<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>le tiers livre &#8211; Terrain Fragile</title>
	<atom:link href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tag/le-tiers-livre/feed/" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile</link>
	<description>TEXTES &#38; PHOTOGRAPHIES FRANCOISE  RENAUD</description>
	<lastBuildDate>Sat, 16 Dec 2023 18:33:30 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
	<sy:updatePeriod>
	hourly	</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>
	1	</sy:updateFrequency>
	

<image>
	<url>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2015/12/cropped-arbres-32x32.jpg</url>
	<title>le tiers livre &#8211; Terrain Fragile</title>
	<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile</link>
	<width>32</width>
	<height>32</height>
</image> 
	<item>
		<title>pousser la langue #06 &#124; corps vents fenêtres</title>
		<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/pousser-la-langue-06-il-elle-fenetre/</link>
					<comments>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/pousser-la-langue-06-il-elle-fenetre/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 26 Aug 2019 08:27:28 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[enfance]]></category>
		<category><![CDATA[Le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[atelier d'écriture]]></category>
		<category><![CDATA[atelier d'été 2019]]></category>
		<category><![CDATA[corps vents fenêtres]]></category>
		<category><![CDATA[fenêtres]]></category>
		<category><![CDATA[le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[maisons]]></category>
		<category><![CDATA[reflets]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://francoiserenaud.com/terrainfragile/?p=2266</guid>

					<description><![CDATA[Une proposition de naviguer de fenêtre en fenêtre jusqu&#8217;à entremêler différentes époques de notre vie, à les révéler&#8230; et sans ponctuation&#8230; Le Tiers livre ici &#160; Elle levait les yeux pour la voir elle le faisait souvent pour attraper la lumière du dehors et les nuages qui semblaient faire partie du verre elle pensait à &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/pousser-la-langue-06-il-elle-fenetre/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« pousser la langue #06 &#124; corps vents fenêtres »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: left; font-size: 16px;"><span style="color: #228585;"><em>Une proposition de naviguer de fenêtre en fenêtre jusqu&rsquo;à entremêler différentes époques de notre vie, à les révéler&#8230; et sans ponctuation&#8230; </em></span><a href="http://www.tierslivre.net/ateliers/proposition-04-affinite-pour-la-description/">Le Tiers livre ici</a></p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Elle levait les yeux pour la voir elle le faisait souvent pour attraper la lumière du dehors et les nuages qui semblaient faire partie du verre elle pensait à la suite très loin dans le futur elle pensait à d’autres lieux qu’elle habiterait d’autres fenêtres comme celle de la cuisine de la rue Pouget grande avec volets verts donnant sur des jardins de faubourg celui d’en face reconnaissable au bananier qui revenait chaque année toujours aussi dépenaillé à cause des vents forts ou celle encore qu’elle avait contemplée trente ans plus tard allongée dans un lit blanc de chambre aseptisée genre de fenêtre-mur à volet roulant bruyant à manipuler en fait c’était il n’y a pas longtemps nuit sans dormir avec douleur intense canicule sur la ville et traces de sable sur la paroi rappelant des coulures de larmes sur un visage tout ça intimement imbriqué avec irisations de lumière électrique et sirènes d’ambulance rêves pensées reflets fusionnés le matin très tôt avec le soleil émergeant au-dessus des petites montagnes tout change si vite dans la minuscule ouverture de la vieille maison bordée de toiles d’araignée cadre en bois et verre datant de quelques décennies sans doute car épais et légèrement trouble ce qui la reconduit à ce haut vitrage vers lequel elle levait souvent les yeux composé d’éléments 30 x 30 ce doit être à peu près ça mais ça n’a pas d’importance cahier d’enfance posé sous le coude et encrier avec le printemps chassant l’hiver et toutes les odeurs de poêle à mesure que le soleil gagnait du terrain et grimpait contre l’épaulement de la fenêtre parfois pluies intenses à cause de la proximité de la mer et violentes bourrasques qui faisaient vibrer aussi les carreaux de la cuisine avec rideau en dentelle blanche largement repoussé afin d’observer les mouvements à l’entour elle fenêtres maisons habitées par les corps les vents les arbres et les villes elle pensait rêvait de la haute fenêtre de la salle de classe regardait les lumières regarde les reflets des différents mondes traversés absorbés par les épaules les cheveux elle ne sait rien du temps qui prend la peau surprenant parfois dans le cadre quelque reflet de sa propre silhouette.</p>
<p style="text-align: right; font-size: 14px;"><em>Photo <a href="https://unsplash.com/@eiskonen?utm_source=unsplash&amp;utm_medium=referral&amp;utm_content=creditCopyText">Hans Eiskonen</a> </em></p>
<p>&nbsp;</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/pousser-la-langue-06-il-elle-fenetre/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>7</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>en 4000 mots #9  &#124; textes apocryphes</title>
		<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/en-4000-mots-9-textes-apocryphes/</link>
					<comments>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/en-4000-mots-9-textes-apocryphes/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 10 Mar 2019 13:01:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[en 4000 mots 2019]]></category>
		<category><![CDATA[atelier d'hiver 2019]]></category>
		<category><![CDATA[brume]]></category>
		<category><![CDATA[idée d'apocryphe]]></category>
		<category><![CDATA[le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[photographie]]></category>
		<category><![CDATA[textes apocryphes]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://francoiserenaud.com/terrainfragile/?p=1944</guid>

					<description><![CDATA[Atelier Tiers Livre &#8211; hiver 2018 / 2019 recherches sur la nouvelle Le Tiers Livre &#8211; atelier d&#8217;hiver #9, entrer dans le texte de l’autre avec l’attention de le compléter, l’interroger, rajouter de la fiction sur la fiction, écrire un apocryphe&#8230; toujours avec bienveillance&#8230; Source de l&#8217;apocryphe ici ( #7 de Marlen Sauvage) Le moment &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/en-4000-mots-9-textes-apocryphes/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« en 4000 mots #9  &#124; textes apocryphes »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<address><strong>Atelier Tiers Livre &#8211; hiver 2018 / 2019<br />
recherches sur la nouvelle</strong></p>
<p style="text-align: justify; font-size: 14px;"><em>Le Tiers Livre &#8211; atelier d&rsquo;hiver </em>#9<em>, entrer dans le texte de l’autre avec l’attention de le compléter, l’interroger, rajouter de la fiction sur la fiction, écrire un apocryphe&#8230; toujours avec bienveillance&#8230;</em></p>
<p><em><img fetchpriority="high" decoding="async" class="alignnone wp-image-1953" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/03/P1020949-822x824.jpg" alt="" width="640" height="641" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/03/P1020949-822x824.jpg 822w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/03/P1020949-150x150.jpg 150w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/03/P1020949-300x300.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/03/P1020949-768x770.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/03/P1020949-1200x1202.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/03/P1020949.jpg 2044w" sizes="(max-width: 640px) 100vw, 640px" /></em></p>
<p><a href="http://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article418#7">Source de l&rsquo;apocryphe ici ( #7 de Marlen Sauvage)</a></p>
<p style="text-align: justify;">Le moment viendrait où les images suffiraient à remplacer les mots, où le cerveau pourrait se reposer la nuit plutôt que de se préoccuper, mâcher et remâcher tout ce qui pourrait s’écrire et qui s’enfuit à chaque seconde. Le moment viendrait où le corps pourrait oublier cette urgence, échapper au carcan des pages et à la tyrannie des phrases. Le moment viendrait où le lit serait juste chaud pour traîner le matin tout en écoutant l’autre remuer dans la cuisine, faire le thé ou le café, où le coin de canapé serait juste là avec coussins et livres déjà écrits juste offerts au temps, où l’après-midi ne serait plus ouragan tsunami déferlante qui oblige à remanier sans cesse la matière de l’existence et le poids des mille émotions épuisantes qui hantent le roman en train de s’écrire – il vibre en soi, tourbillonne déborde possède. Le moment viendrait où on stopperait la voiture sur le pont à trois arches et on regarderait l’eau née sous le causse qui dévale de six ou sept mètres en cascade fumante certains matins de gel et anime la vallée de ses brumes silencieuses. Le moment viendrait où le carnet en moleskine rouge ne serait plus nécessaire oh non ni le dictaphone ni l’appareil photo. La solitude oui elle, toujours. Et il ne surgirait plus que du néant le désir de respirer, de se relâcher, de vivre l’instant même qu’il soit d’hiver ou d’été, de terre ou de mer, de noir ou de blanc, avec ou sans chat, avec ou sans livre à écrire, avec la peau souple et gonflée d’amour pour tout ce qui arrive autour de soi. Rien d’autre. Le rire dans la rue, la cloche de l’église toute proche, le renard à l’orée des bois et le paysage remué d’eau déchiqueté par l’hiver.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><a href="http://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article471#3">Source de l&rsquo;apocryphe ici</a><a href="http://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article471#3"> (</a><a href="http://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article471#3">#3 de Philippe Castelneau)<br />
</a></p>
<p style="text-align: justify;">Il a toujours un appareil photographique sur lui, il connaît parfaitement les réglages au point qu’ils sont devenus automatiques. Il regarde le ciel, jauge la lumière et il sait. L’appareil sait. Il cadre, le doigt appuie. Rien du monde pour autant n’est changé. C’est quoi la photographie ? Il ne saurait pas très bien dire. Des instants retenus dans la mémoire de la boîte noire qu’il peut explorer à l’envie, c’est ce qu’il explique. Une histoire de liberté de mouvement à travers les planches d’images &#8212; mais est-ce bien cela ?</p>
<p style="text-align: justify;">Il aura beau énumérer toutes les précautions à prendre avant d’appuyer : se positionner, se rapprocher – oui encore un peu &#8211;, oser, tenter, recommencer, reculer, rien n’est garanti. Il cherche l’angle, l’instant fou, l’improbable, le juste reflet. Il cherche.&lt;</p>
<p style="text-align: justify;">Un autre jour il parlera du voyage de l’œil, de la solitude du photographe, de la beauté fugace. Fasciné, bouleversé, un autre jour encore il aura les mains vides. La boîte noire est rivée aux os de son crâne, pas bien loin des zones primitives qui dictaient aux hommes de se relever pour marcher, de grandir, de garder la tête haute, d’observer de loin la migration des oiseaux et le mouvement des grands animaux de savane.</p>
<p style="text-align: justify;">L’exercice quotidien de la vie se charge de fixer les choses. Il met son casque de moto, baisse la visière, fonce sur la double voie. Le vent fouette son corps à cheval sur la machine, tout défile, lignes des arbres devenues floues, vitesse, griserie, plus de réglages qui tiennent. Il vit, c’est tout.</p>
<p style="text-align: justify;">
</address>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/en-4000-mots-9-textes-apocryphes/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>2</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>en 4000 mots #7 &#124; Virginia Woolf : contexte de l’écriture</title>
		<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/en-4000-mots-7-virginia-woolf-contexte-de-lecriture/</link>
					<comments>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/en-4000-mots-7-virginia-woolf-contexte-de-lecriture/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 14 Feb 2019 14:11:53 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[en 4000 mots 2019]]></category>
		<category><![CDATA[atelier d'hiver 2019]]></category>
		<category><![CDATA[Journal]]></category>
		<category><![CDATA[le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[recherches sur la nouvelle]]></category>
		<category><![CDATA[Virginia Woolf]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://francoiserenaud.com/terrainfragile/?p=1927</guid>

					<description><![CDATA[Atelier Tiers Livre &#8211; hiver 2018 / 2019 recherches sur la nouvelle Le Tiers Livre &#8211; atelier d&#8217;hiver #7, écrire sans sujet à partir de &#8216;Journal&#8217; de Virginia  Woolf (écrire le contexte du lieu de l&#8217;écriture, les conditions matérielles, les heures, la fatigue&#8230;)   Mercredi 6 février Quand est ce que ça vient et où est-ce &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/en-4000-mots-7-virginia-woolf-contexte-de-lecriture/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« en 4000 mots #7 &#124; Virginia Woolf : contexte de l’écriture »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<address><span style="color: #808080;"><strong>Atelier Tiers Livre &#8211; hiver 2018 / 2019<br />
recherches sur la nouvelle<br />
</strong></span></address>
<p style="font-size: 14px; text-align: left;"><em>Le Tiers Livre &#8211; atelier d&rsquo;hiver </em>#7<em>, écrire sans sujet à partir de &lsquo;Journal&rsquo; de Virginia  Woolf<br />
(écrire le contexte du lieu de l&rsquo;écriture, les conditions matérielles, les heures, la fatigue&#8230;)</em></p>
<p><em> <a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/02/P1020967_carré.jpg" rel="lightbox-0"><img decoding="async" class="alignnone wp-image-1929" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/02/P1020967_carré-1024x1024.jpg" alt="" width="580" height="580" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/02/P1020967_carré-1024x1024.jpg 1024w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/02/P1020967_carré-150x150.jpg 150w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/02/P1020967_carré-300x300.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/02/P1020967_carré-768x768.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/02/P1020967_carré-1200x1200.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/02/P1020967_carré.jpg 2048w" sizes="(max-width: 580px) 100vw, 580px" /></a></em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Mercredi 6 février</em></p>
<p style="text-align: justify;">Quand est ce que ça vient et où est-ce que ça va ? trop chaud trop froid, trop vite trop tard. Peut-être dans ce moment au sortir du sommeil : cerveau en mode oubli, respiration inaudible et bruits feutrés comme s’il avait neigé. Rester dans l’abandon de la nuit une heure encore dans la chambre douce en lumière, là où les choses se disent à voix basse et où les douleurs – tous les genres de douleur – sont plus vives, les perceptions plus profondes qu’à vivre en plein soleil. Il y a cette quantité folle de mots passés en revue dans le noir avant le sommeil et dans ces interstices où l’on croit ne pas dormir. Je me souviens, alors le livre s’écrivait tout seul dans une extrême lucidité, rien de flou, chaque élément parfaitement en place, et puis cette multitude d’images traînant à la queue leu leu avant de filer loin.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Jeudi 7 février</em></p>
<p style="text-align: justify;">Aujourd’hui je ne sais plus où j’en suis avec ce roman, si je suis sur la bonne voie. Je crois avancer, par petits bonds, un peu comme les oiseaux qui volètent dans les bras de l’arbre ou les écureuils. En fait non, ça n’avance pas. Il me faut tout recommencer, changer de point de vue, changer de temps pour raconter. Je m’effraie de la suite et je reste au tiède du lit pour ne pas sentir le découragement. <span id="more-1927"></span>Du thé à volonté, boisson précieuse et parfumée dans son pot anglais : Earl Grey à fleurs bleues, goût connu comme un repère nécessaire. Rester au tiède du lit – le feu n’est pas encore allumé dans le Gaudin &#8211;, couvertures sur les pieds, ordi posé sur les cuisses. Continuer. Juste un groupe de mots, une phrase. Regarder le bloc où sont posées des notes, des phrases que j’aime qui pourraient me servir. Le lit, le chaud, le thé, le calme de la maison, le silence de la vallée, l’immensité du ciel et la petite fenêtre qui rappelle que dehors le monde existe. Une heure, deux heures. Je reste avec moi-même, peut-être que j’ai tort.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Vendredi 8 février</em></p>
<p style="text-align: justify;">La page s’est enrichie et il reste encore un peu de thé. Je poursuis, je persévère, j’hésite, je fatigue, je médite, enfin je relis tout haut ce que je viens d’écrire. Trop tard trop vite. Près de la lampe il y a des livres pareils à des morceaux de mon âme, ils peuvent me happer ou me redonner confiance pour peu que je les prenne en main. Les pistes ouvertes se sont refermées et les images de la nuit ne sont plus que des fantômes, pourtant le roman est là, en moi. Il flotte à la fois présent et irréel. Je connais la couleur de ses veines, la fragilité de ses articulations. Il y a du bruit dans la ruelle, un chien qui aboie, quelqu’un qui frappe à la porte, je m’en moque. Où est-ce que ça va, les mots ? Je m’en moque, je travaille, je caresse les livres et la chatte venue me rejoindre, je lui parle &#8212; elle aussi aime la tiédeur du lit le matin avec le soleil parfois dans la petite fenêtre. Les événements minuscules viennent se tatouer dans la phrase en train de se construire et dans la trame du livre, par exemple l’aboiement du chien, le facteur qui dépose un paquet, le mauvais temps, un coup de fil inattendu, Bernard qui vient livrer du bois. De toute façon je ne sais pas ce que je vais écrire – quel écrivain pourrait le savoir ? &#8211;, il y a seulement que je travaille et il arrive des moments où le roman coule dans le moule comme une pâte à gâteaux. Tout ou rien. Le livre en train de s’écrire est libre. Il a déjà un visage vers lequel je m’avance.</p>
<p style="text-align: right; font-size: 13px;"><em>Photographie de Françoise Renaud (toujours la série « Le cadavre dans l&rsquo;escalier », 2017)<br />
Ici le lien vers le Tiers Livre, <a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4787&amp;fbclid=IwAR3yQKprKiC-sjlUflHJYpBoHt53DRh7USOvvBiNL_niX_Hszt-QB6EPS8I">« en 4000 mots » | recherches sur la nouvelle</a></em></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/en-4000-mots-7-virginia-woolf-contexte-de-lecriture/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>2</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>en 4000 mots #5 &#124; Sarraute : scénographie des voix</title>
		<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/en-4000-mots-5-sarraute-scenographie-des-voix/</link>
					<comments>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/en-4000-mots-5-sarraute-scenographie-des-voix/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 21 Jan 2019 16:50:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[corps]]></category>
		<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[en 4000 mots 2019]]></category>
		<category><![CDATA[Le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[Nathalie Sarraute]]></category>
		<category><![CDATA[recherches sur la nouvelle]]></category>
		<category><![CDATA[Terrain fragile]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://francoiserenaud.com/terrainfragile/?p=1898</guid>

					<description><![CDATA[Atelier Tiers Livre &#8211; hiver 2018 / 2019 recherches sur la nouvelle Le Tiers Livre &#8211; atelier d&#8217;hiver #5, à partir de &#8216;Vous les entendez&#8217; de Nathalie Sarraute (tentative de dialogue et de mise en scène du dialogue « en un bloc ») Approche voyons, n’aie pas peur, toutes les filles passent par là un jour ou &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/en-4000-mots-5-sarraute-scenographie-des-voix/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« en 4000 mots #5 &#124; Sarraute : scénographie des voix »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<address><span style="color: #808080;"><strong>Atelier Tiers Livre &#8211; hiver 2018 / 2019<br />
recherches sur la nouvelle<br />
</strong></span></address>
<p style="font-size: 14px; text-align: left;"><em>Le Tiers Livre &#8211; atelier d&rsquo;hiver </em>#5<em>, à partir de &lsquo;Vous les entendez&rsquo; de Nathalie Sarraute<br />
(tentative de dialogue et de mise en scène du dialogue « en un bloc »)<br />
</em></p>
<p><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/01/P1020948_carré.jpg" rel="lightbox-0"><img decoding="async" class="alignnone wp-image-1900" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/01/P1020948_carré-1024x1024.jpg" alt="" width="560" height="559" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/01/P1020948_carré-1024x1024.jpg 1024w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/01/P1020948_carré-150x150.jpg 150w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/01/P1020948_carré-300x300.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/01/P1020948_carré-768x767.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/01/P1020948_carré-1200x1198.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/01/P1020948_carré.jpg 2048w" sizes="(max-width: 560px) 100vw, 560px" /></a></p>
<p class="has-drop-cap" style="text-align: justify;"><strong>A</strong>pproche voyons, n’aie pas peur, toutes les filles passent par là un jour ou l’autre, ça ne sert à rien de te faire du mouron… La voix est déformée à cause des épingles retenues entre les dents, pourtant douce, rassurante… Voilà, rentrer un peu plus le galon, ah c’est beaucoup mieux, plus élégant ; en général elles attendent toutes ce moment-là, elles piaffent, c’est comme inscrit dans leur sang… Les gens parlent toujours à tort et à travers, qu’est-ce qu’ils savent les gens de nos vrais sentiments ?… Quand même tu devrais être contente, et puis ça vaut mieux que de ne plaire à personne et de rester en rade, après on devient vite trop vieille, combien de fois je te l’ai dit… Un battement d’aile peut dévier la courbe, un simple geste orienter le destin, on sait bien : un regard appuyé ou détourné, une main qui s’approche ou refuse, mais un mari pour la vie, elle n’est pas sûre d’avoir vraiment choisi… <span id="more-1898"></span>De toute façon ça ne pouvait pas durer cette affaire-là : lui venait du bord de la mer en vélo — ça faisait une sacrée trotte —, tous ces kilomètres juste pour me parler une heure ou deux, à la rigueur me tenir la main quand on se promenait dans les champs, alors il a fallu que je me décide, que je réponde à ses avances ; lui ou un autre, je me demande… La femme aux épingles entre les dents tourne autour de la robe, se baisse, défripe les volants… Il est plutôt beau garçon dis donc, par contre ce qu’il a vraiment dans le crâne, tu ne le sauras qu’à l’usage… Elles se taisent. Bruit de tissu qu’on froisse, pieds frottant le sol, ciseaux à couture qui tombent et vont rebondir contre l’armoire… Ah si on savait à l’avance, tout serait différent&#8230; La fille vêtue de la robe attrape un mouchoir dans sa manche, renifle plusieurs fois… On ne peut pas dire que de mon côté ça a été une réussite ; un fainéant pour ne pas dire autrement, par chance il est parti jeune – un pauvre gars en fin de compte —, mais on a beau faire, ces choses-là on ne peut pas les savoir à l’avance… Le visage de fille se contracte, rictus, elle répète : on ne peut pas savoir à l’avance. Comme une bouffée d’appréhension qui plisse son front et soulève sa poitrine…. Approche un peu, oui comme çà, encore un petit point sous l’aisselle, ne pas oublier d’ajuster la couronne, on ne sera jamais prêtes… Bruits à l’extérieur de la chambre, mouvements et cris &#8212; comme une rumeur. Les gens commencent à se rassembler devant la maison… Allez souris un peu, c’est ton jour, un très beau jour, tu ne vas quand même pas te mettre à pleurer, c’est idiot de pleurer le plus jour de sa vie… En fait elle a peur qu’il lui fasse des choses qu’elle ne veut pas, qu’il soit violent avec elle, et ça elle ne peut pas le dire, c’est de la lave dans sa bouche, ça l’empêche de respirer (la blessure entre le blanc des cuisses, le sang, la peau, le ventre doux), tout ça parce que sa mère ne lui a rien dit, parce que les femmes ne disent jamais, elles acceptent… On toque à la porte : Est-ce qu’on peut entrer ? on voudrait bien la voir&#8230; Ah non impossible, ça porte malheur !&#8230; Qui a dit ça ? rien que des bêtises, parce que nous on en a marre d’attendre, on aimerait bien… Rires d’enfant derrière la cloison, pas précipités, déjà les petites filles sont reparties vers le jardin. Le père grogne sans doute… Tous ils t&rsquo;attendent… Il y a quelque chose dans son cœur de fille qui retient, elle ne peut pas l’expliquer et ça commence à couler sur ses joues… Allons, reste tranquille sinon je ne vais pas y arriver, dis donc c’est que tu es drôlement jolie ! on a bien fait de récupérer la robe de ta sœur, au fond rien que de petits ajustements, et c’est une drôle d’économie pour ton fiancé… Chuchotements encore, il faut se dépêcher… Enfin dis-moi, est-ce que tu as été un peu heureuse avec ton gars ?… Ah ça j’en sais trop rien, quoiqu’au début… Tu l’aimais n&rsquo;est-ce pas ? et tu avais envie qu’il s’allonge avec toi dans le lit ? s’il-te-plaît dis-le moi… Oui oui bien sûr… Elle ôte les dernières épingles, les plante dans le coussin à couture, s’affaire autour de la couronne… Enfin ce n’est pas toujours ce qu’on croit la première fois, tu verras bien, tu finiras par t’habituer… Des mots qui rongent, inquiètent… Maintenant il est temps, ton père va te conduire jusqu’à l’autel… Et lui, il a déjà mis son costume, tu crois ?&#8230; Ah ça sûrement qu’il est fin prêt, coiffé avec sa raie sur le côté, gominé… J’ai peur de ne pas y arriver… Du calme, la belle, souviens-toi, le mieux à faire est de fermer les yeux… Il pourra toujours raconter que je ne voulais pas enlever ma robe, qu’au dernier moment je m’étais refusée comme un animal ; il faut comprendre aussi, foncer vers l’inconnu ou tomber dans le vide c’est pareil, raide sur ma chaise d’église, le goût salé des larmes, accrochée des deux mains à mes jupons… Eh bien c’est là qu’il faut plier l’échine, se forcer, en vérité ça ne dure pas bien longtemps. Ouf ça y est, tu es vraiment jolie tu sais&#8230; Pousser la porte de la chambre, traverser la cuisine — trop tard pour reculer —, applaudissements… Regarde, ils sont tous là… grand temps de partir… mais… arrêter de penser, se forcer… et puis</p>
<p style="text-align: right; font-size: 13px;"><em>Photographie de Françoise Renaud (série Le cadavre dans l&rsquo;escalier, 2017)<br />
Ici le Tiers Livre, <a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4787&amp;fbclid=IwAR3yQKprKiC-sjlUflHJYpBoHt53DRh7USOvvBiNL_niX_Hszt-QB6EPS8I">« en 4000 mots » | recherches sur la nouvelle</a></em></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/en-4000-mots-5-sarraute-scenographie-des-voix/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>5</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>en 4000 mots #3 &#124; quand Kafka s&#8217;amuse</title>
		<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/en-4000-mots-3-quand-kafka-samuse/</link>
					<comments>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/en-4000-mots-3-quand-kafka-samuse/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 06 Jan 2019 14:53:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[corps]]></category>
		<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[en 4000 mots 2019]]></category>
		<category><![CDATA[enfance]]></category>
		<category><![CDATA[atelier d'hiver 2018]]></category>
		<category><![CDATA[construction d'une nouvelle]]></category>
		<category><![CDATA[Kafka]]></category>
		<category><![CDATA[le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[nouvelle]]></category>
		<category><![CDATA[quand Kafka s'amuse]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://francoiserenaud.com/terrainfragile/?p=1864</guid>

					<description><![CDATA[Atelier Tiers Livre &#8211; hiver 2018 / 2019 recherches sur la nouvelle Le Tiers Livre &#8211; atelier d&#8217;hiver #3,  renversements et variations sur un thème (inspiré du « Prométhée » de Kafka) Qui s’inquiète aujourd’hui de l’enfant de Marie-Jeanne Louërat, fille de notables durement mise à l’écart et même reniée pour s’être laissée tenter par le diable ? &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/en-4000-mots-3-quand-kafka-samuse/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« en 4000 mots #3 &#124; quand Kafka s&#8217;amuse »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<address><span style="color: #808080;"><strong>Atelier Tiers Livre &#8211; hiver 2018 / 2019<br />
recherches sur la nouvelle<br />
</strong></span></address>
<p style="font-size: 14px; text-align: left;"><em>Le Tiers Livre &#8211; atelier d&rsquo;hiver </em>#<em>3,  renversements et variations sur un thème (inspiré du « Prométhée » de Kafka)</em></p>
<p><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/12/P1020960_carré.jpg" rel="lightbox-0"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-1866" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/12/P1020960_carré-1024x1024.jpg" alt="" width="560" height="560" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/12/P1020960_carré-1024x1024.jpg 1024w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/12/P1020960_carré-150x150.jpg 150w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/12/P1020960_carré-300x300.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/12/P1020960_carré-768x768.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/12/P1020960_carré-1200x1200.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/12/P1020960_carré.jpg 2048w" sizes="auto, (max-width: 560px) 100vw, 560px" /></a></p>
<p class="has-drop-cap" style="text-align: justify;">Qui s’inquiète aujourd’hui de l’enfant de Marie-Jeanne Louërat, fille de notables durement mise à l’écart et même reniée pour s’être laissée tenter par le diable ? Différentes versions ont traversé des années de guerre où l’ordre des familles était bouleversé par l’absence des hommes, les esprits affectés par le manque et les annonces de décès.</p>
<p style="text-align: justify;">La première nous est proposée dans un mot griffonné par le frère aîné combattant sur le front de l’Est en réponse à une lettre d’Yvonne, la troisième des sœurs. Il semblait répéter la nouvelle : l’enfant n’avait même pas crié, bleu au sortir du ventre, ainsi l’affaire était réglée (et il avait souligné ces trois mots). Il semblait satisfait. On comprend là que cette grossesse était une honte pour la famille.<span id="more-1864"></span></p>
<p style="text-align: justify;">Selon la deuxième, paroles d’une des femmes qui auraient assisté à l’accouchement, la naissance aurait été plus difficile que prévu. L’enfant se présentant par le siège, il aurait fallu anesthésier la mère, la déchirer pour sortir le bébé, et il y aurait eu des complications. Le petit aurait cruellement manqué d’oxygène, ce qui était pire que la mort puisqu’il n’aurait pas pu connaître un développement normal, alors on l’aurait écarté tout comme sa mère ou abandonné à un fermier en bordure du pays. Il serait devenu ce garçon fêlé qu’on surnommait Folop, qui gardait les bêtes aux champs, posait des pièges, torturait les oiseaux et effrayait les gens.</p>
<p style="text-align: justify;">Une troisième version nous est suggérée à travers une mèche de cheveux retrouvée dans une boîte en fer avec des photos et des cartes postales, mèche courte et soyeuse du même blanc-blond qu’un ventre de chardonneret. Couleur parlant d’elle-même, laissant penser que le géniteur était étranger puisque les hommes du coin étaient tous noirauds de poil et de peau &#8212; un homme donc du camp ennemi &#8211;, laissant imaginer aussi le sentiment coupable de celle qui avait coupé la mèche et l’avait conservée telle une relique – une femme forcément : Marie-Jeanne elle-même ou alors Yvonne ou leur mère. Enfant mort avant de naître ou juste après, là rien n’est clair.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais n’avait-il jamais profité du jour, cet enfant-là, fruit d’amours interdites, n’avait-il jamais ressenti la lumière qui rentrait par la lucarne et venait jouer sur sa figure, tout petit d&rsquo;homme ballotté par les circonstances et les vents mauvais ? Bien sûr que si. Et peu importait la durée de sa vie à lui et de sa vie à elle. Ainsi la quatrième version proposerait de s’en tenir au lien de chair inaltérable entre mère et enfant, à cette joie qu’elle avait éprouvée à le serrer à peine sorti des limbes envers et contre toutes les lois de la famille et les rigidités de la société, et quand bien même pour quelques poignées de secondes dans une chambre sombre et froide.</p>
<p style="text-align: right; font-size: 13px;"><em>En dire un peu plus sur la proposition d&rsquo;atelier : « on est encore dans le travail préparatoire, le rapport qu’on a avec l’instant où ça s’écrit, la structure, qu’est ce qui va se jouer dans l’espace clos du récit ?&#8230; . »<br />
</em></p>
<p style="text-align: right; font-size: 13px;"><em>Photographie de Françoise Renaud (série Le cadavre dans l&rsquo;escalier, 2017)</em><br />
Ici le Tiers Livre, <a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4787&amp;fbclid=IwAR3yQKprKiC-sjlUflHJYpBoHt53DRh7USOvvBiNL_niX_Hszt-QB6EPS8I">« en 4000 mots » | recherches sur la nouvelle</a></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/en-4000-mots-3-quand-kafka-samuse/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>5</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>en 4000 mots #2 &#124; écriture avec écrivain</title>
		<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/en-4000-mots-2-ecriture-avec-ecrivain/</link>
					<comments>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/en-4000-mots-2-ecriture-avec-ecrivain/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 29 Dec 2018 11:39:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[corps]]></category>
		<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[en 4000 mots 2019]]></category>
		<category><![CDATA[Le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[Antonio Tabucchi]]></category>
		<category><![CDATA[atelier d'été 2018]]></category>
		<category><![CDATA[construction d'une nouvelle]]></category>
		<category><![CDATA[écriture avec écrivain]]></category>
		<category><![CDATA[écrivain]]></category>
		<category><![CDATA[en 4000 mots]]></category>
		<category><![CDATA[le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[nouvelle]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://francoiserenaud.com/terrainfragile/?p=1846</guid>

					<description><![CDATA[Atelier Tiers Livre &#8211; hiver 2018 / 2019 recherches sur la nouvelle Le Tiers Livre &#8211; atelier d&#8217;hiver #2, écriture avec écrivain (à partir des Rêves de rêves d’Antonio Tabucchi) Octobre 1988. C’est un dimanche. Ana Daniel (nom d’emprunt, je n’ose pas écrire son vrai nom) est dans un studio quelque part en banlieue et &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/en-4000-mots-2-ecriture-avec-ecrivain/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« en 4000 mots #2 &#124; écriture avec écrivain »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<address><span style="color: #808080;"><strong>Atelier Tiers Livre &#8211; hiver 2018 / 2019<br />
recherches sur la nouvelle</strong></span></address>
<p style="font-size: 14px; text-align: left;"><em>Le Tiers Livre &#8211; atelier d&rsquo;hiver </em>#<em>2, écriture avec écrivain (à partir des Rêves de rêves d’Antonio Tabucchi)</em></p>
<p><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/12/P1020958_carré.jpg" rel="lightbox-0"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-1849" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/12/P1020958_carré-1022x1024.jpg" alt="" width="640" height="641" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/12/P1020958_carré-1022x1024.jpg 1022w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/12/P1020958_carré-150x150.jpg 150w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/12/P1020958_carré-300x300.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/12/P1020958_carré-768x770.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/12/P1020958_carré-1200x1202.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/12/P1020958_carré.jpg 2044w" sizes="auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px" /></a></p>
<p class="has-drop-cap" style="text-align: justify;">Octobre 1988. C’est un dimanche. Ana Daniel (nom d’emprunt, je n’ose pas écrire son vrai nom) est dans un studio quelque part en banlieue et elle attend. Elle attend un coup de téléphone qui confirmera leur rendez-vous, demain ou un autre jour. Tout de sa vie s’arrêtera dans l’instant où il entrera, où le désir remplacera le vide et la désespérance. Sa main tambourinera contre la porte et quand elle ouvrira il sera là sur le seuil, un peu ivre &#8212; ou complétement ivre. Ana voudra mourir. Lui aussi, du moins elle le suppose, elle sait ce désir puissant qu’il a d’elle, tout de suite leurs corps projetés l’un vers l’autre &#8212; elle a déjà décrit les étapes de ce genre de noyade dans un livre qui racontait une passion ancienne, déchirante &#8211;, entre eux rien que des gestes, pas de mots ou alors si rares, les bras affolés, des envies de douceur et de violence, de volupté et de mort impossibles à combler. Le lit est large et blanc, draps bien tirés, oreillers retapés, elle attend, ne parvient pas à travailler. <span id="more-1846"></span>Pour tromper l’attente, elle décrit leur liaison dans son journal (il sera publié plus tard, sorti de l’ombre, parce que <em>les mots sont le temps lui-même</em>, elle l’a écrit comme ça, en tout cas quelque chose de proche, mais en ce moment où elle écrit, elle ne peut pas imaginer qu’un jour ces cahiers-là seront offerts au monde). Donc elle s’avancera vers la porte comme elle irait vers sa fin : stopper cette tension atroce, se jeter contre son grand corps de russe blond aux ongles mal soignés et aux vêtements de marque, compter pour lui plus que tout, même si elle le sait qu’il retournera un jour dans son pays. Elle rêve qu’il est là, elle le découvre appuyé contre le chambranle, déchiffre son sourire, sa soif immense, elle a envie de pleurer et de rire. Dans le rêve il avance au milieu de la pièce alors qu’elle recule, il tend la main, l’attire jusqu’à ce que leurs souffles se mêlent. Ils tombent sur le lit, boivent de la vodka, se mettent dans d’étranges positions pour se prouver leur folie. Ça dure longtemps, deux ou trois heures, ils ont tiré les rideaux ou alors il fait nuit. Pourtant quelque chose se défait en même temps qu’ils le font car la passion s’amenuise à s’éloigner de son commencement, Ana Daniel (dire son vrai nom n’apporterait rien de plus) en est persuadée au point qu’elle y pense tout le temps et que ça la déchire. Elle pense aussi qu’elle est trop vieille pour vivre ce genre de passion, que c’est sûrement la toute dernière fois. La sensation d’érosion, d’amenuisement s’accélère. Il se détache d’elle, la repousse, se met à rire bruyamment comme s’il se moquait d’elle : « Tu es une salope, Ana, rien qu’une salope ! » (soit il trouve ses gestes trop crus, soit il soupçonne qu’elle utilisera un jour leur histoire pour en faire un livre). Il est ivre. Elle se débat. « Non ce n’est pas vrai, je suis vivante, je te désire comme une vivante. » Le rire se poursuit tandis qu’il se rhabille. Le lit est devenu un chantier, draps souillés froissés. La nuit derrière la fenêtre. L’amant a pris les traits d’un clochard qui s’imbibe d’alcool à brûler et qui l’insulte. Putain de salope. L’image se brouille. Elle voudrait ne plus jamais rêver. À nouveau dans l’attente. Elle écrit dans le cahier les pensées que lui suscitent cet amour pour l’homme russe marié trois enfants, elle fouille fouille son corps au plus loin mais impossible de se protéger de la désillusion. Écrire la perdition et puis la destruction.</p>
<p style="text-align: right; font-size: 13px;"><em>En dire un peu plus sur la proposition d&rsquo;atelier : un bloc de texte, un personnage qui écrit, un fragment de récit. Choisir un écrivain dont on voudrait se rapprocher et installer son rêve&#8230; .<br />
</em></p>
<p style="text-align: right; font-size: 13px;"><em>Photographie : Françoise Renaud (série Le cadavre dans l&rsquo;escalier, 2017)</em><br />
Ici le Tiers Livre, <a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4787&amp;fbclid=IwAR3yQKprKiC-sjlUflHJYpBoHt53DRh7USOvvBiNL_niX_Hszt-QB6EPS8I">« en 4000 mots » | recherches sur la nouvelle</a></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/en-4000-mots-2-ecriture-avec-ecrivain/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>5</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>en 4000 mots #1&#124; images mentales</title>
		<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/en-4000-mots-images-mentales/</link>
					<comments>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/en-4000-mots-images-mentales/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 21 Dec 2018 18:54:46 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[en 4000 mots 2019]]></category>
		<category><![CDATA[Le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[atelier hiver 2018]]></category>
		<category><![CDATA[Henri Michaux]]></category>
		<category><![CDATA[le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[nouvelle]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://francoiserenaud.com/terrainfragile/?p=1832</guid>

					<description><![CDATA[Atelier Tiers Livre &#8211; hiver 2018 / 2019 recherches sur la nouvelle Proposition #1 : des images mentales (à partir de Henri Michaux, en rêvant à partir de peintures énigmatiques) Dans un lit, un corps d’enfant. On ne distingue pas les traits du visage, juste la forme du petit corps (on sait qu’il s’agit d’un &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/en-4000-mots-images-mentales/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« en 4000 mots #1&#124; images mentales »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<address><span style="color: #808080;"><strong>Atelier Tiers Livre &#8211; hiver 2018 / 2019<br />
recherches sur la nouvelle<br />
</strong></span></address>
<p style="font-size: 14px; text-align: left;"><em>Proposition #1 : des images mentales (à partir de Henri Michaux, en rêvant à partir de peintures énigmatiques)</em></p>
<p><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/12/P1020957_carré.jpg" rel="lightbox-0"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-1839" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/12/P1020957_carré-1022x1024.jpg" alt="" width="640" height="641" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/12/P1020957_carré-1022x1024.jpg 1022w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/12/P1020957_carré-150x150.jpg 150w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/12/P1020957_carré-300x300.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/12/P1020957_carré-768x770.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/12/P1020957_carré-1200x1202.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/12/P1020957_carré.jpg 2044w" sizes="auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Dans un lit, un corps d’enfant. On ne distingue pas les traits du visage, juste la forme du petit corps (on sait qu’il s’agit d’un corps d’enfant). Clarté maigre provenant du dehors – la chambre n’a qu’une seule fenêtre qui donne sur un jardin et les voilages sont tirés. Rien de spécial dans la chambre sinon le blanc du lit. Ah si, les dessins antidérapants du sol en béton, comme une résille. Dehors : fruitiers aux branches nues, choux tordus bien rangés. C’est l’hiver. Presque personne sur la route. Tous les gestes sont lents, la terre comme morte.</p>
<p style="text-align: justify;">Je suis tout près de lui. Je tends la main vers sa cuisse dans le pantalon de travail. Sans le toucher. Je voudrais lui faire signe, lui dire quelque chose. Il ne sent pas, ne regarde pas.<span id="more-1832"></span></p>
<p style="text-align: justify;">Un rivage très loin (bordure Nord-Est de l’île). Juste avant la pluie les choses se distinguent beaucoup mieux : les falaises, les zones de plage, les petits bois de chênes verts et de mimosas, les maisons du port. Toujours cette vaste étendue grise ou verte entre le continent et l’île, secouée de vagues plus ou moins phosphorescentes. Des oiseaux crient en nombre. Peut-être aussi des poissons qui volent au-dessus du tumulte, pareils à des créatures fantastiques.</p>
<p style="text-align: justify;">D’abord le blanc, rien que le blanc &#8212; champ de neige ou pétales de fleurs, on ne sait pas. À s’approcher et ajuster la mire, on distingue le grain, la trame du tissu. C’est un tissu raffiné et léger comme de la mousseline (par endroits brodé, en d’autres ajouré), tissu maintenant déployé sur le fauteuil pour révéler la robe &#8212; robe de mariée de ma mère. Une légère odeur de fleur d’oranger, une illusion plutôt liée à l’image de la robe et à la blancheur.</p>
<p style="text-align: justify;">Rumeur sourde de plus en plus forte. Il y a des bruits de galop, d’animaux qui fuient, leurs silhouettes saisies dans une lumière orangée de fin du monde. Regarder, ne pas bouger pour ne pas modifier l’ordre.</p>
<p>Pépiements d’oiseaux. Fraîcheur de la terre. Plein été ou alors septembre. La petite fille rampe sous les branches, attrape un fruit  juteux &#8212; une poire à peau sombre tavelée. Elle se sent parfaitement cachée sous la ramée au fond du jardin et elle suce le fruit. Délice.</p>
<p>La femme est souvent devant l’école à l’heure de la sortie. La femme a une fille qui s’appelle Éva – un nom original dans ce bourg de campagne. La femme a de gros seins qui pointent sous le pull moulant, mise en valeur par un soutien-gorge Playtex (ils en faisaient de la réclame à cette époque), ça en devient presque gênant. Il y a aussi que la femme a du rouge à lèvres et les cheveux bien coiffés, parfois elle pose la main sur la hanche. On sent le regard des hommes qui se pose sur elle. Éva ressent de la honte.</p>
<p>Réveil en sursaut. Tu es un assassin, c’est ce que tu te dis. Oui tu as tué quelqu’un mais tu ne te souviens plus des circonstances. Presque tous les détails se sont évanouis, survit le sentiment très fort que c’est vrai, que ça s’est passé, que tu as fait quelque chose de terrible et d’impossible à réparer, et cette violence t’accompagne au fond de ton cerveau à jamais.</p>
<p style="text-align: right; font-size: 13px;"><em>Photographie : Françoise Renaud (série Le cadavre dans l&rsquo;escalier, 2017)</em><br />
Ici le Tiers Livre, <a href="http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4787&amp;fbclid=IwAR3yQKprKiC-sjlUflHJYpBoHt53DRh7USOvvBiNL_niX_Hszt-QB6EPS8I">« en 4000 mots » | recherches sur la nouvelle</a></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/en-4000-mots-images-mentales/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>4</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>tout un été d&#8217;écriture #34 &#124; sud</title>
		<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-34-sud/</link>
					<comments>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-34-sud/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 29 Oct 2018 08:05:23 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[Le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[tout un été d'écriture 2018]]></category>
		<category><![CDATA[ville]]></category>
		<category><![CDATA[construire une ville avec des mots]]></category>
		<category><![CDATA[le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[sud]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://francoiserenaud.com/terrainfragile/?p=1792</guid>

					<description><![CDATA[Été comme hiver, céder à l’attraction de la lumière. S’arracher à la résille urbaine, traverser les quartiers d’immeubles regroupés autour de supermarchés géants, s’engager sous les autoroutes et les voies rapides pour gagner une partie de la plaine, plus basse et plus poreuse, facilement inondée. Filer plein sud. Un moment côtoyer la rivière qui taille &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-34-sud/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« tout un été d&#8217;écriture #34 &#124; sud »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-medium-font-size">Été comme hiver, céder à l’attraction de la lumière. S’arracher à la résille urbaine, traverser les quartiers d’immeubles regroupés autour de supermarchés géants, s’engager sous les autoroutes et les voies rapides pour gagner une partie de la plaine, plus basse et plus poreuse, facilement inondée. Filer plein sud. Un moment côtoyer la rivière qui taille son cours entre les digues pour rejoindre les étangs et puis la mer. Quelque chose dans l’air à la fois de doux et de brillant qui pourrait tenir sa promesse à condition de tenir le cap, d’aller jusqu’au bout, là où il n’y a plus que l’eau et la ligne d’horizon. Vent soudain plus présent. L’herbe est sèche partout. Taillis. Roseaux. Il y a des bêtes dans de vastes enclos définis par des haies broussailleuses : chevaux, jeunes taureaux. Quelques hommes vaquent dans leurs parages. Les bêtes courent à la folie ou grondent ou vont se mettre à l’ombre des arbres maigres à toucher les barrières croisillonnées. Toujours une sensation de fouillis dans ces zones de transition malmenées par l’urbanisation, oscillant entre l’envie de campagne et l’attraction du profit (terres peu fécondes, juste bonnes à bâtir ou à y installer des campings). Marge entre deux réalités, deux époques, deux mondes. Il existe encore des chemins d’ornières qui se perdent dans les fourrés et vont rejoindre la bordure fluctuante des étangs. Ils sont allongés contre le littoral, échappent aux circulations habituelles même si on perçoit toujours un tumulte plus ou moins lointain de voitures, un trafic. L’été le ciel est en feu. L’hiver ça souffle dur et ça lève de l’écume sur le vert des étangs. Les échassiers aux ailes roses ont du mal à résister dans les bourrasques. Bientôt le canal et toute une vie organisée en ses rives, anciennes cabanes de pêcheurs faites de bric et de broc parfaitement nichées dans les roselières, la plupart devenues aujourd’hui maisons d’habitation dont la précarité encore bien visible prolonge les charmes d’avant. Comme un repli, une frange indéfinie soumise aux vents et à l’opulente lumière où rôde une population peu encline au partage avec les étrangers. Les canots à l’amarre parlent de liberté, de promenade solitaire. Monde à part opposé à l’idée de ville. Plus au sud encore. Suivre le cordon littoral — désert hors saison — pour accéder à l’horizon qu’elle aime contempler, assise sur la plage de galets. Le passé s’abolit. Les déferlantes rugissent, assaillent le littoral, creusent des sillons jusqu’à la cathédrale blanche et rognent le rempart fragile juste avant les lagunes, sans cesse rongent rongent le continent. Elle vit de cela, de cette démonstration de puissance, de cette perte constante, de ce qui repart de soi dans le tumulte — comme une érosion obligatoire pour profiter du vivre et de la solitude.</p>



<div style="height:59px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<p class="has-text-align-right"><em>texte écrit par Françoise Renaud dans le cadre de l&rsquo;atelier d&rsquo;été 2018 proposé par François Bon <strong> <a href="http://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article210"> « Construire une ville avec des mots »</a></strong></em><br /><em><strong><span style="color: #339966;"><span style="font-size: 15px; color: #993366;">La proposition d&rsquo;écriture </span></span></strong></em><em><strong><span style="color: #339966;"><span style="font-size: 15px; color: #993366;"> / #34 : <i>une demande extrêmement précise : 4 x 20’, pas plus d’1 texte par jour, sur chacun des points cardinaux de la ville, pour une carte pragmatique, textes autonomes (à partir du texte de Cendrars sur les photos de Doisneau)</i>.<br /></span></span></strong></em></p>



<figure class="wp-block-image is-style-default"><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/10/villeConstruction_carréNB.jpg" rel="lightbox-0"><img loading="lazy" decoding="async" width="1022" height="1024" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/10/villeConstruction_carréNB-1022x1024.jpg" alt="" class="wp-image-1798" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/10/villeConstruction_carréNB-1022x1024.jpg 1022w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/10/villeConstruction_carréNB-150x150.jpg 150w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/10/villeConstruction_carréNB-300x300.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/10/villeConstruction_carréNB-768x770.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/10/villeConstruction_carréNB-1200x1202.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/10/villeConstruction_carréNB-2000x2004.jpg 2000w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/10/villeConstruction_carréNB.jpg 2044w" sizes="auto, (max-width: 1022px) 100vw, 1022px" /></a></figure>



<p class="has-text-align-right"><em>Photographie : Françoise Renaud, octobre 2018<br /></em></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-34-sud/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>3</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>tout un été d&#8217;écriture #33 &#124; transactions</title>
		<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-33-transactions/</link>
					<comments>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-33-transactions/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 15 Oct 2018 11:48:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[Le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[tout un été d'écriture 2018]]></category>
		<category><![CDATA[ville]]></category>
		<category><![CDATA[construire une ville avec des mots]]></category>
		<category><![CDATA[le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[Terrain fragile]]></category>
		<category><![CDATA[transactions]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://francoiserenaud.com/terrainfragile/?p=1753</guid>

					<description><![CDATA[C’est comme autant de vies secrètes qui se frôlent, parfois se heurtent, réagissent, crient, se faufilent tels des poissons glissants, rebondissent à l’image de bulles de savon sur les trottoirs ou contre les murs secs, empruntent les transports en commun à se toucher le bras ou l’épaule et parfois davantage aux heures bondées, se regardent, &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-33-transactions/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« tout un été d&#8217;écriture #33 &#124; transactions »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-medium-font-size">C’est comme autant de vies secrètes qui se frôlent, parfois se heurtent, réagissent, crient, se faufilent tels des poissons glissants, rebondissent à l’image de bulles de savon sur les trottoirs ou contre les murs secs, empruntent les transports en commun à se toucher le bras ou l’épaule et parfois davantage aux heures bondées, se regardent, se confrontent ou s’évitent, tous en vrac dans la cité captifs du même présent se pressant dans les bus, les halls de gare, les banques, les centres commerciaux, les bâtiments administratifs, les écoles, les cinémas. Vies secrètes qui pourraient se raconter autour d’un feu de camp – il suffirait d’un rien &#8211;, se dévoiler lentement autour d’un verre dans un café ou assis sur un banc du parc à regarder les oiseaux : les mêmes maux, les mêmes petites joies, les mêmes passions et interrogations sur la vie la mort la souffrance le bonheur à des degrés divers, car l’air vibre de ces mélanges et croisements possibles dans la ville qui ne cesse de s’étendre jusqu’à rejoindre les collines, et on bien a conscience qu’on pourrait noyer son interlocuteur si toutefois une relation s’établissait et si on prenait les choses depuis le commencement, tonnes de paroles déversées sans préméditation – autour de la naissance, des parents, de l’enfance vécue dans un autre contrée, peut-être un autre pays – et certains mots reviendraient plus fréquemment que d’autres, entraînant des développements fortuits (famille, mariage, enfant, maladie, exil). Comme çà qu’on en viendrait à raconter une peine récente, un ennui, une situation compliquée à résoudre, et bien sûr ça prendrait un peu de temps parce qu’il faudrait citer les noms des intervenants dans l’affaire (mon mari, mon fils, ma mère, mon patron, mon propriétaire), les replacer les uns par rapport aux autres tout en expliquant que c’est difficile de s’en sortir, qu’il n’existe pas de solution miracle, ce qui engagerait en retour des encouragements, des élans de compassion, des confidences, échanges pareils à des ruisseaux qui affluent vers la même rivière.</p>



<p class="has-medium-font-size">Et donc ça arrive, cette fois à la boulangerie, mon chien est mort, on l’a piqué, ah c’est dur de perdre son animal de compagnie, et tout cela est si sincère qu’on pleure presque même si on n’a jamais rencontré l’animal, parce que tout simplement on a déjà vécu l’événement soi-même, et on repart dans l’autre sens en imaginant le chien, la jeune fille caressant la tête du chien, son chagrin. Une autre fois chez le coiffeur ou dans le tram : mon fils s’est fait larguer, quel malheur, ou bien j’ai perdu mon boulot. Et le type est si en colère, ses mots si agressifs qu’on n’a pas envie de l’aider, seulement s’éloigner et passer à autre chose. Fuir le routard qui traîne sur les marches du théâtre et réclame qu’on lui jette une pièce, fusiller du regard la sans-gêne qui tripote les fruits sur l’étal avant d’en choisir deux, éviter l’étudiant qui distribue des publicités ou mène une enquête pour une rétribution minime. Parfois céder à l’attraction d’un visage, acheter des bonbons à un gars qui sourit, flirter, se relier. Tant de fortunes diverses, croisements, frottements. Dans la plupart des espaces de la ville le kaléidoscope est en marche, d’un jour à l’autre presque identique avec personnages interchangeables – paroles gestes mimiques permettant de les situer sur l’échelle sociale, de peser leur besoin, la nature des liens entre eux. Le silence aussi parfois entre les mondes, le repli des corps, les barrières infranchissables, les déserts. Oui, impossible parfois de se rejoindre dans le dédale des rues, des âges et des origines.</p>



<div style="height:72px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<p class="has-text-align-right"><em>texte écrit par Françoise Renaud dans le cadre de l&rsquo;atelier d&rsquo;été 2018 proposé par François Bon <strong> <a href="http://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article210"> « Construire une ville avec des mots »</a></strong></em><br /><em><strong><span style="color: #339966;"><span style="font-size: 15px; color: #993366;">La proposition d&rsquo;écriture </span></span></strong></em><em><strong><span style="color: #339966;"><span style="font-size: 15px; color: #993366;"> / #33 : <i>souffler la pierre et le ciment, pour une accumulation de tous les gestes, métiers, chantiers, actions, échanges </i>.<br /></span></span></strong></em></p>



<figure class="wp-block-image is-style-default"><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/FrançoiseRENAUD_Vies-secrètes.jpg" rel="lightbox-0"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="1024" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/FrançoiseRENAUD_Vies-secrètes-1024x1024.jpg" alt="" class="wp-image-1790" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/FrançoiseRENAUD_Vies-secrètes-1024x1024.jpg 1024w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/FrançoiseRENAUD_Vies-secrètes-150x150.jpg 150w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/FrançoiseRENAUD_Vies-secrètes-300x300.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/FrançoiseRENAUD_Vies-secrètes-768x768.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/FrançoiseRENAUD_Vies-secrètes-1200x1200.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/FrançoiseRENAUD_Vies-secrètes.jpg 1920w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></a></figure>



<p class="has-text-align-right"><em>Photographie : Françoise Renaud, 2017<br /></em></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-33-transactions/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>3</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>tout un été d&#8217;écriture #32 &#124; ciels ma ville</title>
		<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-32-ciels-ma-ville/</link>
					<comments>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-32-ciels-ma-ville/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 05 Oct 2018 08:19:16 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[Le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[tout un été d'écriture 2018]]></category>
		<category><![CDATA[ville]]></category>
		<category><![CDATA[atelier d'été 2018]]></category>
		<category><![CDATA[ciels ma ville]]></category>
		<category><![CDATA[construire une ville avec des mots]]></category>
		<category><![CDATA[le tiers livre]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://francoiserenaud.com/terrainfragile/?p=1743</guid>

					<description><![CDATA[À partir du moment où elle a habité cette ville – une ville qui peu à peu deviendrait la sienne même si elle aurait préféré vivre près d’un rivage, mieux encore sur une île pour profiter d’expériences plus naturelles &#8212; &#160;&#160;elle a épié le ciel, les incendies dans le ciel, les déluges, les poussières, les &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-32-ciels-ma-ville/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« tout un été d&#8217;écriture #32 &#124; ciels ma ville »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-medium-font-size">À partir du moment où elle a habité cette ville – une ville qui peu à peu deviendrait la sienne même si elle aurait préféré vivre près d’un rivage, mieux encore sur une île pour profiter d’expériences plus naturelles &#8212; &nbsp;&nbsp;elle a épié le ciel, les incendies dans le ciel, les déluges, les poussières, les profusions d’étoiles, les pluies, les pénombres, les soleils couchants, les grandes clartés et les assombrissements subits. Cette ville était très différente de celles qu’elle avait fréquentées et visitées jusque-là&nbsp;(son pays d’avant était constitué de côtes plus ou moins sauvages et de bocage alors que cette nouvelle cité s’était étendue à la faveur de terrains calcaires recouverts de garrigue et avait investi des petites collines et des vallons). Et ce n’était pas seulement la topographie, la nature du sol et des végétaux qui s’y plaisaient qui la rendaient différente, c’était aussi la latitude, le climat, la fluctuation des températures, le régime des vents, la circulation des eaux entre le sol et l’air, la vaporisation, la chaleur, la moiteur. Il faut dire que tout au début, dès son premier automne, il y avait eu des orages qui l’avaient saisie et avaient éveillé sa peur. </p>



<p class="has-medium-font-size">L’eau courait partout à hauteur du genou – jamais elle n’avait vécu ça &#8211;, les voitures partaient à la dérive et le ciel demeurait terrifiant plusieurs jours d’affilée, délivrant des clameurs noires. Elle avait développé envers lui une sorte d’appréhension qui semblait la guider vers des zones d’inquiétude inépuisables et l’entraînait au repli. Ne pas bouger. Le regarder par la fenêtre, guetter sa voix et ses couleurs. Espérer un changement – prier presque. Comme ça qu’elle avait commencé à observer toutes les choses qui arrivaient dans ce nouvel azur, choses qui continuent à l’étonner par leur âpreté et leur brutalité. En été le contact des toitures à l’espace est aussi net qu’un trait d’encre sur papier. La lumière se réverbère sur le rocher fissuré des collines – près de 2700 heures d’insolation par an, ça plombe. Aussi sur la carcasse d’acier des avions qui coupent très haut, laissent des tranchées. Le ciel a une couleur presque trop nette, trop pure. Dense et minérale. Exacerbée par les vents violents. Immuable. Le ciel est un bloc bleu. Il se déploie, écrase la ville, même les immeubles à plusieurs étages. Et si rares sont les journées avec nuages caracolant d’un bout à l’autre comme on en voit sur les rivages ou par-dessus les îles. Les désordres du ciel se condensent dans les intersaisons, elle l’a appris, elle redoute. À marcher dans la ville, la brûlure traverse le corps de part en part, chasse le mal. Presque jamais de brouillard – elle le regrette. Vents violents, pour ça oui. À chaque saison son lot de ciels ébouriffés ou limpides, impitoyables ou silencieux.</p>



<div style="height:58px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<p class="has-text-align-right"><em>texte écrit par Françoise Renaud dans le cadre de l&rsquo;atelier d&rsquo;été 2018 proposé par François Bon <strong> <a href="http://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article210"> « Construire une ville avec des mots »</a></strong></em><br /><em><strong><span style="color: #339966;"><span style="font-size: 15px; color: #993366;">La proposition d&rsquo;écriture&nbsp;</span></span></strong></em><em><strong><span style="color: #339966;"><span style="font-size: 15px; color: #993366;"> / #32 : <i>allez donc voir, en numérique, les occurrences du mot « ciel » chez Baudelaire, Apollinaire ou Proust&#8230; regardez aussi les extraits du « Livre des ciels » de Leslie Kaplan, ou les débuts des Maigret de Simenon : et il n’y aurait rien à écrire des ciels de votre propre ville en construction ?</i><br /></span></span></strong></em></p>



<figure class="wp-block-image is-style-default"><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/ciel.jpg" rel="lightbox-0"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="1024" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/ciel-1024x1024.jpg" alt="" class="wp-image-1748" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/ciel-1024x1024.jpg 1024w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/ciel-150x150.jpg 150w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/ciel-300x300.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/ciel-768x768.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/ciel-1200x1200.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/ciel-2000x2000.jpg 2000w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/ciel.jpg 2048w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></a></figure>



<p class="has-text-align-right"><em>Photographie : Françoise Renaud (Bretagne), 2016<br /></em></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-32-ciels-ma-ville/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>5</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>tout un été d&#8217;écriture #31 &#124; Calvino et les morts</title>
		<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-31-calvino-et-les-morts/</link>
					<comments>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-31-calvino-et-les-morts/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 24 Sep 2018 16:41:28 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[corps]]></category>
		<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[Le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[tout un été d'écriture 2018]]></category>
		<category><![CDATA[Calvino et les morts]]></category>
		<category><![CDATA[construire une ville avec des mots]]></category>
		<category><![CDATA[le tiers livre]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://francoiserenaud.com/terrainfragile/?p=1741</guid>

					<description><![CDATA[4ème cycle : route des utopies En marchant dans la ville on ne pense qu’aux vivants, aux autres qui marchent comme soi. On ne voit que la ville des vivants. Et puis un indice : une stèle, une dalle gravée, un nom de rue, une statue, une plaque commémorative, une enceinte en pierre avec des silhouettes &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-31-calvino-et-les-morts/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« tout un été d&#8217;écriture #31 &#124; Calvino et les morts »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<h3 class="wp-block-heading"><em>4ème cycle : route des utopies</em></h3>



<p class="has-medium-font-size">En marchant dans la ville on ne pense qu’aux vivants, aux autres qui marchent comme soi. On ne voit que la ville des vivants. Et puis un indice : une stèle, une dalle gravée, un nom de rue, une statue, une plaque commémorative, une enceinte en pierre avec des silhouettes d’arbres, un fourgon noir. Des figures confuses surgissent tout à coup, nous étreignent la poitrine en ce jour pourtant où tout va si bien, on se retrouve assis sur un banc de l’esplanade à réfléchir et se souvenir, à suivre une rue au nom d’un musicien disparu. La ville porte trace de tous ceux qui ont crié en naissant, elle brasse les visages et bruit de multiples histoires. La ville est pareille à une entité géologique, sans cesse remaniant ses terrains, étendant ses cendres et poussant ses grondements du tréfonds des tombes à travers les fissures d’écorce. La ville est comme vivante de ses morts. Et il y a des endroits où on sent davantage la multitude passée à la trappe. Par exemple les parkings souterrains, les tunnels, les caves d’opéra ou de salle de concert. Un genre d’humidité suinte à travers les épaisseurs de ciment, pique les yeux. Sûrement l’âme du musicien adoré qui remonte ainsi que l’eau, mélodies infiltrées par tous les canaux de la terre. Personne ne sait mais il est là encore, ça vibre sous les pieds de la foule qui traverse la place au dallage glissant, ça improvise. C’est lui sûrement – comment la ville ne pourrait-elle pas se souvenir ? Assise sur le banc elle pense à lui. Elle se souvient de sa voix douce, de la façon qu’il avait de se déplacer sur la scène, d’étreindre son instrument tel un corps à faire danser. Si vite emporté. Elle se souvient de certaines nuits de musique et de poésie, du concert lorsqu’on a brûlé sa dépouille. La vie est pareille à une courbe, à une trajectoire d’étoile. Il y a aussi ce vieil ami qui aimait bavarder et arpentait la ville à bicyclette, jambes piquetées de taches rousses. Un jour son cerveau s’est vrillé. Maintenant il repose dans une case de St Lazare auprès de sa mère, un vaste lieu protégé de cyprès avec chapelle pour se recueillir. On y entre par un lourd portail rouillé, on s’y promène, on évoque les noms à haute voix, toutes ces plaques offertes au soleil dans cette extension singulière et mélancolique de la cité. Elle pense à son père enseveli il y a peu sous la terre et le ciel atlantique. La nuit d’avant le rituel, il y avait eu une tempête et le ciel au-dessus de l’église près des plages était bouleversé de nuées blanches qui couraient en travers. Plus de bâtiments, plus de tombes, rien que du ciel. Partout les traces des morts demeurent, tatouées dans le ciel et la chair de nos villes.</p>



<div style="height:63px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<p class="has-text-align-right"><em> texte écrit par Françoise Renaud dans le cadre de l&rsquo;atelier d&rsquo;été 2018 proposé par François Bon <strong> <a href="http://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article210"> « Construire une ville avec des mots »</a></strong></em><br /><em><strong><span style="color: #339966;"><span style="font-size: 15px; color: #993366;">La proposition d&rsquo;écriture (toujours en 20 minutes) / #31 : <i>non pas mimer les allégories que déploie Italo Calvino, mais s’en appuyer comme d’une autorisation mentale à explorer ce qu’on sait, soi-même, de la mort dans ce lieu qu’on bâtit</i>.<br /></span></span></strong></em></p>



<figure class="wp-block-image is-style-default"><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/façadeverre.jpg" rel="lightbox-0"><img loading="lazy" decoding="async" width="1022" height="1024" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/façadeverre-1022x1024.jpg" alt="" class="wp-image-1745" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/façadeverre-1022x1024.jpg 1022w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/façadeverre-150x150.jpg 150w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/façadeverre-300x300.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/façadeverre-768x770.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/façadeverre-1200x1202.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/façadeverre-2000x2004.jpg 2000w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/façadeverre.jpg 2044w" sizes="auto, (max-width: 1022px) 100vw, 1022px" /></a></figure>



<p class="has-text-align-right"><em>Photographie : Françoise Renaud, septembre 2018<br /></em></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-31-calvino-et-les-morts/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>5</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>tout un été d&#8217;écriture #30 &#124; répéter</title>
		<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-30-repeter/</link>
					<comments>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-30-repeter/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 18 Sep 2018 16:02:02 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[Le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[pays]]></category>
		<category><![CDATA[tout un été d'écriture 2018]]></category>
		<category><![CDATA[ville]]></category>
		<category><![CDATA[construire une ville avec des mots]]></category>
		<category><![CDATA[le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[répéter]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://francoiserenaud.com/terrainfragile/?p=1736</guid>

					<description><![CDATA[Comment y échapper, combien de temps ça durerait – une heure au moins, peut-être deux &#8211;, voilà ce qu’elle se disait à chaque fois qu’ils arrivaient au village dans la 2CV grise, tournaient dans l’allée en herbe pour se garer à hauteur du portail grillagé qui ouvrait sur le jardin où couraient les chiens. C’était &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-30-repeter/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« tout un été d&#8217;écriture #30 &#124; répéter »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-medium-font-size">Comment y échapper, combien de temps ça durerait – une heure au moins, peut-être deux &#8211;, voilà ce qu’elle se disait à chaque fois qu’ils arrivaient au village dans la 2CV grise, tournaient dans l’allée en herbe pour se garer à hauteur du portail grillagé qui ouvrait sur le jardin où couraient les chiens. C’était au cours d’un après-midi de la première semaine de l’année. Son père tenait à visiter une tante à qui il devait beaucoup (elle l’avait recueilli à son adolescence, nourri, habillé durant les années difficiles au début de la guerre) et la présentation des vœux demeurait un rituel obligatoire auquel la famille se trouvait inévitablement associée. Pour les enfants, c’était une séance pénible. D’abord parce qu’elle était imposée, ensuite parce qu’ils avaient l’impression de reculer dans le temps à gagner cet endroit écarté de&nbsp;la petite ville et du bord de mer, à pénétrer ce pan de campagne qui leur rappelait d’où ils venaient vraiment et à rencontrer ces gens qui leur paraissaient des ancêtres. Ils détestaient ce sentiment de régression. </p>



<p class="has-medium-font-size">C’était janvier. Le jour était désolé et froid, tout le monde avait mis un manteau et même une écharpe. </p>



<p class="has-medium-font-size">Ils descendaient de la voiture, poussaient le portail et s’avançaient dans le jardin, regardaient leurs chaussures déjà boueuses alors que s’élevait une grosse voix depuis la cuisine. C’était l’oncle. Entrez donc mes petits, entrez entrez. Dame bon sang, pas chaud dehors. Et le monde pénétrait à son invitation dans la grande pièce obscure où le vieux couple mangeait dormait vivait, s’attardait un moment debout devant l’âtre, le temps de les embrasser, les deux, de leur offrir la boîte de chocolats qu’ils avaient apportée et de réciter le couplet bien huilé des vœux qui s’achevait dans la bouche des enfants par la formule consacrée : Le paradis à la fin de vos jours. Dame sacré, c’est qu’ils sont bien mignons ! s’exclamait la tante, costaude dans son sarrau gris de tous les jours, tout en leur tapotant la joue ou la tête, puis sortant de son buffet la boîte de gâteaux et le bocal de cerises à l’eau-de-vie, l’oncle invitant le père à s’assoir pour échanger les dernières nouvelles du pays, les naissances et décès, les intempéries. Ils levaient leur verre : Bon ben à la nouvelle hein ? C’est qu’elle nous rapproche du tombeau, faudrait pas oublier ! À chaque fois elle éprouvait le besoin de s’essuyer les joues suite aux embrassades forcées, l’odeur de la pièce avait tendance à l’écœurer, mélange de lait, de résine et de paille souillée. Elle restait assise gentiment au bout du banc, le temps de grignoter son biscuit. Patientait. Une poignée de minutes. Tout comme son frère. Se disait que chaque année c’était le même refrain, que ça ne servait pas à grand-chose, ces souhaits de bonne année, puisque toute une vie ne suffirait pas à les réaliser et puis personne n’y croyait vraiment. Enfin elle entraînait son frère au jardin pour aller jouer avec les chiens qui ne demandaient pas mieux. Surtout ne traversez pas la route hein ? Qu’on n’ait pas loin à vous chercher. De toute façon ils préféraient la rudesse du jardin d’hiver et la fougue des animaux noirs qui leur sautaient sur le ventre et leur léchaient le visage, aux conversations sans intérêt pour eux et à l’atmosphère irrespirable de la pièce de ferme, si basse de plafond, qui servait à la fois de cuisine et de chambre où avaient dû naître et mourir certains de leurs ascendants. D’un coup l’air froid les revigorait. Ils se mettaient à courir comme des fous, disparaissaient dans le taillis des mimosas, talonnés par les bêtes, et répétaient en riant : Bonne année, bonne santé, et patati et patata.</p>



<div style="height:65px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<p class="has-text-align-right"><em> texte écrit par Françoise Renaud dans le cadre de l&rsquo;atelier d&rsquo;été 2018 proposé par François Bon <strong> <a href="http://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article210"> « Construire une ville avec des mots »</a></strong></em><br /><em><strong><span style="color: #339966;"><span style="font-size: 15px; color: #993366;">La proposition d&rsquo;écriture (toujours en 20 minutes) / #30 : <i>il ne s’agit pas de rituels privés, mais sociaux, ceux qui organisent la communauté — ceux (les plus solennels) qui reviennent une fois l’an, par exemple, mais pourquoi pas plus souvent ou quotidiens — et pourquoi pas en décrire un dans la parfaite équivalence du temps récit et du temps dit référentiel, celui de l’action en temps réel ?</i><br /></span></span></strong></em></p>



<figure class="wp-block-image is-style-default"><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/texte_REPETER.jpg" rel="lightbox-0"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="1022" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/texte_REPETER-1024x1022.jpg" alt="" class="wp-image-1737" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/texte_REPETER-1024x1022.jpg 1024w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/texte_REPETER-150x150.jpg 150w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/texte_REPETER-300x300.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/texte_REPETER-768x767.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/texte_REPETER-1200x1198.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/texte_REPETER.jpg 1947w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></a></figure>



<p class="has-text-align-right"><em>Photographie : Françoise Renaud (Bretagne), 2016<br /></em></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-30-repeter/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>4</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>tout un été d&#8217;écriture #29 &#124; rencontrer</title>
		<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-29-rencontrer/</link>
					<comments>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-29-rencontrer/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 12 Sep 2018 13:47:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[Le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[ville]]></category>
		<category><![CDATA[construire une ville avec des mots]]></category>
		<category><![CDATA[le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[rencontrer]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://francoiserenaud.com/terrainfragile/?p=1730</guid>

					<description><![CDATA[Il n’est pas d’ici, il ne parle pas la langue, la plupart du temps il se cache. Non pas parce qu’il a honte mais parce qu’il a peur. Elle l’a rencontré une fois dans sa ville, ou peut être une autre ville dans un autre pays. Il ressemble à beaucoup d’autres venus de loin, cette &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-29-rencontrer/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« tout un été d&#8217;écriture #29 &#124; rencontrer »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-medium-font-size">Il n’est pas d’ici, il ne parle pas la langue, la plupart du temps il se cache. Non pas parce qu’il a honte mais parce qu’il a peur. Elle l’a rencontré une fois dans sa ville, ou peut être une autre ville dans un autre pays. Il ressemble à beaucoup d’autres venus de loin, cette expression perdue sur le visage qui parle de l’origine, de la difficulté, de la peur que tout en lui évoque&nbsp;: la voussure du dos bien qu’il soit jeune, les bras rabattus sur le ventre, le regard qui fuit, se réfugie dans un recoin du sol, fixe un tas de poussière, un carreau de dallage, une poubelle, un papier qui vole à chaque rafale de vent. La peur tue l’envie de révolte. Il s’organise du mieux qu’il peut avec ses menues possessions, elle le voit même si elle ne veut pas montrer trop d’insistance, rester trop longtemps à proximité de l’endroit où il campe. Elle voit combien il prend soin des objets qu’il possède, combien il les protège. Elle sait que le soir il s’associe avec quelques autres comme lui – sans doute viennent-ils du même endroit de la terre &#8211;, à plusieurs on assure mieux la surveillance des affaires car s’ils les perdaient, ce serait encore plus difficile à cause de la pluie et du froid ou au contraire de la chaleur. Demain n’existe pas. Ils espèrent. </p>



<p class="has-medium-font-size">Comment savoir ce qu’il faut faire. </p>



<p class="has-medium-font-size">Rester caché pour échapper au réseau, prier pour une issue. C’est donc dans une espèce de niche entre deux bâtiments sur le boulevard qu’ils ont fait étape, entre centre et zones périphériques pas bien loin de la gare avec des tas de véhicules qui circulent, un coin où il leur paraît moins difficile de survivre qu’en plein ville ou en pleine campagne. Quelques commerces de proximité. Le primeur laisse des caisses devant sa grille le soir, il a une conscience, pas des mauvais bougres il le dit souvent, c’est seulement qu’ils n’ont plus de pays et que c’est une chose terrible, alors il fait ce qu’il peut à son échelle. Il ajoute sur la caisse une ou deux baguettes avant de fermer sa boutique. Un paquet de bonbons. Une veste dont il ne se sert plus. Les habitants du quartier ont dû voir la caisse et le pain en évidence et la veste en rentrant chez eux – après comment trouver la paix dans leur logement bien équipé et devant leur dîner. Mais ils oublient vite, ou alors ils ne voient pas &#8212; une réelle capacité chez certains à décaler les yeux au moment opportun. Elle vient guetter à la fermeture des magasins d’alimentation, attend qu’il vienne, lui seul ou avec un autre &#8212; ils quittent leur refuge quand les rues se vident. Elle tend une couverture, un thermos de thé, dit quelques mots, ébauche un sourire. Ce n’est pas grand-chose de la part de quelqu’un qui a une histoire, un endroit de naissance où il peut retourner s’il veut, et même une maison de famille pour passer des vacances, un pays, en tout cas c’est mieux que l’indifférence. Le béton est dur aux épaules, les murs sont des frontières, la ville est un étouffoir, la ville est un désert avec des hommes qui détournent les yeux et s’essuient le visage.</p>



<div style="height:64px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<p class="has-text-align-right"><em> texte écrit par Françoise Renaud dans le cadre de l&rsquo;atelier d&rsquo;été 2018 proposé par François Bon <strong> <a href="http://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article210"> « Construire une ville avec des mots »</a></strong></em><br /><em><strong><span style="color: #339966;"><span style="font-size: 15px; color: #993366;">La proposition d&rsquo;écriture (toujours en 20 minutes) / #29 : <i>dans ces lieux que nos descriptions construisent, des personnages qui sont autant d’énigmes – dans les fiches, voir la façon dont Danielle Collobert les fait apparaître, en leur laissant cette capacité d’augmenter encore l’énigme plus que la résoudre –</i><br /></span></span></strong></em></p>



<figure class="wp-block-image is-style-default"><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/oranges.jpg" rel="lightbox-0"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="1024" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/oranges-1024x1024.jpg" alt="" class="wp-image-1733" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/oranges-1024x1024.jpg 1024w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/oranges-150x150.jpg 150w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/oranges-300x300.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/oranges-768x768.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/oranges-1200x1200.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/oranges.jpg 1918w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></a></figure>



<p class="has-text-align-right"><em>Photographie : Françoise Renaud, 2017<br /></em></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-29-rencontrer/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>7</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>tout un été d&#8217;écriture #28 &#124; se déplacer</title>
		<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-28-se-deplacer/</link>
					<comments>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-28-se-deplacer/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 07 Sep 2018 08:05:39 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[Le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[tout un été d'écriture 2018]]></category>
		<category><![CDATA[ville]]></category>
		<category><![CDATA[atelier d'été]]></category>
		<category><![CDATA[construire une ville avec des mots]]></category>
		<category><![CDATA[le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[se déplacer]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://francoiserenaud.com/terrainfragile/?p=1723</guid>

					<description><![CDATA[Pour atteindre cet endroit &#8212; inaccessible en voiture ou en autobus, encore moins en train &#8211;, il faut marcher simplement, mettre un pied devant l’autre. Laisser venir le paysage à soi par fragments, éclats, minuscules flottements. Tout dépend de la température et de la force du corps capable de courir peut-être, de pousser ses foulées &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-28-se-deplacer/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« tout un été d&#8217;écriture #28 &#124; se déplacer »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-medium-font-size">Pour atteindre cet endroit &#8212; inaccessible en voiture ou en autobus, encore moins en train &#8211;, il faut marcher simplement, mettre un pied devant l’autre. Laisser venir le paysage à soi par fragments, éclats, minuscules flottements. Tout dépend de la température et de la force du corps capable de courir peut-être, de pousser ses foulées jusqu’à atteindre une vitesse idéale pour percevoir le vent sur la peau et dans les cheveux ainsi qu’une offrande. De toute façon traverser le bourg. Courir sur le trottoir à longer les maisons, les jardins, dépasser le carrefour en faisant un signe de la main en direction de la voiture qui freine pour laisser le passage, jauger chaque zone de gravillons, dénivelé, creusement dans la terre, fissure ou décalage dans la bordure en béton (le moindre heurt déstructure la course et peut entraîner la chute). En même temps observer la progression des nuages au ciel, ce dernier de plus en plus vaste à s’approcher de la frange littorale, s’insinuer dans cette fente que le corps ouvre à traverser régulièrement l’espace bâti ou non comme s’il s’agissait d’une porte, d’un tunnel invisible, et dans ce mouvement exécuté en harmonie avec l’entour et la pleine lumière, se laisser pénétrer par une drôle de sensation en train de s’inventer entre vision et libération, chaque membre, chaque fibre fortement engagés dans la course. La descente est facile jusqu’à l’église puis dépasser le café qui sert aussi de bureau de tabac, ralentir au risque d’apercevoir quelqu’un de connu accoudé au bar ou installé avec un livre à une table, noter le bâtiment sur la gauche où était installée naguère une célèbre poissonnerie tenue par une famille du coin, le nouveau restaurant ouvert même en hiver. Des pensées circulent dans le cerveau en même temps que le corps poursuit l’effort, stimulé par l’espoir de mer, en même temps que les yeux guettent les variations du bitume et s’accrochent aux écumes et miroitements de la baie sitôt que l’espace s’ouvre, bientôt, juste après les cyprès torturés. Et le corps en sueur et enchanté s’installe sans cesse dans de nouveaux rythmes en fonction du terrain et de ses forces en réserve, s’adapte au sentier de poussière qui finira par s’extirper des zones de circulation ordinaires. De cap en cap, au-delà des vieux murs rehaussés de brande, ça va devenir plus sauvage, plus grandiose. Les plages sont de vastes sillons remplis de sable allant s’évasant vers les rochers découverts. Parfois niché dans une végétation de saules et de roseaux, un étrange hameau : maisons basses et paillotes avec terrasse sur pilotis pour contempler les vagues. Aussi une cale à bateaux, rendez-vous des fêlés de vent et de voile. Des quartiers peu fréquentés hors saison pour courir librement.</p>



<div style="height:69px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<p class="has-text-align-right"><em> texte écrit par Françoise Renaud dans le cadre de l&rsquo;atelier d&rsquo;été 2018 proposé par François Bon <strong> <a href="http://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article210"> « Construire une ville avec des mots »</a></strong></em><br /><em><strong><span style="color: #339966;"><span style="font-size: 15px; color: #993366;">La proposition d&rsquo;écriture (toujours en 20 minutes) / #28 : <i>métro, bus, voiture, moto ou à pied : chaque mode de transport est aussi un dispositif de perception optique — alors non pas aller d’un point à un autre, mais se concentrer seulement sur un fragment de cette perception en mouvement.</i>.<br /></span></span></strong></em></p>



<figure class="wp-block-image is-style-default"><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/calePortmain.NB_.jpg" rel="lightbox-0"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="1024" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/calePortmain.NB_-1024x1024.jpg" alt="" class="wp-image-1727" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/calePortmain.NB_-1024x1024.jpg 1024w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/calePortmain.NB_-150x150.jpg 150w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/calePortmain.NB_-300x300.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/calePortmain.NB_-768x768.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/calePortmain.NB_-1200x1200.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/calePortmain.NB_.jpg 1944w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></a></figure>



<p class="has-text-align-right"><em>Photographie : Françoise Renaud (Bretagne), 2015<br /></em></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-28-se-deplacer/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>4</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>tout un été d&#8217;écriture #27 &#124; arriver</title>
		<link>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-27-arriver/</link>
					<comments>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-27-arriver/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 03 Sep 2018 12:13:20 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[Le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[tout un été d'écriture 2018]]></category>
		<category><![CDATA[ville]]></category>
		<category><![CDATA[arriver]]></category>
		<category><![CDATA[atelier d'été]]></category>
		<category><![CDATA[construire une ville avec des mots]]></category>
		<category><![CDATA[le tiers livre]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://francoiserenaud.com/terrainfragile/?p=1719</guid>

					<description><![CDATA[Il fallait bien partir pour arriver quelque part, partir d’un lieu pour arriver dans un autre —&#160;d’une ville dans une autre&#160;— si bien que l’arrivée commençait bien en amont, commençait au cœur même du long voyage qui la ramenait chez elle —&#160;comme çà qu’elle nommait son pays d’origine où elle ne vivait plus mais où &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-27-arriver/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« tout un été d&#8217;écriture #27 &#124; arriver »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-medium-font-size">Il fallait bien partir pour arriver quelque part, partir d’un lieu pour arriver dans un autre —&nbsp;d’une ville dans une autre&nbsp;— si bien que l’arrivée commençait bien en amont, commençait au cœur même du long voyage qui la ramenait chez elle —&nbsp;comme çà qu’elle nommait son pays d’origine où elle ne vivait plus mais où sa maison d’enfance était toujours habitée par l’un de ses parents&nbsp;— et c’était un voyage qui traversait le pays en travers, du sud au nord-ouest, qui nécessitait plusieurs moyens de transport et un certain nombre d’heures en tenant compte des délais et des aléas. Du coup elle n’en finissait pas d’arriver. À chaque étape du parcours elle y pensait, déjà lorsqu’elle garait sa voiture dans le parking de l’aéroport de la ville du sud, prenait son ticket et marchait en roulant sa petite valise sur les trottoirs verts jusqu’au hall, passait la police, attendait dans la salle d’embarquement. Elle s’était levée bien avant le soleil, avait contourné la ville endormie —&nbsp;elle connaissait par cœur le chemin, l’enfilade des feux pour s’extirper des quartiers construits depuis l’implantation du tramway, les zones commerciales interminables, le vaste carrefour où prenait l’autoroute. </p>



<p class="has-medium-font-size">L’aéroport était calme à cette heure, voyageurs débarquant à la limite de l’heure imposée par la compagnie. Une fois dans l’avion, elle se retrouvait seule comme démunie, décollage imminent. Rien ne se voyait de ses pensées, de son cœur prêt à se fendre à l’idée du lieu où elle était en train de se rendre. Elle ouvrait un journal pendant le décollage, frissonnait dans l’instant où l’avion s’arrachait à la piste puis plongeait les yeux par le hublot pour observer les découpures du littoral, la ville couchée dans la plaine, les autoroutes avenues rivières qui ondulaient à la surface ainsi que des longs corps d’animaux. Il fallait donc partir pour arriver, s’arracher à une terre pour en atteindre une autre —&nbsp;une autre familière et aimée&nbsp;—, et dans cette transportation il semblait s’ouvrir en elle comme une loge secrète uniquement sensible à cette idée, à cette image de l’arrivée qui n’en finissait pas de se dessiner.</p>



<p class="has-medium-font-size">À présent il fallait atterrir, récupérer son bagage au pied de l’avion, avancer anonyme dans la file des passagers jusqu’aux bâtiments, faire vite, se presser, doubler les gens qui bavardaient ou traînaient, une sorte d’urgence la prenait soudain à sentir proche de ce qu’elle cherchait (il y a quelques temps son père l’attendait dans le hall des arrivées et elle cherchait sa silhouette, le cœur au bord des lèvres, une époque désormais révolue). Elle filait dehors, gagnait les bâtiments de location de voitures, faisait la queue au guichet en évitant de regarder les gens. L’impatience la gagnait s’il y avait trop de lenteur. Enfin elle avait les clés en main et récupérait son véhicule. Une épreuve encore que de quitter l’ensemble aéroportuaire en lisière de ville, échapper à la circulation intense de la double-voie, bifurquer sans faire d’erreur sous peine d’embarquer sur le pont (ensuite demi-tour impossible), bien lire les panneaux routiers, noter au passage certains changements, par exemple l’amplification du trafic ou l’élargissement de certaines voies. Ouf ça y était, la grande ville de l’ouest était dans son dos. Encore cinquante kilomètres. Longue traversée d’épaisseurs de campagne avec hameaux regroupant des fermes et des maisons neuves, terres cultivées, mares bordées de peupliers, prés où paissaient des troupeaux. Le manque de sommeil se manifestait à cause de la vitesse constante et du ronronnement du moteur. Elle s’arrêtait cinq minutes pour respirer, songeait à ce que ça lui faisait de revoir ce pays, sentiment vif et profond qui la troublait et soulevait dans sa gorge des ondes singulières. Le moment était proche désormais — celui qu’elle préférait — où la route allait commencer à descendre vers la ria. Alors l’air changeait, la nature des oiseaux, l’allure des arbres, l’océan tout proche brusquement. Combien de fois avait-elle visionné le film de cette arrivée sur le port exactement niché dans le creux, sa gare à un seul quai, les rues avec belles boutiques, le môle principal, les bateaux, la halle au poisson, le château, plus loin les plages et quelques bourgs dont celui où se trouvait la maison familiale. Et ça se déroulait toujours de la même façon (même si sa dernière visite était lointaine, ses envies demeuraient les mêmes). Comme un mécanisme bien rôdé qui recélait toujours quelques surprises : eau ou vase dans le port, force ou douceur du vent, qualité de la lumière —  généralement les nuages remontaient du cœur de la mer pour envahir les terres, ainsi le littoral demeurait lumineux, vierge bien qu’habité, unique. Elle regardait reconnaissait. C’était comme un élargissement. Elle passait par le môle jusqu’au château, longeait la côte en observant la mer sur sa gauche, faisait une pause à hauteur des Petites Vallées pour retrouver l’odeur de l’algue. Enfin rejoignait la vieille église noire, bifurquait pour lentement remonter la rue jusqu’à atteindre son but. Restait à garer sans bruit la voiture dans le chemin derrière la maison, à pousser le portillon au claquement singulier. Une silhouette apparaissait sur le seuil et levait les bras vers elle.</p>



<div style="height:59px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<p class="has-text-align-right"><em> texte écrit par Françoise Renaud dans le cadre de l&rsquo;atelier d&rsquo;été 2018 proposé par François Bon <strong> <a href="http://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article210"> « Construire une ville avec des mots</a></strong></em><br /><em><strong><span style="color: #339966;"><span style="font-size: 15px; color: #993366;">La proposition d&rsquo;écriture (toujours en 20 minutes) / #27 : <i>gares, aéroports, parkings : la ville on l’associe toujours à comment on y arrive, comment on y entre — d’ailleurs des textes comme ça il y en a plein la littérature.</i>.<br /></span></span></strong></em></p>



<figure class="wp-block-image is-style-default"><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/mole.jpg" rel="lightbox-0"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="1024" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/mole-1024x1024.jpg" alt="" class="wp-image-1720" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/mole-1024x1024.jpg 1024w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/mole-150x150.jpg 150w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/mole-300x300.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/mole-768x768.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/mole-1200x1200.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/mole.jpg 1942w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></a></figure>



<p class="has-text-align-right"><em>Photographie : Françoise Renaud (Bretagne), 2016<br /></em></p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-27-arriver/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>4</slash:comments>
		
		
			</item>
	</channel>
</rss>
