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	<title>révélation &#8211; Terrain Fragile</title>
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		<title>tout un été d&#8217;écriture #26 &#124; révélation</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 Aug 2018 14:33:54 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Plusieurs scènes reviennent, plusieurs pistes, comment faire. S’embarquer dans l’une vaille que vaille. De toute façon toujours ce même corps de petite fille dégourdie élevée à la campagne, du moins dans un bourg de campagne avec une église (sacrément belle l’église, érigée tout près des falaises) avec office le dimanche matin et chemin de croix &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-26-revelation/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« tout un été d&#8217;écriture #26 &#124; révélation »</span></a></p>]]></description>
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<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph">Plusieurs scènes reviennent, plusieurs pistes, comment faire. S’embarquer dans l’une vaille que vaille. De toute façon toujours ce même corps de petite fille dégourdie élevée à la campagne, du moins dans un bourg de campagne avec une église (sacrément belle l’église, érigée tout près des falaises) avec office le dimanche matin et chemin de croix le vendredi saint, une certaine pauvreté décelable dans l’allure des vêtements, et plus ou moins au même âge (une douzaine d’années ou un peu plus). Une bonne petite fille qui se débrouillait sans l’aide de personne et marchait de toute la force de ses jambes, bien décidée à en découdre avec la vie qui se proposerait devant. Peu d’endroits qu’elle connaissait alors, peu de zones construites, peu de routes&nbsp;: celle qui dans un sens conduisait au bourg, dans l’autre à la ferme où ils allaient chercher le lait &#8212; elle était bordée de fossés où croissait une multitude d’espèces vivaces et embouchait sur une route plus fréquentée qui conduisait à un bourg plus important –, </p>



<p class="has-medium-font-size wp-block-paragraph">et celle qui bordait la côte qui permettait de gagner la crique où elle se baignait en été et accueillait ses promenades par temps d’hiver. C’était là son territoire, son modeste royaume, son répertoire d’images – bien sûr qu’il survivrait en elle. Il y avait aussi quelques livres mais très peu, quelques-uns qu’elle avait lus à l’école. La ville ne s’était pas encore manifestée, mais elle avait déjà pressenti les limites de ce monde d’origine bien que l’océan fût infini et les vagues innombrables. Elle jouait avec son frère à des jeux de voyage, étudiait les cartes de géographie qui lui tombaient sous la main jusqu’à être capable de les reproduire. Le nom de certaines villes soulevait en elle des pensées heureuses, engendrait des rêves de départ. Et voilà qu’elle venait d’atteindre l’âge du lycée, bien jeune encore – surtout qu’elle était en avance &#8211;, c’est ce que pensait son père et il s’inquiétait énormément à l’idée de la voir traverser seule la vaste ville pleine de périls. Et que dire de sa mère. Dix ans qu’ils avaient perdu leur fille aînée mais ça c’était une autre histoire, et lui en particulier ne tenait pas à raviver ce fracas, s’efforçant de le comprimer sous silence alors qu’il aurait été nécessaire au contraire de vider l’abcès, de laisser éclater sa colère. Enfin pour lui faciliter les choses, il avait eu l’idée de l’accompagner pour réaliser avec elle les parcours qu’elle aurait à accomplir : de la gare routière à l’internat, de l’internat à la route de Rennes et puis au conservatoire de musique le jeudi. En autobus et à pied. Une sorte d’apprentissage rapide pour se construire des repères. Car sans en avoir l’air il la couvait, sa petite aux taches de rousseur sur le nez qui portait ses gênes – sa petite : une vérité dont il aurait eu envie de douter, du moins pendant un certain temps, parce qu’elle avait des cheveux rouges et c’était une particularité rare non repérée dans sa famille, et puis surtout il aurait préféré un garçon, mais là aussi c’est une autre question – et ils avaient couru l’un et l’autre presque se tenant la main, en tout cas coude à coude, le long des boulevards depuis la zone sud jusqu’au nord, d’arrêt de bus en arrêt de bus, de place en place. Ils avaient marché ensemble. Et il s’était passé quelque chose entre eux avec la ville autour d’eux. Elle n’avait pas eu peur, et aussi loin que la portait son imagination, elle avait fait confiance à son père et à ses propres yeux, à son corps qui marchait, d’emblée elle avait décelé dans tout ce qu’elle voyait de quoi contenter son attente : filles en pantalons à la mode, garçons attirants, beaux bâtiments, boulevards avec circulation automobile intense, magasins, cinémas, pâtisseries, librairies. Tout semblait l’appeler au-delà des ombres sur la mer atlantique, au-delà des récifs et des oiseaux dont elle connaissait le cri le chant, les yeux des hommes sollicitaient sa jeunesse, promesse d’indépendance, de séparation des parents, enfin passée en zone hors de contrôle, sa vie brûlante loin du bourg et de l’église à deux pas des falaises. Jusque-là rien de tel n’avait été imaginable et soudain le labyrinthe de la métropole régionale s’offrait telle une terre étrangère enivrante. Multitude diversité vacarme. D’un coup la soif de liberté lui avait sauté à la gorge. Oui cette ville deviendrait son territoire d’émancipation, c’était sûr, désormais elle ne souhaitait plus qu’une chose, se débarrasser de cette ruralité qui lui collait à la peau comme une mauvaise odeur, comme une preuve d’indigence. Ville ventre cocon pour éclore. Et tandis que le père lui procurait des explications qu’elle écoutait pour ne pas lui faire de peine, elle se disait qu’elle se débrouillerait bien toute seule, que sur ce nouveau sol elle grandirait encore, deviendrait jeune fille puis femme. Elle savait ce qu’elle voulait ou plutôt ne voulait pas. À ce stade il lui échappait tout de même qu’elle devrait une sacrée part de son devenir à cet homme qui ce jour-là lui avait mis les clés en main sans forcément se douter que la grande ville engagerait sa cadette à la métamorphose l’avalerait l’entraînerait dans une existence très éloignée de lui. Comme si un lieu pouvait nous détourner du cours principal de l’histoire, nous inviter à conquérir l’inattendu sans pour autant nous faire oublier nos premiers territoires, nos chères premières années qui nous ont échappé et continuent à battre en nous comme une pluie.</p>



<div style="height:68px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><em> texte écrit par Françoise Renaud dans le cadre de l&rsquo;atelier d&rsquo;été 2018 proposé par François Bon <strong> <a href="http://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article210"> « Construire une ville avec des mots »</a></strong></em><br /><em><strong><span style="color: #339966;"><span style="font-size: 15px; color: #993366;">La proposition d&rsquo;écriture (toujours en 20 minutes) / #26 : <i>remonter à la première expérience, pas forcément sur le lieu du récit, que cela remonte à l’enfance ou à un voyage, où la ville soudain nous soit apparue comme concept</i>.<br /></span></span></strong></em></p>



<figure class="wp-block-image is-style-default"><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/église.jpg" rel="lightbox-0"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="1022" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/église-1024x1022.jpg" alt="" class="wp-image-1714" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/église-1024x1022.jpg 1024w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/église-150x150.jpg 150w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/église-300x300.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/église-768x767.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/église-1200x1198.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/église.jpg 1947w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" data-mwl-img-id="1714" /></a></figure>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><em>Photographie : Françoise Renaud (Bretagne), 2015<br /></em></p>
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