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	<title>matières &#8211; Terrain Fragile</title>
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	<description>TEXTES &#38; PHOTOGRAPHIES FRANCOISE  RENAUD</description>
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		<title>marcher en hiver</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 22 Dec 2015 14:56:23 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Ma vie en ce pays se poursuit, s&#8217;invente d&#8217;éléments plus ou moins reconnus par mes sens : matières minérales, plantes, écorces, lichens. Bruits aussi. L&#8217;hiver endort le monde. Néanmoins ma connaissance du lieu grandit, s&#8217;enrichit du moindre détail. Ça s&#8217;inscrit en moi à mon insu, ça me pénètre. Je veux dire, le décor, l&#8217;odeur de &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/marcher-en-hiver/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« marcher en hiver »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2015/12/arbres.jpg" rel="attachment wp-att-354 lightbox-0"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="alignnone wp-image-354" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2015/12/arbres-1024x1024.jpg" alt="arbres" width="550" height="550" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2015/12/arbres-1024x1024.jpg 1024w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2015/12/arbres-150x150.jpg 150w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2015/12/arbres-300x300.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2015/12/arbres-768x767.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2015/12/arbres-1200x1199.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2015/12/arbres.jpg 1361w" sizes="(max-width: 550px) 100vw, 550px" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Ma vie en ce pays se poursuit, s&rsquo;invente d&rsquo;éléments plus ou moins reconnus par mes sens : matières minérales, plantes, écorces, lichens. Bruits aussi. L&rsquo;hiver endort le monde. Néanmoins ma connaissance du lieu grandit, s&rsquo;enrichit du moindre détail. Ça s&rsquo;inscrit en moi à mon insu, ça me pénètre. Je veux dire, le décor, l&rsquo;odeur de la vallée et la forme des arbres.</p>
<p style="text-align: justify;">L&rsquo;autre jour, j&rsquo;ai marché jusqu&rsquo;au col en compagnie d&rsquo;un ami sous un soleil timide.</p>
<p style="text-align: justify;">La brume s&rsquo;était levée, révélant des contreforts mi rocheux mi forestiers, accentuant le roux des fougères — elles ont dû brûler lors de la courte gelée de novembre. Tout était bon pour l’œil, rien à écarter, rien à jeter. Des gris, des verts, des gris vert, des gris rouille inventés par la saison en cours, animaux au repos retranchés dans des abris de pierre. Oui, tout était là dans cet ordre naturel qu&rsquo;on croit exister depuis toujours. Feuilles tombées entassées puis enrichies de graines, de branchettes, de fragments de lichens et de mousses, de déchets organiques, de cadavres d&rsquo;insectes, tant d&rsquo;autres choses. Avec ça, la pluie qui se mêle régulièrement à la fête, indispensable acteur du cycle de la décomposition et de la renaissance. Ainsi la matière se transforme et nourrit le sol où s&rsquo;accrochent les arbres.<br />
On le sent tout ça, quand on marche — cette histoire sans cesse renouvelée.</p>
<p style="text-align: justify;">À l&rsquo;endroit du dernier pont arraché, un gué s&rsquo;était improvisé. Grosses pierres en travers dans le lit, certaines instables. Sans doute des promeneurs qui ne voulaient pas tremper leurs chaussures.<br />
Très humide le coin, impossible de dire le contraire. Forte odeur de champignon, d&rsquo;eau stagnante, de roche pourrie. Évidemment c&rsquo;est une vallée, une fissure qui suinte. Ses flancs sont mouillés, au moins jusqu&rsquo;à mi pente.<br />
On a profité du gué. Je me suis armée d&rsquo;un bâton au cas où on croiserait des chiens.<span id="more-353"></span><br />
Peu à peu on s&rsquo;est éloignés du lit de la rivière — plus tard je me suis demandée où elle avait bien pu se faufiler. J&rsquo;ai pris quelques photos. Le vert des mousses piquées de nombrils de Vénus était intense. Pas de vent. Juste cette lumière émanant d&rsquo;en haut, légère, divine.<br />
Une fois parvenus au col, le cadre a changé. Plus sec, plus décharné cet autre versant. Lentisques et genévriers, un peu comme en garrigue. On avait un joli point de vue sur le village de Saint-Bresson, perché là-bas vers le nord-ouest. Même si on le voyait bien, il avait l&rsquo;air lointain. On a quand même décidé de continuer jusqu&rsquo;aux prochains virages. Et puis encore un peu.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans ce pays, on est éloignés des villes. Juste de gros bourgs et hameaux dispersés.<br />
Chaque massif forestier ressemble à une île, l&rsquo;ensemble irrigué de vallées comme celle qu&rsquo;on venait de suivre. La plupart des massifs n&rsquo;ont pas de nom, les rivières oui. C&rsquo;est déjà çà. Bien utile pour se repérer sur les cartes. Mais nous n&rsquo;en avions pas. On aurait été vite perdus s&rsquo;il n&rsquo;y avait pas eu le chemin.<br />
D&rsquo;ailleurs on l&rsquo;a repris à l&rsquo;envers et on est rentrés. Le ciel n&rsquo;avait presque pas changé, doux, orné d&rsquo;un léger voile.</p>
<p style="text-align: right;"><em>Photographie : ©Françoise Renaud, décembre 2015</em></p>
<p style="text-align: justify;">
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