{"id":1629,"date":"2018-07-18T17:14:18","date_gmt":"2018-07-18T17:14:18","guid":{"rendered":"http:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/?p=1629"},"modified":"2023-11-17T15:12:20","modified_gmt":"2023-11-17T14:12:20","slug":"tout-un-ete-decriture-13-silhouettes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/tout-un-ete-decriture-13-silhouettes\/","title":{"rendered":"tout un \u00e9t\u00e9 d&rsquo;\u00e9criture #13 &#038; #14 |  en attente &#038; silhouettes"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-left\"><em> deux \u00e9pisodes du cycle 2 :&nbsp; FLOTTEMENTS, RENVERSES<\/em><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">en attente<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Attendre dans les jardins du haut de la ville, ne rien faire, s\u2019assoir, regarder la ville r\u00e9pandue autour. Peut-\u00eatre qu\u2019on n\u2019a jamais pris le temps de le faire avant. Peut-\u00eatre qu\u2019on n\u2019a jamais remarqu\u00e9 qu\u2019il \u00e9tait possible d\u2019observer tous les points de l\u2019horizon depuis ces remparts construits par l\u2019un ou l\u2019autre de ces monarques qui ne r\u00eavaient que de grandeur. (La solitude permet de voir, de sentir les choses du dehors qui p\u00e8sent peu \u00e0 peu et rentrent dans les yeux.) Voir l\u2019humanit\u00e9 qui marche, se prom\u00e8ne, traverse le parc, voir les oiseaux qui logent dans les parages, les vents qui passent, voir tout autour. Un couple vient de s\u2019assoir sur le banc \u00e0 c\u00f4t\u00e9, ils se tiennent la main. Lui courbe le cou et s\u2019approche d\u2019elle comme un oiseau. On voit qu\u2019elle n\u2019a rien contre mais elle est timide, son premier amour. Ou alors elle n\u2019est pas s\u00fbre de son attachement. Ils restent un bon moment puis se l\u00e8vent, se dirigent vers le grand portail aux dorures r\u00e9cemment r\u00e9nov\u00e9es. Les quitter des yeux, les abandonner une fois sortis du cadre. \u00c0 partir de ce point, tout ce qui arrive est impr\u00e9vu, se dessine juste \u00e0 cause de la lumi\u00e8re ou de l\u2019ombre, \u00e0 cause du hasard des marches qui se croisent ou non, rapides ou non, des trajectoires qui se rejoignent puis s\u2019\u00e9cartent. S\u2019approcher du point de vue tout en haut, sorte de Trianon entour\u00e9 de grilles m\u00e9talliques. De l\u00e0 voir l\u2019aqueduc qui tranche plein ouest \u00e0 travers les faubourgs, construction de grande ampleur &#8212; l\u2019un des points de rep\u00e8re de la ville. Des touristes viennent jusque-l\u00e0 pour se prendre en photo. Se retirer alors, laisser la place, conduire ses pas vers les grands magnolias, remonter par une enfilade d\u2019escaliers rong\u00e9s pour longer \u00e0 nouveau l\u2019\u00e9paisse muraille c\u00f4t\u00e9 nord, voir la ville qui s\u2019\u00e9tend de ce c\u00f4t\u00e9 au-del\u00e0 des fl\u00e8ches de la cath\u00e9drale, blocs d\u2019immeubles m\u00eal\u00e9s de verdure. Tout d\u00e9pend de la saison. La tramontane peut souffler tr\u00e8s fort l\u2019hiver en cet endroit &#8212; intenable. En \u00e9t\u00e9 on pourrait s\u2019attendre \u00e0 rencontrer du monde puisqu\u2019il y fait plus frais &#8212; par cons\u00e9quent on y respire mieux &#8211;, eh bien non. Ce doit \u00eatre \u00e0 cause de la lumi\u00e8re justement, moins solide. Ressentir la solitude, le manque des autres, rejoindre alors les bancs sous les sycomores autour de la statue du monarque \u00e0 cheval, l\u00e0 o\u00f9 on peut s\u2019attarder m\u00eame sans parler, m\u00eame seul sans avoir l\u2019air idiot. Revenir le lendemain, ou le samedi suivant. Observer le bal des martinets fr\u00f4lant le grand bassin avant le coucher du soleil les soirs d\u2019\u00e9t\u00e9. Un exercice de haute voltige pour r\u00e9cup\u00e9rer leurs quelques gorg\u00e9es d\u2019eau n\u00e9cessaires. Vers le sud &#8212; lumi\u00e8re toujours plus intense qu\u2019au nord &#8212; apercevoir la mer, liser\u00e9 bleu sous le ciel fort. Sentir combien la ville n\u2019est pas loin de la mer, le mesurer. Les gens d\u2019ici s\u2019y rendent pour se dorer la peau et se baigner quand il fait chaud quelle que soit la classe sociale &#8212; la pr\u00e9sence de la mer \u00e0 une quinzaine de kilom\u00e8tres compte pour les habitants de la ville. Mais il faut traverser des quartiers br\u00fblants, immeubles sans caract\u00e8re en enfilade. Il y a foule sur les p\u00e9riph\u00e9riques, au touche-touche en pleine canicule, \u00e7a br\u00fble dans les voitures, et puis jamais de place pour se garer sur le front de mer sinon t\u00f4t le matin. Mieux vaut regarder le liser\u00e9 bleu depuis les jardins, se le dire \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de soi, se dire qu\u2019on est bien dans ce parc avec la ville r\u00e9pandue autour, d\u2019autant qu\u2019on peut y venir autant qu\u2019on veut puisqu\u2019on n\u2019habite pas loin finalement. Observer l\u2019\u00e9volution des feuillages, la circulation des nuages, la d\u00e9gradation progressive des pierres l\u00e0 o\u00f9 les chaussures frottent, la pouss\u00e9e des bourgeons, la chute des feuilles, la poussi\u00e8re soulev\u00e9e par rafales, l\u2019avancement des travaux de r\u00e9fection des statues. Se dire qu\u2019un espace aussi d\u00e9gag\u00e9 est exceptionnel&nbsp;: terre mer ciel. Avoir le sentiment de r\u00eaver \u00e0 demeurer ainsi au-dessus des zones construites. Souvent des gosses font du v\u00e9lo, jouent \u00e0 celui qui va le plus vite. Ils rient. Ne pas parler, regarder, attendre, surveiller les enfants du coin de l\u2019\u0153il au cas o\u00f9 l\u2019un d\u2019eux se ferait mal, suivre la trajectoire du soleil, changer de place en fonction de l\u2019heure, se rem\u00e9morer le chemin du retour, \u00e9num\u00e9rer les noms des rues \u00e0 emprunter. Beaucoup passent par le parc, plus pratique pour gagner les quartiers de l\u2019aqueduc depuis le centre ou inversement \u2013 un itin\u00e9raire pas forc\u00e9ment indiqu\u00e9 sur les cartes, sorte de flux continu entre ceux qui passent, ceux qui attendent quelqu\u2019un, ceux qui lisent, ceux qui ne font rien et regardent autour la ville r\u00e9pandue.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">silhouettes<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Circulations incessantes. Et pas la premi\u00e8re fois qu\u2019il passe par l\u00e0, toujours press\u00e9, toujours affair\u00e9. \u00c9trangement habill\u00e9 et coiff\u00e9, mani\u00e9r\u00e9. Il suit une ligne droite entre le bassin et le portail principal, ne d\u00e9roge pas d\u2019un centim\u00e8tre. Il est comme \u00e7a. Il va au march\u00e9, chez quelqu\u2019un, au bureau, \u00e0 la Poste comme s\u2019il d\u00e9filait sur un plateau de mode. En tout cas il sait o\u00f9 il va. Ce n\u2019est pas comme celui-l\u00e0 en blouson de cuir qui tra\u00eene avec son gros chien qui n\u2019a qu\u2019une envie, courir courir. Il le retient d\u2019une courte laisse, lui parle durement \u2013 on n\u2019aime pas trop voir \u00e7a. Pour un peu il serait pr\u00eat \u00e0 le lancer, son animal f\u00e9roce, apr\u00e8s cette fille juch\u00e9e sur des talons, maquill\u00e9e, l\u2019air compl\u00e8tement ailleurs (elle ressemble \u00e0 un personnage de manga). Petit sac rose en tissu port\u00e9 pr\u00e8s du corps comme un v\u00eatement. Le m\u00eame que celui de sa copine &#8212; nettement plus petite et moins belle. Les deux filles s\u2019\u00e9cartent du chien, s\u2019arr\u00eatent pr\u00e8s de la statue et sortent leurs t\u00e9l\u00e9phones pour se donner un genre. Un vieil homme \u00e0 chapeau a fait escale sous un arbre, il les regarde en hochant la t\u00eate. \u00c0 ses pieds un cabas avec du pain qui d\u00e9passe, un journal. Dr\u00f4le de monde quand m\u00eame. Qu\u2019est-ce qu\u2019il attend lui maintenant de sa journ\u00e9e, de sa vie\u00a0? Il ne veut pas y penser, se frotte le front, regarde le sable sous le banc, avise un papier de bonbon qu\u2019il ramasse. Un am\u00e9ricain en short, une carte d\u00e9pli\u00e9e \u00e0 la main, vient lui demander sa route, mais il ne comprend pas sa langue. D\u00e9sol\u00e9. Finalement nombreux au m\u00e8tre carr\u00e9 aux heures de grande lumi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:30px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\" style=\"font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.088), 15px);\"><em> textes \u00e9crits dans le cadre de l&rsquo;atelier d&rsquo;\u00e9t\u00e9 2018 Tiers Livre<strong> <a href=\"http:\/\/www.tierslivre.net\/revue\/spip.php?article210\"> \u00ab\u00a0Construire une ville avec des mots\u00a0\u00bb<\/a><\/strong><\/em><br \/><em><strong><span style=\"color: #339966;\"><span style=\"font-size: 15px; color: #993366;\">Les propositions d&rsquo;\u00e9criture (en 20 minutes) \/ #13\u00a0 : <i><em>un point pr\u00e9cis de la ville, et laisser faire le temps, ce point livr\u00e9 \u00e0 son ordinaire&#8230;<\/em><\/i> \/ &amp; #14 : et dans le lieu d\u00e9fini au 1er cycle, faire exister 5 silhouettes juste \u00e9bauch\u00e9es, faire en sorte que la bri\u00e8vet\u00e9 d\u2019\u00e9vocation les rende le plus concr\u00e8tes possible<br \/><\/span><\/span><\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\" style=\"font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.088), 15px);\"><em>Illustration : carte de l\u2019\u00e9tat-major (1820-1866) &#8211; site Remonter le temps<br \/><\/em><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image is-style-default\"><a href=\"http:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-content\/uploads\/2018\/07\/ville_cartede-l\u00e9tat-Major.jpg\" rel=\"lightbox-0\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"930\" height=\"833\" src=\"http:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-content\/uploads\/2018\/07\/ville_cartede-l\u00e9tat-Major.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1632\" srcset=\"https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-content\/uploads\/2018\/07\/ville_cartede-l\u00e9tat-Major.jpg 930w, https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-content\/uploads\/2018\/07\/ville_cartede-l\u00e9tat-Major-300x269.jpg 300w, https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-content\/uploads\/2018\/07\/ville_cartede-l\u00e9tat-Major-768x688.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 930px) 100vw, 930px\" \/><\/a><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>deux \u00e9pisodes du cycle 2 :&nbsp; FLOTTEMENTS, RENVERSES en attente Attendre dans les jardins du haut de la ville, ne rien faire, s\u2019assoir, regarder la ville r\u00e9pandue autour. 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