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	<title>construire une ville avec des mots &#8211; Terrain Fragile</title>
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	<description>TEXTES &#38; PHOTOGRAPHIES FRANCOISE  RENAUD</description>
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	<title>construire une ville avec des mots &#8211; Terrain Fragile</title>
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		<title>tout un été d&#8217;écriture #34 &#124; est</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 10 Nov 2018 18:36:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[tout un été d'écriture 2018]]></category>
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					<description><![CDATA[  Que dire de l’Est ? Zone du levant. Zone de froid avant la lumière. Zone de brume grise et blanche et rose. Point où le monde revient à lui chaque matin. Mais non elle n’a jamais été attirée. Les quartiers Est et tout ce qui s’enchaîne au-delà ressemble à un no man’s land, un territoire &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-34-est/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« tout un été d&#8217;écriture #34 &#124; est »</span></a></p>]]></description>
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<p style="text-align: justify;">Que dire de l’Est ? Zone du levant. Zone de froid avant la lumière. Zone de brume grise et blanche et rose. Point où le monde revient à lui chaque matin. Mais non elle n’a jamais été attirée. Les quartiers Est et tout ce qui s’enchaîne au-delà ressemble à un no man’s land, un territoire brouillé et humide qui lui évoque des choses qu’elle n’a pas trop de pénétrer. Comme un continent qui aurait été regroupé à cette frontière-là, un continent entier aux portes mêmes de la cité, étendu jusqu’au grand fleuve qui coupe le territoire en deux, puis jusqu’aux montagnes et au-delà des pics les plus élevés, une masse dont elle se détourne, lui préférant l’ouverture du Sud ou la richesse des voies du Nord. À ses yeux la route de l’Est paraît sans fin. C’est d’ailleurs à grand peine qu’elle s’extrait de la couronne urbaine surchargée de véhicules et contrôlée par des dizaines de feux tricolores, ponctuée de petits ronds-points compliqués, de zones de commerce où tout le monde se perd, d’immeubles sans couleurs, désormais endiguée par de hautes bordures en béton entre rails du tram et constructions neuves — plus rien à voir avec les belles routes du midi bordées de platanes. Direction rarement empruntée, résumerait-elle. Pas eu beaucoup d’amis dans ces coins-là. Direction des villes taurines. Tout de même retenir ce départ pour Arles lors d’un printemps. Elle conduisait une petite voiture de couleur claire. Assis côté d’elle, un ami étranger fou de bêtes noires et de danses espagnoles. À approcher le Rhône, les vergers étaient tous en fleurs. Elle avait pensé fortement à Van Gogh, à son col rabattu sur sa vie déchirée. Il y avait du vent par rafales qui couchait l’herbe des fossés et des grandes prairies, elle l’avait bien remarqué, et l’air frémissait d’oiseaux affairés. À franchir le fleuve elle s’était souvenue des livres d’Henri Bosco, de ses personnages aux obscurs cheminements, de la permanence des sortilèges sur leurs têtes. La campagne arlésienne s’était profilée, la chair et le sang dans l’arène. Ruelles sombres, bientôt trop de lumière, trop de folie. Avant même le commencement de la fête, son esprit demeurait troublé, tourmenté par la douleur des bêtes dont on s’apprêtait à jouer. Au cours de la soirée, des vents chauds étaient montés depuis le delta et ils avaient chassé la fraîcheur résiduelle de l’hiver, caressé les corps en transe. L’ami avait murmuré à son oreille des mots qu’elle n’avait pas compris.</p>
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		<title>tout un été d&#8217;écriture #34 &#124; sud</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 29 Oct 2018 08:05:23 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[Le tiers livre]]></category>
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					<description><![CDATA[Été comme hiver, céder à l’attraction de la lumière. S’arracher à la résille urbaine, traverser les quartiers d’immeubles regroupés autour de supermarchés géants, s’engager sous les autoroutes et les voies rapides pour gagner une partie de la plaine, plus basse et plus poreuse, facilement inondée. Filer plein sud. Un moment côtoyer la rivière qui taille &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-34-sud/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« tout un été d&#8217;écriture #34 &#124; sud »</span></a></p>]]></description>
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<p class="has-medium-font-size">Été comme hiver, céder à l’attraction de la lumière. S’arracher à la résille urbaine, traverser les quartiers d’immeubles regroupés autour de supermarchés géants, s’engager sous les autoroutes et les voies rapides pour gagner une partie de la plaine, plus basse et plus poreuse, facilement inondée. Filer plein sud. Un moment côtoyer la rivière qui taille son cours entre les digues pour rejoindre les étangs et puis la mer. Quelque chose dans l’air à la fois de doux et de brillant qui pourrait tenir sa promesse à condition de tenir le cap, d’aller jusqu’au bout, là où il n’y a plus que l’eau et la ligne d’horizon. Vent soudain plus présent. L’herbe est sèche partout. Taillis. Roseaux. Il y a des bêtes dans de vastes enclos définis par des haies broussailleuses : chevaux, jeunes taureaux. Quelques hommes vaquent dans leurs parages. Les bêtes courent à la folie ou grondent ou vont se mettre à l’ombre des arbres maigres à toucher les barrières croisillonnées. Toujours une sensation de fouillis dans ces zones de transition malmenées par l’urbanisation, oscillant entre l’envie de campagne et l’attraction du profit (terres peu fécondes, juste bonnes à bâtir ou à y installer des campings). Marge entre deux réalités, deux époques, deux mondes. Il existe encore des chemins d’ornières qui se perdent dans les fourrés et vont rejoindre la bordure fluctuante des étangs. Ils sont allongés contre le littoral, échappent aux circulations habituelles même si on perçoit toujours un tumulte plus ou moins lointain de voitures, un trafic. L’été le ciel est en feu. L’hiver ça souffle dur et ça lève de l’écume sur le vert des étangs. Les échassiers aux ailes roses ont du mal à résister dans les bourrasques. Bientôt le canal et toute une vie organisée en ses rives, anciennes cabanes de pêcheurs faites de bric et de broc parfaitement nichées dans les roselières, la plupart devenues aujourd’hui maisons d’habitation dont la précarité encore bien visible prolonge les charmes d’avant. Comme un repli, une frange indéfinie soumise aux vents et à l’opulente lumière où rôde une population peu encline au partage avec les étrangers. Les canots à l’amarre parlent de liberté, de promenade solitaire. Monde à part opposé à l’idée de ville. Plus au sud encore. Suivre le cordon littoral — désert hors saison — pour accéder à l’horizon qu’elle aime contempler, assise sur la plage de galets. Le passé s’abolit. Les déferlantes rugissent, assaillent le littoral, creusent des sillons jusqu’à la cathédrale blanche et rognent le rempart fragile juste avant les lagunes, sans cesse rongent rongent le continent. Elle vit de cela, de cette démonstration de puissance, de cette perte constante, de ce qui repart de soi dans le tumulte — comme une érosion obligatoire pour profiter du vivre et de la solitude.</p>



<div style="height:59px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<p class="has-text-align-right"><em>texte écrit par Françoise Renaud dans le cadre de l&rsquo;atelier d&rsquo;été 2018 proposé par François Bon <strong> <a href="http://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article210"> « Construire une ville avec des mots »</a></strong></em><br /><em><strong><span style="color: #339966;"><span style="font-size: 15px; color: #993366;">La proposition d&rsquo;écriture </span></span></strong></em><em><strong><span style="color: #339966;"><span style="font-size: 15px; color: #993366;"> / #34 : <i>une demande extrêmement précise : 4 x 20’, pas plus d’1 texte par jour, sur chacun des points cardinaux de la ville, pour une carte pragmatique, textes autonomes (à partir du texte de Cendrars sur les photos de Doisneau)</i>.<br /></span></span></strong></em></p>



<figure class="wp-block-image is-style-default"><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/10/villeConstruction_carréNB.jpg" rel="lightbox-0"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1022" height="1024" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/10/villeConstruction_carréNB-1022x1024.jpg" alt="" class="wp-image-1798" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/10/villeConstruction_carréNB-1022x1024.jpg 1022w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/10/villeConstruction_carréNB-150x150.jpg 150w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/10/villeConstruction_carréNB-300x300.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/10/villeConstruction_carréNB-768x770.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/10/villeConstruction_carréNB-1200x1202.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/10/villeConstruction_carréNB-2000x2004.jpg 2000w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/10/villeConstruction_carréNB.jpg 2044w" sizes="(max-width: 1022px) 100vw, 1022px" /></a></figure>



<p class="has-text-align-right"><em>Photographie : Françoise Renaud, octobre 2018<br /></em></p>
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		<title>tout un été d&#8217;écriture #33 &#124; transactions</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 15 Oct 2018 11:48:04 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[C’est comme autant de vies secrètes qui se frôlent, parfois se heurtent, réagissent, crient, se faufilent tels des poissons glissants, rebondissent à l’image de bulles de savon sur les trottoirs ou contre les murs secs, empruntent les transports en commun à se toucher le bras ou l’épaule et parfois davantage aux heures bondées, se regardent, &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-33-transactions/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« tout un été d&#8217;écriture #33 &#124; transactions »</span></a></p>]]></description>
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<p class="has-medium-font-size">C’est comme autant de vies secrètes qui se frôlent, parfois se heurtent, réagissent, crient, se faufilent tels des poissons glissants, rebondissent à l’image de bulles de savon sur les trottoirs ou contre les murs secs, empruntent les transports en commun à se toucher le bras ou l’épaule et parfois davantage aux heures bondées, se regardent, se confrontent ou s’évitent, tous en vrac dans la cité captifs du même présent se pressant dans les bus, les halls de gare, les banques, les centres commerciaux, les bâtiments administratifs, les écoles, les cinémas. Vies secrètes qui pourraient se raconter autour d’un feu de camp – il suffirait d’un rien &#8211;, se dévoiler lentement autour d’un verre dans un café ou assis sur un banc du parc à regarder les oiseaux : les mêmes maux, les mêmes petites joies, les mêmes passions et interrogations sur la vie la mort la souffrance le bonheur à des degrés divers, car l’air vibre de ces mélanges et croisements possibles dans la ville qui ne cesse de s’étendre jusqu’à rejoindre les collines, et on bien a conscience qu’on pourrait noyer son interlocuteur si toutefois une relation s’établissait et si on prenait les choses depuis le commencement, tonnes de paroles déversées sans préméditation – autour de la naissance, des parents, de l’enfance vécue dans un autre contrée, peut-être un autre pays – et certains mots reviendraient plus fréquemment que d’autres, entraînant des développements fortuits (famille, mariage, enfant, maladie, exil). Comme çà qu’on en viendrait à raconter une peine récente, un ennui, une situation compliquée à résoudre, et bien sûr ça prendrait un peu de temps parce qu’il faudrait citer les noms des intervenants dans l’affaire (mon mari, mon fils, ma mère, mon patron, mon propriétaire), les replacer les uns par rapport aux autres tout en expliquant que c’est difficile de s’en sortir, qu’il n’existe pas de solution miracle, ce qui engagerait en retour des encouragements, des élans de compassion, des confidences, échanges pareils à des ruisseaux qui affluent vers la même rivière.</p>



<p class="has-medium-font-size">Et donc ça arrive, cette fois à la boulangerie, mon chien est mort, on l’a piqué, ah c’est dur de perdre son animal de compagnie, et tout cela est si sincère qu’on pleure presque même si on n’a jamais rencontré l’animal, parce que tout simplement on a déjà vécu l’événement soi-même, et on repart dans l’autre sens en imaginant le chien, la jeune fille caressant la tête du chien, son chagrin. Une autre fois chez le coiffeur ou dans le tram : mon fils s’est fait larguer, quel malheur, ou bien j’ai perdu mon boulot. Et le type est si en colère, ses mots si agressifs qu’on n’a pas envie de l’aider, seulement s’éloigner et passer à autre chose. Fuir le routard qui traîne sur les marches du théâtre et réclame qu’on lui jette une pièce, fusiller du regard la sans-gêne qui tripote les fruits sur l’étal avant d’en choisir deux, éviter l’étudiant qui distribue des publicités ou mène une enquête pour une rétribution minime. Parfois céder à l’attraction d’un visage, acheter des bonbons à un gars qui sourit, flirter, se relier. Tant de fortunes diverses, croisements, frottements. Dans la plupart des espaces de la ville le kaléidoscope est en marche, d’un jour à l’autre presque identique avec personnages interchangeables – paroles gestes mimiques permettant de les situer sur l’échelle sociale, de peser leur besoin, la nature des liens entre eux. Le silence aussi parfois entre les mondes, le repli des corps, les barrières infranchissables, les déserts. Oui, impossible parfois de se rejoindre dans le dédale des rues, des âges et des origines.</p>



<div style="height:72px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<p class="has-text-align-right"><em>texte écrit par Françoise Renaud dans le cadre de l&rsquo;atelier d&rsquo;été 2018 proposé par François Bon <strong> <a href="http://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article210"> « Construire une ville avec des mots »</a></strong></em><br /><em><strong><span style="color: #339966;"><span style="font-size: 15px; color: #993366;">La proposition d&rsquo;écriture </span></span></strong></em><em><strong><span style="color: #339966;"><span style="font-size: 15px; color: #993366;"> / #33 : <i>souffler la pierre et le ciment, pour une accumulation de tous les gestes, métiers, chantiers, actions, échanges </i>.<br /></span></span></strong></em></p>



<figure class="wp-block-image is-style-default"><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/FrançoiseRENAUD_Vies-secrètes.jpg" rel="lightbox-0"><img decoding="async" width="1024" height="1024" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/FrançoiseRENAUD_Vies-secrètes-1024x1024.jpg" alt="" class="wp-image-1790" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/FrançoiseRENAUD_Vies-secrètes-1024x1024.jpg 1024w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/FrançoiseRENAUD_Vies-secrètes-150x150.jpg 150w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/FrançoiseRENAUD_Vies-secrètes-300x300.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/FrançoiseRENAUD_Vies-secrètes-768x768.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/FrançoiseRENAUD_Vies-secrètes-1200x1200.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/FrançoiseRENAUD_Vies-secrètes.jpg 1920w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></a></figure>



<p class="has-text-align-right"><em>Photographie : Françoise Renaud, 2017<br /></em></p>
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		<title>tout un été d&#8217;écriture #32 &#124; ciels ma ville</title>
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		<pubDate>Fri, 05 Oct 2018 08:19:16 +0000</pubDate>
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		<category><![CDATA[atelier d'été 2018]]></category>
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					<description><![CDATA[À partir du moment où elle a habité cette ville – une ville qui peu à peu deviendrait la sienne même si elle aurait préféré vivre près d’un rivage, mieux encore sur une île pour profiter d’expériences plus naturelles &#8212; &#160;&#160;elle a épié le ciel, les incendies dans le ciel, les déluges, les poussières, les &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-32-ciels-ma-ville/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« tout un été d&#8217;écriture #32 &#124; ciels ma ville »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-medium-font-size">À partir du moment où elle a habité cette ville – une ville qui peu à peu deviendrait la sienne même si elle aurait préféré vivre près d’un rivage, mieux encore sur une île pour profiter d’expériences plus naturelles &#8212; &nbsp;&nbsp;elle a épié le ciel, les incendies dans le ciel, les déluges, les poussières, les profusions d’étoiles, les pluies, les pénombres, les soleils couchants, les grandes clartés et les assombrissements subits. Cette ville était très différente de celles qu’elle avait fréquentées et visitées jusque-là&nbsp;(son pays d’avant était constitué de côtes plus ou moins sauvages et de bocage alors que cette nouvelle cité s’était étendue à la faveur de terrains calcaires recouverts de garrigue et avait investi des petites collines et des vallons). Et ce n’était pas seulement la topographie, la nature du sol et des végétaux qui s’y plaisaient qui la rendaient différente, c’était aussi la latitude, le climat, la fluctuation des températures, le régime des vents, la circulation des eaux entre le sol et l’air, la vaporisation, la chaleur, la moiteur. Il faut dire que tout au début, dès son premier automne, il y avait eu des orages qui l’avaient saisie et avaient éveillé sa peur. </p>



<p class="has-medium-font-size">L’eau courait partout à hauteur du genou – jamais elle n’avait vécu ça &#8211;, les voitures partaient à la dérive et le ciel demeurait terrifiant plusieurs jours d’affilée, délivrant des clameurs noires. Elle avait développé envers lui une sorte d’appréhension qui semblait la guider vers des zones d’inquiétude inépuisables et l’entraînait au repli. Ne pas bouger. Le regarder par la fenêtre, guetter sa voix et ses couleurs. Espérer un changement – prier presque. Comme ça qu’elle avait commencé à observer toutes les choses qui arrivaient dans ce nouvel azur, choses qui continuent à l’étonner par leur âpreté et leur brutalité. En été le contact des toitures à l’espace est aussi net qu’un trait d’encre sur papier. La lumière se réverbère sur le rocher fissuré des collines – près de 2700 heures d’insolation par an, ça plombe. Aussi sur la carcasse d’acier des avions qui coupent très haut, laissent des tranchées. Le ciel a une couleur presque trop nette, trop pure. Dense et minérale. Exacerbée par les vents violents. Immuable. Le ciel est un bloc bleu. Il se déploie, écrase la ville, même les immeubles à plusieurs étages. Et si rares sont les journées avec nuages caracolant d’un bout à l’autre comme on en voit sur les rivages ou par-dessus les îles. Les désordres du ciel se condensent dans les intersaisons, elle l’a appris, elle redoute. À marcher dans la ville, la brûlure traverse le corps de part en part, chasse le mal. Presque jamais de brouillard – elle le regrette. Vents violents, pour ça oui. À chaque saison son lot de ciels ébouriffés ou limpides, impitoyables ou silencieux.</p>



<div style="height:58px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<p class="has-text-align-right"><em>texte écrit par Françoise Renaud dans le cadre de l&rsquo;atelier d&rsquo;été 2018 proposé par François Bon <strong> <a href="http://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article210"> « Construire une ville avec des mots »</a></strong></em><br /><em><strong><span style="color: #339966;"><span style="font-size: 15px; color: #993366;">La proposition d&rsquo;écriture&nbsp;</span></span></strong></em><em><strong><span style="color: #339966;"><span style="font-size: 15px; color: #993366;"> / #32 : <i>allez donc voir, en numérique, les occurrences du mot « ciel » chez Baudelaire, Apollinaire ou Proust&#8230; regardez aussi les extraits du « Livre des ciels » de Leslie Kaplan, ou les débuts des Maigret de Simenon : et il n’y aurait rien à écrire des ciels de votre propre ville en construction ?</i><br /></span></span></strong></em></p>



<figure class="wp-block-image is-style-default"><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/ciel.jpg" rel="lightbox-0"><img decoding="async" width="1024" height="1024" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/ciel-1024x1024.jpg" alt="" class="wp-image-1748" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/ciel-1024x1024.jpg 1024w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/ciel-150x150.jpg 150w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/ciel-300x300.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/ciel-768x768.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/ciel-1200x1200.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/ciel-2000x2000.jpg 2000w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/ciel.jpg 2048w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></a></figure>



<p class="has-text-align-right"><em>Photographie : Françoise Renaud (Bretagne), 2016<br /></em></p>
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		<title>tout un été d&#8217;écriture #31 &#124; Calvino et les morts</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 24 Sep 2018 16:41:28 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[corps]]></category>
		<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[Le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[tout un été d'écriture 2018]]></category>
		<category><![CDATA[Calvino et les morts]]></category>
		<category><![CDATA[construire une ville avec des mots]]></category>
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					<description><![CDATA[4ème cycle : route des utopies En marchant dans la ville on ne pense qu’aux vivants, aux autres qui marchent comme soi. On ne voit que la ville des vivants. Et puis un indice : une stèle, une dalle gravée, un nom de rue, une statue, une plaque commémorative, une enceinte en pierre avec des silhouettes &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-31-calvino-et-les-morts/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« tout un été d&#8217;écriture #31 &#124; Calvino et les morts »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<h3 class="wp-block-heading"><em>4ème cycle : route des utopies</em></h3>



<p class="has-medium-font-size">En marchant dans la ville on ne pense qu’aux vivants, aux autres qui marchent comme soi. On ne voit que la ville des vivants. Et puis un indice : une stèle, une dalle gravée, un nom de rue, une statue, une plaque commémorative, une enceinte en pierre avec des silhouettes d’arbres, un fourgon noir. Des figures confuses surgissent tout à coup, nous étreignent la poitrine en ce jour pourtant où tout va si bien, on se retrouve assis sur un banc de l’esplanade à réfléchir et se souvenir, à suivre une rue au nom d’un musicien disparu. La ville porte trace de tous ceux qui ont crié en naissant, elle brasse les visages et bruit de multiples histoires. La ville est pareille à une entité géologique, sans cesse remaniant ses terrains, étendant ses cendres et poussant ses grondements du tréfonds des tombes à travers les fissures d’écorce. La ville est comme vivante de ses morts. Et il y a des endroits où on sent davantage la multitude passée à la trappe. Par exemple les parkings souterrains, les tunnels, les caves d’opéra ou de salle de concert. Un genre d’humidité suinte à travers les épaisseurs de ciment, pique les yeux. Sûrement l’âme du musicien adoré qui remonte ainsi que l’eau, mélodies infiltrées par tous les canaux de la terre. Personne ne sait mais il est là encore, ça vibre sous les pieds de la foule qui traverse la place au dallage glissant, ça improvise. C’est lui sûrement – comment la ville ne pourrait-elle pas se souvenir ? Assise sur le banc elle pense à lui. Elle se souvient de sa voix douce, de la façon qu’il avait de se déplacer sur la scène, d’étreindre son instrument tel un corps à faire danser. Si vite emporté. Elle se souvient de certaines nuits de musique et de poésie, du concert lorsqu’on a brûlé sa dépouille. La vie est pareille à une courbe, à une trajectoire d’étoile. Il y a aussi ce vieil ami qui aimait bavarder et arpentait la ville à bicyclette, jambes piquetées de taches rousses. Un jour son cerveau s’est vrillé. Maintenant il repose dans une case de St Lazare auprès de sa mère, un vaste lieu protégé de cyprès avec chapelle pour se recueillir. On y entre par un lourd portail rouillé, on s’y promène, on évoque les noms à haute voix, toutes ces plaques offertes au soleil dans cette extension singulière et mélancolique de la cité. Elle pense à son père enseveli il y a peu sous la terre et le ciel atlantique. La nuit d’avant le rituel, il y avait eu une tempête et le ciel au-dessus de l’église près des plages était bouleversé de nuées blanches qui couraient en travers. Plus de bâtiments, plus de tombes, rien que du ciel. Partout les traces des morts demeurent, tatouées dans le ciel et la chair de nos villes.</p>



<div style="height:63px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<p class="has-text-align-right"><em> texte écrit par Françoise Renaud dans le cadre de l&rsquo;atelier d&rsquo;été 2018 proposé par François Bon <strong> <a href="http://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article210"> « Construire une ville avec des mots »</a></strong></em><br /><em><strong><span style="color: #339966;"><span style="font-size: 15px; color: #993366;">La proposition d&rsquo;écriture (toujours en 20 minutes) / #31 : <i>non pas mimer les allégories que déploie Italo Calvino, mais s’en appuyer comme d’une autorisation mentale à explorer ce qu’on sait, soi-même, de la mort dans ce lieu qu’on bâtit</i>.<br /></span></span></strong></em></p>



<figure class="wp-block-image is-style-default"><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/façadeverre.jpg" rel="lightbox-0"><img loading="lazy" decoding="async" width="1022" height="1024" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/façadeverre-1022x1024.jpg" alt="" class="wp-image-1745" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/façadeverre-1022x1024.jpg 1022w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/façadeverre-150x150.jpg 150w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/façadeverre-300x300.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/façadeverre-768x770.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/façadeverre-1200x1202.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/façadeverre-2000x2004.jpg 2000w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/façadeverre.jpg 2044w" sizes="auto, (max-width: 1022px) 100vw, 1022px" /></a></figure>



<p class="has-text-align-right"><em>Photographie : Françoise Renaud, septembre 2018<br /></em></p>
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		<title>tout un été d&#8217;écriture #30 &#124; répéter</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 18 Sep 2018 16:02:02 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[écriture]]></category>
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		<category><![CDATA[pays]]></category>
		<category><![CDATA[tout un été d'écriture 2018]]></category>
		<category><![CDATA[ville]]></category>
		<category><![CDATA[construire une ville avec des mots]]></category>
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		<category><![CDATA[répéter]]></category>
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					<description><![CDATA[Comment y échapper, combien de temps ça durerait – une heure au moins, peut-être deux &#8211;, voilà ce qu’elle se disait à chaque fois qu’ils arrivaient au village dans la 2CV grise, tournaient dans l’allée en herbe pour se garer à hauteur du portail grillagé qui ouvrait sur le jardin où couraient les chiens. C’était &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-30-repeter/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« tout un été d&#8217;écriture #30 &#124; répéter »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-medium-font-size">Comment y échapper, combien de temps ça durerait – une heure au moins, peut-être deux &#8211;, voilà ce qu’elle se disait à chaque fois qu’ils arrivaient au village dans la 2CV grise, tournaient dans l’allée en herbe pour se garer à hauteur du portail grillagé qui ouvrait sur le jardin où couraient les chiens. C’était au cours d’un après-midi de la première semaine de l’année. Son père tenait à visiter une tante à qui il devait beaucoup (elle l’avait recueilli à son adolescence, nourri, habillé durant les années difficiles au début de la guerre) et la présentation des vœux demeurait un rituel obligatoire auquel la famille se trouvait inévitablement associée. Pour les enfants, c’était une séance pénible. D’abord parce qu’elle était imposée, ensuite parce qu’ils avaient l’impression de reculer dans le temps à gagner cet endroit écarté de&nbsp;la petite ville et du bord de mer, à pénétrer ce pan de campagne qui leur rappelait d’où ils venaient vraiment et à rencontrer ces gens qui leur paraissaient des ancêtres. Ils détestaient ce sentiment de régression. </p>



<p class="has-medium-font-size">C’était janvier. Le jour était désolé et froid, tout le monde avait mis un manteau et même une écharpe. </p>



<p class="has-medium-font-size">Ils descendaient de la voiture, poussaient le portail et s’avançaient dans le jardin, regardaient leurs chaussures déjà boueuses alors que s’élevait une grosse voix depuis la cuisine. C’était l’oncle. Entrez donc mes petits, entrez entrez. Dame bon sang, pas chaud dehors. Et le monde pénétrait à son invitation dans la grande pièce obscure où le vieux couple mangeait dormait vivait, s’attardait un moment debout devant l’âtre, le temps de les embrasser, les deux, de leur offrir la boîte de chocolats qu’ils avaient apportée et de réciter le couplet bien huilé des vœux qui s’achevait dans la bouche des enfants par la formule consacrée : Le paradis à la fin de vos jours. Dame sacré, c’est qu’ils sont bien mignons ! s’exclamait la tante, costaude dans son sarrau gris de tous les jours, tout en leur tapotant la joue ou la tête, puis sortant de son buffet la boîte de gâteaux et le bocal de cerises à l’eau-de-vie, l’oncle invitant le père à s’assoir pour échanger les dernières nouvelles du pays, les naissances et décès, les intempéries. Ils levaient leur verre : Bon ben à la nouvelle hein ? C’est qu’elle nous rapproche du tombeau, faudrait pas oublier ! À chaque fois elle éprouvait le besoin de s’essuyer les joues suite aux embrassades forcées, l’odeur de la pièce avait tendance à l’écœurer, mélange de lait, de résine et de paille souillée. Elle restait assise gentiment au bout du banc, le temps de grignoter son biscuit. Patientait. Une poignée de minutes. Tout comme son frère. Se disait que chaque année c’était le même refrain, que ça ne servait pas à grand-chose, ces souhaits de bonne année, puisque toute une vie ne suffirait pas à les réaliser et puis personne n’y croyait vraiment. Enfin elle entraînait son frère au jardin pour aller jouer avec les chiens qui ne demandaient pas mieux. Surtout ne traversez pas la route hein ? Qu’on n’ait pas loin à vous chercher. De toute façon ils préféraient la rudesse du jardin d’hiver et la fougue des animaux noirs qui leur sautaient sur le ventre et leur léchaient le visage, aux conversations sans intérêt pour eux et à l’atmosphère irrespirable de la pièce de ferme, si basse de plafond, qui servait à la fois de cuisine et de chambre où avaient dû naître et mourir certains de leurs ascendants. D’un coup l’air froid les revigorait. Ils se mettaient à courir comme des fous, disparaissaient dans le taillis des mimosas, talonnés par les bêtes, et répétaient en riant : Bonne année, bonne santé, et patati et patata.</p>



<div style="height:65px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<p class="has-text-align-right"><em> texte écrit par Françoise Renaud dans le cadre de l&rsquo;atelier d&rsquo;été 2018 proposé par François Bon <strong> <a href="http://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article210"> « Construire une ville avec des mots »</a></strong></em><br /><em><strong><span style="color: #339966;"><span style="font-size: 15px; color: #993366;">La proposition d&rsquo;écriture (toujours en 20 minutes) / #30 : <i>il ne s’agit pas de rituels privés, mais sociaux, ceux qui organisent la communauté — ceux (les plus solennels) qui reviennent une fois l’an, par exemple, mais pourquoi pas plus souvent ou quotidiens — et pourquoi pas en décrire un dans la parfaite équivalence du temps récit et du temps dit référentiel, celui de l’action en temps réel ?</i><br /></span></span></strong></em></p>



<figure class="wp-block-image is-style-default"><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/texte_REPETER.jpg" rel="lightbox-0"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="1022" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/texte_REPETER-1024x1022.jpg" alt="" class="wp-image-1737" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/texte_REPETER-1024x1022.jpg 1024w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/texte_REPETER-150x150.jpg 150w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/texte_REPETER-300x300.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/texte_REPETER-768x767.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/texte_REPETER-1200x1198.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/texte_REPETER.jpg 1947w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></a></figure>



<p class="has-text-align-right"><em>Photographie : Françoise Renaud (Bretagne), 2016<br /></em></p>
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		<title>tout un été d&#8217;écriture #29 &#124; rencontrer</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 12 Sep 2018 13:47:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[Le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[ville]]></category>
		<category><![CDATA[construire une ville avec des mots]]></category>
		<category><![CDATA[le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[rencontrer]]></category>
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					<description><![CDATA[Il n’est pas d’ici, il ne parle pas la langue, la plupart du temps il se cache. Non pas parce qu’il a honte mais parce qu’il a peur. Elle l’a rencontré une fois dans sa ville, ou peut être une autre ville dans un autre pays. Il ressemble à beaucoup d’autres venus de loin, cette &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-29-rencontrer/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« tout un été d&#8217;écriture #29 &#124; rencontrer »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-medium-font-size">Il n’est pas d’ici, il ne parle pas la langue, la plupart du temps il se cache. Non pas parce qu’il a honte mais parce qu’il a peur. Elle l’a rencontré une fois dans sa ville, ou peut être une autre ville dans un autre pays. Il ressemble à beaucoup d’autres venus de loin, cette expression perdue sur le visage qui parle de l’origine, de la difficulté, de la peur que tout en lui évoque&nbsp;: la voussure du dos bien qu’il soit jeune, les bras rabattus sur le ventre, le regard qui fuit, se réfugie dans un recoin du sol, fixe un tas de poussière, un carreau de dallage, une poubelle, un papier qui vole à chaque rafale de vent. La peur tue l’envie de révolte. Il s’organise du mieux qu’il peut avec ses menues possessions, elle le voit même si elle ne veut pas montrer trop d’insistance, rester trop longtemps à proximité de l’endroit où il campe. Elle voit combien il prend soin des objets qu’il possède, combien il les protège. Elle sait que le soir il s’associe avec quelques autres comme lui – sans doute viennent-ils du même endroit de la terre &#8211;, à plusieurs on assure mieux la surveillance des affaires car s’ils les perdaient, ce serait encore plus difficile à cause de la pluie et du froid ou au contraire de la chaleur. Demain n’existe pas. Ils espèrent. </p>



<p class="has-medium-font-size">Comment savoir ce qu’il faut faire. </p>



<p class="has-medium-font-size">Rester caché pour échapper au réseau, prier pour une issue. C’est donc dans une espèce de niche entre deux bâtiments sur le boulevard qu’ils ont fait étape, entre centre et zones périphériques pas bien loin de la gare avec des tas de véhicules qui circulent, un coin où il leur paraît moins difficile de survivre qu’en plein ville ou en pleine campagne. Quelques commerces de proximité. Le primeur laisse des caisses devant sa grille le soir, il a une conscience, pas des mauvais bougres il le dit souvent, c’est seulement qu’ils n’ont plus de pays et que c’est une chose terrible, alors il fait ce qu’il peut à son échelle. Il ajoute sur la caisse une ou deux baguettes avant de fermer sa boutique. Un paquet de bonbons. Une veste dont il ne se sert plus. Les habitants du quartier ont dû voir la caisse et le pain en évidence et la veste en rentrant chez eux – après comment trouver la paix dans leur logement bien équipé et devant leur dîner. Mais ils oublient vite, ou alors ils ne voient pas &#8212; une réelle capacité chez certains à décaler les yeux au moment opportun. Elle vient guetter à la fermeture des magasins d’alimentation, attend qu’il vienne, lui seul ou avec un autre &#8212; ils quittent leur refuge quand les rues se vident. Elle tend une couverture, un thermos de thé, dit quelques mots, ébauche un sourire. Ce n’est pas grand-chose de la part de quelqu’un qui a une histoire, un endroit de naissance où il peut retourner s’il veut, et même une maison de famille pour passer des vacances, un pays, en tout cas c’est mieux que l’indifférence. Le béton est dur aux épaules, les murs sont des frontières, la ville est un étouffoir, la ville est un désert avec des hommes qui détournent les yeux et s’essuient le visage.</p>



<div style="height:64px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<p class="has-text-align-right"><em> texte écrit par Françoise Renaud dans le cadre de l&rsquo;atelier d&rsquo;été 2018 proposé par François Bon <strong> <a href="http://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article210"> « Construire une ville avec des mots »</a></strong></em><br /><em><strong><span style="color: #339966;"><span style="font-size: 15px; color: #993366;">La proposition d&rsquo;écriture (toujours en 20 minutes) / #29 : <i>dans ces lieux que nos descriptions construisent, des personnages qui sont autant d’énigmes – dans les fiches, voir la façon dont Danielle Collobert les fait apparaître, en leur laissant cette capacité d’augmenter encore l’énigme plus que la résoudre –</i><br /></span></span></strong></em></p>



<figure class="wp-block-image is-style-default"><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/oranges.jpg" rel="lightbox-0"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="1024" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/oranges-1024x1024.jpg" alt="" class="wp-image-1733" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/oranges-1024x1024.jpg 1024w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/oranges-150x150.jpg 150w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/oranges-300x300.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/oranges-768x768.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/oranges-1200x1200.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/09/oranges.jpg 1918w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></a></figure>



<p class="has-text-align-right"><em>Photographie : Françoise Renaud, 2017<br /></em></p>
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		<title>tout un été d&#8217;écriture #28 &#124; se déplacer</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 07 Sep 2018 08:05:39 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[Le tiers livre]]></category>
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		<category><![CDATA[ville]]></category>
		<category><![CDATA[atelier d'été]]></category>
		<category><![CDATA[construire une ville avec des mots]]></category>
		<category><![CDATA[le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[se déplacer]]></category>
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					<description><![CDATA[Pour atteindre cet endroit &#8212; inaccessible en voiture ou en autobus, encore moins en train &#8211;, il faut marcher simplement, mettre un pied devant l’autre. Laisser venir le paysage à soi par fragments, éclats, minuscules flottements. Tout dépend de la température et de la force du corps capable de courir peut-être, de pousser ses foulées &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-28-se-deplacer/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« tout un été d&#8217;écriture #28 &#124; se déplacer »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-medium-font-size">Pour atteindre cet endroit &#8212; inaccessible en voiture ou en autobus, encore moins en train &#8211;, il faut marcher simplement, mettre un pied devant l’autre. Laisser venir le paysage à soi par fragments, éclats, minuscules flottements. Tout dépend de la température et de la force du corps capable de courir peut-être, de pousser ses foulées jusqu’à atteindre une vitesse idéale pour percevoir le vent sur la peau et dans les cheveux ainsi qu’une offrande. De toute façon traverser le bourg. Courir sur le trottoir à longer les maisons, les jardins, dépasser le carrefour en faisant un signe de la main en direction de la voiture qui freine pour laisser le passage, jauger chaque zone de gravillons, dénivelé, creusement dans la terre, fissure ou décalage dans la bordure en béton (le moindre heurt déstructure la course et peut entraîner la chute). En même temps observer la progression des nuages au ciel, ce dernier de plus en plus vaste à s’approcher de la frange littorale, s’insinuer dans cette fente que le corps ouvre à traverser régulièrement l’espace bâti ou non comme s’il s’agissait d’une porte, d’un tunnel invisible, et dans ce mouvement exécuté en harmonie avec l’entour et la pleine lumière, se laisser pénétrer par une drôle de sensation en train de s’inventer entre vision et libération, chaque membre, chaque fibre fortement engagés dans la course. La descente est facile jusqu’à l’église puis dépasser le café qui sert aussi de bureau de tabac, ralentir au risque d’apercevoir quelqu’un de connu accoudé au bar ou installé avec un livre à une table, noter le bâtiment sur la gauche où était installée naguère une célèbre poissonnerie tenue par une famille du coin, le nouveau restaurant ouvert même en hiver. Des pensées circulent dans le cerveau en même temps que le corps poursuit l’effort, stimulé par l’espoir de mer, en même temps que les yeux guettent les variations du bitume et s’accrochent aux écumes et miroitements de la baie sitôt que l’espace s’ouvre, bientôt, juste après les cyprès torturés. Et le corps en sueur et enchanté s’installe sans cesse dans de nouveaux rythmes en fonction du terrain et de ses forces en réserve, s’adapte au sentier de poussière qui finira par s’extirper des zones de circulation ordinaires. De cap en cap, au-delà des vieux murs rehaussés de brande, ça va devenir plus sauvage, plus grandiose. Les plages sont de vastes sillons remplis de sable allant s’évasant vers les rochers découverts. Parfois niché dans une végétation de saules et de roseaux, un étrange hameau : maisons basses et paillotes avec terrasse sur pilotis pour contempler les vagues. Aussi une cale à bateaux, rendez-vous des fêlés de vent et de voile. Des quartiers peu fréquentés hors saison pour courir librement.</p>



<div style="height:69px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<p class="has-text-align-right"><em> texte écrit par Françoise Renaud dans le cadre de l&rsquo;atelier d&rsquo;été 2018 proposé par François Bon <strong> <a href="http://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article210"> « Construire une ville avec des mots »</a></strong></em><br /><em><strong><span style="color: #339966;"><span style="font-size: 15px; color: #993366;">La proposition d&rsquo;écriture (toujours en 20 minutes) / #28 : <i>métro, bus, voiture, moto ou à pied : chaque mode de transport est aussi un dispositif de perception optique — alors non pas aller d’un point à un autre, mais se concentrer seulement sur un fragment de cette perception en mouvement.</i>.<br /></span></span></strong></em></p>



<figure class="wp-block-image is-style-default"><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/calePortmain.NB_.jpg" rel="lightbox-0"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="1024" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/calePortmain.NB_-1024x1024.jpg" alt="" class="wp-image-1727" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/calePortmain.NB_-1024x1024.jpg 1024w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/calePortmain.NB_-150x150.jpg 150w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/calePortmain.NB_-300x300.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/calePortmain.NB_-768x768.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/calePortmain.NB_-1200x1200.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/calePortmain.NB_.jpg 1944w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></a></figure>



<p class="has-text-align-right"><em>Photographie : Françoise Renaud (Bretagne), 2015<br /></em></p>
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		<title>tout un été d&#8217;écriture #27 &#124; arriver</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 03 Sep 2018 12:13:20 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[Le tiers livre]]></category>
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					<description><![CDATA[Il fallait bien partir pour arriver quelque part, partir d’un lieu pour arriver dans un autre —&#160;d’une ville dans une autre&#160;— si bien que l’arrivée commençait bien en amont, commençait au cœur même du long voyage qui la ramenait chez elle —&#160;comme çà qu’elle nommait son pays d’origine où elle ne vivait plus mais où &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-27-arriver/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« tout un été d&#8217;écriture #27 &#124; arriver »</span></a></p>]]></description>
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<p class="has-medium-font-size">Il fallait bien partir pour arriver quelque part, partir d’un lieu pour arriver dans un autre —&nbsp;d’une ville dans une autre&nbsp;— si bien que l’arrivée commençait bien en amont, commençait au cœur même du long voyage qui la ramenait chez elle —&nbsp;comme çà qu’elle nommait son pays d’origine où elle ne vivait plus mais où sa maison d’enfance était toujours habitée par l’un de ses parents&nbsp;— et c’était un voyage qui traversait le pays en travers, du sud au nord-ouest, qui nécessitait plusieurs moyens de transport et un certain nombre d’heures en tenant compte des délais et des aléas. Du coup elle n’en finissait pas d’arriver. À chaque étape du parcours elle y pensait, déjà lorsqu’elle garait sa voiture dans le parking de l’aéroport de la ville du sud, prenait son ticket et marchait en roulant sa petite valise sur les trottoirs verts jusqu’au hall, passait la police, attendait dans la salle d’embarquement. Elle s’était levée bien avant le soleil, avait contourné la ville endormie —&nbsp;elle connaissait par cœur le chemin, l’enfilade des feux pour s’extirper des quartiers construits depuis l’implantation du tramway, les zones commerciales interminables, le vaste carrefour où prenait l’autoroute. </p>



<p class="has-medium-font-size">L’aéroport était calme à cette heure, voyageurs débarquant à la limite de l’heure imposée par la compagnie. Une fois dans l’avion, elle se retrouvait seule comme démunie, décollage imminent. Rien ne se voyait de ses pensées, de son cœur prêt à se fendre à l’idée du lieu où elle était en train de se rendre. Elle ouvrait un journal pendant le décollage, frissonnait dans l’instant où l’avion s’arrachait à la piste puis plongeait les yeux par le hublot pour observer les découpures du littoral, la ville couchée dans la plaine, les autoroutes avenues rivières qui ondulaient à la surface ainsi que des longs corps d’animaux. Il fallait donc partir pour arriver, s’arracher à une terre pour en atteindre une autre —&nbsp;une autre familière et aimée&nbsp;—, et dans cette transportation il semblait s’ouvrir en elle comme une loge secrète uniquement sensible à cette idée, à cette image de l’arrivée qui n’en finissait pas de se dessiner.</p>



<p class="has-medium-font-size">À présent il fallait atterrir, récupérer son bagage au pied de l’avion, avancer anonyme dans la file des passagers jusqu’aux bâtiments, faire vite, se presser, doubler les gens qui bavardaient ou traînaient, une sorte d’urgence la prenait soudain à sentir proche de ce qu’elle cherchait (il y a quelques temps son père l’attendait dans le hall des arrivées et elle cherchait sa silhouette, le cœur au bord des lèvres, une époque désormais révolue). Elle filait dehors, gagnait les bâtiments de location de voitures, faisait la queue au guichet en évitant de regarder les gens. L’impatience la gagnait s’il y avait trop de lenteur. Enfin elle avait les clés en main et récupérait son véhicule. Une épreuve encore que de quitter l’ensemble aéroportuaire en lisière de ville, échapper à la circulation intense de la double-voie, bifurquer sans faire d’erreur sous peine d’embarquer sur le pont (ensuite demi-tour impossible), bien lire les panneaux routiers, noter au passage certains changements, par exemple l’amplification du trafic ou l’élargissement de certaines voies. Ouf ça y était, la grande ville de l’ouest était dans son dos. Encore cinquante kilomètres. Longue traversée d’épaisseurs de campagne avec hameaux regroupant des fermes et des maisons neuves, terres cultivées, mares bordées de peupliers, prés où paissaient des troupeaux. Le manque de sommeil se manifestait à cause de la vitesse constante et du ronronnement du moteur. Elle s’arrêtait cinq minutes pour respirer, songeait à ce que ça lui faisait de revoir ce pays, sentiment vif et profond qui la troublait et soulevait dans sa gorge des ondes singulières. Le moment était proche désormais — celui qu’elle préférait — où la route allait commencer à descendre vers la ria. Alors l’air changeait, la nature des oiseaux, l’allure des arbres, l’océan tout proche brusquement. Combien de fois avait-elle visionné le film de cette arrivée sur le port exactement niché dans le creux, sa gare à un seul quai, les rues avec belles boutiques, le môle principal, les bateaux, la halle au poisson, le château, plus loin les plages et quelques bourgs dont celui où se trouvait la maison familiale. Et ça se déroulait toujours de la même façon (même si sa dernière visite était lointaine, ses envies demeuraient les mêmes). Comme un mécanisme bien rôdé qui recélait toujours quelques surprises : eau ou vase dans le port, force ou douceur du vent, qualité de la lumière —  généralement les nuages remontaient du cœur de la mer pour envahir les terres, ainsi le littoral demeurait lumineux, vierge bien qu’habité, unique. Elle regardait reconnaissait. C’était comme un élargissement. Elle passait par le môle jusqu’au château, longeait la côte en observant la mer sur sa gauche, faisait une pause à hauteur des Petites Vallées pour retrouver l’odeur de l’algue. Enfin rejoignait la vieille église noire, bifurquait pour lentement remonter la rue jusqu’à atteindre son but. Restait à garer sans bruit la voiture dans le chemin derrière la maison, à pousser le portillon au claquement singulier. Une silhouette apparaissait sur le seuil et levait les bras vers elle.</p>



<div style="height:59px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<p class="has-text-align-right"><em> texte écrit par Françoise Renaud dans le cadre de l&rsquo;atelier d&rsquo;été 2018 proposé par François Bon <strong> <a href="http://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article210"> « Construire une ville avec des mots</a></strong></em><br /><em><strong><span style="color: #339966;"><span style="font-size: 15px; color: #993366;">La proposition d&rsquo;écriture (toujours en 20 minutes) / #27 : <i>gares, aéroports, parkings : la ville on l’associe toujours à comment on y arrive, comment on y entre — d’ailleurs des textes comme ça il y en a plein la littérature.</i>.<br /></span></span></strong></em></p>



<figure class="wp-block-image is-style-default"><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/mole.jpg" rel="lightbox-0"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="1024" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/mole-1024x1024.jpg" alt="" class="wp-image-1720" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/mole-1024x1024.jpg 1024w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/mole-150x150.jpg 150w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/mole-300x300.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/mole-768x768.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/mole-1200x1200.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/mole.jpg 1942w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></a></figure>



<p class="has-text-align-right"><em>Photographie : Françoise Renaud (Bretagne), 2016<br /></em></p>
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		<title>tout un été d&#8217;écriture #26 &#124; révélation</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 Aug 2018 14:33:54 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[écriture]]></category>
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		<category><![CDATA[tout un été d'écriture 2018]]></category>
		<category><![CDATA[ville]]></category>
		<category><![CDATA[atelier d'été]]></category>
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		<category><![CDATA[révélation]]></category>
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					<description><![CDATA[Plusieurs scènes reviennent, plusieurs pistes, comment faire. S’embarquer dans l’une vaille que vaille. De toute façon toujours ce même corps de petite fille dégourdie élevée à la campagne, du moins dans un bourg de campagne avec une église (sacrément belle l’église, érigée tout près des falaises) avec office le dimanche matin et chemin de croix &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-26-revelation/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« tout un été d&#8217;écriture #26 &#124; révélation »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-medium-font-size">Plusieurs scènes reviennent, plusieurs pistes, comment faire. S’embarquer dans l’une vaille que vaille. De toute façon toujours ce même corps de petite fille dégourdie élevée à la campagne, du moins dans un bourg de campagne avec une église (sacrément belle l’église, érigée tout près des falaises) avec office le dimanche matin et chemin de croix le vendredi saint, une certaine pauvreté décelable dans l’allure des vêtements, et plus ou moins au même âge (une douzaine d’années ou un peu plus). Une bonne petite fille qui se débrouillait sans l’aide de personne et marchait de toute la force de ses jambes, bien décidée à en découdre avec la vie qui se proposerait devant. Peu d’endroits qu’elle connaissait alors, peu de zones construites, peu de routes&nbsp;: celle qui dans un sens conduisait au bourg, dans l’autre à la ferme où ils allaient chercher le lait &#8212; elle était bordée de fossés où croissait une multitude d’espèces vivaces et embouchait sur une route plus fréquentée qui conduisait à un bourg plus important –, </p>



<p class="has-medium-font-size">et celle qui bordait la côte qui permettait de gagner la crique où elle se baignait en été et accueillait ses promenades par temps d’hiver. C’était là son territoire, son modeste royaume, son répertoire d’images – bien sûr qu’il survivrait en elle. Il y avait aussi quelques livres mais très peu, quelques-uns qu’elle avait lus à l’école. La ville ne s’était pas encore manifestée, mais elle avait déjà pressenti les limites de ce monde d’origine bien que l’océan fût infini et les vagues innombrables. Elle jouait avec son frère à des jeux de voyage, étudiait les cartes de géographie qui lui tombaient sous la main jusqu’à être capable de les reproduire. Le nom de certaines villes soulevait en elle des pensées heureuses, engendrait des rêves de départ. Et voilà qu’elle venait d’atteindre l’âge du lycée, bien jeune encore – surtout qu’elle était en avance &#8211;, c’est ce que pensait son père et il s’inquiétait énormément à l’idée de la voir traverser seule la vaste ville pleine de périls. Et que dire de sa mère. Dix ans qu’ils avaient perdu leur fille aînée mais ça c’était une autre histoire, et lui en particulier ne tenait pas à raviver ce fracas, s’efforçant de le comprimer sous silence alors qu’il aurait été nécessaire au contraire de vider l’abcès, de laisser éclater sa colère. Enfin pour lui faciliter les choses, il avait eu l’idée de l’accompagner pour réaliser avec elle les parcours qu’elle aurait à accomplir : de la gare routière à l’internat, de l’internat à la route de Rennes et puis au conservatoire de musique le jeudi. En autobus et à pied. Une sorte d’apprentissage rapide pour se construire des repères. Car sans en avoir l’air il la couvait, sa petite aux taches de rousseur sur le nez qui portait ses gênes – sa petite : une vérité dont il aurait eu envie de douter, du moins pendant un certain temps, parce qu’elle avait des cheveux rouges et c’était une particularité rare non repérée dans sa famille, et puis surtout il aurait préféré un garçon, mais là aussi c’est une autre question – et ils avaient couru l’un et l’autre presque se tenant la main, en tout cas coude à coude, le long des boulevards depuis la zone sud jusqu’au nord, d’arrêt de bus en arrêt de bus, de place en place. Ils avaient marché ensemble. Et il s’était passé quelque chose entre eux avec la ville autour d’eux. Elle n’avait pas eu peur, et aussi loin que la portait son imagination, elle avait fait confiance à son père et à ses propres yeux, à son corps qui marchait, d’emblée elle avait décelé dans tout ce qu’elle voyait de quoi contenter son attente : filles en pantalons à la mode, garçons attirants, beaux bâtiments, boulevards avec circulation automobile intense, magasins, cinémas, pâtisseries, librairies. Tout semblait l’appeler au-delà des ombres sur la mer atlantique, au-delà des récifs et des oiseaux dont elle connaissait le cri le chant, les yeux des hommes sollicitaient sa jeunesse, promesse d’indépendance, de séparation des parents, enfin passée en zone hors de contrôle, sa vie brûlante loin du bourg et de l’église à deux pas des falaises. Jusque-là rien de tel n’avait été imaginable et soudain le labyrinthe de la métropole régionale s’offrait telle une terre étrangère enivrante. Multitude diversité vacarme. D’un coup la soif de liberté lui avait sauté à la gorge. Oui cette ville deviendrait son territoire d’émancipation, c’était sûr, désormais elle ne souhaitait plus qu’une chose, se débarrasser de cette ruralité qui lui collait à la peau comme une mauvaise odeur, comme une preuve d’indigence. Ville ventre cocon pour éclore. Et tandis que le père lui procurait des explications qu’elle écoutait pour ne pas lui faire de peine, elle se disait qu’elle se débrouillerait bien toute seule, que sur ce nouveau sol elle grandirait encore, deviendrait jeune fille puis femme. Elle savait ce qu’elle voulait ou plutôt ne voulait pas. À ce stade il lui échappait tout de même qu’elle devrait une sacrée part de son devenir à cet homme qui ce jour-là lui avait mis les clés en main sans forcément se douter que la grande ville engagerait sa cadette à la métamorphose l’avalerait l’entraînerait dans une existence très éloignée de lui. Comme si un lieu pouvait nous détourner du cours principal de l’histoire, nous inviter à conquérir l’inattendu sans pour autant nous faire oublier nos premiers territoires, nos chères premières années qui nous ont échappé et continuent à battre en nous comme une pluie.</p>



<div style="height:68px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<p class="has-text-align-right"><em> texte écrit par Françoise Renaud dans le cadre de l&rsquo;atelier d&rsquo;été 2018 proposé par François Bon <strong> <a href="http://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article210"> « Construire une ville avec des mots »</a></strong></em><br /><em><strong><span style="color: #339966;"><span style="font-size: 15px; color: #993366;">La proposition d&rsquo;écriture (toujours en 20 minutes) / #26 : <i>remonter à la première expérience, pas forcément sur le lieu du récit, que cela remonte à l’enfance ou à un voyage, où la ville soudain nous soit apparue comme concept</i>.<br /></span></span></strong></em></p>



<figure class="wp-block-image is-style-default"><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/église.jpg" rel="lightbox-0"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="1022" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/église-1024x1022.jpg" alt="" class="wp-image-1714" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/église-1024x1022.jpg 1024w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/église-150x150.jpg 150w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/église-300x300.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/église-768x767.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/église-1200x1198.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/église.jpg 1947w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></a></figure>



<p class="has-text-align-right"><em>Photographie : Françoise Renaud (Bretagne), 2015<br /></em></p>
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		<title>tout un été d&#8217;écriture #25 &#124; mise en questions</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 24 Aug 2018 08:51:19 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[Le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[tout un été d'écriture 2018]]></category>
		<category><![CDATA[ville]]></category>
		<category><![CDATA[atelier d'écriture 2018]]></category>
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		<category><![CDATA[mise en questions]]></category>
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					<description><![CDATA[Est-ce qu’elle est toujours devant le numéro 9 à se demander si elle va sonner à la porte pour voir ce que c’est devenu ou au contraire a-t-elle renoncé à la visite à la redécouverte de ce quartier qui a été le sien resserré au cours du temps à cause des constructions nouvelles et de &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-25-mise-en-questions/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« tout un été d&#8217;écriture #25 &#124; mise en questions »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-medium-font-size">Est-ce qu’elle est toujours devant le numéro 9 à se demander si elle va sonner à la porte pour voir ce que c’est devenu ou au contraire a-t-elle renoncé à la visite à la redécouverte de ce quartier qui a été le sien resserré au cours du temps à cause des constructions nouvelles et de la circulation toujours plus dense. A-t-elle renoncé à pénétrer les lieux pour prendre mesure des années constater leur emprise peser les transformations irrémédiables avec technologie incorporée désormais dans les murs les antennes paraboliques les jardins devenus simples terrasses avec chaises longues et plantes en pots qui ne réclament pas trop d’entretien de toute façon pas le temps. Pourquoi ne pas avoir laissé un peu de respiration dans tout ça. Maintenant ça presse ça coince et même sur les placettes cernées de bornes métalliques les carrefours encombrés les boutiques qui ressemblent à des couloirs, les boulangeries qui ne désemplissent pas les enfants énervés qui crient et en font voir de toutes les couleurs aux grandes personnes. </p>



<p class="has-medium-font-size">Pourquoi pourquoi a-t-elle du mal avec ce monde agglutiné dans les lieux de déambulation esplanades trottoirs tramways centres de commerce toujours plus de monde sur la planète. Alors comme une tranchée une fracture dans le sol de la place centrale au revêtement glissant où tout s’engloutirait de la foule. Mais à quel moment avait-elle imaginé revenir en vrai jusqu’à la maison et puis elle ne l’a pas fait n’est-ce pas parce qu’elle a peur sans doute peur de la ville qui pourrait se rebeller en révélant trop profond trop loin ce qui composait sa vie tout le temps à cette époque est-ce que c’est ça. Est-ce qu’elle a fini par fermer les yeux par oublier les promenades au cours desquelles elle observait la ville et la mer et l’aqueduc et les martinets et le chuchotement des parcs. Où est-elle passée pendant tout ce temps. Temps temps temps tout ce temps mais il y a si longtemps finalement est-ce que le temps ravage ou ranime ou améliore ou efface ou polit simplement  les aspérités les lichens implantés dans les fissures les rires incrustés dans la peau sous les yeux les baisers échangés au cours des nuits caniculaires. Qu’a-t-elle fait pendant tout ce temps alors que la ville changeait c’est dit comme ça simplement pour résumer espaces creusés et passés à la trappe sans que personne ne s’en soit rendu compte de seconde en seconde respirations transformations mutations circulations. Tout de même les histoires qui ont le plus compté pour elle ne finiraient-elles pas par se dessiner maintenant une par une se découpant dans l’entrebâillement de la porte du numéro 9 qui n’était alors qu’un hangar à matériel agricole un foutoir un bazar qu’elle devait traverser pour gagner l’appartement. Est-ce que ça s’est inscrit comme ça creusé en elle souvenir par souvenir aussi déterminants que les éléments du paysage urbain par exemple la neige qui noyait l’escalier les premiers épisodes cévenols l’amant éconduit douloureux et violent. Et cette tendresse à son endroit ne surgit-elle pas soudain comme une réminiscence jamais révélée et aussi son visage brusquement éclairé son corps d’homme jeune et solide ses fesses un peu trop serrées dans les jeans. Ville quartier rue ruelle de garenne avec clapier déglingué dans un coin du jardin visages des copains de fac de passage pour un café sofa en cuir défoncé cuisine très sommaire chat au pelage doux qu’elle aimait mais que faisait elle alors vraiment. Avait-elle commencé à écrire des choses sur des papiers volants des histoires vraies par exemple des histoires récoltées au cours de ses fréquents voyages sous les tropiques avec la moiteur des immenses capitales Mexico Bangkok Jakarta intimement mêlée après coup à la brûlure méridionale pierres calcaires crissement d’insectes nichés en nombre dans les micocouliers. Avait-elle peur à chaque fois du retour à la vie normale du retour dans la ville repère repaire avec ce goût immodéré des horizons lointains et odorants ancrés en elle comme des sources nouvelles juxtaposées au temps souvent bleu qui battait autour. Alors est-ce qu’elle écrivait dans la tiédeur de l’automne près de la fenêtre avant l’arrivée des pluies diluviennes d’ailleurs elle aurait dû le faire plus assidument avant que les souvenirs ne ternissent avant que la vieille qui logeait de l’autre côté du jardinet ne casse sa pipe et entraîne la vente du bloc de bâtiments dont l’appartement qui avait été le sien pendant une décennie au moins et par conséquent son déménagement tout un problème de dénicher un lieu pas cher un lieu bien à soi. Probablement qu’il était temps oui temps de le faire en tout cas de commencer à le faire n’est-ce pas avant que le réel tourne en passé avant que le bazar soit expédié aux ordures et que la porte cochère se retrouve transformée en porte avec digicode et alarme de sécurité. Au fait est-ce qu’elle porte encore dans son pied la douleur des semaines après l’opération de cheville qui l’avait immobilisée si longtemps longtemps et dans son cœur la douleur de la rupture avec Josh et d’autres après lui et la tension du corps qui rêve. Ce temps fichu temps est-ce qu’il grignote en nous ronge blesse avec en parallèle l’image précise des lieux où les pensées nous sont venues comme des trouées des déchirures au milieu des cités qu’on habite de façon anonyme et faut-il se résoudre à retourner là-bas dans cette impasse ou simplement regarder sur Internet à quoi ça ressemble parce qu’on a peur de ne plus rien reconnaître. Enfin pourquoi ne le fait-elle pas elle devrait car finalement ça n’a pas autant changé qu’elle l’imagine non pas autant que sa peau sa jeunesse car toujours là le figuier juste avant le garage de Marco avec ses larges feuilles un peu collantes qui dépassent du portail au numéro 12 oui c’est incroyable ces arbres sans cesse renaissants. Est-ce donc si difficile à accepter ah cette ville ce faubourg cette ruelle au cœur du quartier qu’on dirait pareille à une fente une fenêtre découpée dans un papier de couleur où se serait évanouie une vaste portion de temps où se serait finalement dessinée la nature de ses cris de ses faims de ses émotions à elle rien qu’à elle où se serait ébauchée son absence d’illusions à propos de l’issue en dépit des frissons de joie traversant tout son corps le matin ou le soir.</p>



<div style="height:62px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<p class="has-text-align-right"><em> texte écrit par Françoise Renaud dans le cadre de l&rsquo;atelier d&rsquo;été 2018 proposé par François Bon <strong> <a href="http://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article210"> « Construire une ville avec des mots »</a></strong></em><br /><em><strong><span style="color: #339966;"><span style="font-size: 15px; color: #993366;">La proposition d&rsquo;écriture (toujours en 20 minutes) / #25 : <i> de l’accumulation de questions sans réponse comme sauter au travers du réel et lui donner porosité&#8230; seul le point est autorisé pour la ponctuation !</i><br /></span></span></strong></em></p>



<figure class="wp-block-image is-style-default"><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/ville_NB_carré.jpg" rel="lightbox-0"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="1024" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/ville_NB_carré-1024x1024.jpg" alt="" class="wp-image-1709" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/ville_NB_carré-1024x1024.jpg 1024w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/ville_NB_carré-150x150.jpg 150w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/ville_NB_carré-300x300.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/ville_NB_carré-768x768.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/ville_NB_carré-1200x1199.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/ville_NB_carré.jpg 1921w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></a></figure>



<p class="has-text-align-right"><em>Photographie : Françoise Renaud, 2018<br /></em></p>
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		<title>tout un été d&#8217;écriture #24 &#124;  caméra temporelle</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 19 Aug 2018 12:51:02 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[écriture]]></category>
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					<description><![CDATA[Elle voit les bâtiments et elle pense aux gens, comme un renversement &#8212; la pierre et la chair, le dur et le sensible. Elle a vingt ans même pas. Elle a voyagé depuis l’ouest en autostop, il a fallu du temps. Fatigue sans doute. On vient de la déposer au cœur de la ville à &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-24-camera-temporelle/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« tout un été d&#8217;écriture #24 &#124;  caméra temporelle »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-medium-font-size">Elle voit les bâtiments et elle pense aux gens, comme un renversement &#8212; la pierre et la chair, le dur et le sensible. Elle a vingt ans même pas. Elle a voyagé depuis l’ouest en autostop, il a fallu du temps. Fatigue sans doute. On vient de la déposer au cœur de la ville à l’heure du déjeuner, il a fallu faire vite, voiture prise dans le trafic, les autres s’impatientaient derrière. Elle a attrapé son sac à dos. Salut de la main, merci. Elle ressent l’ambiance chaude et l’espace grouillant de voitures. Au centre de l’espace ovoïde cerné de drapeaux, une fontaine entourée de fleurs rouges. Auvents bleus. À la terrasse d’un café, un homme en train de fumer la regarde. Il a des yeux d’ébène. Elle se détourne, avise le ciel limpide, éprouve un bref sentiment de solitude. Elle a choisi cette ville du sud pour étudier les sciences (première de la famille à le faire, c’est quelque chose). Sa vie est jeune, elle n’a aucune idée de ce qui l’attend et s’enivre de découvrir une cité nouvelle. Façades grandioses, enseignes de cinémas, boutiques luxueuses, théâtre et bars chics. Les gens lui semblent différents de ceux qu’elle connaît&nbsp;: vêtements, langage, nonchalance. Elle ne s’attarde pas, attrape un bus pour gagner les quartiers de l’Université.</p>



<p class="has-medium-font-size">Quelques années écoulées. Nuit. Lumières moins cruelles que le jour, surtout en été. La place a changé d’allure. À quelques pas, ruelles clandestines avec bars, boîtes, cafés, petits restaurants pour étudiants. Elle connaît par cœur les sens de circulation dans la vieille ville, navigue avec sa petite voiture qui ne craint pas de frotter les murs, connaît les bons coins pour se garer. Toujours un dîner, une fête quelque part, un concert. La ville abrite les idylles d’un soir. Elle garde l’image de déplacements en groupes d’un bord à l’autre de la place et celle d’un couple âgé qui marchait à petits pas en se tenant la main.</p>



<p class="has-medium-font-size">Aujourd’hui tout a été remanié. Plus de voitures &#8212; déviées vers un tunnel. Ce qui s’impose, c’est la présence du ciel, la circulation cadencée des tramways et la multitude des passants. Ils marchent dans tous les sens plus ou moins vite, ils entrent et sortent par des portes vitrées, la place est comme une vaste étoile sans cesse martelée sillonnée dans un sens puis dans l’autre. La pierre utilisée en dallage devient glissante quand il pleut, il faut se méfier. Auvents colorés des nombreux cafés restaurants aux alentours du théâtre et à continuer vers le musée. Les serveurs jonglent à traverser les rails du tram pour servir en terrasse. Juchées sur leur socle moussu, les fausses Grâces (les vraies sont exposées dans le hall du théâtre) paraissent petites et un peu ridicules depuis que l’espace a été élargi, même si les amoureux et visiteurs en short s’appuient sur leur margelle pour y prendre des selfies. En arrière-plan, le ruissellement de l’eau dans les vasques.</p>



<div style="height:52px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<p class="has-text-align-right" style="font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.114), 15px);"><em> texte écrit dans le cadre de l&rsquo;atelier d&rsquo;été 2018 Tiers Livre <strong> <a href="http://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article210"> « Construire une ville avec des mots »</a></strong></em><br /><em><strong><span style="color: #339966;"><span style="font-size: 15px; color: #993366;">La proposition d&rsquo;écriture (toujours en 20 minutes) / #24 : <i>sur un et un seul des paysages fragmentés de la 23, le développer selon plusieurs positions temporelles précises d’énonciation, soit mémorielles, soit imaginaires&#8230;</i><br /></span></span></strong></em></p>



<figure class="wp-block-image is-style-default"><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/voute.jpg" rel="lightbox-0"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="1024" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/voute-1024x1024.jpg" alt="" class="wp-image-1701" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/voute-1024x1024.jpg 1024w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/voute-150x150.jpg 150w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/voute-300x300.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/voute-768x768.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/voute-1200x1199.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/voute-2000x1999.jpg 2000w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/voute.jpg 2013w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></a></figure>



<p class="has-text-align-right" style="font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.114), 15px);"><em>Photographie : Françoise Renaud (Saint Guilhem le Désert), 2017<br /></em></p>
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		<title>tout un été d&#8217;écriture #23 &#124;  paysages 5 fois</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 16 Aug 2018 07:50:24 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Visions fragmentaires.D’abord côté couchant depuis la promenade en haut de la ville. L’aqueduc se remarque plus que le reste, rectiligne. Double rangée d’arcades dans sa partie spectaculaire – sur plus de huit-cent mètres &#8212; en harmonie avec les escaliers des jardins, puis oblique de 10 degrés vers le sud. On perd sa trace. Elle s’en &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-23-paysages-5-fois/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« tout un été d&#8217;écriture #23 &#124;  paysages 5 fois »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-medium-font-size">Visions fragmentaires.<br />D’abord côté couchant depuis la promenade en haut de la ville. L’aqueduc se remarque plus que le reste, rectiligne. Double rangée d’arcades dans sa partie spectaculaire – sur plus de huit-cent mètres &#8212; en harmonie avec les escaliers des jardins, puis oblique de 10 degrés vers le sud. On perd sa trace. Elle s’en fiche, met ses mains en œillères, ne regarde que les arcades et note le contraste entre pierres anciennes ruinées et carrosseries brillantes des voitures garées sur le parking juste en bas. Arbres imposants. Elle pense au moment où l’eau avait jailli pour la première fois en abondance sur la place haute &#8212; 7 décembre 1765 &#8211;, à la joie des gens. Depuis cette eau abreuve les fontaines de la ville.<br />Elle voit les bâtiments et elle pense aux gens, comme un renversement. Ils marchent dans tous les sens plus ou moins vite, ils entrent et sortent par des portes vitrées, ils roulent à vélo, la place est comme une vaste étoile sans cesse martelée sillonnée dans un sens puis dans l’autre. Carreaux glissant de poussière. En arrière-plan le ruissellement des fontaines.<br />Gros plan sur le carrefour avec tour construite sur le rempart fortifié qui ceinturait la ville, point d’observation astronomique. Atteindre les étoiles depuis cette corniche à balustres très haut en aplomb, sacrée belle idée. Et puis tellement haute cette passerelle qui réunit deux parties de bâtiment – à quoi sert-elle ? Vertige. Une fois passé la vieille porte, il fait frais dans la cour, presque jardin.<br />Fuir le soleil dur, atteindre les arbres de l’esplanade après les stands de fleurs. Au-delà des jets d’eau, petits bancs pour manger tranquillement un sandwich ou donner rendez-vous à quelqu’un. Pelouses toutes pelées, gravillons, crottes de chien, papiers perdus. Des types passent avec des mallettes remplies de lunettes et d’étuis à portable. Kiosques avec barnums en couleur abritant des tables, un peu comme des guinguettes mais sans la rivière. Estimer la qualité des sièges pour se faire une idée de la qualité des nourritures proposées. Ici glaces maison. Ici excellent pain bagnat &#8212; c’est écrit sur une ardoise.<br />Plus loin, au-dessus de la mêlée, le bâtiment-paquebot domine la route et la voie ferrée où circulent des rapides. Silencieux – c’est le béton qui fait ça ou alors le granite rose. On ressent l’intérieur en regardant l’extérieur : allure ventrue, longues lignes de fenêtres métalliques, impersonnel. Kyrielle de marches pour atteindre les portes. Elles sont raides comme celles d’une pyramide inca, c’est très mal indiqué, on ne sait pas où est l’entrée. Gens en festival (bien vêtus, par deux ou plus, en retard) et vacanciers qui traînent leurs sandales dans la poussière. On peut contourner par la gauche pour descendre vers les Beaux-Arts. Grues orange dans le quartier de l’autre côté de la voie ferrée.</p>



<p><em>&nbsp;</em></p>



<p class="has-text-align-right" style="font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.114), 15px);"><em> texte écrit dans le cadre de l&rsquo;atelier d&rsquo;été 2018 Tiers Livre<strong> <a href="http://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article210"> « Construire une ville avec des mots »</a></strong></em><br /><em><strong><span style="color: #339966;"><span style="font-size: 15px; color: #993366;">La proposition d&rsquo;écriture (toujours en 20 minutes) / #23 : <i>du paysage remplaçant la notion d’image, comme incluant l’observateur, et tenant compte de l’organisation de la ville par rapport au point d’usage ou d’observation, cinq notations selon différentes insertions de ce point d’observation&#8230;</i><br /></span></span></strong></em></p>



<p class="has-text-align-right" style="font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.114), 15px);"><em>Photographie Françoise Renaud, 2018<br /></em></p>



<figure class="wp-block-image size-full is-style-default"><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/fenêtreNB.jpg" rel="lightbox-0"><img loading="lazy" decoding="async" width="2044" height="2048" src="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/fenêtreNB.jpg" alt="" class="wp-image-1695" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/fenêtreNB.jpg 2044w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/fenêtreNB-150x150.jpg 150w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/fenêtreNB-300x300.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/fenêtreNB-768x770.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/fenêtreNB-1022x1024.jpg 1022w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/fenêtreNB-1200x1202.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/fenêtreNB-2000x2004.jpg 2000w" sizes="auto, (max-width: 2044px) 100vw, 2044px" /></a></figure>
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		<title>tout un été d&#8217;écriture #22 &#124;  première cuisine</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 13 Aug 2018 08:44:17 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[Sans doute que l’entrée dans la pièce depuis le jardin se faisait par un petit escalier mal fichu – modifié par la suite. Une pièce où tout aurait dû être pensé pour ce soit pratique, en fait seulement conçue au fur et à mesure de l’évolution des besoins et de l’agrandissement de la famille, en &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-22-premiere-cuisine/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« tout un été d&#8217;écriture #22 &#124;  première cuisine »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-medium-font-size">Sans doute que l’entrée dans la pièce depuis le jardin se faisait par un petit escalier mal fichu – modifié par la suite. Une pièce où tout aurait dû être pensé pour ce soit pratique, en fait seulement conçue au fur et à mesure de l’évolution des besoins et de l’agrandissement de la famille, en quelque sorte bricolée. Contre le mur de gauche, évier blanc à deux bacs avec bouchon séparé de son cordon métallique traînant à côté de l’éponge bonne à jeter, du tampon Gex à décrasser le cul des marmites et d’un pain de savon à tout faire. Mais sans doute qu’en ce début des années soixante, il ne s’agissait que d’une cuvette en pierre sans eau chaude avec évacuation directe vers la buanderie située niveau jardin (l’image est assez floue, incertaine). Et sans doute que le plan de travail carrelé en 12 x 12 blanc (tout ce qu’il y a de plus basique avec joints en ciment) n’était qu’un rajout en bois &#8212; étagère ou petit meuble de récupération &#8212; inséré entre l’évier sommaire et la cuisinière à charbon (dite à feu continu) qui servait à chauffer la maison et à cuire la soupe. Aussi à conserver les briques chaudes à emporter le soir dans une feuille de papier journal pour réchauffer le lit quand l’hiver était rude. Table au milieu toute simple, en bois, sans tiroirs avec nappe en toile cirée (à carreaux écossais). Suffisante pour rassembler quatre personnes et un bébé sur la chaise haute avec boulier pour qu’il s’amuse tandis qu’on le fait manger, un peu plus tard pour quatre personnes seulement &#8212; dont le bébé. Une chaise était retirée contre le mur toujours à la même place (marque horizontale sur le mur à hauteur du dossier comme si la surface du mur avait été grattée), une place spéciale pour une personne spéciale &#8212; sûrement le chef de famille. Donc chaise en bois, avec assise ornée comme les autres de petits trous organisés en deux cercles concentriques. Contre le mur de droite : placards en enfilade, calendrier des Postes accroché à un clou, tablette avec récepteur radio (plutôt neuf), quelques courriers empilés, des journaux du coin à titrages rouges, un fatras de clés, deux cachets d’Aspro dans leur emballage rose, une maquette en métal du paquebot Normandie, une photo d’enfants jeunes assis devant la maison et un portrait du général De Gaulle découpé dans la presse. Tout en-dessous, une chemise en carton gris avec des articles relatifs à la libération de la poche de Saint-Nazaire. Le sol : propre, récemment carrelé. Formats 10 x 10 (petits comparés à ceux d’aujourd’hui), de trois ou quatre motifs différents : crème uni, rouge brun uni, gris granité et jaune granité &#8212; ce qui donnait un effet mosaïque pas vilain et les enfants pouvaient jouer par terre (mieux que la terre battue des cuisines de ferme ou le ciment brut). Une statue de vierge quelque part, c’est sûr, à côté de la radio, et un crucifix avec brin de romarin consacré aux derniers Rameaux.</p>



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<p class="has-text-align-right" style="font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.114), 15px);"><em> textes écrits dans le cadre de l&rsquo;atelier d&rsquo;été 2018 Tiers Livre<strong><a href="http://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article210"> « Construire une ville avec des mots »</a></strong></em><br /><em><strong><span style="color: #339966;"><span style="font-size: 15px; color: #993366;">La proposition d&rsquo;écriture (toujours en 20 minutes) / #22 : <i>absolument nécessaire avoir fait la 21 avant celle-ci : ce qu’on a fait au présent, et sur le réel qui vous environne immédiatement, on applique le même principe de construction et détail discontinu pioché dans la mémoire : votre première cuisine&#8230; votre première table à écrire ?&#8230;</i><br /></span></span></strong></em></p>



<p class="has-text-align-right" style="font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.114), 15px);"><em>Photographie Françoise Renaud, 2018<br /></em></p>



<figure class="wp-block-image size-full is-style-default"><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/cuisineNB4.jpg" rel="lightbox-0"><img loading="lazy" decoding="async" width="1359" height="1359" src="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/cuisineNB4.jpg" alt="" class="wp-image-1692" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/cuisineNB4.jpg 1359w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/cuisineNB4-150x150.jpg 150w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/cuisineNB4-300x300.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/cuisineNB4-768x768.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/cuisineNB4-1024x1024.jpg 1024w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/cuisineNB4-1200x1200.jpg 1200w" sizes="auto, (max-width: 1359px) 100vw, 1359px" /></a></figure>
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		<title>tout un été d&#8217;écriture #21 &#124;  lanterne magique</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 08 Aug 2018 13:26:23 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[Le tiers livre]]></category>
		<category><![CDATA[ville]]></category>
		<category><![CDATA[construire une ville avec des mots]]></category>
		<category><![CDATA[Françoise Renaud]]></category>
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					<description><![CDATA[Juste le matin. Espace encore frais, désordre des livres&#160; à droite à gauche. Noter le feuilleté blanc des tranches, parfois jauni et taché, traits de crayon ou de stylo en travers, marque-pages froissés qui dépassent. Glisser d’une couverture à l’autre. Ne retenir que les couleurs&#160;: orange Verdier, noir et blanc des feuilles d’acacia sur poche &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/tout-un-ete-decriture-21-lanterne-magique/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« tout un été d&#8217;écriture #21 &#124;  lanterne magique »</span></a></p>]]></description>
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<p class="has-medium-font-size">Juste le matin. Espace encore frais, désordre des livres&nbsp; à droite à gauche. Noter le feuilleté blanc des tranches, parfois jauni et taché, traits de crayon ou de stylo en travers, marque-pages froissés qui dépassent. Glisser d’une couverture à l’autre. Ne retenir que les couleurs&nbsp;: orange Verdier, noir et blanc des feuilles d’acacia sur poche Minuit 2004, fragment de la vague d’Hokusai 1831 illustrant un Bauchau 1992, bleu océan Tiers Livre 2018. Dans l’angle gauche, une théière anglaise (1800 environ) délivre son Earl Grey parfumé. La tasse est japonaise avec calligraphie sur fond émeraude vernissé, d’un vert plus gris et mat comme imprimé dans la terre cuite, estampé, tasse et théière disposées sur un plateau en cuivre de forme ronde (Maroc, années 1970) sculpté à partir d’une étoile centrale s’élargissant en cercles concentriques ornés de motifs géométriques. Observer les taches d’oxydation enracinées comme des moisissures dans le creux des lignes et sur le rebord. En vrac près du plateau&nbsp;: clés USB, stylos d’usage courant et papiers volants pour établir des listes de choses à faire, mots écrits rapidement au crayon gris (peu lisibles). L’un des stylos à encre a roulé à l’écart : observer l’encre qui bouge dans le réservoir et laisse des dépôts noirs sur le plastique, minuscules points alignés formant presqu’une écriture. Des cartes postales ont été glissées au fur et à mesure de leur réception entre la lampe en métal et le pot à crayons trop rempli (crayons qui pour beaucoup ne marchent plus, il faudrait trier). Les cartes&nbsp;: de tailles différentes, certaines écornées. En premier, <em>La botte d’asperges</em> de Manet 1880, têtes violettes et tendres dans l’ombre du pot et la verticale de la règle plantée au milieu des crayons. Au dos, une recette de purin bio à l’ail et au laurier. Les cartes positionnées derrière dépassent un peu. Reconnaître quelques centimètres d’un Vialat, un fragment de fleur sur Canson noir (deux pétales blancs, gris, bleu pâle), autres angles colorés. Imposant, l’écran au cadre noir rigide, tout comme ses accessoires. Rien de spécial si ce n’est que les touches a, e et s du clavier sont effacées. Fil noir rampant de la lampe en métal vieilli, interrupteur bien placé pour être attrapé, posé sur le bois du bureau. Plus intéressant le bois&nbsp;: plancher de quatorze centimètres bien emboîté et peint en rouge cardinal, rayé à force de frottements, empoussiéré. Relever les nœuds du bois bien visibles, les stries, les petits épaississements de peinture. Le sous-main est recouvert de papiers sauf sa bordure en cuir brun genre crocodile. Se rapprocher pour détailler le dessin&nbsp;: petites cellules semblables à des parcelles cultivées vues d’avion, couture bien piquée à deux millimètres du bord, parfaitement régulière. Au mur, tableaux comme autant de voyages. Pots en cuivre, fille dansant dans un garage ouvert sur les arbres, ville indienne au bord d’un fleuve. Le plancher est de la même matière et couleur que le bureau, largement recouvert par des tapis rouge et brun. Noter la présence d’un Kars rouge brun et crème avec des pointes de bleu mauve très doux qui fait penser à certaines fleurs. Se rapprocher encore&nbsp;: les motifs pareils à un plan de ville, de plus en plus abstraits. Bientôt rien que le bleu mauve souligné de noir. Noir. Le matin est déjà bien avancé.</p>



<div style="height:30px" aria-hidden="true" class="wp-block-spacer"></div>



<p class="has-text-align-right" style="font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.114), 15px);"><em> textes écrits dans le cadre de l&rsquo;atelier d&rsquo;été 2018 Tiers Livre <strong> <a href="http://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article210"> « Construire une ville avec des mots »</a></strong></em><br /><em><strong><span style="color: #339966;"><span style="font-size: 15px; color: #993366;">La proposition d&rsquo;écriture (toujours en 20 &lsquo;) / #21 : <i>fabriquer une petite fenêtre en carton, juste de quoi passer le pouce, et appliquer cette fragmentation du voir à l’environnement immédiat de travail — les détails, les couleurs, les micro-formes et tout rassembler dans un bloc chargé de discontinu&#8230; en prélude à la proposition 22&#8230;</i><br /></span></span></strong></em></p>



<p class="has-text-align-right" style="font-size:clamp(14px, 0.875rem + ((1vw - 3.2px) * 0.114), 15px);"><em>Photographie Françoise Renaud, 2017<br /></em></p>



<figure class="wp-block-image size-full is-style-default"><a href="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/troncNB.jpg" rel="lightbox-0"><img loading="lazy" decoding="async" width="1361" height="1360" src="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/troncNB.jpg" alt="" class="wp-image-1676" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/troncNB.jpg 1361w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/troncNB-150x150.jpg 150w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/troncNB-300x300.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/troncNB-768x767.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/troncNB-1024x1024.jpg 1024w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2018/08/troncNB-1200x1199.jpg 1200w" sizes="auto, (max-width: 1361px) 100vw, 1361px" /></a></figure>
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