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	<title>éclats de vie &#8211; Terrain Fragile</title>
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	<description>TEXTES &#38; PHOTOGRAPHIES FRANCOISE  RENAUD</description>
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		<title>vent dans les herbes</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 25 May 2019 09:53:25 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[19 mai première sortie en ville pour quelques fragments de lecture au musée&#8230; tu prends toutes les précautions qui s&#8217;imposent — corset bleu nuage et baskets —, bien sûr tu n&#8217;es pas seule, la ville te paraît calme et ordonnée, à la fois chargée de sens et perdue dans l&#8217;espace et le siècle&#8230; au bras &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/vent-dans-les-herbes/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« vent dans les herbes »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><img fetchpriority="high" decoding="async" class="alignnone wp-image-2095" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/05/haifsa-rafique-carré-824x824.jpg" alt="" width="640" height="640" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/05/haifsa-rafique-carré-824x824.jpg 824w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/05/haifsa-rafique-carré-150x150.jpg 150w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/05/haifsa-rafique-carré-300x300.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/05/haifsa-rafique-carré-768x768.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/05/haifsa-rafique-carré-1200x1200.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/05/haifsa-rafique-carré.jpg 2048w" sizes="(max-width: 640px) 100vw, 640px" /></p>
<p style="text-align: justify;">19 mai</p>
<p style="text-align: justify;">première sortie en ville pour quelques fragments de lecture au musée&#8230; tu prends toutes les précautions qui s&rsquo;imposent — corset bleu nuage et baskets —, bien sûr tu n&rsquo;es pas seule, la ville te paraît calme et ordonnée, à la fois chargée de sens et perdue dans l&rsquo;espace et le siècle&#8230; au bras d&rsquo;une amie tu longes la muraille qui borde le boulevard Sarrail, tu es sensible aux lignes dessinées par les micocouliers de l&rsquo;esplanade et aux silhouettes qui montent au loin les marches devant l&rsquo;opéra moderne, c&rsquo;est dimanche et la pluie n&rsquo;est pas loin</p>
<p style="text-align: justify;">21 mai</p>
<p style="text-align: justify;">lire un peu et puis écrire<br />
parfois chez toi lire quelques lignes peut déclencher l&rsquo;écriture, <span id="more-2080"></span>quelques lignes à visage découvert, quelques lignes qui donnent à voir des images fortes : des envols d&rsquo;oiseau à travers des ciels d&rsquo;Afrique, des frissons dans les branches ou des courants de vent qui ébranlent les herbes des collines d&rsquo;une façon si particulière qu&rsquo;ils touchent le cœur profond et large (ainsi dans <em>La ligne rouge</em> de Terence Malik qui fait ramper ses hommes soumis au feu des armes et donne à voir différents visages), des sillages de bateau qui tranchent le champ irisé de la mer, des horizons de brume ou de feu, des enfants qui s&rsquo;amusent avec des fourmis, souvent il y a de l&rsquo;émotion qui affleure à la gorge chez nous les humains et frissonne et pleure et nous rend comme personne ne veut le dire, et tu le connais ce mouvement en dedans (mouvement qui gomme les questions et prend toute la place dans le sang), tu le recherches dans chaque situation saisie par tes yeux<br />
l&rsquo;infini de la grâce et de l&rsquo;amour est à portée de main — impensable —, une chose que tu te répètes le jour la nuit dans ton corps souple ou blessé, un petit corps de rien du tout qui veut montrer sa vraie nature</p>
<p>22 mai</p>
<p style="text-align: justify;">le soleil est venu mordre le rideau<br />
tu étais réveillée, tu as bougé le bras et la chatte est venue s&rsquo;y frotter — éclats de vie banale, pourtant si précieuse à envisager de cette façon —<br />
et puis une scène a surgi de ta mémoire, encore une : le père pelant son fruit au petit déjeuner avec son couteau à lame toute fine toute usée, il tournait le fruit entre ses doigts et la peau composait au fur et à mesure un ruban rouge autour de son pouce et autour de son poing, et puis sa façon de couper le fruit dans le vif et de le porter à sa bouche tout de suite après (ça se voyait qu&rsquo;il avait du goût pour cette poire cueillie au jardin), et il le faisait toujours de la même manière, avec la même précision et la même cadence, seulement vers la fin il tremblait, derrière lui le décor rassurant de la cuisine avec ses placards en Formica</p>
<p>23 mai</p>
<p style="text-align: justify;">longues heures dans les salles d&rsquo;attente de la clinique pour obtenir un cliché de tes vertèbres (surtout la fracturée, désormais affublée de deux soutiens pneumatiques), puis pour rencontrer le neurochirurgien qui t&rsquo;a opérée quatre semaines en arrière&#8230; tout peut arriver, tu ne sais pas&#8230; la rencontre va durer quelques minutes, tu franchis le seuil du bureau, il t&rsquo;adresse un sourire tout en signant des papiers qu&rsquo;il te tend : allez-y maintenant, rangez le corset au placard, oui tout va bien, reprendre le sport oui mais tranquillement, prenez votre temps, tout va bien, et la joie de retrouver de la liberté monte et t&rsquo;inonde le cœur — et puis la gratitude —</p>
<p style="text-align: right; font-size: 13px;"><em>Photographie : Haifsa Rafique, Unsplash.com<br />
</em></p>
<p>&nbsp;</p>
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