{"id":1220,"date":"2017-10-26T16:35:09","date_gmt":"2017-10-26T16:35:09","guid":{"rendered":"http:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/?p=1220"},"modified":"2018-02-01T11:21:12","modified_gmt":"2018-02-01T11:21:12","slug":"viens-donc-la-tout-pres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/viens-donc-la-tout-pres\/","title":{"rendered":"viens donc l\u00e0, tout pr\u00e8s"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Chine_Hong_Kong_Octobre_2017-blog.jpg\" rel=\"lightbox-0\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-1234\" src=\"http:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Chine_Hong_Kong_Octobre_2017-blog-1024x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"640\" height=\"640\" srcset=\"https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Chine_Hong_Kong_Octobre_2017-blog-1024x1024.jpg 1024w, https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Chine_Hong_Kong_Octobre_2017-blog-150x150.jpg 150w, https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Chine_Hong_Kong_Octobre_2017-blog-300x300.jpg 300w, https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Chine_Hong_Kong_Octobre_2017-blog-768x767.jpg 768w, https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Chine_Hong_Kong_Octobre_2017-blog-1200x1199.jpg 1200w, https:\/\/francoiserenaud.com\/terrainfragile\/wp-content\/uploads\/2017\/10\/Chine_Hong_Kong_Octobre_2017-blog.jpg 1333w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Viens donc, l\u00e0, tout pr\u00e8s. Approche. Viens te blottir dans ce coin sous mon aile, contre mon flanc ti\u00e8de. Viens, approche, ne crains rien. Tu pourras y pleurer, renifler tout ton compte, y demeurer le temps que tu voudras. Tu sentiras se m\u00ealer les palpitations de mon c\u0153ur et du tien, tes sanglots et tous les intervalles de silence qui r\u00e9sonneront entre les spasmes, occupant progressivement toute la place. Tu recevras mes caresses sur le rond de ta t\u00eate. Mes doigts voudront t\u2019enlever le gros du chagrin venu t\u2019envahir , chagrin surgi on ne sait d\u2019o\u00f9 ni pourquoi, \u00e0 ce moment-l\u00e0 justement alors que tu \u00e9tais en train d\u2019\u00e9voquer un moment p\u00e9nible, oui c\u2019est vrai, assez p\u00e9nible mais finalement pas tant que \u00e7a puisqu\u2019il semblait avoir gliss\u00e9 dans ta vie sans faire trop de vagues, douleur provisoire suite \u00e0 ce passage inattendu sur le billard dont tu semblais t\u2019\u00eatre remise, douleur pour une part \u00e9loign\u00e9e. Et puis soudain les larmes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Douces, par petites saccades.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Expression d\u2019un regret, d\u2019une angoisse, d\u2019une culpabilit\u00e9\u00a0? Impossible de le savoir comme \u00e7a, sur le moment, parce que \u00e7a arrivait sans le moindre signe avant-coureur et \u00e7a prenait au d\u00e9pourvu celui qui \u00e9tait l\u00e0 \u2014 en l\u2019occurrence moi \u2014 en train d\u2019\u00e9couter le r\u00e9cit que tu faisais de ton exp\u00e9rience r\u00e9cente, <!--more-->d\u00e9taillant les circonstances et d\u00e9crivant les gens concern\u00e9s de pr\u00e8s ou de loin, par exemple ceux qui t\u2019avaient prise en charge \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, si attentifs et professionnels d\u2019apr\u00e8s ce que tu disais, ceux qui t\u2019avaient gratt\u00e9 la paroi du c\u0153ur pour extirper de ton muscle les cellules r\u00e9calcitrantes, \u00e7a n\u2019\u00e9tait pas rien tout de m\u00eame, tout \u00e7a concernait un organe n\u00e9cessaire pour continuer \u00e0 vivre. Et c\u2019est \u00e0 partir de l\u00e0, du mot <em>vivre<\/em>, que ta parole avait chang\u00e9. Alors cette phrase \u00e9nonc\u00e9e avec simplicit\u00e9 qui avait servi de transition, quelque chose comme\u00a0: eh bien je suis entr\u00e9e au bloc le jour o\u00f9 Sam, lui, sortait de trois semaines de r\u00e9animation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je m\u2019\u00e9tais toujours un peu emm\u00eal\u00e9 les pinceaux dans les pr\u00e9noms de tes multiples fr\u00e8res et s\u0153urs et divers descendants si bien que je n\u2019ai pas compris tout de suite de qui tu parlais et ce que \u00e7a voulait dire. En gros Sam \u00e9tait jeune, lui, \u2014 l\u2019un des deux fils d\u2019une de tes s\u0153urs cadettes \u2014, et \u00e7a n\u2019\u00e9tait pas juste ce qui leur arrivait. D\u2019abord \u00e0 Sam, puisqu\u2019il \u00e9tait atteint d\u2019une maladie qui touchait les nerfs et le privait progressivement de ses mouvements, autant dire qu\u2019il \u00e9tait sur le raide de la pente. Et \u00e0 elle aussi, sa m\u00e8re, puisque ses deux fils \u00e9taient touch\u00e9s par le m\u00eame mal. Aussi soudain, \u00e0 dire ces mots \u00e0 propos de Sam pr\u00eat \u00e0 souffrir pour vivre encore gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;implantation d&rsquo;un syst\u00e8me respiratoire de fortune, l\u2019\u00e9vidence t\u2019avait saut\u00e9 au visage \u00e0 propos de cette situation intol\u00e9rable \u2014\u00a0comme un froid entr\u00e9 par une fen\u00eatre ouverte, une bourrasque particuli\u00e8rement violente \u2014 et tu t\u2019\u00e9tais demand\u00e9 comment ta s\u0153ur faisait pour tenir. Elle \u00e9tait dr\u00f4lement forte, tu insistais. Alors un frisson t\u2019avait travers\u00e9e, t\u2019interrogeant sur ta capacit\u00e9 \u00e0 la r\u00e9conforter quand tu la rencontrais, \u00e0\u00a0 lui communiquer suffisamment de courage pour continuer. Ou alors regrettais-tu de t\u2019\u00eatre \u00e9panch\u00e9e autant sur ce qui venait de t\u2019arriver puisque tout compte fait tu \u00e9tais \u00e0 nouveau capable de fonctionner au quotidien peu apr\u00e8s l&rsquo;intervention, tu n\u2019avais besoin de personne et bient\u00f4t tu pourrais remarcher en montagne. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas si grave. Alors que Sam, oui, c&rsquo;\u00e9tait grave. Sam voulait vivre encore, c\u2019est ce que tu r\u00e9p\u00e9tais. Et tout \u00e7a t\u2019avait saut\u00e9 au visage, alimentant une mar\u00e9e de larmes surgies de l\u2019int\u00e9rieur de ton corps, fatigu\u00e9 forc\u00e9ment, sensible, \u00e9chappant \u00e0 ton contr\u00f4le.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Naturellement j\u2019\u00e9tais boulevers\u00e9e, je d\u00e9couvrais \u00e0 travers cette sc\u00e8ne une fracture jamais soup\u00e7onn\u00e9e chez toi, du moins en cet endroit-l\u00e0, comme noy\u00e9e dissimul\u00e9e \u00e0 cause de la complexit\u00e9 de l\u2019histoire personnelle, en tout cas \u00e0 mes yeux demeur\u00e9e secr\u00e8te. Ce d\u00e9raillement dans ta voix. J\u2019avais senti ton envie de te replier, de te refuser \u00e0 toute forme de compassion ou de sollicitude.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Allons, tout doux, tout doux. Voil\u00e0. Laisse-toi faire, viens tout pr\u00e8s. Laisse le flot rouler en toi, regarde chaque \u00e9motion bien en face. Plus tard des mots viendront.<br \/>\nCar les mots agissent sur nous, on le sait bien, toi et moi. Pour l\u2019instant approche et viens dans le creux doux de mon bras pour sentir la vigueur du contact et la subtilit\u00e9 de l\u2019instant unique qui passe et ne revient jamais.<\/p>\n<p style=\"text-align: right; font-size: 12px;\">\u00a0texte \u00e9crit le 10 octobre 2017<br \/>\n<em>Photographie : Hong Kong, \u00a9Charlotte Renaud, octobre 2017<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Viens donc, l\u00e0, tout pr\u00e8s. Approche. Viens te blottir dans ce coin sous mon aile, contre mon flanc ti\u00e8de. Viens, approche, ne crains rien. Tu pourras y pleurer, renifler tout ton compte, y demeurer le temps que tu voudras. 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