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	<title>personnages &#8211; Terrain Fragile</title>
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	<description>TEXTES &#38; PHOTOGRAPHIES FRANCOISE  RENAUD</description>
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	<title>personnages &#8211; Terrain Fragile</title>
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		<title>un hiver personnages #3 &#124; une foule</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 04 Feb 2020 11:21:21 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[peinture]]></category>
		<category><![CDATA[ville]]></category>
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					<description><![CDATA[Cycle d&#8217;ateliers hiver 2019/2020 avec Tiers Livre et François Bon intitulé « Un hiver personnages ». Proposition 3 : « à vous de choisir ce qui sera votre échantillonnage, votre piscine pour immersion avec foule, et la taille de cette foule. Et puis organiser le défilé des masques. Une affaire de mouvement ? Une affaire de mouvement. Et &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/un-hiver-personnages-3-une-foule/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« un hiver personnages #3 &#124; une foule »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="font-size: 14px; text-align: justify;"><em>Cycle d&rsquo;ateliers hiver 2019/2020 avec Tiers Livre et François Bon intitulé « Un hiver personnages ». Proposition 3 : « à vous de choisir ce qui sera votre échantillonnage, votre piscine pour immersion avec foule, et la taille de cette foule. Et puis organiser le défilé des masques. Une affaire de mouvement ? Une affaire de mouvement. Et de peinture ? Et de peinture. »  </em><em><a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4877">En savoir plus ici</a>. </em></p>
<p>&nbsp;</p>
<h3><em><strong>réduction de l&rsquo;espace</strong></em></h3>
<p style="text-align: justify;">Serrés comme des sardines. Corps inconnus, étrangers, corps en vêtements de saison, corps à gifler repousser, corps chargés d’odeur de ville de gasoil de tabac et autres substances à fumer, corps avec barbe et lunettes, corps adossés tant bien que mal avec épaules bras mains qui se frôlent une fois accrochées aux barres métalliques prévues pour éviter de tomber lors des accélérations, corps fatigués énervés plus ou moins propres, ramassés en nombre dans l’espace étroit, infréquentables. Et il faut se retenir de soupirer de crier parce qu’à un moment donné ça devient insupportable de rester là, au contact, alors que d’autres montent encore, réduisant d’autant l’espace respirable — comment font-ils d’ailleurs pour trouver à se caser, récalcitrants à la compression et à l’empilement mais visiblement accoutumés aux mouvances de la multitude ? Lui qui a la mèche folle et le front luisant, il a l’air d’en avoir assez lui aussi, stoïque debout, plutôt bel homme, il porte un foulard de toutes les couleurs qui le rend attirant — tiens c’est vrai je ne l’avais pas remarqué au premier abord, c’est qu’il a dû monter dans la rame après moi. Lui en bonnet tricoté genre rasta affalé dans un angle, moue occupant le bas du visage terne et crispé, conservant entre le pouce et l’index un semblant de cigarette. Lui en manteau élégant — mais qu’est-ce qu’il fait là ? c’est qu’il est obligé. Familles en duos trios forcément disloquées, pas d’interstices suffisamment grands, du coup l’un casé en profondeur dans l’allée, l’autre pressé près d’une vitre, l’autre encore à l’assaut d’un strapontin étrangement libre hissant sur ses genoux le petit — trois ou quatre ans — mais la robe se coince dans l’articulation du siège si bien qu’il faut l’intervention de la voisine pour démêler l’affaire. Merci beaucoup madame. Je suis des yeux, je vois, j’observe, je souffre et respire avec eux, corps inconnus indifférents les uns aux autres, suffisamment éduqués pour demeurer ensemble quelques minutes, pas plus. Et tout ce qui arrive dans ces poignées de temps perdues dans la cohue, touchés par les mêmes oscillations et variations de vitesse entraînant effleurements rapprochements chocs non désirés, tout ce qui arrive s’inscrivant au fur et à mesure dans le cerveau, mémoire composée de petits morceaux de peau surpris dans l’ouverture d’un vêtement ou portions de visage ou expressions ou détails marquants dans l’accoutrement et la silhouette ou encore odeurs de laine mouillée et de sueur, rarement parfum fleuri ou citronné (trop loin la toilette du matin), de scènes brèves, de paroles dérobées. Elle maquillée et pacotille au poignet, cheveux retenus par une sorte de bandeau à paillettes. Elle avec casque audio mâchant du chewing-gum avec l’air de s’en moquer. Les deux là garçons, quinze ans, badant leur téléphone avec l’air complice. Lui aux avant-bras tatoués. Elle serrant son sac sur ses genoux, inquiète du moment où elle va devoir se lever et trouver la sortie. Elle avec un livre, plongée dedans. Ils elles oscillent avec le wagon dans un flou coloré fluctuant, parfois inquiétant. Je les vois. Je me demande de quoi sont faits leurs rêves. Et je les observe dans cet effort à cohabiter, à supporter cette situation, je les applaudis et commence à souffrir avec eux de la promiscuité et de la chaleur qui grimpe bien que le wagon soit climatisé à ce qu’il paraît — fait si chaud dehors ou alors clim en panne —, hautes parois vitrées reflétant les immeubles de la ville avec pans de ciel intercalés, trottoirs, terre-pleins, lumières violentes — zut, j’aurais dû essayer de m’installer de l’autre bord —, rumeurs propulsées à l’intérieur à l’ouverture des portes. Ça brasse, ça roule comme si on était sur la mer, d’un bord à l’autre, d’un corps à l’autre, frôlements dans l’indifférence générale, l’un se retourne, l’autre soupire ou sourit, excusez-moi, mais je vous en prie. Je m’efface. Bientôt mon tour de descendre.</p>
<p style="font-size: 13px; text-align: right;"><em>Photographie : Fabrizio Verrecchia (Unplash)</em></p>
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		<title>un hiver personnages #1 &#124; cap des tempêtes</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 27 Dec 2019 10:02:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[corps]]></category>
		<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[cap des tempêtes]]></category>
		<category><![CDATA[personnages]]></category>
		<category><![CDATA[visage]]></category>
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					<description><![CDATA[Nouveau cycle d&#8217;ateliers avec Tiers Livre et François Bon intitulé « Un hiver personnages ». Première proposition : « A nul moment je n&#8217;ai décrit votre visage. » inspirée par Edmond Jabès. Donc un travail d’éclatement, de fragments, où chaque piste mène vers le même visage, mais depuis une source ou une forme différente. En savoir plus ici. &#160; &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/cap-des-tempetes/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« un hiver personnages #1 &#124; cap des tempêtes »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: left; font-size: 15px;"><em>Nouveau cycle d&rsquo;ateliers avec Tiers Livre et François Bon intitulé « Un hiver personnages ». Première proposition : « A nul moment je n&rsquo;ai décrit votre visage. » inspirée par Edmond Jabès. Donc un travail d’éclatement, de fragments, où chaque piste mène vers le même visage, mais depuis une source ou une forme différente. <a href="https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4867">En savoir plus ici</a>.<br />
</em></p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Au commencement il n’y a pas de visage. Rien qu’un champ confus au voisinage d’un corps, un espace en désordre qui ne donne rien à reconnaître, qui ne veut pas, qui se refuse. Pas de rencontre possible. La main qui s’avance se heurte à un mur. Elle ne saurait dire si c’est froid ou brûlant, attirant ou repoussant, et elle ne peut s’approcher davantage pour savoir. Pas encore. Comme une noirceur, un chamboulement des distances, une sensation de substance biologique inconnu. Il faudra attendre, un autre jour bien plus tard, pour accéder aux choses véritables.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Et puis sur le pont d’un bateau, c’est un jour magnifique, un jour où le ciel vif fabrique du vent qui fabrique lui-même une forte houle qui soulève de l’écume dans une grande lumière. On a un peu le mal de mer mais ça ne compte pas. Les natures vont se dévoiler en ces instants où bondissent les dauphins, non pas la forme des pommettes, la couleur des yeux, les proportions du visage, la façon de hocher la tête pour mieux appréhender le profil de la côte lointaine, pas cela. Plutôt chez lui, ces failles de lumière dans les prunelles, ces déchirures héritées de son histoire perceptibles au frémissement des lèvres, cette tension des joues signifiant une attente, plus encore une espérance, toutes ces affaires profondes qui se trament dans l’ombre des détails — encore faut-il les déceler —, tout passe si vite, tout est soumis aux vigueurs du temps comme le ciel dont l’immensité étreint presque à faire mal alors qu’on navigue libres et ivres, un peu malades à cause de la houle, malades à cause de l’amour qui va venir peut-être à force de traquer les traits de ce visage, inconnu de soi encore, peut-être jamais familier.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">− Tu y pensais à ce moment-là, n’est-ce pas ? Hein que tu y pensais ?À quoi ?<br />
− À l’amour pardi.<br />
− Je ne sais pas. Non pas vraiment. C’était si improbable.<br />
− Oui mais si intense. Tu savais qu’il se passait quelque chose, tu ne peux pas dire le contraire.<br />
− Oui sans doute. Mais la pensée de l’autre nous trompe, le visage de l’autre. Il prend l’apparence de l’ange et puis du diable. Il reste un étranger. Je pensais que c’était mieux qu’il reste un étranger.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Il dort encore. Un peu de lumière s’infiltre à travers les rideaux tirés, suffisamment pour voir son visage, celui qu’il a quand il dort, quand il rêve, échappe à lui-même. Je pense que c’est là son vrai visage. La peau est détendue, les traits adoucis. Je ne le reconnais pas.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Mais quel âge a-t-il ? — question idiote. Je ne parle pas du corps, je parle du visage. Quel âge a ce visage ? Combien d’heures de navigation, de nuits à la barre à contempler les étoiles, de déferlantes franchies, de calmes blancs, toutes les folies de la mer réunies en un seul et unique voyage. C’était couru d’avance, tout se fracasse à un moment ou à un autre. On y croyait pourtant, même si l’espoir était maigre et fragile, ses lèvres tremblaient, s’asséchaient dans l’intensité d’un possible baiser, le visage alors si proche du mien, confondu dans l’ombre de la chambre, le scintillement de l’œil, la vigueur du désir de vivre et en même temps d’en finir d’un seul coup, guillotine qui tranche la chair et les veines et les vertèbres, surtout que tout s’achève dans l’embrasement des sens qu’on en finisse une fois pour toutes. Mais pas encore. Ne pas toucher sinon tout va se briser.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">cap des tempêtes – fragments de vie de mort – tout ça ne tient qu’à un fil – jouissance naissance fureur – qui es-tu ? – qui es-tu ? – ô visage endormi</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Ce désir est un rêve sans doute. Tout comme cette nuit-là où il avait bu autant qu’un russe, il titubait, ses yeux lançaient des éclairs, il était entré dans un trou noir, il avait envie de faire mal, de se faire mal, il mâchonnait des mots durs. Alors le visage méconnaissable         décomposé         tordu          il voulait mourir en passant le cap Horn sur son bateau en bois, les mots émanant de sa bouche contusionnée comme s’il s’était battu, une destruction orchestrée, il se fichait de tout. J’ouvre les yeux, tends la main, il n’y a rien.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: right; font-size: 13px;"><em>Photo by Aleks Dahlberg (Unsplash)</em></p>
<p style="text-align: justify;">
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		<title>tout Mauvignier en une seule phrase</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 23 Jul 2017 12:22:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[corps]]></category>
		<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[famille]]></category>
		<category><![CDATA[Le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[atelier d'été]]></category>
		<category><![CDATA[Laurent Mauvignier]]></category>
		<category><![CDATA[le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[personnages]]></category>
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					<description><![CDATA[une seule phrase qui assaille, tourne autour de la déchirure&#8230; au téléphone on lui a dit qu’il fallait faire vite, qu’il y avait eu un accident — ah bon un accident ? — en fait elle n’a pas tout compris (on lui parlait en anglais et il y avait de la friture sur la ligne) &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-mauvignier-en-une-seule-phrase/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« tout Mauvignier en une seule phrase »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify; font-size: 15px;"><em>une seule phrase qui assaille, tourne autour de la déchirure&#8230;</em></p>
<p><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/07/arton4441.jpg" rel="lightbox-0"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-1151" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/07/arton4441.jpg" alt="" width="800" height="739" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/07/arton4441.jpg 800w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/07/arton4441-300x277.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/07/arton4441-768x709.jpg 768w" sizes="(max-width: 800px) 100vw, 800px" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">au téléphone on lui a dit qu’il fallait faire vite, qu’il y avait eu un accident — ah bon un accident ? — en fait elle n’a pas tout compris (on lui parlait en anglais et il y avait de la friture sur la ligne) sinon qu’il était question de lui, son fils, et qu’il ne fallait pas perdre de temps, sur le coup elle s’est sentie dépouillée et elle s’est mise à trembler, et depuis, ça ne la quitte pas ce tremblement de tout le corps et l’âme à l’envers, cette bousculade de questions coincées dans la gorge et ces mots, ces larmes au fond du ventre à propos du malheur qui se manifeste toujours au plus mauvais moment, qui de toute façon devait s’abattre un jour sur leurs têtes — elle l’avait toujours su — car rien n’avait marché comme il aurait fallu au sein de leur famille, rien, absolument rien, et ça ne datait pas d’hier, ça remontait même à loin, enfin voilà ce qui l’obsède quand elle traverse le hall de l’aéroport, s’efforçant de contrôler la cadence de ses pas, et lui en vérité — le fils — il n’a jamais supporté cet état des choses, à cause de ça qu’il est parti loin dès qu’il en a eu l’occasion, le plus loin possible d’eux, <span id="more-1149"></span>ses parents et son imbuvable tribu, avant que ça explose dans leurs têtes et dans leurs entrailles, et maintenant il est arrivé quelque chose de grave, peut-être même qu’il va y passer — ce qu’a sous-entendu le médecin au téléphone si on ne trouvait personne de compatible, enfin c’est ce qu’elle a cru comprendre, sur le moment elle était si bouleversée — et elle sait que ce n’est pas un hasard tout ça (malgré la climatisation son front est en sueur, et pas seulement le front, les aisselles aussi et le long du dos, elle sent que ça glisse entre ses omoplates, une sueur de fatigue et d’angoisse), et maintenant elle n’a pas le choix, tenir bon, trouver le courage de pousser sa valise, ici et maintenant elle doit se concentrer, se débrouiller au milieu des petits groupes de gens encombrés de bagages qui attendent devant le comptoir de la compagnie (ce qui est assez normal dans un aéroport au sol de couleur neutre tout comme le revêtement des parties murales), elle a refusé qu’on l’accompagne, l’événement ne concernait qu’elle, elle seule, parce qu’il s’agissait de son enfant n’est-ce pas ? et parce que le père avait renoncé à comprendre depuis longtemps, muré dans sa colère, toujours en guerre contre lui-même, c’était donc à elle de prendre les choses en main et de remonter à l’envers le chemin que le fils avait emprunté pour fuir tout ce qui s’ était amassé de silence autour de leurs vies depuis le commencement — certains ont dit que c’était pas des façons de tout plaquer comme ça sur un coup de tête, d’abandonner père mère pays pour on ne sait quelles raisons, ou plutôt si, on savait mais on ne voulait pas le reconnaître —, bien sûr que c’était à elle d’entreprendre ce voyage jusqu’à rejoindre l’endroit où le pauvre corps est couché, corps qu’elle a porté nourri lavé, saisir sa main, la caresser — elle a tellement envie de croire que leurs chairs leurs sangs seront compatibles, comment envisager le contraire ? — alors qu’elle est au bord d’embarquer, assise sur une banquette en skaï, tentant de surmonter le chagrin qui l’envahit par vagues depuis qu’elle a appris la nouvelle… tellement envie de prononcer son nom… de serrer doucement ses doigts entre les siens pour lui dire « mon fils, mon amour, je suis là » et le sauver du pire… c’est fou comme elle a hâte, elle n’y tient plus, il faut qu’elle mesure de ses propres yeux comment tout s’est inscrit sur son visage vivant ou mort, mais pourquoi l’histoire des familles nous ruine-t-elle à ce point ? pourquoi faut-il qu’un truc horrible arrive — évidemment un drame —, pour trouver la force de défoncer les murs qui séparent et voir enfin la même face du monde ?</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="font-size: 15px; text-align: right;"><em>texte créé par Françoise Renaud dans le cadre de l&rsquo;atelier d&rsquo;été 2017, volet 3 « Tout Mauvignier en une seule phrase », proposé par François Bon : <a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4441">Et si je vous dis personnages ?</a><br />
<span style="color: #207373;">Il était proposé d&rsquo;écrire  » un paragraphe unique, pas de narrateur présent dans le texte (se retrancher du jeu)&#8230; le seul point d’accroche reste le personnage lui-même&#8230; »</span></em></p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>dans le métro ce matin</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 03 Jul 2017 08:20:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[corps]]></category>
		<category><![CDATA[Le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[ville]]></category>
		<category><![CDATA[le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[personnages]]></category>
		<category><![CDATA[rencontres éphémères]]></category>
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					<description><![CDATA[Ça roule ça oscille, bras tendus accrochés ferme au bâtiment qui tremble dans l’accélération, mais il essaie de tenir bon même si l’oppression le gagne, sueur perlant sur son front malgré le frais de la saison — plus fraîche que la normale ils ont dit —, pourtant il est en sueur, il a du mal à supporter. &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/dans-le-metro-ce-matin/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« dans le métro ce matin »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/07/arton4423.jpg" rel="lightbox-0"><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-1138" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/07/arton4423.jpg" alt="" width="640" height="505" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/07/arton4423.jpg 640w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/07/arton4423-300x237.jpg 300w" sizes="(max-width: 640px) 100vw, 640px" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Ça roule ça oscille, bras tendus accrochés ferme au bâtiment qui tremble dans l’accélération, mais il essaie de tenir bon même si l’oppression le gagne, sueur perlant sur son front malgré le frais de la saison — plus fraîche que la normale ils ont dit —, pourtant il est en sueur, il a du mal à supporter. Une mauvaise nuit sans doute, relents de fumée de saleté collés à son costume élimé, relents insupportables à mesure du trajet quand on est comme moi projetée le nez dans le tissu. À être tassés, impossible d’échapper.</p>
<p style="text-align: justify;">Entrée en station, ouf la porte claque, il sort ni vu ni connu — ce qu’il croit.</p>
<p style="text-align: center;">***</p>
<p style="text-align: justify;">Juste en face une fille écrit sur son téléphone sans broncher, ne bouge presque pas — enfin le moins possible, juste les pouces très vite —, elle ne veut pas croiser les yeux de quelqu’un d’autre, elle veut rester avec elle-même dans son téléphone, avec les odeurs de la nuit précédente, les images accumulées conservées dans un petit coffret à ouvrir plus tard quand elle sera seule dans le regret d’une histoire très romantique, imaginée peut-être ou déjà achevée. À un moment donné sa lèvre se tord, je ne suis pas sûre mais j’ai l’impression qu’elle va pleurer.</p>
<p style="text-align: center;">***</p>
<p style="text-align: justify;">On lui a cédé un strapontin. Elle s’y installe difficilement, quelqu’un l’aide un peu. Puis elle ramène sur elle le pan de sa jupe pas toute jeune, le voyage n’en finit pas, sac posé sur ses genoux qu’elle retient de ses mains ossues toutes ridées tavelées. J’imagine sa difficulté à se déplacer à pied dans la ville et à transporter ses possessions, son dos accablé et sa nuque couverte de petits cheveux blancs repoussés dru sous la ligne de croissance habituelle des cheveux, la douleur dans ses articulations.<br />
Ça va, madame ? Ça va aller, vous êtes sûre ?<br />
Même si elle hoche la tête et murmure Vous êtes gentille, je veille sur elle quand elle descend de la rame.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="font-size: 15px; text-align: right;"><em>textes créés par Françoise Renaud dans le cadre de l&rsquo;atelier d&rsquo;été 2017, volet 2,  proposé par François Bon : <a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4423">Et si je vous dis personnages ?</a><br />
<span style="color: #477d78;">Il était proposé d&rsquo;écrire « trois paragraphes compacts, chacun organisé sur un personnage, une confrontation, une circonstance, un face-à-face. Que la matière même qu’on va faire surgir devienne territoire de l’imaginaire collectif à construire. »</span></em></p>
<p>&nbsp;</p>
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