<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>falaise sans fin (saison 1) &#8211; Terrain Fragile</title>
	<atom:link href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/category/falaise-sans-fin-saison1/feed/" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile</link>
	<description>TEXTES &#38; PHOTOGRAPHIES FRANCOISE  RENAUD</description>
	<lastBuildDate>Sat, 16 Dec 2023 15:50:11 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
	<sy:updatePeriod>
	hourly	</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>
	1	</sy:updateFrequency>
	

<image>
	<url>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2015/12/cropped-arbres-32x32.jpg</url>
	<title>falaise sans fin (saison 1) &#8211; Terrain Fragile</title>
	<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile</link>
	<width>32</width>
	<height>32</height>
</image> 
	<item>
		<title>falaise sans fin (12)</title>
		<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-12-2/</link>
					<comments>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-12-2/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 01 Apr 2015 08:50:06 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[falaise sans fin (saison 1)]]></category>
		<category><![CDATA[Caspar David Friedrich]]></category>
		<category><![CDATA[désir]]></category>
		<category><![CDATA[falaise]]></category>
		<category><![CDATA[voyage]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://francoiserenaud.com/terrainfragile/?p=190</guid>

					<description><![CDATA[L&#8217;attirance entre Mowglia et Mermel pourrait m&#8217;entraîner si loin que j&#8217;en ai le vertige.Patienter pour l&#8217;écrire.Plus tard peut-être dans une autre saison ou pourquoi pas dans un livre.Aujourd&#8217;hui accorder de l&#8217;attention à leurs deux corps marchant hésitant s&#8217;observant, agissant l&#8217;un vers l&#8217;autre comme au ralenti – j&#8217;aime approcher cette tension des nerfs muscles sangs sèves &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-12-2/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« falaise sans fin (12) »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>L&rsquo;attirance entre Mowglia et Mermel pourrait m&rsquo;entraîner si loin que j&rsquo;en ai le vertige.<br />Patienter pour l&rsquo;écrire.<br />Plus tard peut-être dans une autre saison ou pourquoi pas dans un livre.<br />Aujourd&rsquo;hui accorder de l&rsquo;attention à leurs deux corps marchant hésitant s&rsquo;observant, agissant l&rsquo;un vers l&rsquo;autre comme au ralenti – j&rsquo;aime approcher cette tension des nerfs muscles sangs sèves ivresses –, se mouvant dans une atmosphère quasi liquide habitée de particules limoneuses et d&rsquo;algues microscopiques au sein de laquelle se reflète par instants la multitude des visages amants depuis les prémices du monde, ce grésillement des désirs, à moins qu&rsquo;il ne s&rsquo;agisse simplement du frisson des ramées qui recouvrent le berceau où ils se sont couchés pour la première fois,<br />en alerte,<br />doigts dessinant d&rsquo;étranges glyphes à même la peau.</p>



<p>Et suivre la courbe du ventre pour comprendre que l&rsquo;enfant est au bord de naître. En plus d&rsquo;une mère au visage tendre dans l&rsquo;ombre verte, il y aura un père pour lui sur cette terre.<br />Après, les laisser tranquilles – ils ont tant à faire entre désir et venue de ce fils qu&rsquo;ils appelleraient Pöli. Plutôt surveiller Riks du coin de l&rsquo;œil.</p>



<p>Riks n&rsquo;a rien oublié de son passé, de sa responsabilité de chef de cordée, des camarades perdus en chemin. Rien oublié de ce qu&rsquo;il était venu chercher, poussé par la misère et les rêves insensés des siens. Mais à son tour il trébuche sur l&rsquo;envie de s&rsquo;installer, de faire halte dans ce giron de montagne.<br />Car il faut bien reconnaître que la menace s&rsquo;était dissoute à force de semaines, que Yuli avait rangé son fusil. Progressivement les enfants avaient recommencé de sourire, la hardiesse était revenue dans la démarche des femmes, l&rsquo;espace des possibles recomposé en dépit des différences de mœurs et de langues après tant de souffrance. Riks savait que la vie reprend son cours comme la végétation après la crue. Décidément trop tôt pour se reposer. Et il possède une chose au cœur, un murmure, qui l&rsquo;incite à aller plus loin, à vouloir poursuivre la route pour ne pas oublier d&rsquo;où il vient et de quoi il est fait, à descendre le torrent rivière puis fleuve jusqu&rsquo;à la mer pour découvrir d&rsquo;autres villages, peut-être des villes, des ports, des bords de mer, des îles.<br />Quand il était jeune, il avait lu dans un livre qu&rsquo;il existait des îles si grandes qu&rsquo;elles ressemblaient à des continents, que des animaux singuliers les habitaient, protégés des mutations génétiques et adaptés aux conditions arides ou pluvieuses au contraire. Il ne savait pas si c&rsquo;était vrai. Toujours est-il qu&rsquo;il voulait voir des îles, des déserts. Il voulait voir davantage.<br />Un matin avant le lever du soleil, c&rsquo;était sûr, il partirait. Seul.</p>



<p>Clod, jeune homme fragile, marqué par les circonstances tragiques du voyage, semblait pourtant se remettre, sanglots et fureurs peu à peu réduits en somnolence, sa tête plus haute, son teint plus coloré. Il aidait à la préparation des farines, fabriquait les galettes de céréales et s&rsquo;occupait d&rsquo;alimenter le four pour les cuire. La communauté l&rsquo;avait accepté. Tous louaient son pain et sa gentillesse. Riks pensait qu&rsquo;il avait trouvé sa place, que son cœur serait bientôt consolé.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Au pli du bras des trois hommes, un motif en étoile</h3>



<p>encre métallique, vestige de l&rsquo;origine gravé tatoué qu&rsquo;ils soient éveillés ou endormis qui se déformerait avec le vieillissement progressif de la peau, comme se décompose sous l&rsquo;effet de la lueur descendante la ligne de nuages grumeleux visible depuis le sommet de la falaise, immobile, hostile, inhabitée.</p>



<p><em>(fin de la saison 1)</em></p>



<p class="has-text-align-right"><em>Illustration : Sunset, de Caspar David Friedrich 1830-1835 (25 × 31 cm), musée de l&rsquo;Hermitage</em></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-12-2/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>4</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>falaise sans fin (11)</title>
		<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-12/</link>
					<comments>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-12/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 21 Mar 2015 09:40:32 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[falaise sans fin (saison 1)]]></category>
		<category><![CDATA[désir]]></category>
		<category><![CDATA[falaise]]></category>
		<category><![CDATA[prisonnier]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://francoiserenaud.com/terrainfragile/?p=170</guid>

					<description><![CDATA[Mowlia la douce, Mowlia la guérisseuse, la bienveillante. Elle garda l&#8217;œil sur le malade le jour la nuit, sa concentration était extrême. Parfois elle murmurait des mots à son attention, des phrases incantatoires, tandis qu&#8217;elle lavait sa plaie, rafraîchissait ses joues et sa poitrine, ou simplement demeurait à l&#8217;écoute. À certains moments il semblait aller &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-12/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« falaise sans fin (11) »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p></p>



<h3 class="wp-block-heading">Mowlia la douce, Mowlia la guérisseuse, la bienveillante.</h3>



<p>Elle garda l&rsquo;œil sur le malade le jour la nuit, sa concentration était extrême. Parfois elle murmurait des mots à son attention, des phrases incantatoires, tandis qu&rsquo;elle lavait sa plaie, rafraîchissait ses joues et sa poitrine, ou simplement demeurait à l&rsquo;écoute. À certains moments il semblait aller mieux puis il retombait profond dans le puits. La fièvre le pétrifiait contre la couche. Les démons couraient en lui comme du feu. Pourtant elle s&rsquo;obstinait, mouvements précis des mains ajustés aux impulsions du corps souple, habité du désir d&rsquo;arracher cet inconnu aux limbes, coûte que coûte.<br />Alors que Mermel luttait, Riks et Clod avaient été installés dans une maison voisine, au-dessous d&rsquo;une réserve à foin. Le chasseur qui s&rsquo;appelait Yuli leur avait entravé les mains avec une corde et avait bloqué la porte.<br />Plusieurs nuits d&rsquo;affilée, ils avaient entendu le hululement des rapaces nocturnes, le raffut des rongeurs dans les greniers, quelques pleurs d&rsquo;enfant, et ils s&rsquo;étaient demandés combien d&rsquo;habitants comptait le village. Une question les obsédait : qui était la femme au ventre plein – fille ou femme de Yuli, comment savoir. Ils ne se confiaient rien de ce qui les tourmentait, ils attendaient simplement la montée du jour, veillant à tour de rôle comme par habitude.<br />Quand un nouveau soleil sortait de terre, une fillette leur portait de la soupe de légumes dans un pot et une sorte de fromage qu&rsquo;ils ne connaissaient pas, fort bon d&rsquo;ailleurs, qu&rsquo;ils dévoraient jusqu&rsquo;à la dernière miette. Le temps était devenu flou, décompte abandonné des semaines et des mois écoulés depuis leur départ, depuis la chute des compagnons dans le vide, depuis le combat contre les oiseaux noirs. Sans doute qu&rsquo;ils s&rsquo;en moquaient, ces données n&rsquo;ayant plus de réelle incidence sur leur proche devenir. Ils ne se fiaient plus qu&rsquo;à la saison, qu&rsquo;à la chaleur.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Un matin Yuli revint. Il n&rsquo;avait pas de carabine.</h3>



<p>Il coupa la corde qui retenait leurs poignets, les fit sortir et les entraîna plus haut dans les pâturages pour l&rsquo;aider à récolter le lait des brebis. Tout se passa si bien avec les animaux qu&rsquo;ils eurent bientôt la liberté d&rsquo;errer à leur guise en lisière de forêt. De loin, il arrivait qu&rsquo;ils aperçoivent quelques hommes à cheval. Des rapaces aussi dans le champ du ciel. Leurs silhouettes et les élans de leur parade nuptiale ne leur étaient pas inconnues.<br />En redescendant au village, ils croisaient quelques femmes qui baissaient craintivement la tête avant de se faufiler dans les maisons. Et ils la rencontraient, elle, Mowlia. Chaque fois ils se demandaient de qui était l&rsquo;enfant qu&rsquo;elle portait.<br />Mowlia avait vu l&rsquo;œil de Clod injecté de sang et elle lui avait fabriqué une pâte à humidifier et déposer sur la paupière. Elle lui avait montré comment s&rsquo;y prendre.<br />Finalement la patience paya.<br />L&rsquo;œil de Clod guérit et Mermel devint capable de se redresser sur la couche. La première fois qu&rsquo;il se leva, il marcha jusqu&rsquo;à la porte pour contempler la lumière qui glissait contre les flancs de la montagne. Il était étonné d&rsquo;être là. Il avait oublié l&rsquo;avant. Il était comme neuf et le regard qu&rsquo;il portait sur le monde était infiniment doux, comme influencé par le corps rond de Mowlia.</p>



<p>Entre ces deux-là un lien s&rsquo;était créé, pas de doute. Un lien fait de silence et de corps en fièvre.<br />Le soir ils se rapprochaient l&rsquo;un de l&rsquo;autre, insensiblement. Il n&rsquo;était pas besoin qu&rsquo;ils se regardent et qu&rsquo;ils en fassent davantage pour que les autres sentent leur proximité – leur désir.<br />Riks craignait que cette connivence n&rsquo;éveille les foudres du chasseur patriarche et chef de tribu. Pourtant une chose le rassurait : en l&rsquo;espace d&rsquo;une saison, Yuli était devenu presque amical et eux étaient passés du statut de prisonnier à celui d&rsquo;homme libre. Ils étaient même devenus des membres à part entière de la communauté. Ils s&rsquo;étaient taillés des bâtons pour diriger les bêtes, avaient sculpté des écuelles pour la soupe et des petits outils pour manger. Tout le monde les appelait par leurs prénoms et ils connaissaient ceux des douze enfants qui recherchaient leur présence parce qu&rsquo;ils étaient différents et stimulaient leur imagination. Une langue avait commencé entre eux à s&rsquo;inventer, faite des différents langages pratiqués par les peuples des deux versants – les racines communes facilitaient bien les choses.<br />La falaise, elle, demeurait invisible, loin vers le nord, avec son lot d&rsquo;incertitudes et de créatures maléfiques.</p>



<p><em>(à suivre)</em></p>



<p class="has-text-align-right"><em>Photographie : Surprise view, de <a href="http://mangangubona.wix.com/bona" target="_blank" rel="noopener">Bona Mangangu</a>, 2015</em></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-12/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>2</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>falaise sans fin (10)</title>
		<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-10/</link>
					<comments>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-10/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 19 Feb 2015 09:48:40 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[falaise sans fin (saison 1)]]></category>
		<category><![CDATA[blessure]]></category>
		<category><![CDATA[chasseur]]></category>
		<category><![CDATA[espoir]]></category>
		<category><![CDATA[falaise]]></category>
		<category><![CDATA[pays rêvé]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://francoiserenaud.com/terrainfragile/?p=115</guid>

					<description><![CDATA[Ils empruntèrent une passerelle branlante sur un bras de torrent, puis un raidillon suivi d&#8217;une descente bordée d&#8217;arbres aux feuillages vernissés. Le soleil s&#8217;amenuisait, habillant les cimes d&#8217;un ruissellement doré. Toujours sous la menace de l&#8217;arme et portant le corps geignant de Mermel, ils abordèrent bientôt un vallon qu&#8217;on ne pouvait soupçonner en cheminant le &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-10/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« falaise sans fin (10) »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>Ils empruntèrent une passerelle branlante sur un bras de torrent, puis un raidillon suivi d&rsquo;une descente bordée d&rsquo;arbres aux feuillages vernissés. Le soleil s&rsquo;amenuisait, habillant les cimes d&rsquo;un ruissellement doré. Toujours sous la menace de l&rsquo;arme et portant le corps geignant de Mermel, ils abordèrent bientôt un vallon qu&rsquo;on ne pouvait soupçonner en cheminant le long des rives.<br />Là, quelques maisons regroupées sur la pente offerte au sud. Des animaux en pâture, un peu plus haut.<br />Accroupie près d&rsquo;un banc de pierre, une femme semblait guetter leur venue.</p>



<p>Elle était vêtue d&rsquo;une robe en cuir, pièces cousues et consolidées par endroits avec des lanières. Jeune, yeux clairs. Dans l&rsquo;échancrure de la robe, on devinait la beauté de sa peau.<br />Elle semblait trier des graines dans un bol. Ou alors des petites baies noires.</p>



<p>C&rsquo;était si étonnant de la voir là, dans cet état nonchalant, adonnée à une activité paisible, qu&rsquo;ils en avaient oublié le chasseur et le fusil. Ils avaient aussi oublié leur fatigue et ils continuaient à avancer vers elle comme aspirés par l&rsquo;aimant de ses yeux et le velouté de ses bras pareil à une promesse de résurrection. L&rsquo;espoir les fouettait au visage.<br />L&rsquo;espoir d&rsquo;être bien traités. Nourriture et repos.<br />L&rsquo;espoir d&rsquo;être soignés. De retrouver une vie normale.<br />Car s&rsquo;il y avait des femmes, ça voulait dire qu&rsquo;il y aurait moins de violence et davantage de compassion. Ça voulait dire aussi que le village pouvait abriter des familles avec des enfants, des jeux, des rires. Un peu comme chez eux, dans ce pays du nord qu&rsquo;ils avaient quitté depuis de nombreux jours, quand la douceur de l&rsquo;air revenait après les longs hivers ou le soir quand ils se réunissaient autour des feux. Et s&rsquo;il y avait des troupeaux, ça voulait dire qu&rsquo;il y aurait de quoi manger et que les hommes qui gardent les bêtes sont toujours plus humains que les autres.<br />Là-dessus le chasseur cria quelque chose – sans doute le nom de la femme. Et elle se leva, fine et majestueuse, sans effort – en cet instant ils surent qu&rsquo;elle portait un petit – et disparut dans la maison proche.</p>



<p>Riks et Clod voulurent déposer leur fardeau sur le seuil, mais ils comprirent aux petits coups répétés contre leurs nuques qu&rsquo;il leur fallait la suivre, entrer à leur tour. Le chasseur resta dehors, assis sur le banc.</p>



<span id="more-115"></span>



<p>Dedans il faisait sombre. Les ouvertures avaient la taille de meurtrières, hormis la porte aux charnières métalliques, et une odeur de paille montait des murs. Tout de suite près de l&rsquo;entrée, une lampe à huile à plusieurs mèches brûlait près d&rsquo;un grabat. Ils y allongèrent Mermel puis s&rsquo;écartèrent.<br />Elle dénoua ceinture et poignard, entreprit d&rsquo;ôter la chemise ensanglantée.<br />Quand le blessé voulut se débattre, elle lui chuchota des mots tout près de sa tempe et lui fit respirer un linge imbibé d&rsquo;une substance inconnue avant d&rsquo;entailler la plaie avec une lame très affûtée. Elle travaillait rapidement, gestes sûrs et efficaces, et même sensuels au point qu&rsquo;ils déclenchaient des frissons chez ceux qui regardaient, hypnotisés par le rythme de ses mains contre les flammes. Une fois extirpé le projectile de la chair, au voisinage du cœur, elle rapprocha les lèvres pour les coudre. Nettoya. Appliqua un cataplasme composé d&rsquo;herbes et de boue. Puis elle lui tint la main un long moment, lui caressa le front sans d&rsquo;autre intention que de le ramener à la vie, au soir qui tombait, aux feuillages qui bruissaient à travers la montagne.<br />&#8211; Voilà, c&rsquo;est très bien. La mort ne pourra plus vous rattraper à présent.<br />C&rsquo;est ce qu&rsquo;elle avait dit dans sa langue.<br />Et Riks avait entendu et il avait compris le mot mort.</p>



<p><em>(à suivre)</em></p>



<p class="has-text-align-right"><em>Photographie Françoise Renaud, pays de Retz, 2014</em></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-10/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>4</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>falaise sans fin (9)</title>
		<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-9/</link>
					<comments>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-9/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 12 Feb 2015 14:56:02 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[falaise sans fin (saison 1)]]></category>
		<category><![CDATA[chasseur]]></category>
		<category><![CDATA[compagnon]]></category>
		<category><![CDATA[corps soudés]]></category>
		<category><![CDATA[fantastique]]></category>
		<category><![CDATA[rivière]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://francoiserenaud.com/terrainfragile/?p=36</guid>

					<description><![CDATA[Le bougre. Il les tenait en joue.Pas question de faire les idiots. Seulement montrer sa bonne volonté, donner l’impression de se soumettre en attendant de savoir de quoi il retournait exactement. Parvenu à leur voisinage, il s’était mis à décrire autour d’eux une sorte de cercle, pas à pas, tout en les dévisageant dans le &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-9/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« falaise sans fin (9) »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p></p>



<p>Le bougre. Il les tenait en joue.<br />Pas question de faire les idiots. Seulement montrer sa bonne volonté, donner l’impression de se soumettre en attendant de savoir de quoi il retournait exactement.</p>



<p>Parvenu à leur voisinage, il s’était mis à décrire autour d’eux une sorte de cercle, pas à pas, tout en les dévisageant dans le détail. En même temps il grimaçait, tordait sa bouche. Pour sûr il se méfiait des étrangers et il n’était pas prêt à s’en laisser conter. Mais tant qu’il les tenait sous la pointe de son arme et qu&rsquo;il les obligeait à baisser le regard, il était tranquille. Il respirait leurs odeurs. Mais on sentait chez lui une certaine dose d’hésitation. Parce qu’il se demandait d’où ces types-là pouvaient bien venir, fagotés comme ça, avec de drôles de couteaux à la ceinture et des outres fabriqués d’une façon qu’il ne connaissait pas.<br />Bientôt il commença à les frapper à l’épaule avec le canon de l’arme et, tout en poussant des grognements, il entreprit de les diriger vers l’homme blessé.<br />Ils obéirent.</p>



<span id="more-36"></span>



<p><br />Dans le mouvement, Riks lâcha quelques mots à l’attention de Clod.<br />Calme, rester calme, il avait dit. Surtout ne rien brusquer.<br />Donc ils se concentraient pour n’accomplir que des gestes souples et mesurés pour ne pas augmenter l’inquiétude du chasseur. Il avait tiré une fois, il pouvait recommencer.</p>



<p>Riks qui avait davantage la connaissance du monde, demeurait dans un état lucide, les épisodes vécus renforçant ses instincts et définissant un comportement adapté aux circonstances. Clod, lui, avait du mal à maîtriser ses nerfs, ne pouvait s&#8217;empêcher de trembler. S&rsquo;il tenait le coup, c&rsquo;est en pensant à Mermel, cultivant cet espoir de le sauver comme une toute petite flamme tenue sous le manteau à l’abri du vent.</p>



<p>Le soleil avait perdu déjà de la hauteur et la falaise étincelait en arrière-plan.<br />Sous la menace, les deux allaient à reculons, buttaient contre les pierres, s&rsquo;abîmaient les jambes dans les buissons d’épineux. C’est tout ce qu’ils avaient à faire, respecter les directives de l’homme à la barbe hirsute et aux yeux exorbités qui tenait le fusil.<br />La scène avait quelque chose d’irréel. De fantastique.<br />Encore plus quand ils entendirent Mermel râler, tout près à présent, si près qu&rsquo;ils heurtèrent son corps pareil à une souche d’arbre déposé sur la terre.<br />L’homme baragouina des ordres en une langue bizarre dans laquelle Riks crut reconnaître quelques sons familiers. En même temps il brandissait l&rsquo;arme, l’orientant successivement vers eux et vers Mermel. Encore une fois ils obéirent, s’agenouillèrent, le prirent sous les aisselles pour le relever.<br />T’en fais pas, mon vieux, on va te sortir de là.<br />Et c’est dans cet équipage qu’ils passèrent l’heure suivante à remonter le cours de la rivière portant leur fardeau sans savoir où ils allaient, sans savoir si la marche s’arrêterait avant le soir, exhortés par les borborygmes du chasseur hirsute, à demi hallucinés, en même temps réconfortés par la chaleur des corps compagnons soudés, animés du même rythme. En vie.</p>



<p><em>(à suivre)</em></p>



<p class="has-text-align-right"><em>Illustration : Landscape, photographie de <a href="http://mangangubona.wix.com/bona" target="_blank" rel="noopener">Bona Mangangu</a></em></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-9/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>4</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>falaise sans fin (8)</title>
		<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-8/</link>
					<comments>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-8/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 12 Feb 2015 14:44:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[falaise sans fin (saison 1)]]></category>
		<category><![CDATA[fantastique]]></category>
		<category><![CDATA[feuilleton]]></category>
		<category><![CDATA[compagnons]]></category>
		<category><![CDATA[falaise]]></category>
		<category><![CDATA[pays rêvé]]></category>
		<category><![CDATA[série]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://francoiserenaud.com/terrainfragile/?p=32</guid>

					<description><![CDATA[On aurait dit que leur souhait avait été exaucé.Enfin quelque chose arrivait, un événement qui venait percuter le cours de leur voyage. Mais ce quelque chose était une menace, un coup de semonce qui avait entraîné l&#8217;évanouissement du corps de Mermel, et bien sûr ils n&#8217;avaient rien souhaité d&#8217;aussi extrême. Sans doute un projectile qui &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-8/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« falaise sans fin (8) »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p></p>



<p>On aurait dit que leur souhait avait été exaucé.<br />Enfin quelque chose arrivait, un événement qui venait percuter le cours de leur voyage. Mais ce quelque chose était une menace, un coup de semonce qui avait entraîné l&rsquo;évanouissement du corps de Mermel, et bien sûr ils n&rsquo;avaient rien souhaité d&rsquo;aussi extrême. Sans doute un projectile qui l&rsquo;avait percuté en pleine poitrine pour qu&rsquo;il s&rsquo;effondre comme ça. D&rsquo;un bloc.<br />Ou alors à la gorge.<br />Une flèche, un boulet, une poignée de grenaille.<br />Et cette agression inattendue — souvent ils avaient repensé à l&rsquo;attaque des oiseaux noirs — les poussait à déguerpir à travers cet espace qui leur avait paru jusque là inhabité, tous les deux debout encore, devenus fous, comme poursuivis par un essaim de guêpes ou un mastodonte en colère, tandis que le troisième n&rsquo;était plus qu&rsquo;une masse abattue sur le sol.<br />Cela se passait à environ 1h de l&rsquo;après-midi. Ordinairement une bonne heure pour forcer le pas.<br />Mais cette fois ce n&rsquo;était pas la lumière qui les exhortait, c&rsquo;était la peur d&rsquo;être tirés comme des lapins par un snipeur.</p>



<p>Pas de bruit.<br />Pas de mouvement sinon de brefs vols d&rsquo;oiseau.<br /></p>



<span id="more-32"></span>



<p>Était-ce une troupe de chasseurs habitués à se déplacer contre le vent ou un seul individu embusqué qui les aurait épiés depuis la cascade ? Impossible de savoir.<br />Le jour — le temps — avançait, se dissolvait dans le ciel immense.</p>



<p>Donc Riks et Clod continuaient de courir droit devant dans l&rsquo;intention de porter secours à leur compagnon, mais aussi de se mettre à l&rsquo;abri le plus vite possible, peut-être là-bas où il y avait des bouquets d&rsquo;arbres. En fait il n&rsquo;y en avait plus beaucoup sur cette berge qui filait au flanc du torrent, du coup ils couraient à l&rsquo;aveugle en direction du corps couché. Et ils ne voyaient rien du paysage dans leur dos et ils n&rsquo;entendaient rien de l&rsquo;eau vivante qui s&rsquo;engouffrait dans la vallée, une vallée dont la nature avait beaucoup changé depuis qu&rsquo;ils avaient perdu de l&rsquo;altitude, torrent devenu rivière de plus en plus large, comme le cours des existences humaines.<br />Large à se perdre dans l&rsquo;océan. Dans le néant.<br />Tout en courant, Riks pensait que leur course n&rsquo;était pas suffisamment rapide pour tromper un fin braconnier. Le plus prudent aurait été de se mettre à l&rsquo;abri pour faire le point sur la situation, ensuite seulement approcher l&rsquo;homme à terre.<br />D&rsquo;ailleurs la fatigue commençait à raidir leurs muscles et depuis quelques instants une nimbe grise embuait leur vue. Tant d&rsquo;efforts répétés avec si peu de sommeil et de nourriture et la valse des inquiétudes, des sentiments contradictoires. N&rsquo;importe quoi pouvait arriver maintenant qu&rsquo;ils étaient loin de ceux qui les avaient vus naître et grandir. Alors à quoi bon courir, se cacher ? Sans doute valait-il mieux d&rsquo;accepter la fin — violente, pourquoi pas ? Une fin comme une autre.<br />Sur cette pensée, Riks stoppa sa course.<br />Clod l&rsquo;imita. Hors d&rsquo;haleine, il n&rsquo;aurait pas pu continuer longtemps. Ses yeux n&rsquo;étaient pas encore guéris et ils pleuraient à cause de l&rsquo;effort physique et du soleil hypnotisant. Ils étaient bien d&rsquo;accord. Inutile de souffrir davantage. Ils verraient bien, n&rsquo;est-ce pas ?<br />Là-bas, Mermel étendu sur le sol pierreux.</p>



<p>Voilà qu&rsquo;ils devinaient son ventre et ses membres soumis à de légers soubresauts.<br />Vivant, Mermel. Encore un peu.<br />Le pays palpitait autour d&rsquo;eux, montagne, lumière, menace fondue dans la pierre. Ils attendaient. Mais rien.</p>



<p>Côte à côte, mains ouvertes et levées haut en signe de soumission, ils pivotèrent lentement sur leurs talons et ils envisagèrent le panorama dans son entier, tentant de découvrir d&rsquo;où avait bien pu venir la première déflagration. Ils étaient prêts à tomber à leur tour, à se battre s&rsquo;il fallait, au mieux à négocier leur survie.<br />Mais rien. Il ne se passait rien.<br />Et ils voyaient clairement où ils en étaient.<br />Ils voyaient l&rsquo;incroyable beauté du cañon qui dessinait une ligne bien tranchée contre le ciel laiteux, les ténèbres à venir encore basculées de l&rsquo;autre côté de l&rsquo;horizon teintant par touches minuscules et phosphorescentes les nuages rosés et aussi le roc dressé depuis les rives devenues plus calmes, nu, sculpté par les vents, hiératique, pareil à un rempart.<br />Soudain, dans ce silence hanté par des cris d&rsquo;oiseau, ils le virent. Le chasseur. Il s&rsquo;en venait dans leur direction titubant, ah le forçat, le vagabond, bouche déformée par une expression mi ahurie mi douloureuse, fusil et havresac en bandoulière, vêtements sales en lambeaux.</p>



<p class="has-text-align-right"><em>Photographie : Sans titre de <strong><a href="http://www-rickglay-com.photodeck.com/" target="_blank" rel="noopener">Rick Glay</a></strong></em></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-8/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>falaise sans fin (7)</title>
		<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-7/</link>
					<comments>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-7/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 12 Feb 2015 14:43:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[falaise sans fin (saison 1)]]></category>
		<category><![CDATA[fantastique]]></category>
		<category><![CDATA[feuilleton]]></category>
		<category><![CDATA[falaise]]></category>
		<category><![CDATA[Nord]]></category>
		<category><![CDATA[pays rêvé]]></category>
		<category><![CDATA[série]]></category>
		<category><![CDATA[voyage]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://francoiserenaud.com/terrainfragile/?p=29</guid>

					<description><![CDATA[Ils s&#8217;étaient accordés trois jours, trois jours pour manger, dormir – pas question de poésie, seulement de récupération –, trois jours au terme desquels ils avaient prévu de se remettre en route, de traverser les forêts pour atteindre les vallées où des hommes avaient dû se regrouper et s&#8217;installer en hameaux, en villages. Enfin, c&#8217;est &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-7/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« falaise sans fin (7) »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p></p>



<p>Ils s&rsquo;étaient accordés trois jours, trois jours pour manger, dormir – pas question de poésie, seulement de récupération –, trois jours au terme desquels ils avaient prévu de se remettre en route, de traverser les forêts pour atteindre les vallées où des hommes avaient dû se regrouper et s&rsquo;installer en hameaux, en villages. Enfin, c&rsquo;est ce qu&rsquo;ils supposaient. Ils rêvaient de la rencontre, proche à présent. Et ils étaient confiants, remplis de cette croyance naïve qui les avait poussés à quitter leur pays hostile pour trouver mieux.</p>



<p>Clod, toujours fragile, lança un dernier regard vers la cabane comme s&rsquo;il en regrettait la protection tandis que les autres déjà s&rsquo;étaient engagés dans les sous-bois pentus, peuplés de brume et de chaos granitiques. Difficile de s&rsquo;y déplacer, le sol était limoneux et glissant, il fallait se cramponner aux arbres, aux lianes, à tout ce qui se trouvait sur le passage pour ne pas déraper.<br />Au fil de la descente, la végétation devenait de plus en plus luxuriante. Souvent des amorces de torrent cavalaient à la faveur de pans rocheux puis se regroupaient à la faveur des replats en petites nappes d&rsquo;eau turbulente avant de repartir dans la pente. L&rsquo;eau était si claire qu&rsquo;on voyait l&rsquo;ondulation floue des herbes accrochées au fond et aux courtes berges. Parfois ils entendaient des bruits de branches. Ils s&rsquo;immobilisaient, craignant – ou désirant – qu&rsquo;il s&rsquo;agisse d&rsquo;un trappeur ou d&rsquo;une troupe de chasseurs. Mais non, rien. Seulement des bouquetins en fuite en train de s&rsquo;abreuver qui s&rsquo;étaient effrayés de leurs foulées. Ou un ours à ses affaires.<br />Bientôt, et sans avertissement, ils débarquèrent sur une plateforme plus dégagée qui bordait un canyon.<br />Et ce fut là un spectacle incroyable.</p>



<span id="more-29"></span>



<p>Quelque chose qui n&rsquo;existait pas dans le Nord,<br />quelque chose qu&rsquo;ils n&rsquo;avaient donc jamais vu.</p>



<p>Il s&rsquo;agissait d&rsquo;une série de cascades d&rsquo;une hauteur vertigineuse qui se ramifiaient en longs bras écumants, explosant fouettant habitant le pan de montagne d&rsquo;un brouillard d&rsquo;argent, et ce brouillard brillait contre la lumière du matin à la façon d&rsquo;un minéral à facettes qu&rsquo;on aurait fait tourner entre les doigts. En haut du plateau, la matière liquide semblait sourdre de la végétation même, du dessous des arbres dont la taille paraissait soudain dérisoire, comparée à l&rsquo;immensité du décor. Parvenue au bord du vide, elle basculait, s&rsquo;éclatait en mille particules qui semblaient contenir chacune toute la fureur et la force de la chute.<br />En bas, sous le bouillonnement, ils pouvaient contempler la masse couleur émeraude qui remplissait le gouffre, animée par des contrecourants verticaux quasi invisibles.</p>



<p>Ils restèrent en silence. Impressionnés. Éblouis.<br />L&rsquo;importance du dénivelé, la masse d&rsquo;eau, sa profondeur, la largeur du plan de chute, le bruit. Oui bien sûr, le bruit, que rien ne semblait en mesure d&rsquo;affaiblir.<br />Pas la peine de parler, il aurait couvert leurs voix.</p>



<p>Riks examina la situation et décida qu&rsquo;ils longeraient le canyon jusqu&rsquo;à trouver un passage pour gagner les terres basses. Il montra la direction avec le bras. Le matin était en son cœur. Ainsi, durant plusieurs heures, ils marchèrent le long du plateau calcaire, accompagnés par le grondement du torrent dans la gorge. Il allait forcément quelque part, ce torrent, il suffisait de le suivre sans s&rsquo;inquiéter. Le suivre simplement, jusqu&rsquo;à rejoindre un confluent, un lac, une mer.<br />Prompt à la manœuvre, Mermel avait pris la tête de la troupe dans l&rsquo;urgence de savoir ce qui les attendait. De loin, il leur faisait des signes pour les encourager. La température s&rsquo;était réchauffée. Et c&rsquo;est vrai qu&rsquo;ayant perdu de l&rsquo;altitude, ils respiraient mieux et leurs muscles fonctionnaient souplement. Le repos leur avait été bénéfique.<br />C&rsquo;est à la faveur d&rsquo;une fracture dans le rocher qu&rsquo;ils purent atteindre les berges du torrent devenu large rivière, enrichie par les pluies printanières. Ces berges s&rsquo;élargissaient en de vastes champs pareils à des alpages. Il y avait des traces de piétinement et des crottes sèches, indices de troupeaux. Mais s&rsquo;ils avaient aussi croisé plusieurs cabanons nichés ci et là à l&rsquo;abri du vent, ils n&rsquo;avaient pas croisé âme qui vive, ni bête ni berger ni chasseur. Et voilà qu&rsquo;une sourde inquiétude avait commencé de les tourmenter, l&rsquo;inquiétude d&rsquo;arriver quelque part, en territoire où des humains vivaient. Ils sentaient les habitations proches, et pourtant rien n&rsquo;arrivait. Ils auraient été prêts à braver une armée de sauvages plutôt que de se confronter à ce désert sans fin.</p>



<p>À ce moment, quelque chose fit explosion.<br />Et ils virent le corps de Mermel s&rsquo;effondrer, déformé par une sorte d&rsquo;ébranlement, mort ou vivant. Ils tournèrent la tête vers l&rsquo;autre berge et se mirent à courir.</p>



<p><em>(à suivre)</em></p>



<p class="has-text-align-right"> </p>



<p class="has-text-align-right"> </p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-7/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>falaise sans fin (6)</title>
		<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-6/</link>
					<comments>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-6/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 12 Feb 2015 14:43:21 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[falaise sans fin (saison 1)]]></category>
		<category><![CDATA[fantastique]]></category>
		<category><![CDATA[feuilleton]]></category>
		<category><![CDATA[falaise]]></category>
		<category><![CDATA[imaginaire]]></category>
		<category><![CDATA[Nord]]></category>
		<category><![CDATA[pays rêvé]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://francoiserenaud.com/terrainfragile/?p=27</guid>

					<description><![CDATA[Comment savoir ce qu&#8217;il y avait dans cet abri qui s&#8217;était trouvé à point nommé sur leur chemin alors qu&#8217;ils erraient, dévalant le versant recouvert de forêt, aveuglés par la lumière vive du couchant, prêts à se précipiter dans la mort, ayant perdu toute réflexion à cause de l&#8217;épuisement, et donc tout moyen de la &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-6/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« falaise sans fin (6) »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p></p>



<p>Comment savoir ce qu&rsquo;il y avait dans cet abri qui s&rsquo;était trouvé à point nommé sur leur chemin alors qu&rsquo;ils erraient, dévalant le versant recouvert de forêt, aveuglés par la lumière vive du couchant, prêts à se précipiter dans la mort, ayant perdu toute réflexion à cause de l&rsquo;épuisement, et donc tout moyen de la reconnaître ?</p>



<p>[Ou plutôt comment puis-je décider, moi, l&rsquo;auteur de cette histoire qui me dépasse et me pousse dans mes retranchements, de ce que mes personnages allaient trouver, enjambant un pan de muret effondré et repoussant le fouillis des branchages pour en atteindre l&rsquo;entrée ? Y avait-il du danger ? Une bête qui avait fait de ce lieu son repaire ? Des brigands embusqués?<br />Je vais leur allouer une chance. Je peux au moins faire ça pour eux car j&rsquo;ai grande conscience des périls vécus durant leur voyage, conscience aussi de leur état physique. Depuis qu&rsquo;ils ont quitté leur pays, ils n&rsquo;ont pas pris le moindre repos, ils ont gravi une falaise réputée infranchissable et ils ont combattu des oiseaux diaboliques – ils en portent les stigmates – sans compter le froid, le vent, la faim, la terreur, le désespoir.<br />S&rsquo;étendre sur un matelas d&rsquo;herbe ou de paille, s&rsquo;oublier dans le trou béant du sommeil, s&rsquo;oublier&#8230;<br />Voilà ce que je suis en mesure de leur accorder, au moins jusqu&rsquo;à ce que le soleil fasse le tour de la terre et les surprenne enfouis dans le vaste giron de l&rsquo;anéantissement.]</p>



<p>Cette cabane, des générations d&rsquo;hommes y avaient trouvé refuge et l&rsquo;avaient retapée au gré des transhumances et des campagnes de chasse. Il y avait de la litière propre pour se coucher, des outres en peau et une source à proximité pour les remplir, il y avait des pierres réunies en foyer et même un tas de bûches prêtes à servir. Les murs étaient imprégnés d&rsquo;odeurs de lichen et de gibier grillé, aussi du suint des êtres qui avaient séjourné là, arrivés on ne sait d&rsquo;où, comme eux, livrés aux violences de leur destin. Et maintenant que le jour était complètement achevé et que le rythme de leurs cœurs s&rsquo;était accéléré à cause de la joie d&rsquo;avoir trouvé un gîte, ils pouvaient lâcher prise, s&rsquo;effondrer – leurs muscles collés aux os aussi pesants que du linge mouillé – et céder au silence des ténèbres.</p>



<p>Au cœur de la nuit, Clod cria.<br />Il rêvait. Il rêvait qu&rsquo;il tombait, qu&rsquo;il se faisait arracher les yeux.<br />Il rêvait qu&rsquo;il mourait.</p>



<span id="more-27"></span>



<p>Personne ne l&rsquo;entendit. Chacun était coulé dans le plomb du sommeil, dans sa solitude, dans le plus dur et le plus essentiel de ce qui composait la vie. Ou plutôt la survie à l&rsquo;orée de la mort.<br />Cent heures à dormir n&rsquo;auraient pas suffi à les régénérer.</p>



<p>Le lendemain ils restèrent aux environs de la cabane. Ils profitèrent de la source pour laver leurs blessures. Riks s&rsquo;occupa de Clod, appliqua un baume sur ses paupières et banda ses mains tandis que Mermel se chargeait de leur futur repas. Bien exercé au maniement de l&rsquo;arc, il attrapa quelques oiseaux, puis cueillit des herbes pour les farcir et ramassa des champignons qui ressemblaient aux chanterelles. Alors ils firent un vaste feu et ils se préparèrent au festin.<br />Pas besoin de vin.<br />La nuit de retour les enveloppa d&rsquo;une brume qui leur parut douce, étrange. Entêtante. La viande les étourdissait et la forêt les protégeait. Ils ne pensaient à rien, pas même au retour.</p>



<p>[Je retarde le moment de les confronter à la réalité de ce nouveau pays dont ils ne connaissent rien. Je veux prendre le temps de les voir réunis autour de ce feu, je veux voir de près leurs visages.]</p>



<p><em>(à suivre)</em></p>



<p class="has-text-align-right"><em>Illustration : Sans titre, de <strong><a href="http://jacki-marechal.com/" target="_blank" rel="noopener">Jacki Maréchal</a></strong>, acrylique sur toile, 30&#215;30</em></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-6/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>falaise sans fin (5)</title>
		<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-5/</link>
					<comments>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-5/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 12 Feb 2015 14:42:34 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[falaise sans fin (saison 1)]]></category>
		<category><![CDATA[fantastique]]></category>
		<category><![CDATA[feuilleton]]></category>
		<category><![CDATA[Caspar David Friedrich]]></category>
		<category><![CDATA[falaise]]></category>
		<category><![CDATA[Nord]]></category>
		<category><![CDATA[série]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://francoiserenaud.com/terrainfragile/?p=17</guid>

					<description><![CDATA[Les derniers mètres leur semblèrent faciles. Ils les franchirent sans s&#8217;en apercevoir. Même s&#8217;ils étaient morts de faim et raidis par une fatigue incommensurable, ils exultaient d&#8217;avoir vaincu la falaise et leurs consciences semblaient avoir évacué d&#8217;un coup le poids des épreuves encourues : les monstres ailés, le vertige, la peur noyant le ventre.Oui, la &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-5/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« falaise sans fin (5) »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<ol class="wp-block-list">
<li></li>
</ol>



<p>Les derniers mètres leur semblèrent faciles. Ils les franchirent sans s&rsquo;en apercevoir. Même s&rsquo;ils étaient morts de faim et raidis par une fatigue incommensurable, ils exultaient d&rsquo;avoir vaincu la falaise et leurs consciences semblaient avoir évacué d&rsquo;un coup le poids des épreuves encourues : les monstres ailés, le vertige, la peur noyant le ventre.<br />Oui, la peur – sûrement leur pire ennemi.</p>



<p>Riks atteignit le premier le sommet, une sorte une vire composée de grandes dalles érodées par le gel intense, suffisamment spacieuse pour les accueillir. Il arrima sa corde solidement et aida ses compagnons à se hisser près de lui.<br />Tous les trois mouraient d&rsquo;impatience, ils voulaient voir ce qui se tramait de l&rsquo;autre côté, ils voulaient savoir à quoi ressemblait l&rsquo;autre pays. Mais la lumière mordorée du couchant commençait à envahir la vallée et estompait la plupart des détails. Debout dans le vent glacé, ils n&rsquo;envisageaient qu&rsquo;une immense plaine qui s&rsquo;enfuyait à perte de vue sous un ciel orné de nuages gris violet et rouge orangé, et d&rsquo;ailleurs leurs yeux bleu pâle – une espèce d&rsquo;innocence récemment révélée – étaient enflés, comme brûlés en dedans, ils ne pouvaient donc récolter qu&rsquo;une impression diffuse des éléments du paysage.<br />Une chose est sûre, ils prirent conscience de l&rsquo;espace qui s&rsquo;ouvrait devant eux, ils virent la raideur de la pente, ils ne pensaient ni à la prière ni à la mort, ils ne pensaient qu&rsquo;à glisser au-delà de cette ligne de crêtes pour quitter le vent, la froidure et les reflets de neige, atteindre – comment dire ? –, atteindre le paradis.<br />Tout retour en arrière était désormais impossible.</p>



<p></p>



<span id="more-17"></span>



<p>Riks indiqua qu&rsquo;ils ne devaient pas traîner. D&rsquo;une part à cause de la nuit proche, d&rsquo;autre part à cause du froid qui les paralyserait s&rsquo;ils s&rsquo;arrêtaient trop longtemps de bouger.<br />&#8211; On tient le bon bout. Ne vous en faîtes pas, on va s&rsquo;en sortir. Allez, on ne lâche rien.<br />&#8211; Oui, répondit Mermel, on fait du mieux qu&rsquo;on peut.<br />Riks désigna la sente pierreuse qui se faufilait entre les crocs de la montagne pour s&rsquo;engager sur l&rsquo;autre versant. Sûrement par là qu&rsquo;il fallait prendre. Mais auparavant, il se pencha vers le sol, composa un édifice avec les pierres qui se trouvaient là, sortit son couteau et grava sur l&rsquo;une d&rsquo;elles deux prénoms : Päl et Ernst. Dessous il coinça une lanière arrachée à sa chemise de façon à la laisser en prise au vent.<br />Les gens de sa tribu pensaient que le vent était capable de diriger l&rsquo;âme des défunts vers le monde véritable afin qu&rsquo;elle y trouve sa juste place.<br />Un instant ils regardèrent le fragile bout de tissu remuer à la façon d&rsquo;un ruban. Puis ils lui tournèrent le dos brusquement.<br />Un nouveau monde les attendait.</p>



<p>Le flanc sud était doux, souple et ventru – l&rsquo;exact opposé du flanc nord. La lumière féérique contribuait sans doute à cette impression.<br />Mermel se lança à corps perdu dans les longues pentes d&rsquo;éboulis tandis que Riks se chargeait d&rsquo;attendre Clod, désorienté, parfois gémissant, qui semblait beaucoup souffrir. Il s&rsquo;efforçait de le diriger, le stimulait avec la voix, en bref l&rsquo;accompagnait au mieux.<br />Bientôt le terrain se stabilisa. Il présentait une végétation rase, pelouse, mousses et plantes rampantes minuscules, ce qui facilita leur progression. Dans le moment où le soleil bascula derrière l&rsquo;horizon dans son berceau flamboyant, ils atteignaient les premiers couverts forestiers.<br />S&rsquo;ils n&rsquo;étaient pas capables d&rsquo;identifier la nature des arbres qui le composaient, ils savaient qu&rsquo;ils y dénicheraient un abri pour la nuit. Bien sûr, il leur faudrait rester vigilants à cause des dangers, en particulier à cause des bêtes sauvages, mais ils auraient bien moins froid qu&rsquo;au cours de ces dernières nuits, suspendus à la falaise sans fin.</p>



<p>Maintenant ils avançaient de front dans le taillis tels des somnambules.</p>



<p>La lumière avait considérablement baissé quand ils virent au loin un mur en pierre tapi contre un rideau d&rsquo;arbres courts et touffus. Une cabane.<br />Oui, sûrement une cabane.<br />De celles qu&rsquo;utilisent les chasseurs ou les bergers, rustique, tressage de branches en guise de toiture. C&rsquo;était une chose inespérée après de si longues journées d&rsquo;effort, ce havre, ce gîte, ce lieu propice au repos alors qu&rsquo;ils se demandaient à chaque seconde comment s&rsquo;orienter à travers ces espaces sauvages pour gagner les terres basses avec l&rsquo;obscurcissement inéluctable, la faim, l&rsquo;inquiétude, l&rsquo;immense fatigue prête à leur rompre les os. C&rsquo;était tout simplement magnifique.<br />Et ils se laissèrent porter vers cet espoir, cabane toute pareille à un îlot, à un canot égaré au milieu des eaux sombres.</p>



<p><strong><br /></strong><em>(à suivre)</em></p>



<p class="has-text-align-right"><em>Illustration : Abend (détail), Caspar David Friedrich, 1824</em></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-5/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>falaise sans fin (4)</title>
		<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-4/</link>
					<comments>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-4/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 12 Feb 2015 14:18:58 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[falaise sans fin (saison 1)]]></category>
		<category><![CDATA[fantastique]]></category>
		<category><![CDATA[feuilleton]]></category>
		<category><![CDATA[combat]]></category>
		<category><![CDATA[falaise]]></category>
		<category><![CDATA[oiseaux]]></category>
		<category><![CDATA[pays rêvé]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://francoiserenaud.com/terrainfragile/?p=24</guid>

					<description><![CDATA[Les oiseaux disparurent comme ils étaient venus. Sans aucune raison apparente. Ils se dispersèrent d&#8217;un coup dans la vallée, du côté des forêts, laissant les grimpeurs frappés par le retour impressionnant du silence. La peur avait creusé un trou en eux. La peur de tomber à cause des attaques des créatures, la peur de tout &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-4/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« falaise sans fin (4) »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p></p>



<p>Les oiseaux disparurent comme ils étaient venus. Sans aucune raison apparente. Ils se dispersèrent d&rsquo;un coup dans la vallée, du côté des forêts, laissant les grimpeurs frappés par le retour impressionnant du silence. La peur avait creusé un trou en eux. La peur de tomber à cause des attaques des créatures, la peur de tout perdre. Et maintenant que le danger était écarté, il leur semblait que ce trou rendait leurs sensations plus fortes, et aussi plus subtiles — sensations du monde du dehors et du monde du dedans. Il leur fallut un certain temps pour sortir de l&rsquo;hébétude.<br />Enfin, ils osèrent relever la tête.<br />Lentement. Très lentement. Comme s&rsquo;ils émergeaient d&rsquo;un rêve torturé.</p>



<p>Lentement ils firent le point sur leurs blessures. Ils avaient les oreilles déchiquetées, les mains et le cou ensanglantés, et le froid les avait pénétrés à cause de l&rsquo;immobilité. Il y avait aussi une sorte de bourdonnement qui tournait dans leurs crânes, une sorte d&rsquo;ivresse – peut-être le mal des cimes – qui venait affûter la fatigue et la faim, exalter la magie du silence.<br />« Eh vous deux, est-ce que ça va ? »<br />Enfin, Riks avait parlé. Il avait la voix rauque.<br />« Vos yeux, ça va ? »<br />« Oui. Je crois que oui. Mais faudrait continuer, le temps compte. »<br />C&rsquo;était Mermel qui avait répondu. Peut-être qu&rsquo;il avait crié, incapable de maîtriser les sons qui sortaient de sa gorge.</p>



<span id="more-24"></span>



<p><br />On sait qu&rsquo;il avait été le plus enragé dans le combat et les volatiles lui avaient infligé de profondes entailles aux avant-bras, au front et aux joues, mais il semblait s&rsquo;en moquer. Avoir survécu à l&rsquo;épreuve l&rsquo;avait rempli d&rsquo;une énergie nouvelle. Il était remonté à bloc. Dans l&rsquo;instant suivant, il s&rsquo;inquiéta pour leur compagnon à quelques coudées au-dessous d&rsquo;eux.<br />« Clod, répond-nous s&rsquo;il-te-plaît. Tu tiens bon ? Tes mains ?&#8230; »<br />Clod était toujours prostré contre la paroi.<br />Pourtant il sembla réagir, appuya les pieds contre le rocher pour pivoter, ébaucha un geste. Apparemment il était vivant.<br />Quand il bascula la tête vers le haut, ils virent ses orbites remplies de sang. Et c&rsquo;était une vision horrible.<br />Ses paupières avaient été entaillées par de violents coups de griffe, ce qui l&rsquo;handicapait et le faisait souffrir, mais il affirma qu&rsquo;il pouvait supporter la douleur et qu&rsquo;il pouvait voir. Oui, en gros, ça allait. Ils allaient pouvoir continuer leur voyage.</p>



<p>Ainsi Riks, Mermel et Clod étaient encore de la partie, encordés, intimement reliés par la corde de chanvre. Et, comme fortifié par le manque d&rsquo;oxygène, l&rsquo;espoir avait réapparu, même si les becs et les griffes des prédateurs avaient agi sur leurs chairs tels des couteaux. Désormais un souffle plus grand circulait dans leurs poitrines et les poussait au ventre. L&rsquo;espace immense les appelait, les happait, les englobait tous les trois, à la fois dans l&rsquo;effort et dans la croyance à un monde meilleur.<br />En fait, ils avaient lâché prise avec le monde d&rsquo;en bas, avec la famille, avec leurs frères disparus dans le vide. Leurs peaux et leurs muscles s&rsquo;étaient durcis. Ils avaient presque oublié depuis combien de temps ils grimpaient, d&rsquo;où ils venaient, de quoi ils étaient faits. L&rsquo;expérience récente les avait transformés.<br />Ils étaient prêts à franchir la frontière.</p>



<p>Ils approchaient de la ligne des crêtes, ils avaient l&rsquo;impression de pouvoir la toucher de la main. Quelques heures encore, après ce serait la nuit.</p>



<p><em>(à suivre)</em></p>



<p class="has-text-align-right"><em>Illustration : Val d&rsquo;Aoste (fragment), de <a href="http://commons.wikimedia.org/wiki/J._M._W._Turner" target="_blank" rel="noopener">William Turner </a>(1775-1851)</em></p>



<p>&nbsp;</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-4/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>falaise sans fin (3)</title>
		<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-3/</link>
					<comments>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-3/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 12 Feb 2015 14:18:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[falaise sans fin (saison 1)]]></category>
		<category><![CDATA[fantastique]]></category>
		<category><![CDATA[feuilleton]]></category>
		<category><![CDATA[falaise]]></category>
		<category><![CDATA[Nord]]></category>
		<category><![CDATA[pays rêvé]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://francoiserenaud.com/terrainfragile/?p=15</guid>

					<description><![CDATA[&#160; Au-delà des montagnes, s&#8217;étendait un autre pays, un pays bien plus clément que celui où ils étaient nés, de cela ils étaient persuadés — voilà d&#8217;ailleurs ce qui les conduisait. Un pays différent aux conditions de vie meilleures avec des rivières qui fertilisaient les jardins, des arbres qui produisaient des fruits en quantité. Nul &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-3/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« falaise sans fin (3) »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>&nbsp;</p>



<p>Au-delà des montagnes, s&rsquo;étendait un autre pays, un pays bien plus clément que celui où ils étaient nés, de cela ils étaient persuadés — voilà d&rsquo;ailleurs ce qui les conduisait. Un pays différent aux conditions de vie meilleures avec des rivières qui fertilisaient les jardins, des arbres qui produisaient des fruits en quantité. Nul n&rsquo;y mourait de faim et les enfants jouaient à autre chose qu&rsquo;à la guerre. Peut-être qu&rsquo;en arrière-plan, il y avait chez ces hommes-là qui s&rsquo;affrontaient à la falaise l&rsquo;envie de compter parmi les membres importants de leur communauté, de s&rsquo;inscrire dans l&rsquo;histoire. Oui, ça aussi ça comptait, ça les poussait à se dépasser. Avaient-ils vraiment d&rsquo;autre choix alors qu&rsquo;ils se trouvaient accrochés tels des pantins dans l&rsquo;immensité minérale, à mi-chemin entre terre et ciel, que de repousser leurs limites, d&rsquo;aller au bout d&rsquo;eux-mêmes.</p>



<p>Près de dix jours qu&rsquo;ils étaient partis.<br />Ils se souvenaient seulement du nombre de nuits passées dans les niches de rocher. Et un nouveau matin était en train de se lever, le temps splendide, le ciel céruléen.<br />Pour la première fois ils apercevaient les sommets et ils se demandaient où diable ils allaient bien pouvoir se faufiler dans cette ligne de crêtes acérées, dressées contre l&rsquo;espace tel un rempart infranchissable.<br />Toujours se concentrer sur la grimpe.<br />Se laisser guider par les failles, les fissures, les lignages du rocher. Ils verraient bien ce qui se passerait.</p>



<span id="more-15"></span>



<p>On devine qu&rsquo;au cours des dernières heures ils avaient peu mangé peu dormi, cependant leurs mouvements demeuraient efficaces. Clod tout de même peinait à suivre le rythme imposé par le chef de cordée. Plus que le reste, il redoutait la glace dans les fissures qui cuisait ses blessures. Il avait déchiré un pan de son vêtement, en avait confectionné des bandages pour protéger ses doigts, ce qui avait amélioré la situation. Du moins au début. Mais maintenant que la douleur reprenait, il devait se concentrer sur ses prises, ne pas faire d&rsquo;erreurs. Il ne fallait pas retarder les autres suspendus au-dessus de lui. Il faisait de son mieux.<br />Parfois Riks ou Mermel lançait à travers l&rsquo;abîme : « Ça suit derrière ? Est-ce que ça va ? » Ou encore : « Bon sang, ça dérape ! Attention, attention. »<br />Et les mots rebondissaient et les sons se répercutaient en échos infinis.<br />À droite et à gauche, de grands pans gelés miroitaient.</p>



<p>Une chose est sûre, ils ne s&rsquo;attendaient pas à l&rsquo;épreuve qui était sur le point de survenir. Car, s&rsquo;ils s&rsquo;étaient préparés à affronter des bêtes féroces, ours ou loups, ils n&rsquo;en avaient pas croisés jusque là, ni d&rsquo;une espèce ni de l&rsquo;autre. Et ce ne serait pas de la forêt que le danger viendrait, mais du ciel.<br />En effet, sans que rien ne le laissât supposer, tout un peuple noir s&rsquo;abattit sur eux comme une averse de grêle alors que le soleil atteignait le zénith.</p>



<p>Il s&rsquo;agissait d&rsquo;étranges volatiles entre aigle et corbeau, impressionnants en taille, becs agressifs au point de couper gravement la peau rien qu&rsquo;en l&rsquo;effleurant. Jamais ils n&rsquo;avaient connu de tels monstres. Sans doute le beau temps qui les avait rassemblés en altitude, et aussi l&rsquo;odeur de la sueur humaine. Leur odeur. Ça les avait attirés, excités. Et les oiseaux étaient arrivés d&rsquo;un coup, avaient crié autour d&rsquo;eux, les avaient heurtés violemment de leurs ailes, voraces et cruels.<br />« C&rsquo;est à vos yeux qu&rsquo;ils en veulent ! Protégez-les ! Protégez-les ! »<br />Riks avait hurlé à l&rsquo;intention de ses compagnons.<br />Il se souvenait que son père avait évoqué un jour ces créatures, il se souvenait qu&rsquo;elles étaient friandes de ces matières vitrées qui remplissent les cavités du crâne des humains. Oui, c&rsquo;était les yeux qu&rsquo;elles cherchaient en priorité. Et les bêtes tournaient autour de leurs têtes pour les faire chuter, tentaient de les piquer au visage en rasant la montagne.</p>



<p>Si Riks était le plus réfléchi et le plus expérimenté des trois, Mermel était le plus puissant en muscles. Il attrapait ci et là une aile ou une patte et fracassait le corps des bêtes contre la paroi avant de les faire voltiger dans le vide. En dépit de quoi, d&rsquo;autres oiseaux revenaient à l&rsquo;attaque, plus méchants encore.<br />Il fallait tenir.<br />Clod s&rsquo;était tourné au plus près de la paroi, front et ventre en appui, bras soulevés à hauteur des épaules pour protéger ses joues.</p>



<p>[On n&rsquo;est pas loin de penser que lui, Clod, le plus faible des trois, va bientôt lâcher prise et chuter à son tour dans l&rsquo;abîme. Le récit semble y conduire tout droit. Cependant je ne peux m&rsquo;y résoudre.<br />Ces garçons-là sont déjà si perdus. Ils ont quitté les êtres qui leur sont chers, filles au regard doux, enfants ou parents. Ils n&rsquo;ont pas grand chose en bagage. Ils n&rsquo;ont qu&rsquo;un seul but : trouver le pays rêvé, l&rsquo;Eldorado, le pays de Cocagne — ô démente entreprise. Parce qu&rsquo;ils croient que l&rsquo;herbe y est plus verte, la chair des pommes plus sucrée. Pourtant la vie qui pulse est la même d&rsquo;un côté ou de l&rsquo;autre.<br />La vie dans leur corps.<br />La vie dans le corps féroce des oiseaux, dans le corps des arbres qui portent les fruits.<br />La vie dans leurs cerveaux, espérances et pensées proches des bruits de torrent. Ils se battent pour assurer meilleure vie aux leurs. En vérité, c&rsquo;est à eux-mêmes qu&rsquo;ils s&rsquo;affrontent, leur chemin à jamais imprimé dans la paroi comme dans un livre de pierre.<br />S&rsquo;ils n&rsquo;étaient que deux à rester, leurs chances de réussir s&rsquo;amenuiseraient. Une chose que décidément je ne peux supporter&#8230;]</p>



<p><em>(à suivre)</em></p>



<p class="has-text-align-right"><em>Illustration : Odlot żurawi, toile de Józef Marian Chelmónski,1871</em></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-3/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>falaise sans fin (2)</title>
		<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-2/</link>
					<comments>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-2/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 12 Feb 2015 14:17:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[falaise sans fin (saison 1)]]></category>
		<category><![CDATA[fantastique]]></category>
		<category><![CDATA[feuilleton]]></category>
		<category><![CDATA[Caspar David Friedrich]]></category>
		<category><![CDATA[falaise]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://francoiserenaud.com/terrainfragile/?p=11</guid>

					<description><![CDATA[Ils n&#8217;étaient plus que trois désormais.Comme ils avaient largement progressé en altitude, leur souffle se faisait plus court et leurs muscles avaient tendance à se tétaniser à cause de l&#8217;effort continu qu&#8217;ils produisaient pour se hisser. Leur mental, sérieusement entamé par la disparition de Päl et de Ernst, était chauffé à blanc. Il y avait &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-2/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« falaise sans fin (2) »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>Ils n&rsquo;étaient plus que trois désormais.<br />Comme ils avaient largement progressé en altitude, leur souffle se faisait plus court et leurs muscles avaient tendance à se tétaniser à cause de l&rsquo;effort continu qu&rsquo;ils produisaient pour se hisser. Leur mental, sérieusement entamé par la disparition de Päl et de Ernst, était chauffé à blanc. Il y avait aussi que le jour passait.<br />Riks, chef de troupe, estima que la lumière serait vite insuffisante et qu&rsquo;il n&rsquo;était donc pas raisonnable de continuer. Il proposa de se réfugier dans cette niche rocheuse en surplomb qu&rsquo;ils venaient d&rsquo;atteindre à la façon de certains oiseaux, accroupis, bien serrés les uns contre les autres pour résister à la baisse de la température, toujours brutale après le coucher du soleil. Il leur fallait reprendre quelques forces.</p>



<p>En silence ils mâchèrent un peu de viande séchée, avalèrent le reste de sirop de bouleau contenu dans ces outres en peau de chèvre qu&rsquo;ils portaient accrochées à leurs ceintures. Puis ils regardèrent les masses de brouillard qui remuaient à leurs pieds. Elles se teintaient de cendre jusqu&rsquo;à se confondre aux ténèbres qui semblaient venir de très loin. De là-bas, par-dessus la forêt sans limites. Ils pensaient aux familles dans l&rsquo;attente&nbsp;— dans l&rsquo;inquiétude forcément. Et ils pensaient à la falaise qui leur avait volé deux de leurs frères.<br />Le&nbsp; cri de l&rsquo;un et de l&rsquo;autre — les deux étaient de même nature — avait déjà empreint la couleur de leurs rêves.<br />Bientôt la nuit fut totale.</p>



<span id="more-11"></span>



<p><br />Ils s&rsquo;assoupirent à tour de rôle — enfin, si on peut dire. Ils sombraient plutôt, assassinés de fatigue,&nbsp; puis revenaient à eux brusquement, se souvenaient de tout ce qui était arrivé. Alors ils n&rsquo;avaient plus guère que la chaleur et la respiration des autres, accroupis là tout contre, entre terre et ciel, pour se reconnaître vivant. Ils étaient proches à la fois du commencement et de la fin des choses, entre l&rsquo;avant et l&rsquo;après. Suspendus.</p>



<p>La première lueur du jour fut longue à venir. Un peu comme s&rsquo;ils avaient souffert d&rsquo;une intense douleur physique que seule la lumière pouvait soulager, ou encore les bruits liés aux gestes simples du quotidien. Le froid avait bloqué leurs articulations et, ne pouvant exécuter que de courts mouvements pour se réchauffer à cause de l&rsquo;exigüité du surplomb, ils se demandaient comment ils allaient récupérer suffisamment de souplesse pour reprendre l&rsquo;ascension. Intuitivement chacun semblait comprendre que la souplesse du corps allait de pair avec le désir de poursuivre mais, ce matin-là, la fatigue étreignait leurs membres comme jamais ils ne l&rsquo;avaient éprouvé au cours de leur vie d&rsquo;homme. Une sorte de peur – la même qui s&rsquo;était annoncée quand Päl s&rsquo;était fracassé le premier dans l&rsquo;abîme –, étrange et glaciale pareille à une sueur, commençait à couler dans leurs yeux. Et ils n&rsquo;osaient pas se regarder les uns les autres pour ne pas entamer le restant de courage.</p>



<p>Et puis le soleil se leva dans la splendeur.<br />Ne plus penser à rien. Se lancer à l&rsquo;assaut du rocher, continuer.</p>



<p>Riks ouvrit ses paumes et réclama de serrer celles de ses compagnons qui répondirent à son geste. Leurs doigts se soudèrent deux ou trois secondes comme un nœud d&rsquo;arbre. Possible qu&rsquo;ils fermèrent les yeux et qu&rsquo;ils murmurèrent une courte prière. Enfin, Riks se redressa, noua la corde autour de sa taille, se lança en même temps que son ombre. Mermel suivit le mouvement. Quant à Clod, il avait le visage fermé contrairement à son habitude. Ses doigts écorchés par les tressages de chanvre s&rsquo;étaient fissurés et ça lui faisait un mal de chien. Il n&rsquo;en toucha pas mot, serra les dents tout en fixant le haut de la paroi éclairée par l&rsquo;astre éblouissant. On pouvait voir d&rsquo;innombrables paillettes de mica blanc qui brûlaient dans la roche, comme autant d&rsquo;expressions du feu intérieur de la terre.</p>



<p><i>(à suivre)</i></p>



<p class="has-text-align-right"><i>I</i><em>llustration : Brume du matin (Morgennebel im Gebirg) de Caspar David Friedrich, 1808</em></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-2/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>2</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>falaise sans fin (1)</title>
		<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-1/</link>
					<comments>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-1/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 12 Feb 2015 13:25:35 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[falaise sans fin (saison 1)]]></category>
		<category><![CDATA[fantastique]]></category>
		<category><![CDATA[feuilleton]]></category>
		<category><![CDATA[pays rêvé]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://francoiserenaud.com/terrainfragile/?p=4</guid>

					<description><![CDATA[Certains avaient eu l’intuition d’un passage à travers les montagnes, d’un col, d’un chemin de fortune qui pouvait les conduire de l’autre côté vers un pays plus facile et ils avaient décidé de se mettre en route. Les Anciens disaient que c’était inutile, que d’autres déjà avaient cherché cette voie et n’en étaient jamais revenus. &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-1/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« falaise sans fin (1) »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p></p>



<p>Certains avaient eu l’intuition d’un passage à travers les montagnes, d’un col, d’un chemin de fortune qui pouvait les conduire de l’autre côté vers un pays plus facile et ils avaient décidé de se mettre en route. Les Anciens disaient que c’était inutile, que d’autres déjà avaient cherché cette voie et n’en étaient jamais revenus. Deux corps avaient été retrouvés au pied de cette falaise qui délimitait les territoires, dépecés par des mâchoires d’ours. Fallait-il qu’eux aussi s’aventurent en terrain hostile et s’offrent à des batailles sans issue, tout ça pour satisfaire leur soif de rêve ? Non, décidément ils ne souhaitaient pas les voir partir, le clan y perdrait sa jeunesse. Mais ceux qui avaient l’intuition d’un passage avaient un feu qui brûlait dans leur poitrine et ce feu s’appelait l’espoir. L’espoir d’une terre meilleure, d’une terre douce et riante. Depuis qu’ils étaient nés, ils avaient vu combien tous autour d’eux souffraient du froid et de gerçures infectées, combien il était pénible de ramasser les écorces et les tubercules en suffisance, combien les nourrissons mouraient. Le gibier était rare, décimé par des maladies étranges. Une sorte de malédiction qui durait depuis on en savait quand. Décidément, rien ne pouvait les détourner de leur projet, pas même l’avis des Anciens.</p>



<p>Ils étaient cinq.<br />Les femmes du clan leur avaient cousu des sacs faciles à porter à l’épaule et le forgeron leur avait fabriqué des pitons à planter dans les fentes. Ils avaient aussi préparé des cordages en chanvre, affûté leurs flèches et aiguisé leurs lames de couteau. Ils étaient prêts à tout affronter, même le diable.</p>



<p></p>



<span id="more-4"></span>



<p>Les trois premiers jours, ils avaient marché d’une traite à travers la forêt dense et froide pour atteindre le pied du mur infranchissable. Là, ils s’étaient accordés une halte, avaient choisi l’endroit pour installer le campement d’où ils pourraient explorer les failles, s’exercer à l’escalade, choisir les meilleures voies de grimpe.<br />Et c’est vrai que ce mur était incroyablement haut et abrupt. Ils n’en avaient jamais vu de pareil, sauf Riks qui une fois, lors d’une campagne de chasse avec son père, avait vu de loin la montagne. Son père lui avait dit qu’en toute saison la brume s’accumulait contre les parois et empêchait d’en distinguer le sommet. Et c’était vrai, ce mur semblait ne jamais finir. Donc ils avaient planté des pitons pour estimer le comportement de la roche – par chance elle ne semblait résister – et ils avaient planté mille fois leurs ongles dans les fissures pour se hisser et exercer à plein leurs muscles. Ils s’en sortaient plutôt bien. Le soir ils discutaient autour du feu, se chamaillaient comme le font les hommes jeunes avant de sombrer dans un sommeil profond tandis que l’un d’eux veillait sur le campement à cause des bêtes sauvages.</p>



<p>Quand ils eurent le sentiment de s’être acclimatés suffisamment à la paroi, à sa structure, à ses difficultés, ils tinrent conseil à la façon des Anciens et Riks prit la parole. « Vous devez vous concentrer sur vos appuis, maîtriser votre souffle. Ne vous laissez jamais distraire. Notre réussite en dépend. »<br />Le lendemain ils réunirent leurs affaires et attaquèrent le mur une fois le jour levé. Aucun ne parlait.<br />Ils gravirent sans encombre le premier pan et atteignirent une sorte de vire couverte d’herbe rase qui dominait la forêt. Un court instant la brume sembla s’effilocher, comme pour leur permettre d’éprouver la saveur du vertige à dominer comme ça la falaise. Puis ils tournèrent le dos au pays qu’ils connaissaient et s’enfilèrent dans une large faille. Une heure durant, tout se passa bien. Et puis il y eut un frisson. Un rapace, aigle ou milan noir, délogé de son aire défroissa ses ailes pour s’envoler au-dessus du vide et dans le mouvement déséquilibra Päl alors qu’il changeait de prise.<br />Un cri immense remplit l’espace.<br />Le corps de Päl chuta comme un sac de plomb.</p>



<p>Ses compagnons se figèrent. Pour la première fois la peur pénétra leur ventre.<br />Riks fut le premier à réagir : « Il faut continuer. Reprenez-vous. Il le faut. » Mais Ernst restait obsédé par le cri et le bruit du corps qui avait rebondi plusieurs fois avant de s’immobiliser, désarticulé, tout en bas. Il ne parvenait plus à se hisser. Ses jambes tremblaient et il prit beaucoup de retard sur les autres À un moment donné, il se retrouva seul. Incapable de reprendre le contrôle de ses nerfs, il s’immobilisa contre la paroi, vide de forces et de pensées. Et c’est là que ses doigts lâchèrent prise. Son cri atteignit ses compagnons alors qu’ils se hissaient sur un surplomb qui leur semblait être le dernier. En tout cas la paroi vertigineuse scintillait au-dessus de leurs têtes et il leur sembla distinguer les arêtes du sommet.</p>



<p>Autour d’eux, le silence vibrait telle une lumière blanche.<br />Soudain ils sentirent le froid et la faim.</p>



<p><em>(à suivre)</em></p>



<p class="has-text-align-right"><em>L&rsquo;immuable et l&rsquo;éphémère #21 &#8211; 170 x 122, acrylique sur panneau bois</em><br /><em> de <strong><a href="http://www.felipcostes.com/testfelip/accueil.html" target="_blank" rel="noopener">Felip Costes</a></strong></em></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-1/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>1</slash:comments>
		
		
			</item>
	</channel>
</rss>
