{"id":176,"date":"2015-04-16T08:36:56","date_gmt":"2015-04-16T08:36:56","guid":{"rendered":"http:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/?p=176"},"modified":"2016-01-17T12:10:58","modified_gmt":"2016-01-17T12:10:58","slug":"amandier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/amandier\/","title":{"rendered":"l&rsquo;arbre"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-content\/uploads\/2015\/03\/amandier_d\u00e9coupage.jpg\" rel=\"lightbox-0\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-177\" src=\"http:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-content\/uploads\/2015\/03\/amandier_d\u00e9coupage-768x1024.jpg\" alt=\"amandier_d\u00e9coupage\" width=\"419\" height=\"558\" srcset=\"https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-content\/uploads\/2015\/03\/amandier_d\u00e9coupage-768x1024.jpg 768w, https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-content\/uploads\/2015\/03\/amandier_d\u00e9coupage-225x300.jpg 225w, https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-content\/uploads\/2015\/03\/amandier_d\u00e9coupage-1200x1600.jpg 1200w, https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-content\/uploads\/2015\/03\/amandier_d\u00e9coupage.jpg 1536w\" sizes=\"auto, (max-width: 419px) 100vw, 419px\" \/><\/a><\/p>\n<h3>Il \u00e9tait en fleurs, je l&rsquo;avais vu, l\u00e0-bas. L&rsquo;amandier.<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u00e0-bas, au bout de ma fen\u00eatre. Entre le scintillement de l&rsquo;eau courante et la mati\u00e8re sombre du versant bois\u00e9. Comme \u00e7a au milieu du d\u00e9sastre de racines et de branches arrach\u00e9es plus haut dans la vall\u00e9e par l&rsquo;inondation \u2013 \u00e9v\u00e9nement r\u00e9cemment racont\u00e9 dans un carnet aux feuillets bistre\u00a0\u2013, tout un fouillis ficel\u00e9 au pied de son corps d&rsquo;arbre. Vivant.<br \/>\nLes fleurs semblent timides, leur chair pouss\u00e9e contre le bois par la douceur de la saison. Mais encore faut-il se figurer la folie du torrent ravageant la vall\u00e9e \u2013 c&rsquo;\u00e9tait en automne il n&rsquo;y a pas longtemps \u2013, bataille entre ciel et terre, fureur de terre soulev\u00e9e. Se figurer cette guerre cr\u00e9pusculaire qui s&rsquo;\u00e9tait poursuivie dans la nuit totale sans aucune m\u00e9thode, ravageant tout sur son passage \u2013 on m&rsquo;a demand\u00e9 depuis si j&rsquo;avais eu peur, et bien s\u00fbr que \u00e7a faisait peur, mais j&rsquo;ai r\u00e9pondu Non, en tout cas pas en ces moments-l\u00e0, on se rendait pas bien compte que c&rsquo;\u00e9tait grave, que \u00e7a allait tout d\u00e9foncer, et puis une peur qui collait \u00e0 la peau comme la puanteur au point qu&rsquo;on ne la ressentait pas \u2013, le noir tr\u00e8s vite venu o\u00f9 nous tentions de voir tout au bord du balcon le brusque envahissement du paysage, le flot g\u00e9ant et bourbeux ponctu\u00e9 de troncs et de morceaux de construction qui d\u00e9gommait les lourdes potiches, les pommiers, les murs et le reste, comme dans un film fantastique. Se figurer ce plongeon dans l&rsquo;obscurit\u00e9, m\u00eame plus d&rsquo;ombres tellement c&rsquo;\u00e9tait obscur et tourment\u00e9, soudain seuls au monde, pour mieux appr\u00e9hender la beaut\u00e9 de la sc\u00e8ne<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">et maintenant ces fleurs issues d&rsquo;un pied mort, l\u00e8vres d&rsquo;\u00e9corce b\u00e9antes, boursoufflures, lichens incrust\u00e9s en m\u00e9daillons concentriques indicateurs de vieillesse<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">ces fleurs de teinte si d\u00e9licate<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">ces fleurs g\u00e9missantes<!--more--><br \/>\nm\u00eame pas \u00e0 cause du soleil, parce qu&rsquo;il y en avait plus beaucoup quand je me suis approch\u00e9e, c&rsquo;\u00e9tait presque le soir, il y avait du vent, je me suis approch\u00e9e, car je voulais entendre le tronc g\u00e9mir et les branches craqueter afin d&rsquo;effacer le fracas viss\u00e9 dans ma m\u00e9moire, fracas majestueux de cataclysme imbriqu\u00e9 au roulement vertical du d\u00e9luge auquel se m\u00ealaient les cris des hommes, les d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s, les h\u00e9ros en guenilles qui esp\u00e9reront le retour du soleil apr\u00e8s l&rsquo;invraisemblable fureur. Je voulais voir de plus pr\u00e8s cette magie pouss\u00e9e \u00e0 ma porte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">J&rsquo;avais pris mon appareil-photo, je me suis hiss\u00e9e sur une pierre tout en faisant bien attention de ne pas me tordre les chevilles. Car fr\u00e9quenter ce terrain o\u00f9 avait fleuri l&rsquo;arbre, restait dangereux des mois plus tard.<br \/>\nCe terrain jouxte mon jardin, il appartient \u00e0 un vieil homme qui ne marche plus assez bien pour reconna\u00eetre les d\u00e9g\u00e2ts sur son domaine. C&rsquo;est mieux ainsi sans doute, \u00e7a a tellement souffert partout et c&rsquo;est rien de le dire, terre balay\u00e9e jusqu&rsquo;aux fondations ancr\u00e9es dans la rive, route et cl\u00f4tures en pierres s\u00e8ches d\u00e9sagr\u00e9g\u00e9es. Il ne subsiste dans cette propri\u00e9t\u00e9 qu&rsquo;une armature en b\u00e9ton, celle qui retenait l&rsquo;humus pour cultiver les l\u00e9gumes, et puis des monceaux de pierres, d\u00e9bris, gravats. On dirait qu&rsquo;une bombe est tomb\u00e9e l\u00e0. S&rsquo;il voyait une telle chose, le vieil homme suffoquerait, en mourrait pour le coup. Ainsi l&rsquo;amandier au c\u0153ur du chaos.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Chaque fois que je marche au bord de ce jardin, je pense au Japon apr\u00e8s le tsunami. Tout arrach\u00e9. D\u00e9truit. Pollu\u00e9 \u00e0 un point inimaginable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La douceur de ces fleurs \u00e9ph\u00e9m\u00e8res a le pouvoir d&rsquo;agir contre le ravage, leur voix gr\u00e9sille dans ma fen\u00eatre contre les bourrasques du temps. Disons que l\u2019\u0153il s&rsquo;acclimate, que la peur r\u00e9gresse.<br \/>\n\u00c0 vrai dire, rien ne s&rsquo;arr\u00eate. Dans le silence des bois mauves en hiver, la s\u00e8ve se moque du pass\u00e9, couve, pr\u00e9pare ses assauts, tandis que les nuages \u00e0 cr\u00eates blanches circulent par petits groupes par-dessus la montagne. On pourrait entendre un l\u00e9ger cliquetis dans l&rsquo;atmosph\u00e8re, preuve de la permanence des choses v\u00e9g\u00e9tales, charnelles, \u00e0 moins qu&rsquo;il ne s&rsquo;agisse de la soif de beaut\u00e9 qui br\u00fble en nos vaisseaux. Bient\u00f4t la floraison des arbres de Jud\u00e9e. La repousse des aulnes. Les parfums d&rsquo;\u00e9t\u00e9. Je l&rsquo;ai dit \u00e0 Nicole l&rsquo;autre jour, \u00e7a va revenir, le fouillis des ram\u00e9es. Comme d\u2019habitude elle fera son potager, mais pas au m\u00eame endroit, sur un terrassier plus haut. Et je ferai le mien pour la premi\u00e8re fois sur cette terre.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>Photographie \u00a9Fran\u00e7oise Renaud, 1er avril 2015<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il \u00e9tait en fleurs, je l&rsquo;avais vu, l\u00e0-bas. L&rsquo;amandier. L\u00e0-bas, au bout de ma fen\u00eatre. Entre le scintillement de l&rsquo;eau courante et la mati\u00e8re sombre du versant bois\u00e9. 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