{"id":1821,"date":"2018-12-03T17:19:55","date_gmt":"2018-12-03T17:19:55","guid":{"rendered":"http:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/?p=1821"},"modified":"2023-12-16T19:31:35","modified_gmt":"2023-12-16T18:31:35","slug":"le-parc-de-sceaux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/le-parc-de-sceaux\/","title":{"rendered":"le parc de Sceaux"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/DSC_2371_3.jpg\" rel=\"lightbox-0\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-1822\" src=\"http:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/DSC_2371_3-816x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"540\" height=\"678\" srcset=\"https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/DSC_2371_3-816x1024.jpg 816w, https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/DSC_2371_3-239x300.jpg 239w, https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/DSC_2371_3-768x964.jpg 768w, https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/DSC_2371_3-1200x1507.jpg 1200w, https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/DSC_2371_3.jpg 1631w\" sizes=\"auto, (max-width: 540px) 100vw, 540px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: left; font-size: 13px;\">Ce texte a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit r\u00e9cemment pour une lecture autour des \u0153uvres de Raymond Berthelot sur le th\u00e8me &lsquo;VOYAGES DE L&rsquo;EAU&rsquo;,\u00a0 du 23 au 25 novembre 2018 \u00e0 Montpellier.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Regarder la toile.<br \/>\nSe laisser capter par le myst\u00e8re, par la sym\u00e9trie des espaces et par le ruissellement constant de l\u2019eau.<br \/>\nBient\u00f4t l\u2019apercevoir, lui qui marchait dans les parages.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il avait franchi les grilles, puis il avait d\u00e9pass\u00e9 le ch\u00e2teau et \u00e0 pr\u00e9sent il marchait dans le parc. On aurait dit au hasard. Il aimait cet endroit, les peupliers, les tilleuls, les statues au croisement des sentiers. Il aimait la vue du canal au Nord, depuis la terrasse des Pintades. Il trouvait en ces lieux une sorte d\u2019apaisement dont il avait besoin et donc il y venait souvent. Il franchissait les grilles, d\u00e9passait le ch\u00e2teau et puis il s\u2019avan\u00e7ait en marchant tranquillement dans le parc.<br \/>\nSans doute que sans le formuler clairement \u2013 tout se passait \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de lui, dans la touffeur de ces lieux complexes r\u00e9serv\u00e9s \u00e0 la pens\u00e9e et \u00e0 la m\u00e9ditation &#8211;, il appr\u00e9ciait le c\u00f4t\u00e9 monumental de ces jardins, les perspectives, les massifs bois\u00e9s travers\u00e9s par de longues all\u00e9es, les lignes vertes \u00e0 l\u2019infini. Il oubliait la ville et le bruit. C\u2019\u00e9tait un peu comme une source nouvelle, juste \u00e0 sa port\u00e9e capable de dissiper toute formes de tracas &#8212; les siens et ceux de la cit\u00e9 \u2013 et d\u2019engendrer comme une vive po\u00e9sie.<!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce jour-l\u00e0 il s\u2019\u00e9tait engag\u00e9 dans les jardins d\u2019un bon pas. Il faisait frais, juste la temp\u00e9rature qu\u2019il fallait pour marcher. Il y avait des oiseaux qui nichaient sur des \u00eelots prot\u00e9g\u00e9s constitu\u00e9s de plantes aquatiques, des \u00eelots construits expr\u00e8s pour eux qui facilitaient leur reproduction. Il les connaissait. Et il les observait tout en marchant. Il y avait des jeunes qui suivaient leurs parents, c\u2019\u00e9tait attendrissant. Et bien s\u00fbr qu\u2019il \u00e9tait sensible \u00e0 ces choses-l\u00e0, \u00e0 la nature, \u00e0 la cadence du vivant et au rythme incessant de la respiration des cr\u00e9atures, et il en prenait bonne note dans sa m\u00e9moire \u2014 probable que de ces images viendraient plus tard nourrir son inspiration, guider sa main. Ainsi se rapprochait-il peu \u00e0 peu de l\u2019axe majestueux des cascades.<br \/>\nC\u2019\u00e9tait une esp\u00e8ce de trou\u00e9e verticale perpendiculaire \u00e0 l\u2019axe du ch\u00e2teau, constitu\u00e9e de vasques successives qui recevaient les eaux jaillissantes et les conduisaient jusqu\u2019\u00e0 un bassin octogonal orn\u00e9 d\u2019un haut jet d\u2019eau.<br \/>\nEt c\u2019est en cet endroit pr\u00e9cis qu\u2019il l\u2019avait aper\u00e7u.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un homme.<br \/>\nPr\u00e8s du bassin.<br \/>\nUn homme noir qui tenait un v\u00e9lo \u00e0 la main.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019\u00e9tait bien r\u00e9el m\u00eame si \u00e7a ressemblait \u00e0 une sc\u00e8ne incertaine, \u00e0 une image exotique, et m\u00eame \u00e0 un r\u00eave. Du coup il avait stopp\u00e9 net et il avait pris conscience de ce qu\u2019il voyait \u00e0 couvert, sous les feuillages. Il avait observ\u00e9 la tenue blanche de l\u2019homme au v\u00e9lo, sa coiffure rouge, sa posture face au d\u00e9cor grandiose et son vif int\u00e9r\u00eat pour les cascades. Il avait \u00e9t\u00e9 impressionn\u00e9 par sa fa\u00e7on toute simple de se tenir l\u00e0 au milieu de ces jardins \u00e0 la fran\u00e7aise, espaces \u00e0 l\u2019esth\u00e9tique \u00e9loign\u00e9e de sa culture d\u2019origine. Et tandis qu\u2019ils vivaient tous les deux ces secondes, pr\u00e9cieuses pour des raisons diff\u00e9rentes, le peintre avait remarqu\u00e9 combien autour d\u2019eux la couleur verte \u00e9tait apaisante. Infiniment apaisante. Et puis toute cette vapeur d\u2019eau constitu\u00e9e par des milliards de gouttelettes encore suspendues apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 projet\u00e9es en l\u2019air, gouttelettes en nombre infini qui produisaient \u00e0 force de suspension une brume transparente.<br \/>\n\u00c0 y regarder encore, le vert \u00e9tait d\u2019une qualit\u00e9 incroyable, presque synth\u00e9tique. C\u2019\u00e9tait normal au printemps, voil\u00e0 ce que se disait le peintre (en effet il \u00e9tait facile d\u2019imaginer que c\u2019\u00e9tait le printemps, ou alors juste apr\u00e8s parce que de jeunes oiseaux \u00e9taient n\u00e9s, ils les avaient bien vus l\u2019un et l\u2019autre sur les \u00eelots). En tout cas l\u2019homme \u00e0 peau noire avait quelque chose d\u2019irr\u00e9el, et ce rideau v\u00e9g\u00e9tal quelque de trop bien coup\u00e9, trop parfait.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019homme ne s\u2019\u00e9tait pas retourn\u00e9. Il avait continu\u00e9 sa route en poussant son v\u00e9lo.<br \/>\nOu alors s\u2019\u00e9taient-ils salu\u00e9s quand ils \u00e9taient pass\u00e9s l\u2019un pr\u00e8s de l\u2019autre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un jour, plus tard, ces d\u00e9tails saisis au vol se sont projet\u00e9s dans la toile. L\u2019\u00e9tranget\u00e9 et la beaut\u00e9 du personnage pareil \u00e0 un homme providentiel. L\u2019eau cisel\u00e9e en suspens. Les milliards de gouttes et les milliards de touches de couleur minuscules pour les traduire, virgules, accents, vibrations &#8212; et plus que \u00e7a encore.<br \/>\nAujourd&rsquo;hui regarder, appr\u00e9cier, \u00e9prouver \u00e0 notre tour ce sentiment d\u00e9j\u00e0 v\u00e9cu \u00e0 se promener un jour dans un par cet \u00e0 se glisser entre deux rideaux d\u2019arbres et \u00e0 jouer dans le labyrinthe \u00e0 se perdre, \u00e0 se noyer. Oui, on peut se noyer dans le vert comme dans l\u2019eau et y surprendre parfois certaines incarnations de nos r\u00eaves.<br \/>\nEau, v\u00e9g\u00e9tal, figures singuli\u00e8res\u00a0: un si parfait attelage.<\/p>\n<p style=\"text-align: right; font-size: 13px;\"><em>Illustration : Le Parc de Sceaux, Raymond Berthelot<\/em><\/p>\n<h3 style=\"text-align: right; font-size: 17px;\"><span style=\"color: #ff9900;\"><strong><span style=\"color: #000000;\">Acc\u00e9der ici au<\/span> <a style=\"color: #ff9900;\" href=\"http:\/\/raymondberthelot.e-monsite.com\/\">site du peintre Raymond Berthelot<\/a><\/strong><\/span><\/h3>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce texte a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit r\u00e9cemment pour une lecture autour des \u0153uvres de Raymond Berthelot sur le th\u00e8me &lsquo;VOYAGES DE L&rsquo;EAU&rsquo;,\u00a0 du 23 au 25 novembre 2018 \u00e0 Montpellier. &nbsp; Regarder la toile. 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