{"id":7767,"date":"2026-08-15T09:47:36","date_gmt":"2026-08-15T07:47:36","guid":{"rendered":"https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/?p=7767"},"modified":"2026-08-16T14:56:34","modified_gmt":"2026-08-16T12:56:34","slug":"alors-je-naurais-pas-pense-que-je-mourais","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/alors-je-naurais-pas-pense-que-je-mourais\/","title":{"rendered":"#VOYAGE FRAGMENTS #2 | alors je n&rsquo;aurais pas pens\u00e9 que je mourais"},"content":{"rendered":"\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" style=\"font-size:clamp(14.642px, 0.915rem + ((1vw - 3.2px) * 0.651), 22px);\">J&rsquo;aimerais m&rsquo;en retourner \u00e0 mes quatorze quinze ans pour \u00e9prouver \u00e0 nouveau cette soif de libert\u00e9 qui avait commenc\u00e9 \u00e0 m&rsquo;habiter. Peu \u00e0 peu une clart\u00e9 piquante m&rsquo;avait p\u00e9n\u00e9tr\u00e9e, presque m&#8217;emp\u00eachait de respirer. Il m&rsquo;en fallait peu pour courir dans le r\u00eave. Une simple vignette \u00e0 coller dans un album, un r\u00e9cit de Kipling, une image de jungle ou la mer en furie, tout me transportait et me poussait au dehors. J&rsquo;avais soif de monde. Je le soup\u00e7onnais immense et merveilleux, n&rsquo;avais qu&rsquo;une h\u00e2te, quitter l&rsquo;enfance et la maison du p\u00e8re.<br \/>Aucune peur, rien que soif,<br \/>soif de d\u00e9part,<br \/>soif intense.<br \/>Bien s\u00fbr je n&rsquo;avais rien imagin\u00e9 ni organis\u00e9 de ce qui allait suivre &#8212; raison pour laquelle j&rsquo;aimerais m&rsquo;en retourner \u00e0 cet \u00e2ge et porter attention \u00e0 chaque phase du d\u00e9veloppement de ce d\u00e9sir qui m&rsquo;enflammait comme un incendie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" style=\"font-size:clamp(14.642px, 0.915rem + ((1vw - 3.2px) * 0.651), 22px);\">Mes premiers \u00ab\u00a0grands voyages\u00a0\u00bb vers le Mexique ensuite vers l&rsquo;Asie m&rsquo;avaient envo\u00fbt\u00e9e. L&rsquo;\u00e9poque facilitait la d\u00e9couverte. Il fallait peu d&rsquo;argent et j&rsquo;avais le don de me d\u00e9brouiller avec pas grand-chose. Un ticket open en charter, quelques traveller\u2019s ch\u00e8ques, peu de bagage. Juste une paire de v\u00eatements de rechange, un bon livre \u00e0 lire et relire, un carnet pour dessiner, une carte de g\u00e9ographie. <br \/>Et la route devant moi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" style=\"font-size:clamp(14.642px, 0.915rem + ((1vw - 3.2px) * 0.651), 22px);\">Personne ne m&rsquo;attendait.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" style=\"font-size:clamp(14.642px, 0.915rem + ((1vw - 3.2px) * 0.651), 22px);\">Je me souviens de la puissance ressentie au cours de ces mois de vadrouille en solitaire, plus de barri\u00e8res, le ciel large ouvrait ses ailes pour y inscrire le sillage de mon corps et de ma pens\u00e9e, peu importait le pays, c&rsquo;\u00e9tait son \u00e9loignement et son exotisme qui me bouleversaient, son \u00e9tranget\u00e9, sa rumeur qui s&rsquo;\u00e9panchait \u00e0 mon oreille comme une musique jamais entendue. Les contraintes ordinaires s&rsquo;\u00e9taient dissoutes. Une part de m\u00e9lancolie aussi. Je vivais le jour, la nuit. Je vivais \u00e0 pleines mains, \u00e0 pleine gorge. Tout \u00e7a me communiquait une grande force et un plaisir violent &#8212; \u00e7a avait dur\u00e9 presque deux d\u00e9cennies.<br \/>Alors j&rsquo;aurais pu mourir tr\u00e8s facilement. De n&rsquo;importe quoi : virus, infection li\u00e9e \u00e0 des piqures d&rsquo;insecte, maladie v\u00e9n\u00e9rienne, attaque de chiens, noyade par imprudence, chute dans un canyon, empoisonnement, overdose.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" style=\"font-size:clamp(14.642px, 0.915rem + ((1vw - 3.2px) * 0.651), 22px);\">J&rsquo;aurais pu mourir, alors je n&rsquo;aurais pas pens\u00e9 que je mourais,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" style=\"font-size:clamp(14.642px, 0.915rem + ((1vw - 3.2px) * 0.651), 22px);\">\u00e7a se serait pass\u00e9 dans la jeunesse et dans le prolongement naturel des choses cruelles, un jour au c\u0153ur de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 j&rsquo;aurais entendu le cr\u00e9pitement d&rsquo;un brasier, la vie m&rsquo;aurait paru br\u00e8ve et intense, j&rsquo;aurais tout abandonn\u00e9 de mes minuscules possessions, j&rsquo;aurais entendu le hurlement des molosses qui fuyaient loin dans le d\u00e9sert qui s&rsquo;\u00e9tend au-del\u00e0 de la ville, j&rsquo;aurais su que c&rsquo;\u00e9tait fini, je l&rsquo;aurais vu comme un jaillissement, un franchissement des limites, une explosion fantastique, <br \/>je n&rsquo;aurais pas pens\u00e9 que je mourais, <br \/>\u00e7a aurait seulement \u00e9t\u00e9 l&rsquo;avancement logique de la vie, les battements de tambour, les rituels autour des feux, les invocations, les odeurs d&rsquo;herbes s\u00e9ch\u00e9es de thym et de pavot, les volcans qui d\u00e9versaient leurs ruisseaux de lave et les vagues qui revenaient inlassablement brosser le sable ou le fin gravier de la plage, ma peau, mes cheveux grill\u00e9s, ou plut\u00f4t la peau et les cheveux d&rsquo;une fille morte en train de se dissoudre dans la voie lact\u00e9e, <br \/>je n&rsquo;aurais pas pens\u00e9 que je mourais, <br \/>plus de souffrance, plus de m\u00e9lancolie, rien qu&rsquo;une secousse, un \u00e9tourdissement,<br \/>tout serait retomb\u00e9 dans le silence apr\u00e8s l&rsquo;installation du b\u00fbcher, les incantations, les parfums, les cendres bient\u00f4t diss\u00e9min\u00e9es dans le lac couch\u00e9 dans la caldeira ou dans l&rsquo;oc\u00e9an.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" style=\"font-size:clamp(14.642px, 0.915rem + ((1vw - 3.2px) * 0.651), 22px);\">Ici se raniment les grondements de cette \u00e9poque voyageuse, grondements qui s&rsquo;agrippent \u00e0 mes jambes comme sarments de lierre qui grimpent contre les murs, rustiques, infatigables, qui n&rsquo;ont que faire des incendies et des s\u00e9cheresses. Je ne les repousse pas, je les accueille, ils me constituent, m&rsquo;ont br\u00fbl\u00e9 les entrailles. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" style=\"font-size:clamp(14.642px, 0.915rem + ((1vw - 3.2px) * 0.651), 22px);\">D\u00e9sormais je vis aupr\u00e8s des loups aux yeux jaunes, je ne suis qu&rsquo;une enfant.<br \/><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"618\" height=\"824\" src=\"https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/P1040772-618x824.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-7822\" style=\"width:1028px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/P1040772-618x824.jpg 618w, https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/P1040772-225x300.jpg 225w, https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/P1040772-2000x2667.jpg 2000w, https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/P1040772-scaled.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 618px) 100vw, 618px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size wp-block-paragraph\"><em>Photographies \u00a9fran\u00e7oise renaud, C\u00f4te de Jade<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J&rsquo;aimerais m&rsquo;en retourner \u00e0 mes quatorze quinze ans pour \u00e9prouver \u00e0 nouveau cette soif de libert\u00e9 qui avait commenc\u00e9 \u00e0 m&rsquo;habiter. Peu \u00e0 peu une clart\u00e9 piquante m&rsquo;avait p\u00e9n\u00e9tr\u00e9e, presque m&#8217;emp\u00eachait de respirer. Il m&rsquo;en fallait peu pour courir dans le r\u00eave. Une simple vignette \u00e0 coller dans un album, un r\u00e9cit de Kipling, une &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/alors-je-naurais-pas-pense-que-je-mourais\/\" class=\"more-link\">Lire la suite de<span class=\"screen-reader-text\">\u00ab\u00a0#VOYAGE FRAGMENTS #2 | alors je n&rsquo;aurais pas pens\u00e9 que je mourais\u00a0\u00bb<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":7814,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[821],"tags":[],"class_list":["post-7767","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-voyage-fragments-2026"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7767","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7767"}],"version-history":[{"count":26,"href":"https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7767\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7910,"href":"https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7767\/revisions\/7910"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-json\/wp\/v2\/media\/7814"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7767"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7767"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7767"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}