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	<title>disparition &#8211; Terrain Fragile</title>
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	<description>TEXTES &#38; PHOTOGRAPHIES FRANCOISE  RENAUD</description>
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	<title>disparition &#8211; Terrain Fragile</title>
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		<title>Janina</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 22 Mar 2017 11:37:52 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[corps]]></category>
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					<description><![CDATA[Encore une fois de la peine. Et l&#8217;impuissance à comprendre. On est là dans la cuisine à se faire une tasse de thé ou une bricole à manger, il fait froid ou beau dehors, on a le projet de sortir pour une course ou une promenade, et c&#8217;est là qu&#8217;on reçoit un message ou un &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/janina/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« Janina »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/03/fleurs_carré.jpg" rel="lightbox-0"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="alignnone wp-image-1034" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/03/fleurs_carré-1024x1024.jpg" alt="" width="582" height="582" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/03/fleurs_carré-1024x1024.jpg 1024w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/03/fleurs_carré-150x150.jpg 150w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/03/fleurs_carré-300x300.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/03/fleurs_carré-768x768.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/03/fleurs_carré-1200x1200.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2017/03/fleurs_carré.jpg 1220w" sizes="(max-width: 582px) 100vw, 582px" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Encore une fois de la peine. Et l&rsquo;impuissance à comprendre.</p>
<p style="text-align: justify;">On est là dans la cuisine à se faire une tasse de thé ou une bricole à manger, il fait froid ou beau dehors, on a le projet de sortir pour une course ou une promenade, et c&rsquo;est là qu&rsquo;on reçoit un message ou un coup de téléphone qui raconte qu&rsquo;elle est partie, partie pour de bon, partie pour toujours</p>
<p style="text-align: justify;">elle, mais comment ? non ce n&rsquo;est pas possible&#8230; elle si jeune et si particulière, toujours libre, partie d&rsquo;un coup on ne sait comment<br />
elle portait un si joli prénom<br />
elle parlait d&rsquo;une voix forte, déterminée<br />
et ce matin on brûle son corps dans un four</p>
<p style="text-align: justify;">elle tissait des liens au hasard des jours comme elle voulait quand elle voulait avec qui elle voulait, <span id="more-1029"></span>toujours un immense sourire et des histoires uniques à partager, elle dévorait l&rsquo;instant, le vent, le moindre bourgeon qui pointait, la nature qui se soulevait jusqu&rsquo;à nous toucher le cœur − ça se voyait sur toute sa personne, dans le pétillement de ses yeux −, elle connaissait ces choses invisibles qui bougent et agissent autour de nous et dont nous ne savons rien<br />
souvent elle marchait sur le chemin qui descendait à la cascade, joyeuse comme une petite fille qui sautille ou joue à la marelle, avec des fleurs piquées dans sa coiffure, passant en voiture je la reconnaissais et m&rsquo;arrêtais à sa hauteur, on se serrait les mains par-dessus la vitre baissée, parfois elle montait pour faire un bout de chemin en ma compagnie sinon elle continuait<br />
solitaire et animale, belle<br />
quand on avait le temps on parlait de livres, d&rsquo;écriture, de ce qui pousse à écrire<br />
elle aimait aussi me parler de sa mère disparue et de ces femmes d&rsquo;Amérique latine qui l&rsquo;avaient initiée au dialogue avec les ombres − des lieux où j&rsquo;ai voyagé moi aussi −, on se comprenait, parfois sur le pas de ma porte je trouvais un petit pot de confiture accompagné d&rsquo;un rameau d&rsquo;olivier ou quelques feuilles de sauge dans un joli papier et un caillou posé dessus pour ne pas qu&rsquo;il s&rsquo;envole</p>
<p style="text-align: justify;">elle est partie, je ne l&rsquo;ai pas revue<br />
maintenant c&rsquo;est terminé, il n&rsquo;y a rien à faire, juste à chérir son visage et son sourire pareil à la flamme d&rsquo;une bougie</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">et ce n&rsquo;est pas la première qui s&rsquo;en va sans prévenir, longue série de départs cet hiver, ça s&rsquo;accélère, ça augmente le chagrin, y a-t-il des raisons de ne pas pleurer, de ne pas se désespérer ? ma colère se heurte contre les barreaux de ma prison et leurs visages à tous disparus rôdent dans mes nuits, je les vois, je les reconnais tous, visages de mes chers, de mes doux amis ou parents<br />
petit à petit ils deviennent ma famille</p>
<p style="text-align: justify;">et le silence encore,<br />
le silence après la disparition si brutale de cette fille au si joli prénom qui marche à présent sur l&rsquo;autre versant</p>
<p style="text-align: right; font-size: 15px;"><em>Photographie : Jardin au village, Françoise Renaud 2017<br />
<a href="http://www.midilibre.fr/2017/03/28/saint-laurent-le-minier-les-villageois-ont-rendu-hommage-a-janina,1485102.php">On a beaucoup pensé à elle ce jour-là</a><br />
</em></p>
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		<title>depuis qu&#8217;il a chuté de l&#8217;arbre</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 23 Nov 2016 12:40:41 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[corps]]></category>
		<category><![CDATA[famille]]></category>
		<category><![CDATA[disparition]]></category>
		<category><![CDATA[père]]></category>
		<category><![CDATA[vie et mort]]></category>
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					<description><![CDATA[Le rideau est presque tombé sur la scène où vit et a vécu mon père.  Enfin c&#8217;est pour bientôt, on ne sait pas quand. Dans quelques jours quelques semaines ou plus. On ne peut pas dire. Depuis qu&#8217;il a chuté de l&#8217;arbre il y a trois semaines, abattu dans l&#8217;herbe au pied de son échelle, &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/depuis-quil-a-chute-de-larbre/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« depuis qu&#8217;il a chuté de l&#8217;arbre »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2016/11/P1020726.jpg" rel="lightbox-0"><img decoding="async" class="alignnone wp-image-895 " src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2016/11/P1020726-e1479904779179-768x1024.jpg" alt="p1020726" width="450" height="600" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2016/11/P1020726-e1479904779179-768x1024.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2016/11/P1020726-e1479904779179-225x300.jpg 225w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2016/11/P1020726-e1479904779179-1200x1600.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2016/11/P1020726-e1479904779179.jpg 1536w" sizes="(max-width: 450px) 100vw, 450px" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Le rideau est presque tombé sur la scène où vit et a vécu mon père.  Enfin c&rsquo;est pour bientôt, on ne sait pas quand. Dans quelques jours quelques semaines ou plus. On ne peut pas dire.</p>
<p style="text-align: justify;">Depuis qu&rsquo;il a chuté de l&rsquo;arbre il y a trois semaines, abattu dans l&rsquo;herbe au pied de son échelle, on est aux aguets. On épie la moindre amélioration de son état — pour le moment il n&rsquo;y en a pas. L&rsquo;homme est brisé. Il ne se lève plus ou guère. Seulement un court moment pour gagner son fauteuil ou s&rsquo;assoir à la table, manger la soupe ou le plat de légumes. Ce qu&rsquo;il peut manger.  Parce qu&rsquo;il a du mal avec ses dents, les mauvaises, les manquantes. Alors seulement de la soupe, du yaourt, des fruits cuits.<span id="more-884"></span></p>
<p style="text-align: justify;">Depuis qu&rsquo;il a chuté de l&rsquo;arbre, j&rsquo;imagine l&rsquo;hématome à sa cuisse, les douleurs cervicales, la rage en lui d&rsquo;être tombé. Enfin pourquoi diable a-t-il voulu s&rsquo;occuper de ces fichus pommiers, seul ? Sans doute une belle journée. Il s&rsquo;est dit : Allez, une fois encore, une dernière, je vais tailler mes fruitiers pour qu&rsquo;ils donnent. Des décennies qu&rsquo;il les a plantés, je n&rsquo;étais pas encore née.</p>
<p style="text-align: justify;">Depuis qu&rsquo;il a chuté de l&rsquo;arbre, je pense à lui souvent dans la journée. Je garde le fil de lui, je m&rsquo;endors avec la pensée de lui. Souvenirs de toutes époques et de toutes formes arrivant dans le désordre, se chevauchant comme des rideaux de pluie. A-t-il été heureux ? Peut-être par instants, rien n&rsquo;est moins sûr. Un homme toujours insatisfait, bougon, buté, râleur, en tout cas peu <em>aimable</em> — mot terrible. L&rsquo;image de son visage gonflé d&rsquo;une colère intérieure, puissante, rentrée, impossible à exprimer, résiste et me poursuit. D&rsquo;ailleurs avec l&rsquo;âge ses joues ont réellement gonflé, comme bourrées des mots qu&rsquo;il n&rsquo;a jamais prononcés. Parler, il n&rsquo;a jamais su. Dire des mots simples et vrais, ça n&rsquo;a jamais été pour lui, un type de la campagne avec seulement son certificat d&rsquo;études et un paquet de malheurs depuis son arrivée dans le monde en 1923. Pourtant un bon bougre. Généreux avec ça. Il nous emmenait au cirque quand nous étions petits et il déposait toujours un billet dans la corbeille pour les acrobates accidentés — pourtant il n&rsquo;en avait pas beaucoup des billets, à travailler dans le bâtiment.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce matin, le kiné lui a mobilisé les jambes et lui a fait faire le tour de la table. Tout à l&rsquo;heure il boira un peu de bouillon, grignotera une pomme au four avec un peu de caramel dessus. Après, il ira s&rsquo;allonger. Il dormira longtemps. La morphine est puissante. Me reste à creuser le sillon où semer les images que j&rsquo;ai de lui. Toutes. Les douces, les âpres, les très anciennes, aussi les dernières avant de déclarer : Fin du spectacle, on ferme. Je les veux toutes, je ne veux rien oublier, je veux le retenir encore un petit moment, le chérir, lui parler doucement au téléphone, juste sensible à son souffle rétréci, à son silence et à son angoisse de partir.</p>
<p style="text-align: right;"><em>Photographie ©Françoise Renaud, mai 2016<br />
</em></p>
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