{"id":1719,"date":"2018-09-03T12:13:20","date_gmt":"2018-09-03T12:13:20","guid":{"rendered":"http:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/?p=1719"},"modified":"2023-12-01T14:48:13","modified_gmt":"2023-12-01T13:48:13","slug":"tout-un-ete-decriture-27-arriver","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/tout-un-ete-decriture-27-arriver\/","title":{"rendered":"tout un \u00e9t\u00e9 d&rsquo;\u00e9criture #27 | arriver"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-medium-font-size\">Il fallait bien partir pour arriver quelque part, partir d\u2019un lieu pour arriver dans un autre \u2014&nbsp;d\u2019une ville dans une autre&nbsp;\u2014 si bien que l\u2019arriv\u00e9e commen\u00e7ait bien en amont, commen\u00e7ait au c\u0153ur m\u00eame du long voyage qui la ramenait chez elle \u2014&nbsp;comme \u00e7\u00e0 qu\u2019elle nommait son pays d\u2019origine o\u00f9 elle ne vivait plus mais o\u00f9 sa maison d\u2019enfance \u00e9tait toujours habit\u00e9e par l\u2019un de ses parents&nbsp;\u2014 et c\u2019\u00e9tait un voyage qui traversait le pays en travers, du sud au nord-ouest, qui n\u00e9cessitait plusieurs moyens de transport et un certain nombre d\u2019heures en tenant compte des d\u00e9lais et des al\u00e9as. Du coup elle n\u2019en finissait pas d\u2019arriver. \u00c0 chaque \u00e9tape du parcours elle y pensait, d\u00e9j\u00e0 lorsqu\u2019elle garait sa voiture dans le parking de l\u2019a\u00e9roport de la ville du sud, prenait son ticket et marchait en roulant sa petite valise sur les trottoirs verts jusqu\u2019au hall, passait la police, attendait dans la salle d\u2019embarquement. Elle s\u2019\u00e9tait lev\u00e9e bien avant le soleil, avait contourn\u00e9 la ville endormie \u2014&nbsp;elle connaissait par c\u0153ur le chemin, l\u2019enfilade des feux pour s\u2019extirper des quartiers construits depuis l\u2019implantation du tramway, les zones commerciales interminables, le vaste carrefour o\u00f9 prenait l\u2019autoroute. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">L\u2019a\u00e9roport \u00e9tait calme \u00e0 cette heure, voyageurs d\u00e9barquant \u00e0 la limite de l\u2019heure impos\u00e9e par la compagnie. Une fois dans l\u2019avion, elle se retrouvait seule comme d\u00e9munie, d\u00e9collage imminent. Rien ne se voyait de ses pens\u00e9es, de son c\u0153ur pr\u00eat \u00e0 se fendre \u00e0 l\u2019id\u00e9e du lieu o\u00f9 elle \u00e9tait en train de se rendre. Elle ouvrait un journal pendant le d\u00e9collage, frissonnait dans l\u2019instant o\u00f9 l\u2019avion s\u2019arrachait \u00e0 la piste puis plongeait les yeux par le hublot pour observer les d\u00e9coupures du littoral, la ville couch\u00e9e dans la plaine, les autoroutes avenues rivi\u00e8res qui ondulaient \u00e0 la surface ainsi que des longs corps d\u2019animaux. Il fallait donc partir pour arriver, s\u2019arracher \u00e0 une terre pour en atteindre une autre \u2014&nbsp;une autre famili\u00e8re et aim\u00e9e&nbsp;\u2014, et dans cette transportation il semblait s\u2019ouvrir en elle comme une loge secr\u00e8te uniquement sensible \u00e0 cette id\u00e9e, \u00e0 cette image de l\u2019arriv\u00e9e qui n\u2019en finissait pas de se dessiner.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">\u00c0 pr\u00e9sent il fallait atterrir, r\u00e9cup\u00e9rer son bagage au pied de l\u2019avion, avancer anonyme dans la file des passagers jusqu\u2019aux b\u00e2timents, faire vite, se presser, doubler les gens qui bavardaient ou tra\u00eenaient, une sorte d\u2019urgence la prenait soudain \u00e0 sentir proche de ce qu\u2019elle cherchait (il y a quelques temps son p\u00e8re l\u2019attendait dans le hall des arriv\u00e9es et elle cherchait sa silhouette, le c\u0153ur au bord des l\u00e8vres, une \u00e9poque d\u00e9sormais r\u00e9volue). Elle filait dehors, gagnait les b\u00e2timents de location de voitures, faisait la queue au guichet en \u00e9vitant de regarder les gens. L\u2019impatience la gagnait s\u2019il y avait trop de lenteur. Enfin elle avait les cl\u00e9s en main et r\u00e9cup\u00e9rait son v\u00e9hicule. Une \u00e9preuve encore que de quitter l\u2019ensemble a\u00e9roportuaire en lisi\u00e8re de ville, \u00e9chapper \u00e0 la circulation intense de la double-voie, bifurquer sans faire d\u2019erreur sous peine d\u2019embarquer sur le pont (ensuite demi-tour impossible), bien lire les panneaux routiers, noter au passage certains changements, par exemple l\u2019amplification du trafic ou l\u2019\u00e9largissement de certaines voies. Ouf \u00e7a y \u00e9tait, la grande ville de l\u2019ouest \u00e9tait dans son dos. Encore cinquante kilom\u00e8tres. Longue travers\u00e9e d\u2019\u00e9paisseurs de campagne avec hameaux regroupant des fermes et des maisons neuves, terres cultiv\u00e9es, mares bord\u00e9es de peupliers, pr\u00e9s o\u00f9 paissaient des troupeaux. Le manque de sommeil se manifestait \u00e0 cause de la vitesse constante et du ronronnement du moteur. Elle s\u2019arr\u00eatait cinq minutes pour respirer, songeait \u00e0 ce que \u00e7a lui faisait de revoir ce pays, sentiment vif et profond qui la troublait et soulevait dans sa gorge des ondes singuli\u00e8res. Le moment \u00e9tait proche d\u00e9sormais \u2014\u00a0celui qu\u2019elle pr\u00e9f\u00e9rait\u00a0\u2014 o\u00f9 la route allait commencer \u00e0 descendre vers la ria. Alors l\u2019air changeait, la nature des oiseaux, l\u2019allure des arbres, l\u2019oc\u00e9an tout proche brusquement. Combien de fois avait-elle visionn\u00e9 le film de cette arriv\u00e9e sur le port exactement nich\u00e9 dans le creux, sa gare \u00e0 un seul quai, les rues avec belles boutiques, le m\u00f4le principal, les bateaux, la halle au poisson, le ch\u00e2teau, plus loin les plages et quelques bourgs dont celui o\u00f9 se trouvait la maison familiale. Et \u00e7a se d\u00e9roulait toujours de la m\u00eame fa\u00e7on (m\u00eame si sa derni\u00e8re visite \u00e9tait lointaine, ses envies demeuraient les m\u00eames). Comme un m\u00e9canisme bien r\u00f4d\u00e9 qui rec\u00e9lait toujours quelques surprises\u00a0: eau ou vase dans le port, force ou douceur du vent, qualit\u00e9 de la lumi\u00e8re \u2014\u00a0 g\u00e9n\u00e9ralement les nuages remontaient du c\u0153ur de la mer pour envahir les terres, ainsi le littoral demeurait lumineux, vierge bien qu\u2019habit\u00e9, unique. Elle regardait reconnaissait. C\u2019\u00e9tait comme un \u00e9largissement. Elle passait par le m\u00f4le jusqu\u2019au ch\u00e2teau, longeait la c\u00f4te en observant la mer sur sa gauche, faisait une pause \u00e0 hauteur des Petites Vall\u00e9es pour retrouver l\u2019odeur de l\u2019algue. Enfin rejoignait la vieille \u00e9glise noire, bifurquait pour lentement remonter la rue jusqu\u2019\u00e0 atteindre son but. Restait \u00e0 garer sans bruit la voiture dans le chemin derri\u00e8re la maison, \u00e0 pousser le portillon au claquement singulier. Une silhouette apparaissait sur le seuil et levait les bras vers elle.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:59px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em> texte \u00e9crit par Fran\u00e7oise Renaud dans le cadre de l&rsquo;atelier d&rsquo;\u00e9t\u00e9 2018 propos\u00e9 par Fran\u00e7ois Bon <strong> <a href=\"http:\/\/www.tierslivre.net\/revue\/spip.php?article210\"> \u00ab\u00a0Construire une ville avec des mots<\/a><\/strong><\/em><br \/><em><strong><span style=\"color: #339966;\"><span style=\"font-size: 15px; color: #993366;\">La proposition d&rsquo;\u00e9criture (toujours en 20 minutes) \/ #27 : <i>gares, a\u00e9roports, parkings : la ville on l\u2019associe toujours \u00e0 comment on y arrive, comment on y entre \u2014 d\u2019ailleurs des textes comme \u00e7a il y en a plein la litt\u00e9rature.<\/i>.<br \/><\/span><\/span><\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image is-style-default\"><a href=\"http:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-content\/uploads\/2018\/08\/mole.jpg\" rel=\"lightbox-0\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"1024\" src=\"http:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-content\/uploads\/2018\/08\/mole-1024x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1720\" srcset=\"https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-content\/uploads\/2018\/08\/mole-1024x1024.jpg 1024w, https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-content\/uploads\/2018\/08\/mole-150x150.jpg 150w, https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-content\/uploads\/2018\/08\/mole-300x300.jpg 300w, https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-content\/uploads\/2018\/08\/mole-768x768.jpg 768w, https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-content\/uploads\/2018\/08\/mole-1200x1200.jpg 1200w, https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-content\/uploads\/2018\/08\/mole.jpg 1942w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>Photographie : Fran\u00e7oise Renaud (Bretagne), 2016<br \/><\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il fallait bien partir pour arriver quelque part, partir d\u2019un lieu pour arriver dans un autre \u2014&nbsp;d\u2019une ville dans une autre&nbsp;\u2014 si bien que l\u2019arriv\u00e9e commen\u00e7ait bien en amont, commen\u00e7ait au c\u0153ur m\u00eame du long voyage qui la ramenait chez elle \u2014&nbsp;comme \u00e7\u00e0 qu\u2019elle nommait son pays d\u2019origine o\u00f9 elle ne vivait plus mais o\u00f9 &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/tout-un-ete-decriture-27-arriver\/\" class=\"more-link\">Lire la suite de<span class=\"screen-reader-text\">\u00ab\u00a0tout un \u00e9t\u00e9 d&rsquo;\u00e9criture #27 | arriver\u00a0\u00bb<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1720,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[17,160,539,91],"tags":[221,167,196,150],"class_list":["post-1719","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-ecriture","category-le-tiers-livre","category-tout-un-ete-decriture-2018","category-ville","tag-arriver","tag-atelier-dete","tag-construire-une-ville-avec-des-mots","tag-le-tiers-livre"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1719","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1719"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1719\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4772,"href":"https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1719\/revisions\/4772"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1720"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1719"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1719"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1719"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}