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	<title>mère &#8211; Terrain Fragile</title>
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	<description>TEXTES &#38; PHOTOGRAPHIES FRANCOISE  RENAUD</description>
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		<title>ubasute</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 22 Jun 2024 13:22:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[au bord du jour 2024-2025]]></category>
		<category><![CDATA[mère]]></category>
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					<description><![CDATA[texte écrit autour de l&#8217;idée d&#8217;un seul et unique livre qui resterait avec nous jusqu&#8217;à la fin&#8230; Désormais l’âge la prend, elle sait qu’il est temps, elle sait qu’elle doit décider, partir, s’extraire de la vie quotidienne pour l’ultime vie. Aborder le dépouillement. Lâcher l’espérance du terrestre. Elle regarde le grand jardin autour de la &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/ubasute/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« ubasute »</span></a></p>]]></description>
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<p class="has-small-font-size wp-block-paragraph"><em>texte écrit autour de l&rsquo;idée d&rsquo;un seul et unique livre qui resterait avec nous jusqu&rsquo;à la fin&#8230;</em></p>



<div style="height:52px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<p class="wp-block-paragraph" style="font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.682), 20px);">Désormais l’âge la prend, elle sait qu’il est temps, elle sait qu’elle doit décider, partir, s’extraire de la vie quotidienne pour l’ultime vie. Aborder le dépouillement. Lâcher l’espérance du terrestre. Elle regarde le grand jardin autour de la maison dont l’homme s’occupait, ratissait avec soin les allées. S’en détache. Pense au grand jardin de montagne dans lequel elle veut se perdre.<br /><br />Ubasute. Elle connaît la pratique mythique. Elle la réclame à son fils à présent, en silence. Depuis plusieurs mois elle y pense. Mais il y a les livres autour d’elle, beaucoup de livres, des couvertures du noir dense au bleu pâle en passant par le blanc. Des murs de livres. Et ce sont eux, les livres, qui la retiennent encore.</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.682), 20px);">Elle en prend un, puis un autre. Elle veut n’en choisir qu’un seul. Elle veut qu’il contienne tout ce qui a compté : la beauté des fleurs, l’intensité du blanc de la neige. Elle veut qu’il contienne toutes les sortes de vents et de parfums, les odeurs piquantes des émotions, l’amour de la mère pour le fils, l’acéré de la solitude. Elle veut qu’il contienne les bruits de la terre du levant au couchant et les chants de la nuit après une soirée chaude. Quand elle aura trouvé le livre, elle pourra le dire au fils, fixer le jour avec lui. Une promesse qu’il doit lui faire parce que la vie la quitte chaque soir un peu plus. Et elle sait où elle veut qu’il la conduise, elle a repéré le lieu, elle le guidera quand il la prendra sur son dos avec le livre qu’elle pourra serrer dans ses mains. Et le jour est arrivé. Elle est sur son dos. Ils avancent sur le flanc de la montagne. La vie d’ici-bas s’épure, se tasse dans la vallée, demeure avec les hommes et les femmes des villages. La mère et le fils qui la porte s’élèvent, atteignent rapidement le seuil de la neige et reconnaissent la cabane dans la fissure au bord de la forêt. La nuit sera dense et froide. Ensuite il partira.</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.682), 20px);">Dernière station. Deux randonneurs marchent dans la neige fraîche. Ils sont bien équipés pour le froid. Ils ne vont pas la remarquer, elle couchée sur le lit de branches, ensevelie. Ils voient juste le livre posé sur le banc à l&rsquo;intérieur de la cabane. Un livre là, inattendu. Ils en reviennent au commencement du livre après avoir lancé le feu pour se réchauffer. L’un d&rsquo;eux décide d&rsquo;en faire lecture à l’autre dans la lumière des flammes. L’un tourne les pages du livre tandis que l’autre nourrit le feu de bûches jusqu’à la toute fin de l’histoire.</p>



<p class="has-text-align-center has-small-font-size wp-block-paragraph"><em>Photographie ©Françoise Renaud</em>, au jardin, 2024</p>
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		<title>ma passagère</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 22 Jun 2023 12:10:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[carnet d'installation 2023]]></category>
		<category><![CDATA[édredon]]></category>
		<category><![CDATA[maison]]></category>
		<category><![CDATA[mère]]></category>
		<category><![CDATA[vieillissement]]></category>
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					<description><![CDATA[carnet d&#8217;installation &#124; 18 juin 2023 Cet endroit au centre du pays devient peu à peu lieu de passage, étape entre deux points. Entre nord et sud. Entre océan et montagnes. Il est doté désormais d&#8217;une chambre d&#8217;amis, certes ornée de motifs désuets destinés à disparaître sous un nouvel enduit et encombrée par quelques cartons &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/ma-passagere/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« ma passagère »</span></a></p>]]></description>
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<h2 class="wp-block-heading">carnet d&rsquo;installation | <em>18 juin 2023</em></h2>



<div style="height:40px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<p class="wp-block-paragraph" style="font-size:clamp(14.642px, 0.915rem + ((1vw - 3.2px) * 0.836), 22px);">Cet endroit au centre du pays devient peu à peu lieu de passage, étape entre deux points. Entre nord et sud. Entre océan et montagnes. Il est doté désormais d&rsquo;une chambre d&rsquo;amis, certes ornée de motifs désuets destinés à disparaître sous un nouvel enduit et encombrée par quelques cartons de livres, mais infiniment calme et apte à accueillir. Ces derniers jours, une occupante particulière : la femme qui est ma mère.  Un si bref séjour. A peine le temps de me raconter les menus événements du bord de la mer et les dernières disparitions &#8212; à son âge elle perd du monde tous les jours, famille, voisins, anciens élèves &#8212; et toujours chez elle, cette hâte à repartir à peine arrivée, cette inquiétude à accomplir le trajet en sens inverse avec le frais ou la chaleur, des orages peut-être, de la circulation sur la route, quoi qu&rsquo;un dimanche ça devrait&#8230; enfin on verra bien&#8230; cette insécurité à se déplacer hors de sa zone de vie, hors de son périmètre maîtrisé. Une chose qu&rsquo;on peut comprendre alors qu&rsquo;elle entame sa quatre-vingt-quinzième année d&rsquo;existence&#8230; et toujours de belles jambes, peu de rides, un cerveau qui fonctionne plus que bien quoi qu&rsquo;elle en dise. Tout le monde l&rsquo;envie. Je lui rappelle de saisir son présent comme il vient, d&rsquo;aller là où est son plaisir. Elle hoche la tête, sourit, me serre la main. Ainsi fait-elle passer son affection davantage que par les mots.</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="font-size:clamp(14.642px, 0.915rem + ((1vw - 3.2px) * 0.836), 22px);">Ce matin, encore visibles les traces de sa venue dans le pli du couvre-pieds rouge que je déménage depuis des décennies &#8212; il appartenait à Maurice qui habitait la maison du puits et que je considérais comme mon grand-père &#8211;, dans le livre abandonné sur le rebord de fenêtre, le mouchoir oublié, le sourire envolé fixé dans une photo.</p>



<div style="height:40px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<p class="has-text-align-center has-small-font-size wp-block-paragraph"><em>Photographie ©Françoise Renaud- au jardin, 20 juin 2023</em></p>
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