![CDATA[enfance]]></category>
		<category><![CDATA[famille]]></category>
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					<description><![CDATA[Il y a tout juste un an, les choses avaient basculé, brusquement les choses avaient basculé, je veux dire que plus rien n&#8217;avait été tout à fait pareil, un changement d&#8217;un jour à l&#8217;autre, et presque d&#8217;une seconde à l&#8217;autre, un corps qu&#8217;on connaissait depuis longtemps avait perdu la possibilité de crier ou de murmurer, &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/un-an-deja/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« un an déjà »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/02/mains_papa1.jpg" rel="lightbox-0"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-1343" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/02/mains_papa1-1024x1024.jpg" alt="" width="640" height="640" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/02/mains_papa1-1024x1024.jpg 1024w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/02/mains_papa1-150x150.jpg 150w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/02/mains_papa1-300x300.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/02/mains_papa1-768x768.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/02/mains_papa1-1200x1200.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/02/mains_papa1.jpg 2048w" sizes="auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Il y a tout juste un an, les choses avaient basculé,<br />
brusquement les choses avaient basculé, je veux dire que plus rien n&rsquo;avait été tout à fait pareil, un changement d&rsquo;un jour à l&rsquo;autre, et presque d&rsquo;une seconde à l&rsquo;autre, un corps qu&rsquo;on connaissait depuis longtemps avait perdu la possibilité de crier ou de murmurer, un corps s&rsquo;était absenté, vidé de son souffle, d&rsquo;une seconde à l&rsquo;autre un corps était passé sur l&rsquo;autre versant, derrière cette frontière lumineuse d&rsquo;où l&rsquo;on ne revient jamais,<br />
et ce corps était celui de mon père.</p>
<p style="text-align: justify;">Son ombre est restée dans la maison de Bretagne — encore aujourd&rsquo;hui — du côté du fauteuil où il s&rsquo;asseyait, du lit où il dormait, de la place à table qu&rsquo;il occupait, une ombre géante et puissante qu&rsquo;aucune personne étrangère n&rsquo;aurait pu percevoir, invisible mais toute puissante, et aussi l&rsquo;odeur de son bleu de travail imprégnée dans le coussin et le dossier du siège qui lui était réservé — terre, paille, cendre, sève d&rsquo;osier, limaille, sciure de bois, laine mouillée —, odeur à laquelle s&rsquo;était mêlée celle du chien dont il s&rsquo;était épris et occupé comme un tout petit enfant, et le chien le lui avait rendu comme nulle autre créature, odeur que j&rsquo;ai bien connue dans sa 2CV les lundis avant l&rsquo;aube quand il me conduisait à l&rsquo;arrêt du car pour gagner l&rsquo;internat à la ville, une sorte de souvenir sensuel parfait qui me reliait durant toute la semaine à la famille et à la maison, même si j&rsquo;avais un peu honte de venir de la campagne et de porter des chaussettes tricotées (détail qui ne passait pas inaperçu dans cet établissement fréquenté par des filles de la haute qui m&rsquo;avaient reléguée d&#8217;emblée au rang d&rsquo;élève de peu d&rsquo;intérêt mais je m&rsquo;étais durci le cœur pour ne pas en souffrir).<br />
Je me revois d&rsquo;ailleurs à cette époque, si jeune et volontaire, pleurant mon père et ma mère le soir en secret dans mon oreiller, alors que les lumières du dortoir avaient été éteintes et que la solitude étreignait ma poitrine.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">L&rsquo;ombre de mon père plane sur ce territoire insondable et ombreux de ma mémoire à cause du temps qui terrasse, à cause de tout ce qui s&rsquo;est échangé des regards et de ce qui s&rsquo;est accumulé des non-dits pendant des décennies — il a tout de même vécu très vieux et on aurait pu espérer un relâchement de la tension, un aveu, un signe d&rsquo;amour de mortel, quelque chose. La certitude de savoir que tout avait été entrepris de mon côté (et aussi du côté de mon frère) pour infiltrer suffisamment de tendresse dans le lien qui nous unissait, m&rsquo;étreint alors que son image pâlit sous l&rsquo;assaut de l&rsquo;hiver tout comme les fleurs déposées sur la pierre dans le cimetière de Sainte Marie. Au fond cet homme était bien meilleur qu&rsquo;il ne l&rsquo;avait laissé paraître mais il avait refusé d&rsquo;avancer en pays inconnu et il s&rsquo;était contenté d&rsquo;assommer ceux qui acceptaient de l&rsquo;écouter, avec le récit réchauffé de ses actes soi-disant héroïques. Sans doute qu&rsquo;il avait commencé à mourir au moment où il avait rétréci son regard à son seul espace et à sa seule souffrance, lentement, s&rsquo;étouffant sans que personne ne pût lui venir en aide sous son masque de douleur.</p>
<p style="text-align: justify;">Quelques jours, quelques heures, une seconde encore puis une autre, le souffle s&rsquo;était arrêté. C&rsquo;était pleine nuit. Alors son corps physique en voie de refroidir dans la chambre funéraire était devenu pour la première fois accessible à mes mains et à mon chagrin suite à mon dernier long voyage vers lui. Ainsi l&rsquo;aimer encore aujourd&rsquo;hui, un an plus tard, malgré lui, malgré tout, en dépit de la décomposition de la chair.</p>
<p style="text-align: right; font-size: 15px;"><em>Photographie : Françoise Renaud, 2016</em></p>
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		<title>an neuf</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 01 Jan 2018 11:27:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[arbre]]></category>
		<category><![CDATA[famille]]></category>
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					<description><![CDATA[Tous mes souhaits accompagnés de ces quelques images prises lors de mon dernier séjour en Savoie cet automne. Puissions-nous tous avoir sur cette terre des fruits à manger, du bois pour nous chauffer et de la joie à diffuser. La nature offre sans réserve ce qu&#8217;elle engendre et nous pourrions très bien nous en contenter &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/1299-2/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« an neuf »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/01/2018_VOEUX.jpg" rel="lightbox-0"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-1300" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/01/2018_VOEUX-1024x1006.jpg" alt="" width="640" height="628" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/01/2018_VOEUX-1024x1006.jpg 1024w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/01/2018_VOEUX-300x295.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/01/2018_VOEUX-768x754.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/01/2018_VOEUX-1200x1178.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/01/2018_VOEUX.jpg 2048w" sizes="auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px" /></a></p>
<p>Tous mes souhaits accompagnés de ces quelques images prises lors de mon dernier séjour en Savoie cet automne.<br />
Puissions-nous tous avoir sur cette terre des fruits à manger, du bois pour nous chauffer et de la joie à diffuser. La nature offre sans réserve ce qu&rsquo;elle engendre et nous pourrions très bien nous en contenter en retrouvant le respect de l&rsquo;arbre et de l&rsquo;autre.</p>
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		<title>24 décembre</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 24 Dec 2017 14:32:24 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[famille]]></category>
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					<description><![CDATA[]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/12/2017_Noël.jpg" rel="lightbox-0"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-1296" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/12/2017_Noël-1021x1024.jpg" alt="" width="638" height="640" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/12/2017_Noël-1021x1024.jpg 1021w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/12/2017_Noël-150x150.jpg 150w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/12/2017_Noël-300x300.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/12/2017_Noël-768x770.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/12/2017_Noël-1200x1204.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/12/2017_Noël.jpg 2041w" sizes="auto, (max-width: 638px) 100vw, 638px" /></a></p>
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		<title>tout Mauvignier en une seule phrase</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 23 Jul 2017 12:22:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[corps]]></category>
		<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[famille]]></category>
		<category><![CDATA[Le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[atelier d'été]]></category>
		<category><![CDATA[Laurent Mauvignier]]></category>
		<category><![CDATA[le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[personnages]]></category>
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					<description><![CDATA[une seule phrase qui assaille, tourne autour de la déchirure&#8230; au téléphone on lui a dit qu’il fallait faire vite, qu’il y avait eu un accident — ah bon un accident ? — en fait elle n’a pas tout compris (on lui parlait en anglais et il y avait de la friture sur la ligne) &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-mauvignier-en-une-seule-phrase/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« tout Mauvignier en une seule phrase »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify; font-size: 15px;"><em>une seule phrase qui assaille, tourne autour de la déchirure&#8230;</em></p>
<p><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/07/arton4441.jpg" rel="lightbox-0"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-1151" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/07/arton4441.jpg" alt="" width="800" height="739" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/07/arton4441.jpg 800w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/07/arton4441-300x277.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/07/arton4441-768x709.jpg 768w" sizes="auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">au téléphone on lui a dit qu’il fallait faire vite, qu’il y avait eu un accident — ah bon un accident ? — en fait elle n’a pas tout compris (on lui parlait en anglais et il y avait de la friture sur la ligne) sinon qu’il était question de lui, son fils, et qu’il ne fallait pas perdre de temps, sur le coup elle s’est sentie dépouillée et elle s’est mise à trembler, et depuis, ça ne la quitte pas ce tremblement de tout le corps et l’âme à l’envers, cette bousculade de questions coincées dans la gorge et ces mots, ces larmes au fond du ventre à propos du malheur qui se manifeste toujours au plus mauvais moment, qui de toute façon devait s’abattre un jour sur leurs têtes — elle l’avait toujours su — car rien n’avait marché comme il aurait fallu au sein de leur famille, rien, absolument rien, et ça ne datait pas d’hier, ça remontait même à loin, enfin voilà ce qui l’obsède quand elle traverse le hall de l’aéroport, s’efforçant de contrôler la cadence de ses pas, et lui en vérité — le fils — il n’a jamais supporté cet état des choses, à cause de ça qu’il est parti loin dès qu’il en a eu l’occasion, le plus loin possible d’eux, <span id="more-1149"></span>ses parents et son imbuvable tribu, avant que ça explose dans leurs têtes et dans leurs entrailles, et maintenant il est arrivé quelque chose de grave, peut-être même qu’il va y passer — ce qu’a sous-entendu le médecin au téléphone si on ne trouvait personne de compatible, enfin c’est ce qu’elle a cru comprendre, sur le moment elle était si bouleversée — et elle sait que ce n’est pas un hasard tout ça (malgré la climatisation son front est en sueur, et pas seulement le front, les aisselles aussi et le long du dos, elle sent que ça glisse entre ses omoplates, une sueur de fatigue et d’angoisse), et maintenant elle n’a pas le choix, tenir bon, trouver le courage de pousser sa valise, ici et maintenant elle doit se concentrer, se débrouiller au milieu des petits groupes de gens encombrés de bagages qui attendent devant le comptoir de la compagnie (ce qui est assez normal dans un aéroport au sol de couleur neutre tout comme le revêtement des parties murales), elle a refusé qu’on l’accompagne, l’événement ne concernait qu’elle, elle seule, parce qu’il s’agissait de son enfant n’est-ce pas ? et parce que le père avait renoncé à comprendre depuis longtemps, muré dans sa colère, toujours en guerre contre lui-même, c’était donc à elle de prendre les choses en main et de remonter à l’envers le chemin que le fils avait emprunté pour fuir tout ce qui s’ était amassé de silence autour de leurs vies depuis le commencement — certains ont dit que c’était pas des façons de tout plaquer comme ça sur un coup de tête, d’abandonner père mère pays pour on ne sait quelles raisons, ou plutôt si, on savait mais on ne voulait pas le reconnaître —, bien sûr que c’était à elle d’entreprendre ce voyage jusqu’à rejoindre l’endroit où le pauvre corps est couché, corps qu’elle a porté nourri lavé, saisir sa main, la caresser — elle a tellement envie de croire que leurs chairs leurs sangs seront compatibles, comment envisager le contraire ? — alors qu’elle est au bord d’embarquer, assise sur une banquette en skaï, tentant de surmonter le chagrin qui l’envahit par vagues depuis qu’elle a appris la nouvelle… tellement envie de prononcer son nom… de serrer doucement ses doigts entre les siens pour lui dire « mon fils, mon amour, je suis là » et le sauver du pire… c’est fou comme elle a hâte, elle n’y tient plus, il faut qu’elle mesure de ses propres yeux comment tout s’est inscrit sur son visage vivant ou mort, mais pourquoi l’histoire des familles nous ruine-t-elle à ce point ? pourquoi faut-il qu’un truc horrible arrive — évidemment un drame —, pour trouver la force de défoncer les murs qui séparent et voir enfin la même face du monde ?</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="font-size: 15px; text-align: right;"><em>texte créé par Françoise Renaud dans le cadre de l&rsquo;atelier d&rsquo;été 2017, volet 3 « Tout Mauvignier en une seule phrase », proposé par François Bon : <a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4441">Et si je vous dis personnages ?</a><br />
<span style="color: #207373;">Il était proposé d&rsquo;écrire  » un paragraphe unique, pas de narrateur présent dans le texte (se retrancher du jeu)&#8230; le seul point d’accroche reste le personnage lui-même&#8230; »</span></em></p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Janina</title>
		<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/janina/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 22 Mar 2017 11:37:52 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[corps]]></category>
		<category><![CDATA[famille]]></category>
		<category><![CDATA[comprendre]]></category>
		<category><![CDATA[disparition]]></category>
		<category><![CDATA[écrire le départ]]></category>
		<category><![CDATA[silence]]></category>
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					<description><![CDATA[Encore une fois de la peine. Et l&#8217;impuissance à comprendre. On est là dans la cuisine à se faire une tasse de thé ou une bricole à manger, il fait froid ou beau dehors, on a le projet de sortir pour une course ou une promenade, et c&#8217;est là qu&#8217;on reçoit un message ou un &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/janina/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« Janina »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/03/fleurs_carré.jpg" rel="lightbox-0"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-1034" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/03/fleurs_carré-1024x1024.jpg" alt="" width="582" height="582" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/03/fleurs_carré-1024x1024.jpg 1024w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/03/fleurs_carré-150x150.jpg 150w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/03/fleurs_carré-300x300.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/03/fleurs_carré-768x768.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/03/fleurs_carré-1200x1200.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/03/fleurs_carré.jpg 1220w" sizes="auto, (max-width: 582px) 100vw, 582px" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Encore une fois de la peine. Et l&rsquo;impuissance à comprendre.</p>
<p style="text-align: justify;">On est là dans la cuisine à se faire une tasse de thé ou une bricole à manger, il fait froid ou beau dehors, on a le projet de sortir pour une course ou une promenade, et c&rsquo;est là qu&rsquo;on reçoit un message ou un coup de téléphone qui raconte qu&rsquo;elle est partie, partie pour de bon, partie pour toujours</p>
<p style="text-align: justify;">elle, mais comment ? non ce n&rsquo;est pas possible&#8230; elle si jeune et si particulière, toujours libre, partie d&rsquo;un coup on ne sait comment<br />
elle portait un si joli prénom<br />
elle parlait d&rsquo;une voix forte, déterminée<br />
et ce matin on brûle son corps dans un four</p>
<p style="text-align: justify;">elle tissait des liens au hasard des jours comme elle voulait quand elle voulait avec qui elle voulait, <span id="more-1029"></span>toujours un immense sourire et des histoires uniques à partager, elle dévorait l&rsquo;instant, le vent, le moindre bourgeon qui pointait, la nature qui se soulevait jusqu&rsquo;à nous toucher le cœur − ça se voyait sur toute sa personne, dans le pétillement de ses yeux −, elle connaissait ces choses invisibles qui bougent et agissent autour de nous et dont nous ne savons rien<br />
souvent elle marchait sur le chemin qui descendait à la cascade, joyeuse comme une petite fille qui sautille ou joue à la marelle, avec des fleurs piquées dans sa coiffure, passant en voiture je la reconnaissais et m&rsquo;arrêtais à sa hauteur, on se serrait les mains par-dessus la vitre baissée, parfois elle montait pour faire un bout de chemin en ma compagnie sinon elle continuait<br />
solitaire et animale, belle<br />
quand on avait le temps on parlait de livres, d&rsquo;écriture, de ce qui pousse à écrire<br />
elle aimait aussi me parler de sa mère disparue et de ces femmes d&rsquo;Amérique latine qui l&rsquo;avaient initiée au dialogue avec les ombres − des lieux où j&rsquo;ai voyagé moi aussi −, on se comprenait, parfois sur le pas de ma porte je trouvais un petit pot de confiture accompagné d&rsquo;un rameau d&rsquo;olivier ou quelques feuilles de sauge dans un joli papier et un caillou posé dessus pour ne pas qu&rsquo;il s&rsquo;envole</p>
<p style="text-align: justify;">elle est partie, je ne l&rsquo;ai pas revue<br />
maintenant c&rsquo;est terminé, il n&rsquo;y a rien à faire, juste à chérir son visage et son sourire pareil à la flamme d&rsquo;une bougie</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">et ce n&rsquo;est pas la première qui s&rsquo;en va sans prévenir, longue série de départs cet hiver, ça s&rsquo;accélère, ça augmente le chagrin, y a-t-il des raisons de ne pas pleurer, de ne pas se désespérer ? ma colère se heurte contre les barreaux de ma prison et leurs visages à tous disparus rôdent dans mes nuits, je les vois, je les reconnais tous, visages de mes chers, de mes doux amis ou parents<br />
petit à petit ils deviennent ma famille</p>
<p style="text-align: justify;">et le silence encore,<br />
le silence après la disparition si brutale de cette fille au si joli prénom qui marche à présent sur l&rsquo;autre versant</p>
<p style="text-align: right; font-size: 15px;"><em>Photographie : Jardin au village, Françoise Renaud 2017<br />
<a href="http://www.midilibre.fr/2017/03/28/saint-laurent-le-minier-les-villageois-ont-rendu-hommage-a-janina,1485102.php">On a beaucoup pensé à elle ce jour-là</a><br />
</em></p>
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		<title>lieux occupés</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 25 Feb 2017 14:26:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[enfance]]></category>
		<category><![CDATA[famille]]></category>
		<category><![CDATA[jardin]]></category>
		<category><![CDATA[roman]]></category>
		<category><![CDATA[Françoise Renaud]]></category>
		<category><![CDATA[Retrouver le goût des fleurs]]></category>
		<category><![CDATA[Sylvia Bahri]]></category>
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					<description><![CDATA[Certains lieux comptent plus que d’autres au cours d&#8217;une vie d’homme. La maison d&#8217;enfance par exemple. Peu importe son aspect ou la nature de son jardin. Avec ou sans cabanon. Borné de grillage ou de haies. C&#8217;est là qu’une certaine géographie du paysage a commencé à s’inscrire dans le corps et dans la mémoire. Une &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/1015-2/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« lieux occupés »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/02/10437618_10153434740233810_4264028173952359536_n.jpg" rel="lightbox-0"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-1016" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/02/10437618_10153434740233810_4264028173952359536_n.jpg" alt="" width="640" height="640" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/02/10437618_10153434740233810_4264028173952359536_n.jpg 640w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/02/10437618_10153434740233810_4264028173952359536_n-150x150.jpg 150w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/02/10437618_10153434740233810_4264028173952359536_n-300x300.jpg 300w" sizes="auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Certains lieux comptent plus que d’autres au cours d&rsquo;une vie d’homme. La maison d&rsquo;enfance par exemple. Peu importe son aspect ou la nature de son jardin. Avec ou sans cabanon. Borné de grillage ou de haies. C&rsquo;est là qu’une certaine géographie du paysage a commencé à s’inscrire dans le corps et dans la mémoire.<br />
Une nourriture qui serait venue par le dehors.<br />
Par la nature de l’air.<br />
Par la pierre des murets, les arbres au voisinage, le ciel dans tous ses états par-dessus les toitures. Par les herbes poussées au hasard des recoins dans une once de terreau gorgée de graines en sommeil. Par la nature des lumières diffusées à travers les rideaux. Les coloris, les transparences, les sons provenant de la rue, les vents faufilés par la cheminée en hiver, les orages d’août. Rien ne se serait construit pareillement de nous sans ces éléments nécessaires pour grandir, sans ces gris ces bleus, sans ces palettes de couleurs, ces murmures et fracas qu&rsquo;on mémorise avec une surprenante précision quand on est haut comme trois pommes, que tout semble crier fort autour de nous et qu&rsquo;on parcourt indéfiniment le jardin, en courant ou rampant. Jardin pareil à un espace immense, à un alpage. Aussi forcément les odeurs attachées aux saisons, aux activités de la famille et aux périodes de fête.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi les lieux occupés s’inscrivent dans l’itinéraire personnel. Appartements, maisons. Ils laissent empreinte quels que soient la durée d’occupation, la forme des fenêtres, la tapisserie, la lumière, l’ambiance, les bruits divers. Tels différents tableaux de notre galerie intime.</p>
<p style="text-align: right; font-size: 17px;"><em>Extrait du roman de Françoise Renaud &lsquo; Retrouver le goût des fleurs&rsquo;, à paraître en 2017</em><br />
<em> Photographie ©Sylvia Bahri</em></p>
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		<title>lettre à mon père</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 12 Feb 2017 12:37:46 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[corps]]></category>
		<category><![CDATA[enfance]]></category>
		<category><![CDATA[famille]]></category>
		<category><![CDATA[pays]]></category>
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					<description><![CDATA[Cher petit papa, Voici la dernière lettre que je t’écris pour t’accompagner dans ton voyage au-delà des frontières. Les souvenirs affluent en moi, déjà. Ils me poignardent, en même temps secouent la vie et l’amour que j’ai toujours eu pour toi. Je me souviens. Je me souviens de la fête au village. Nous glissions en &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/lettre-a-mon-pere/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« lettre à mon père »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/02/07-p7.jpg" rel="lightbox-0"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-1009" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/02/07-p7-768x1024.jpg" alt="" width="494" height="658" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/02/07-p7-768x1024.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/02/07-p7-225x300.jpg 225w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/02/07-p7.jpg 1000w" sizes="auto, (max-width: 494px) 100vw, 494px" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Cher petit papa,</p>
<p style="text-align: justify;">Voici la dernière lettre que je t’écris pour t’accompagner dans ton voyage au-delà des frontières. Les souvenirs affluent en moi, déjà. Ils me poignardent, en même temps secouent la vie et l’amour que j’ai toujours eu pour toi.</p>
<p style="text-align: justify;">Je me souviens.</p>
<p style="text-align: justify;">Je me souviens de la fête au village.<br />
Nous glissions en auto tamponneuse sur la piste lustrée et ton bras enlaçait mes épaules  pour me protéger des chocs violents.<br />
Je me souviens que tu jouais certains airs à la trompette : <em>La mer qu’on voit danser</em> ou <em>Petite fleur de Java</em>, partitions en lambeaux juchées sur le pupitre métallique auprès du radiateur.<br />
Je me souviens que tu me présentais aux gens en disant : la fille, ce qui laissait entendre qu’il avait également un fils. Je me souviens du mot épissure que tu m’avais appris alors que tu réparais une corde. D’un pique-nique dans la pinède de Saint-Brévin. D’une partie de pêche à Préfailles. Et si je ne peux citer tous ces menus moments ranimés à force de fouille, je peux dire à quel point ils ont compté pour moi – pour toi aussi sans doute, une chose que je ne saurais jamais. Ils sont comme des parapets auxquels aujourd’hui je m’appuie, des soleils auxquels je me chauffe, et leur assemblage pourrait finir par constituer une sorte de halo étincelant autour de ta figure de père.</p>
<p style="text-align: justify;">Toi et moi, nous avons toujours partagé un goût certain pour le jardin, pour le vent d’ouest et la mer dans tous ses états. À jamais nous partagerons le même port d’attache.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais l’histoire s’écrit à partir du présent.</p>
<p style="text-align: justify;">Au revoir, mon papa.</p>
<p style="text-align: right; font-size: 15px;"><em>Texte lu lors de ses funérailles en l&rsquo;église de Sainte Marie sur/mer le samedi 4 février 2017</em><br />
<em> Photographie : Françoise Renaud</em></p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>depuis qu&#8217;il a chuté de l&#8217;arbre</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 23 Nov 2016 12:40:41 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[corps]]></category>
		<category><![CDATA[famille]]></category>
		<category><![CDATA[disparition]]></category>
		<category><![CDATA[père]]></category>
		<category><![CDATA[vie et mort]]></category>
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					<description><![CDATA[Le rideau est presque tombé sur la scène où vit et a vécu mon père.  Enfin c&#8217;est pour bientôt, on ne sait pas quand. Dans quelques jours quelques semaines ou plus. On ne peut pas dire. Depuis qu&#8217;il a chuté de l&#8217;arbre il y a trois semaines, abattu dans l&#8217;herbe au pied de son échelle, &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/depuis-quil-a-chute-de-larbre/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« depuis qu&#8217;il a chuté de l&#8217;arbre »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2016/11/P1020726.jpg" rel="lightbox-0"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-895 " src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2016/11/P1020726-e1479904779179-768x1024.jpg" alt="p1020726" width="450" height="600" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2016/11/P1020726-e1479904779179-768x1024.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2016/11/P1020726-e1479904779179-225x300.jpg 225w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2016/11/P1020726-e1479904779179-1200x1600.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2016/11/P1020726-e1479904779179.jpg 1536w" sizes="auto, (max-width: 450px) 100vw, 450px" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Le rideau est presque tombé sur la scène où vit et a vécu mon père.  Enfin c&rsquo;est pour bientôt, on ne sait pas quand. Dans quelques jours quelques semaines ou plus. On ne peut pas dire.</p>
<p style="text-align: justify;">Depuis qu&rsquo;il a chuté de l&rsquo;arbre il y a trois semaines, abattu dans l&rsquo;herbe au pied de son échelle, on est aux aguets. On épie la moindre amélioration de son état — pour le moment il n&rsquo;y en a pas. L&rsquo;homme est brisé. Il ne se lève plus ou guère. Seulement un court moment pour gagner son fauteuil ou s&rsquo;assoir à la table, manger la soupe ou le plat de légumes. Ce qu&rsquo;il peut manger.  Parce qu&rsquo;il a du mal avec ses dents, les mauvaises, les manquantes. Alors seulement de la soupe, du yaourt, des fruits cuits.<span id="more-884"></span></p>
<p style="text-align: justify;">Depuis qu&rsquo;il a chuté de l&rsquo;arbre, j&rsquo;imagine l&rsquo;hématome à sa cuisse, les douleurs cervicales, la rage en lui d&rsquo;être tombé. Enfin pourquoi diable a-t-il voulu s&rsquo;occuper de ces fichus pommiers, seul ? Sans doute une belle journée. Il s&rsquo;est dit : Allez, une fois encore, une dernière, je vais tailler mes fruitiers pour qu&rsquo;ils donnent. Des décennies qu&rsquo;il les a plantés, je n&rsquo;étais pas encore née.</p>
<p style="text-align: justify;">Depuis qu&rsquo;il a chuté de l&rsquo;arbre, je pense à lui souvent dans la journée. Je garde le fil de lui, je m&rsquo;endors avec la pensée de lui. Souvenirs de toutes époques et de toutes formes arrivant dans le désordre, se chevauchant comme des rideaux de pluie. A-t-il été heureux ? Peut-être par instants, rien n&rsquo;est moins sûr. Un homme toujours insatisfait, bougon, buté, râleur, en tout cas peu <em>aimable</em> — mot terrible. L&rsquo;image de son visage gonflé d&rsquo;une colère intérieure, puissante, rentrée, impossible à exprimer, résiste et me poursuit. D&rsquo;ailleurs avec l&rsquo;âge ses joues ont réellement gonflé, comme bourrées des mots qu&rsquo;il n&rsquo;a jamais prononcés. Parler, il n&rsquo;a jamais su. Dire des mots simples et vrais, ça n&rsquo;a jamais été pour lui, un type de la campagne avec seulement son certificat d&rsquo;études et un paquet de malheurs depuis son arrivée dans le monde en 1923. Pourtant un bon bougre. Généreux avec ça. Il nous emmenait au cirque quand nous étions petits et il déposait toujours un billet dans la corbeille pour les acrobates accidentés — pourtant il n&rsquo;en avait pas beaucoup des billets, à travailler dans le bâtiment.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce matin, le kiné lui a mobilisé les jambes et lui a fait faire le tour de la table. Tout à l&rsquo;heure il boira un peu de bouillon, grignotera une pomme au four avec un peu de caramel dessus. Après, il ira s&rsquo;allonger. Il dormira longtemps. La morphine est puissante. Me reste à creuser le sillon où semer les images que j&rsquo;ai de lui. Toutes. Les douces, les âpres, les très anciennes, aussi les dernières avant de déclarer : Fin du spectacle, on ferme. Je les veux toutes, je ne veux rien oublier, je veux le retenir encore un petit moment, le chérir, lui parler doucement au téléphone, juste sensible à son souffle rétréci, à son silence et à son angoisse de partir.</p>
<p style="text-align: right;"><em>Photographie ©Françoise Renaud, mai 2016<br />
</em></p>
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