{"id":1846,"date":"2018-12-29T11:39:09","date_gmt":"2018-12-29T11:39:09","guid":{"rendered":"http:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/?p=1846"},"modified":"2023-12-16T19:30:40","modified_gmt":"2023-12-16T18:30:40","slug":"en-4000-mots-2-ecriture-avec-ecrivain","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/en-4000-mots-2-ecriture-avec-ecrivain\/","title":{"rendered":"en 4000 mots #2 | \u00e9criture avec \u00e9crivain"},"content":{"rendered":"<address><span style=\"color: #808080;\"><strong>Atelier Tiers Livre &#8211; hiver 2018 \/ 2019<br \/>\nrecherches sur la nouvelle<\/strong><\/span><\/address>\n<p style=\"font-size: 14px; text-align: left;\"><em>Le Tiers Livre &#8211; atelier d&rsquo;hiver <\/em>#<em>2, \u00e9criture avec \u00e9crivain (\u00e0 partir des R\u00eaves de r\u00eaves d\u2019Antonio Tabucchi)<\/em><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/P1020958_carr\u00e9.jpg\" rel=\"lightbox-0\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-1849\" src=\"http:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/P1020958_carr\u00e9-1022x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"640\" height=\"641\" srcset=\"https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/P1020958_carr\u00e9-1022x1024.jpg 1022w, https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/P1020958_carr\u00e9-150x150.jpg 150w, https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/P1020958_carr\u00e9-300x300.jpg 300w, https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/P1020958_carr\u00e9-768x770.jpg 768w, https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/P1020958_carr\u00e9-1200x1202.jpg 1200w, https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/P1020958_carr\u00e9.jpg 2044w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/a><\/p>\n<p class=\"has-drop-cap\" style=\"text-align: justify;\">Octobre 1988. C\u2019est un dimanche. Ana Daniel (nom d\u2019emprunt, je n\u2019ose pas \u00e9crire son vrai nom) est dans un studio quelque part en banlieue et elle attend. Elle attend un coup de t\u00e9l\u00e9phone qui confirmera leur rendez-vous, demain ou un autre jour. Tout de sa vie s\u2019arr\u00eatera dans l\u2019instant o\u00f9 il entrera, o\u00f9 le d\u00e9sir remplacera le vide et la d\u00e9sesp\u00e9rance. Sa main tambourinera contre la porte et quand elle ouvrira il sera l\u00e0 sur le seuil, un peu ivre &#8212; ou compl\u00e9tement ivre. Ana voudra mourir. Lui aussi, du moins elle le suppose, elle sait ce d\u00e9sir puissant qu\u2019il a d\u2019elle, tout de suite leurs corps projet\u00e9s l\u2019un vers l\u2019autre &#8212; elle a d\u00e9j\u00e0 d\u00e9crit les \u00e9tapes de ce genre de noyade dans un livre qui racontait une passion ancienne, d\u00e9chirante &#8211;, entre eux rien que des gestes, pas de mots ou alors si rares, les bras affol\u00e9s, des envies de douceur et de violence, de volupt\u00e9 et de mort impossibles \u00e0 combler. Le lit est large et blanc, draps bien tir\u00e9s, oreillers retap\u00e9s, elle attend, ne parvient pas \u00e0 travailler. <!--more-->Pour tromper l\u2019attente, elle d\u00e9crit leur liaison dans son journal (il sera publi\u00e9 plus tard, sorti de l\u2019ombre, parce que <em>les mots sont le temps lui-m\u00eame<\/em>, elle l\u2019a \u00e9crit comme \u00e7a, en tout cas quelque chose de proche, mais en ce moment o\u00f9 elle \u00e9crit, elle ne peut pas imaginer qu\u2019un jour ces cahiers-l\u00e0 seront offerts au monde). Donc elle s\u2019avancera vers la porte comme elle irait vers sa fin\u00a0: stopper cette tension atroce, se jeter contre son grand corps de russe blond aux ongles mal soign\u00e9s et aux v\u00eatements de marque, compter pour lui plus que tout, m\u00eame si elle le sait qu\u2019il retournera un jour dans son pays. Elle r\u00eave qu\u2019il est l\u00e0, elle le d\u00e9couvre appuy\u00e9 contre le chambranle, d\u00e9chiffre son sourire, sa soif immense, elle a envie de pleurer et de rire. Dans le r\u00eave il avance au milieu de la pi\u00e8ce alors qu\u2019elle recule, il tend la main, l\u2019attire jusqu\u2019\u00e0 ce que leurs souffles se m\u00ealent. Ils tombent sur le lit, boivent de la vodka, se mettent dans d\u2019\u00e9tranges positions pour se prouver leur folie. \u00c7a dure longtemps, deux ou trois heures, ils ont tir\u00e9 les rideaux ou alors il fait nuit. Pourtant quelque chose se d\u00e9fait en m\u00eame temps qu\u2019ils le font car la passion s\u2019amenuise \u00e0 s\u2019\u00e9loigner de son commencement, Ana Daniel (dire son vrai nom n\u2019apporterait rien de plus) en est persuad\u00e9e au point qu\u2019elle y pense tout le temps et que \u00e7a la d\u00e9chire. Elle pense aussi qu\u2019elle est trop vieille pour vivre ce genre de passion, que c\u2019est s\u00fbrement la toute derni\u00e8re fois. La sensation d\u2019\u00e9rosion, d\u2019amenuisement s\u2019acc\u00e9l\u00e8re. Il se d\u00e9tache d\u2019elle, la repousse, se met \u00e0 rire bruyamment comme s\u2019il se moquait d\u2019elle\u00a0: \u00ab\u00a0Tu es une salope, Ana, rien qu\u2019une salope\u00a0!\u00a0\u00bb (soit il trouve ses gestes trop crus, soit il soup\u00e7onne qu\u2019elle utilisera un jour leur histoire pour en faire un livre). Il est ivre. Elle se d\u00e9bat. \u00ab\u00a0Non ce n\u2019est pas vrai, je suis vivante, je te d\u00e9sire comme une vivante.\u00a0\u00bb Le rire se poursuit tandis qu\u2019il se rhabille. Le lit est devenu un chantier, draps souill\u00e9s froiss\u00e9s. La nuit derri\u00e8re la fen\u00eatre. L\u2019amant a pris les traits d\u2019un clochard qui s\u2019imbibe d\u2019alcool \u00e0 br\u00fbler et qui l\u2019insulte. Putain de salope. L\u2019image se brouille. Elle voudrait ne plus jamais r\u00eaver. \u00c0 nouveau dans l\u2019attente. Elle \u00e9crit dans le cahier les pens\u00e9es que lui suscitent cet amour pour l\u2019homme russe mari\u00e9 trois enfants, elle fouille fouille son corps au plus loin mais impossible de se prot\u00e9ger de la d\u00e9sillusion. \u00c9crire la perdition et puis la destruction.<\/p>\n<p style=\"text-align: right; font-size: 13px;\"><em>En dire un peu plus sur la proposition d&rsquo;atelier : un bloc de texte, un personnage qui \u00e9crit, un fragment de r\u00e9cit. Choisir un \u00e9crivain dont on voudrait se rapprocher et installer son r\u00eave&#8230; .<br \/>\n<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: right; font-size: 13px;\"><em>Photographie : Fran\u00e7oise Renaud (s\u00e9rie Le cadavre dans l&rsquo;escalier, 2017)<\/em><br \/>\nIci le Tiers Livre, <a href=\"http:\/\/www.tierslivre.net\/spip\/spip.php?article4787&amp;fbclid=IwAR3yQKprKiC-sjlUflHJYpBoHt53DRh7USOvvBiNL_niX_Hszt-QB6EPS8I\">\u00ab en 4000 mots \u00bb | recherches sur la nouvelle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Atelier Tiers Livre &#8211; hiver 2018 \/ 2019 recherches sur la nouvelle Le Tiers Livre &#8211; atelier d&rsquo;hiver #2, \u00e9criture avec \u00e9crivain (\u00e0 partir des R\u00eaves de r\u00eaves d\u2019Antonio Tabucchi) Octobre 1988. C\u2019est un dimanche. Ana Daniel (nom d\u2019emprunt, je n\u2019ose pas \u00e9crire son vrai nom) est dans un studio quelque part en banlieue et &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/en-4000-mots-2-ecriture-avec-ecrivain\/\" class=\"more-link\">Lire la suite de<span class=\"screen-reader-text\">\u00ab\u00a0en 4000 mots #2 | \u00e9criture avec \u00e9crivain\u00a0\u00bb<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[18,17,689,160],"tags":[702,188,244,246,704,247,150,303],"class_list":["post-1846","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-corps","category-ecriture","category-en-4000-mots-2019","category-le-tiers-livre","tag-antonio-tabucchi","tag-atelier-dete-2018","tag-construction-dune-nouvelle","tag-ecriture-avec-ecrivain","tag-ecrivain","tag-en-4000-mots","tag-le-tiers-livre","tag-nouvelle"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1846","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1846"}],"version-history":[{"count":9,"href":"https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1846\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1956,"href":"https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1846\/revisions\/1956"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1846"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1846"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1846"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}