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	<title>vent &#8211; Terrain Fragile</title>
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	<description>TEXTES &#38; PHOTOGRAPHIES FRANCOISE  RENAUD</description>
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		<title>corps souple de l&#8217;île</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 12 Aug 2015 10:28:31 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2015/08/galets_blog3.jpg" rel="lightbox-0"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="alignnone wp-image-279" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2015/08/galets_blog3-1024x1024.jpg" alt=" Ile de Bréhat, photographie de Françoise Renaud" width="574" height="574" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2015/08/galets_blog3-1024x1024.jpg 1024w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2015/08/galets_blog3-150x150.jpg 150w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2015/08/galets_blog3-300x300.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2015/08/galets_blog3-1200x1200.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2015/08/galets_blog3.jpg 1781w" sizes="(max-width: 574px) 100vw, 574px" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Il existe une île dans le Nord armoricain. Plutôt une suite d&rsquo;îlots rocheux parsemés sous le drap du ciel, noirs et roses et bleus, où la réalité s&rsquo;estompe au profit du sensible, où chaque parcelle de terre délivrée des poussières par le bal des marées modifie ses contours en émergeant ou s&rsquo;ennoyant, un peu comme l&rsquo;animal s&rsquo;aplatit dans l&rsquo;herbe pour se fondre dans le paysage.<br />
J&rsquo;y séjournais il y a peu.<br />
Et j&rsquo;ai vu comme une fissure entre la côte et l&rsquo;île, une fracture suintante mouvante froissée de courants où le bon nageur se perdrait à coup sûr.<br />
Quand la mer se retire comme ça — on ne sait pas où elle va —, on dirait un vaste chantier en attente. Plantés sur le rivage on attend aussi, nous les vivants. On attend la remontée des eaux, la volte-face du vent épicé, on attend l&rsquo;arrivée du bateau pour rallier l&rsquo;île ou au contraire s&rsquo;en retourner vers le continent.<br />
On contemple le ciel forcément.</p>
<p style="text-align: justify; font-size: 25px;">Et l&rsquo;eau. Et la ligne de terre en face. Et le ciel à nouveau.<br />
On attend.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Pour être née sur un autre rivage un peu semblable, j&rsquo;ai reconnu le corps de ce pays dans sa rudesse et sa souplesse. La nature des roches diffère mais la présence de l&rsquo;océan confère aux courants d&rsquo;air la même odeur et on ne sait plus où porter les yeux tant il y a de choses à voir. J&rsquo;ai ressenti parfois une subite mélancolie à cause de la fugacité des nuages, à cause des barrières invisibles qui séparent du divin bien qu&rsquo;on se trouve loin des villes. <span id="more-274"></span>En arrière, le souvenir de la fracture qui borne le territoire de l&rsquo;île et donne l&rsquo;impression d&rsquo;être passé de l&rsquo;autre côté. Avec l&rsquo;idée qu&rsquo;on va partir un jour, quitter le monde d&rsquo;ici pour gagner les déserts de lumière blanche. D&rsquo;autres îles, ailleurs. On aimerait qu&rsquo;elle ressemble à celle-là avec des jetées embrumées et des chaos de granite à border l&rsquo;océan.<br />
Et maintenant j&rsquo;aurais tant à écrire pour vous dire la pureté du vent, les champs juste fauchés au bord des prairies marines, les jardins noyés de roses et les agapanthes au bord d&rsquo;éclore.<br />
De tous côtés ce chant à notre portée : nuages vagues vent champs de pommiers et murs de pierre. Forcément on oublie l&rsquo;habituel de la vie. De l&rsquo;autre côté de la fracture, on se laisse fasciner.<br />
On jouit de l&rsquo;île.<br />
On jouit de la splendeur.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Le vent enfle avec la marée montante, les maisons sont tapies, pas de voitures. Le soir, quand les visiteurs s&rsquo;en sont allés, quand les lumières du village s&rsquo;éteignent, il n&rsquo;y a plus que le cœur de l&rsquo;océan qui bat et notre sang, mouvement vital au-dessous de la voie lactée.</p>
<p style="text-align: right;"><em>Photographie : Bréhat, ©Françoise Renaud, 2013</em></p>
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