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	<title>rite de passage &#8211; Terrain Fragile</title>
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	<description>TEXTES &#38; PHOTOGRAPHIES FRANCOISE  RENAUD</description>
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		<title>rite de passage</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 26 Jan 2018 12:45:28 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[elle observe les flancs de forêt déchiquetés, les affleurements de roche visibles entre le peu de végétation rogné par l&#8217;hiver, brûlé, décomposé, sinon les arbres forts capables de tenir encore du temps et les bosquets épineux coriaces et pour la première fois elle éprouve le sentiment que la saison froide est pareille à un rite de &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/rite-de-passage/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« rite de passage »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/01/arbre1_carré.jpg" rel="lightbox-0"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="alignnone wp-image-1319" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/01/arbre1_carré-1022x1024.jpg" alt="" width="640" height="641" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/01/arbre1_carré-1022x1024.jpg 1022w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/01/arbre1_carré-150x150.jpg 150w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/01/arbre1_carré-300x300.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/01/arbre1_carré-768x770.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/01/arbre1_carré-1200x1202.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/01/arbre1_carré.jpg 2044w" sizes="(max-width: 640px) 100vw, 640px" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">elle observe les flancs de forêt déchiquetés, les affleurements de roche visibles entre le peu de végétation rogné par l&rsquo;hiver, brûlé, décomposé, sinon les arbres forts capables de tenir encore du temps et les bosquets épineux coriaces<br />
et pour la première fois elle éprouve le sentiment que la saison froide est pareille à un rite de passage, un rite épuisant qui condamne les corps d&rsquo;homme à la retraite et à l&rsquo;enfouissement sous les vêtements, les animaux à courir à perdre haleine à travers les versants pour dénicher des racines maigres ou à se blottir dans des recoins discrets protégés des prédateurs, si possible un peu confortables pour attendre attendre, attendre que les flux s&rsquo;activent à nouveau dans l&rsquo;air et sur la terre</p>
<p style="text-align: justify;">et c&rsquo;est vrai qu&rsquo;elle rechigne à se soumettre à l&rsquo;inclinaison du temps comme au mal ou à la douleur, pourtant elle mesure bien ce qu&rsquo;il faut de patience pour que tout se reconstitue de la matière des fleurs et de la pulpe des fruits, bien plus tard alors qu&rsquo;on a oublié le pincement du gel et les étendues blanches figées au lever du soleil dans les mois les plus rudes, et elle connaît le bonheur de croquer une cerise bien ventrue ou de mordre dans une pêche de vigne — elle a connu plusieurs cycles complets entre anéantissement et renaissance depuis qu&rsquo;elle vit en territoire sauvage —, mais elle rechigne quand même, c&rsquo;est difficile pour elle ce passage austère, ce parcours obligé, cette phase incontournable avec soleil bas et brume flottant au-dessus des ruisseaux, ramures de châtaignier presque mauves dans la subtile palette des montagnes cévenoles</p>
<p style="text-align: justify;">le monde est persévérant et si confiant dans ses affaires, elle le sait, il semble pas mal se débrouiller en dépit de ce qui l&rsquo;abîme ou le détruit</p>
<p style="text-align: justify;">en cet hiver qui rogne et endort son île, elle espère l&rsquo;émergence de l&rsquo;herbe et des premiers pissenlits, mais il n&rsquo;est pas encore question de cela</p>
<p style="text-align: justify;">au loin elle observe les masses humides portées par d&rsquo;invisibles ascendances qui remontent de la mer pour abreuver plaine et montagne, courants complexes reliées aux mécanismes des océans et aux circulations des vents — car il faut bien remplir les nappes phréatiques et rasséréner les plantes éprouvées par les canicules répétées —, alors elle pèse combien elle aussi a besoin de repos, rien d&rsquo;autre à faire en ces mois ternes sinon sentir son point d&rsquo;ancrage, son point d&rsquo;équilibre, activer sa respiration la plus douce possible lorsqu&rsquo;on marche sous la pluie au sein du paysage en train de se reconstituer — finalement irréel qu&rsquo;il soit saturé d&rsquo;eau ou enneigé ou gelé —, en train de chuinter grogner murmurer, passage <em>largo</em> d&rsquo;un mouvement symphonique dont l&rsquo;ampleur nous échappe, où les âmes de nos disparus se promènent seules au long des rivages immobiles</p>
<p style="text-align: right; font-size: 15px;"><em>Photographie Françoise Renaud, 2017 </em></p>
<p>&nbsp;</p>
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