{"id":1753,"date":"2018-10-15T11:48:04","date_gmt":"2018-10-15T11:48:04","guid":{"rendered":"http:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/?p=1753"},"modified":"2023-12-01T15:03:25","modified_gmt":"2023-12-01T14:03:25","slug":"tout-un-ete-decriture-33-transactions","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/tout-un-ete-decriture-33-transactions\/","title":{"rendered":"tout un \u00e9t\u00e9 d&rsquo;\u00e9criture #33 | transactions"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">C\u2019est comme autant de vies secr\u00e8tes qui se fr\u00f4lent, parfois se heurtent, r\u00e9agissent, crient, se faufilent tels des poissons glissants, rebondissent \u00e0 l\u2019image de bulles de savon sur les trottoirs ou contre les murs secs, empruntent les transports en commun \u00e0 se toucher le bras ou l\u2019\u00e9paule et parfois davantage aux heures bond\u00e9es, se regardent, se confrontent ou s\u2019\u00e9vitent, tous en vrac dans la cit\u00e9 captifs du m\u00eame pr\u00e9sent se pressant dans les bus, les halls de gare, les banques, les centres commerciaux, les b\u00e2timents administratifs, les \u00e9coles, les cin\u00e9mas. Vies secr\u00e8tes qui pourraient se raconter autour d\u2019un feu de camp \u2013 il suffirait d\u2019un rien &#8211;, se d\u00e9voiler lentement autour d\u2019un verre dans un caf\u00e9 ou assis sur un banc du parc \u00e0 regarder les oiseaux\u00a0: les m\u00eames maux, les m\u00eames petites joies, les m\u00eames passions et interrogations sur la vie la mort la souffrance le bonheur \u00e0 des degr\u00e9s divers, car l\u2019air vibre de ces m\u00e9langes et croisements possibles dans la ville qui ne cesse de s\u2019\u00e9tendre jusqu\u2019\u00e0 rejoindre les collines, et on bien a conscience qu\u2019on pourrait noyer son interlocuteur si toutefois une relation s\u2019\u00e9tablissait et si on prenait les choses depuis le commencement, tonnes de paroles d\u00e9vers\u00e9es sans pr\u00e9m\u00e9ditation \u2013 autour de la naissance, des parents, de l\u2019enfance v\u00e9cue dans un autre contr\u00e9e, peut-\u00eatre un autre pays \u2013 et certains mots reviendraient plus fr\u00e9quemment que d\u2019autres, entra\u00eenant des d\u00e9veloppements fortuits (famille, mariage, enfant, maladie, exil). Comme \u00e7\u00e0 qu\u2019on en viendrait \u00e0 raconter une peine r\u00e9cente, un ennui, une situation compliqu\u00e9e \u00e0 r\u00e9soudre, et bien s\u00fbr \u00e7a prendrait un peu de temps parce qu\u2019il faudrait citer les noms des intervenants dans l\u2019affaire (mon mari, mon fils, ma m\u00e8re, mon patron, mon propri\u00e9taire), les replacer les uns par rapport aux autres tout en expliquant que c\u2019est difficile de s\u2019en sortir, qu\u2019il n\u2019existe pas de solution miracle, ce qui engagerait en retour des encouragements, des \u00e9lans de compassion, des confidences, \u00e9changes pareils \u00e0 des ruisseaux qui affluent vers la m\u00eame rivi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Et donc \u00e7a arrive, cette fois \u00e0 la boulangerie, mon chien est mort, on l\u2019a piqu\u00e9, ah c\u2019est dur de perdre son animal de compagnie, et tout cela est si sinc\u00e8re qu\u2019on pleure presque m\u00eame si on n\u2019a jamais rencontr\u00e9 l\u2019animal, parce que tout simplement on a d\u00e9j\u00e0 v\u00e9cu l\u2019\u00e9v\u00e9nement soi-m\u00eame, et on repart dans l\u2019autre sens en imaginant le chien, la jeune fille caressant la t\u00eate du chien, son chagrin. Une autre fois chez le coiffeur ou dans le tram\u00a0: mon fils s\u2019est fait larguer, quel malheur, ou bien j\u2019ai perdu mon boulot. Et le type est si en col\u00e8re, ses mots si agressifs qu\u2019on n\u2019a pas envie de l\u2019aider, seulement s\u2019\u00e9loigner et passer \u00e0 autre chose. Fuir le routard qui tra\u00eene sur les marches du th\u00e9\u00e2tre et r\u00e9clame qu\u2019on lui jette une pi\u00e8ce, fusiller du regard la sans-g\u00eane qui tripote les fruits sur l\u2019\u00e9tal avant d\u2019en choisir deux, \u00e9viter l\u2019\u00e9tudiant qui distribue des publicit\u00e9s ou m\u00e8ne une enqu\u00eate pour une r\u00e9tribution minime. Parfois c\u00e9der \u00e0 l\u2019attraction d\u2019un visage, acheter des bonbons \u00e0 un gars qui sourit, flirter, se relier. Tant de fortunes diverses, croisements, frottements. Dans la plupart des espaces de la ville le kal\u00e9idoscope est en marche, d\u2019un jour \u00e0 l\u2019autre presque identique avec personnages interchangeables \u2013 paroles gestes mimiques permettant de les situer sur l\u2019\u00e9chelle sociale, de peser leur besoin, la nature des liens entre eux. Le silence aussi parfois entre les mondes, le repli des corps, les barri\u00e8res infranchissables, les d\u00e9serts. Oui, impossible parfois de se rejoindre dans le d\u00e9dale des rues, des \u00e2ges et des origines.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:72px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\"><em>texte \u00e9crit par Fran\u00e7oise Renaud dans le cadre de l&rsquo;atelier d&rsquo;\u00e9t\u00e9 2018 propos\u00e9 par Fran\u00e7ois Bon <strong> <a href=\"http:\/\/www.tierslivre.net\/revue\/spip.php?article210\"> \u00ab\u00a0Construire une ville avec des mots\u00a0\u00bb<\/a><\/strong><\/em><br \/><em><strong><span style=\"color: #339966;\"><span style=\"font-size: 15px; color: #993366;\">La proposition d&rsquo;\u00e9criture <\/span><\/span><\/strong><\/em><em><strong><span style=\"color: #339966;\"><span style=\"font-size: 15px; color: #993366;\"> \/ #33 : <i>souffler la pierre et le ciment, pour une accumulation de tous les gestes, m\u00e9tiers, chantiers, actions, \u00e9changes <\/i>.<br \/><\/span><\/span><\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image is-style-default\"><a href=\"http:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/Fran\u00e7oiseRENAUD_Vies-secr\u00e8tes.jpg\" rel=\"lightbox-0\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"1024\" src=\"http:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/Fran\u00e7oiseRENAUD_Vies-secr\u00e8tes-1024x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1790\" srcset=\"https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/Fran\u00e7oiseRENAUD_Vies-secr\u00e8tes-1024x1024.jpg 1024w, https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/Fran\u00e7oiseRENAUD_Vies-secr\u00e8tes-150x150.jpg 150w, https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/Fran\u00e7oiseRENAUD_Vies-secr\u00e8tes-300x300.jpg 300w, https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/Fran\u00e7oiseRENAUD_Vies-secr\u00e8tes-768x768.jpg 768w, https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/Fran\u00e7oiseRENAUD_Vies-secr\u00e8tes-1200x1200.jpg 1200w, https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-content\/uploads\/2018\/09\/Fran\u00e7oiseRENAUD_Vies-secr\u00e8tes.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\"><em>Photographie : Fran\u00e7oise Renaud, 2017<br \/><\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019est comme autant de vies secr\u00e8tes qui se fr\u00f4lent, parfois se heurtent, r\u00e9agissent, crient, se faufilent tels des poissons glissants, rebondissent \u00e0 l\u2019image de bulles de savon sur les trottoirs ou contre les murs secs, empruntent les transports en commun \u00e0 se toucher le bras ou l\u2019\u00e9paule et parfois davantage aux heures bond\u00e9es, se regardent, &hellip; 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