{"id":15,"date":"2015-02-12T14:18:14","date_gmt":"2015-02-12T14:18:14","guid":{"rendered":"http:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/?p=15"},"modified":"2023-12-16T16:40:18","modified_gmt":"2023-12-16T15:40:18","slug":"falaise-sans-fin-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/falaise-sans-fin-3\/","title":{"rendered":"falaise sans fin (3)"},"content":{"rendered":"\n<p>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Au-del\u00e0 des montagnes, s&rsquo;\u00e9tendait un autre pays, un pays bien plus cl\u00e9ment que celui o\u00f9 ils \u00e9taient n\u00e9s, de cela ils \u00e9taient persuad\u00e9s \u2014 voil\u00e0 d&rsquo;ailleurs ce qui les conduisait. Un pays diff\u00e9rent aux conditions de vie meilleures avec des rivi\u00e8res qui fertilisaient les jardins, des arbres qui produisaient des fruits en quantit\u00e9. Nul n&rsquo;y mourait de faim et les enfants jouaient \u00e0 autre chose qu&rsquo;\u00e0 la guerre. Peut-\u00eatre qu&rsquo;en arri\u00e8re-plan, il y avait chez ces hommes-l\u00e0 qui s&rsquo;affrontaient \u00e0 la falaise l&rsquo;envie de compter parmi les membres importants de leur communaut\u00e9, de s&rsquo;inscrire dans l&rsquo;histoire. Oui, \u00e7a aussi \u00e7a comptait, \u00e7a les poussait \u00e0 se d\u00e9passer. Avaient-ils vraiment d&rsquo;autre choix alors qu&rsquo;ils se trouvaient accroch\u00e9s tels des pantins dans l&rsquo;immensit\u00e9 min\u00e9rale, \u00e0 mi-chemin entre terre et ciel, que de repousser leurs limites, d&rsquo;aller au bout d&rsquo;eux-m\u00eames.<\/p>\n\n\n\n<p>Pr\u00e8s de dix jours qu&rsquo;ils \u00e9taient partis.<br \/>Ils se souvenaient seulement du nombre de nuits pass\u00e9es dans les niches de rocher. Et un nouveau matin \u00e9tait en train de se lever, le temps splendide, le ciel c\u00e9rul\u00e9en.<br \/>Pour la premi\u00e8re fois ils apercevaient les sommets et ils se demandaient o\u00f9 diable ils allaient bien pouvoir se faufiler dans cette ligne de cr\u00eates ac\u00e9r\u00e9es, dress\u00e9es contre l&rsquo;espace tel un rempart infranchissable.<br \/>Toujours se concentrer sur la grimpe.<br \/>Se laisser guider par les failles, les fissures, les lignages du rocher. Ils verraient bien ce qui se passerait.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>On devine qu&rsquo;au cours des derni\u00e8res heures ils avaient peu mang\u00e9 peu dormi, cependant leurs mouvements demeuraient efficaces. Clod tout de m\u00eame peinait \u00e0 suivre le rythme impos\u00e9 par le chef de cord\u00e9e. Plus que le reste, il redoutait la glace dans les fissures qui cuisait ses blessures. Il avait d\u00e9chir\u00e9 un pan de son v\u00eatement, en avait confectionn\u00e9 des bandages pour prot\u00e9ger ses doigts, ce qui avait am\u00e9lior\u00e9 la situation. Du moins au d\u00e9but. Mais maintenant que la douleur reprenait, il devait se concentrer sur ses prises, ne pas faire d&rsquo;erreurs. Il ne fallait pas retarder les autres suspendus au-dessus de lui. Il faisait de son mieux.<br \/>Parfois Riks ou Mermel lan\u00e7ait \u00e0 travers l&rsquo;ab\u00eeme : \u00ab \u00c7a suit derri\u00e8re ? Est-ce que \u00e7a va ? \u00bb Ou encore : \u00ab Bon sang, \u00e7a d\u00e9rape ! Attention, attention. \u00bb<br \/>Et les mots rebondissaient et les sons se r\u00e9percutaient en \u00e9chos infinis.<br \/>\u00c0 droite et \u00e0 gauche, de grands pans gel\u00e9s miroitaient.<\/p>\n\n\n\n<p>Une chose est s\u00fbre, ils ne s&rsquo;attendaient pas \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve qui \u00e9tait sur le point de survenir. Car, s&rsquo;ils s&rsquo;\u00e9taient pr\u00e9par\u00e9s \u00e0 affronter des b\u00eates f\u00e9roces, ours ou loups, ils n&rsquo;en avaient pas crois\u00e9s jusque l\u00e0, ni d&rsquo;une esp\u00e8ce ni de l&rsquo;autre. Et ce ne serait pas de la for\u00eat que le danger viendrait, mais du ciel.<br \/>En effet, sans que rien ne le laiss\u00e2t supposer, tout un peuple noir s&rsquo;abattit sur eux comme une averse de gr\u00eale alors que le soleil atteignait le z\u00e9nith.<\/p>\n\n\n\n<p>Il s&rsquo;agissait d&rsquo;\u00e9tranges volatiles entre aigle et corbeau, impressionnants en taille, becs agressifs au point de couper gravement la peau rien qu&rsquo;en l&rsquo;effleurant. Jamais ils n&rsquo;avaient connu de tels monstres. Sans doute le beau temps qui les avait rassembl\u00e9s en altitude, et aussi l&rsquo;odeur de la sueur humaine. Leur odeur. \u00c7a les avait attir\u00e9s, excit\u00e9s. Et les oiseaux \u00e9taient arriv\u00e9s d&rsquo;un coup, avaient cri\u00e9 autour d&rsquo;eux, les avaient heurt\u00e9s violemment de leurs ailes, voraces et cruels.<br \/>\u00ab C&rsquo;est \u00e0 vos yeux qu&rsquo;ils en veulent ! Prot\u00e9gez-les ! Prot\u00e9gez-les ! \u00bb<br \/>Riks avait hurl\u00e9 \u00e0 l&rsquo;intention de ses compagnons.<br \/>Il se souvenait que son p\u00e8re avait \u00e9voqu\u00e9 un jour ces cr\u00e9atures, il se souvenait qu&rsquo;elles \u00e9taient friandes de ces mati\u00e8res vitr\u00e9es qui remplissent les cavit\u00e9s du cr\u00e2ne des humains. Oui, c&rsquo;\u00e9tait les yeux qu&rsquo;elles cherchaient en priorit\u00e9. Et les b\u00eates tournaient autour de leurs t\u00eates pour les faire chuter, tentaient de les piquer au visage en rasant la montagne.<\/p>\n\n\n\n<p>Si Riks \u00e9tait le plus r\u00e9fl\u00e9chi et le plus exp\u00e9riment\u00e9 des trois, Mermel \u00e9tait le plus puissant en muscles. Il attrapait ci et l\u00e0 une aile ou une patte et fracassait le corps des b\u00eates contre la paroi avant de les faire voltiger dans le vide. En d\u00e9pit de quoi, d&rsquo;autres oiseaux revenaient \u00e0 l&rsquo;attaque, plus m\u00e9chants encore.<br \/>Il fallait tenir.<br \/>Clod s&rsquo;\u00e9tait tourn\u00e9 au plus pr\u00e8s de la paroi, front et ventre en appui, bras soulev\u00e9s \u00e0 hauteur des \u00e9paules pour prot\u00e9ger ses joues.<\/p>\n\n\n\n<p>[On n&rsquo;est pas loin de penser que lui, Clod, le plus faible des trois, va bient\u00f4t l\u00e2cher prise et chuter \u00e0 son tour dans l&rsquo;ab\u00eeme. Le r\u00e9cit semble y conduire tout droit. Cependant je ne peux m&rsquo;y r\u00e9soudre.<br \/>Ces gar\u00e7ons-l\u00e0 sont d\u00e9j\u00e0 si perdus. Ils ont quitt\u00e9 les \u00eatres qui leur sont chers, filles au regard doux, enfants ou parents. Ils n&rsquo;ont pas grand chose en bagage. Ils n&rsquo;ont qu&rsquo;un seul but : trouver le pays r\u00eav\u00e9, l&rsquo;Eldorado, le pays de Cocagne \u2014 \u00f4 d\u00e9mente entreprise. Parce qu&rsquo;ils croient que l&rsquo;herbe y est plus verte, la chair des pommes plus sucr\u00e9e. Pourtant la vie qui pulse est la m\u00eame d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 ou de l&rsquo;autre.<br \/>La vie dans leur corps.<br \/>La vie dans le corps f\u00e9roce des oiseaux, dans le corps des arbres qui portent les fruits.<br \/>La vie dans leurs cerveaux, esp\u00e9rances et pens\u00e9es proches des bruits de torrent. Ils se battent pour assurer meilleure vie aux leurs. En v\u00e9rit\u00e9, c&rsquo;est \u00e0 eux-m\u00eames qu&rsquo;ils s&rsquo;affrontent, leur chemin \u00e0 jamais imprim\u00e9 dans la paroi comme dans un livre de pierre.<br \/>S&rsquo;ils n&rsquo;\u00e9taient que deux \u00e0 rester, leurs chances de r\u00e9ussir s&rsquo;amenuiseraient. Une chose que d\u00e9cid\u00e9ment je ne peux supporter&#8230;]<\/p>\n\n\n\n<p><em>(\u00e0 suivre)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>Illustration : Odlot \u017curawi, toile de J\u00f3zef Marian Chelm\u00f3nski,1871<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Au-del\u00e0 des montagnes, s&rsquo;\u00e9tendait un autre pays, un pays bien plus cl\u00e9ment que celui o\u00f9 ils \u00e9taient n\u00e9s, de cela ils \u00e9taient persuad\u00e9s \u2014 voil\u00e0 d&rsquo;ailleurs ce qui les conduisait. Un pays diff\u00e9rent aux conditions de vie meilleures avec des rivi\u00e8res qui fertilisaient les jardins, des arbres qui produisaient des fruits en quantit\u00e9. 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