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	<title>Caspar David Friedrich &#8211; Terrain Fragile</title>
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	<description>TEXTES &#38; PHOTOGRAPHIES FRANCOISE  RENAUD</description>
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	<title>Caspar David Friedrich &#8211; Terrain Fragile</title>
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		<title>falaise sans fin (12)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 01 Apr 2015 08:50:06 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[falaise sans fin (saison 1)]]></category>
		<category><![CDATA[Caspar David Friedrich]]></category>
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					<description><![CDATA[L&#8217;attirance entre Mowglia et Mermel pourrait m&#8217;entraîner si loin que j&#8217;en ai le vertige.Patienter pour l&#8217;écrire.Plus tard peut-être dans une autre saison ou pourquoi pas dans un livre.Aujourd&#8217;hui accorder de l&#8217;attention à leurs deux corps marchant hésitant s&#8217;observant, agissant l&#8217;un vers l&#8217;autre comme au ralenti – j&#8217;aime approcher cette tension des nerfs muscles sangs sèves &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-12-2/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« falaise sans fin (12) »</span></a></p>]]></description>
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<p>L&rsquo;attirance entre Mowglia et Mermel pourrait m&rsquo;entraîner si loin que j&rsquo;en ai le vertige.<br />Patienter pour l&rsquo;écrire.<br />Plus tard peut-être dans une autre saison ou pourquoi pas dans un livre.<br />Aujourd&rsquo;hui accorder de l&rsquo;attention à leurs deux corps marchant hésitant s&rsquo;observant, agissant l&rsquo;un vers l&rsquo;autre comme au ralenti – j&rsquo;aime approcher cette tension des nerfs muscles sangs sèves ivresses –, se mouvant dans une atmosphère quasi liquide habitée de particules limoneuses et d&rsquo;algues microscopiques au sein de laquelle se reflète par instants la multitude des visages amants depuis les prémices du monde, ce grésillement des désirs, à moins qu&rsquo;il ne s&rsquo;agisse simplement du frisson des ramées qui recouvrent le berceau où ils se sont couchés pour la première fois,<br />en alerte,<br />doigts dessinant d&rsquo;étranges glyphes à même la peau.</p>



<p>Et suivre la courbe du ventre pour comprendre que l&rsquo;enfant est au bord de naître. En plus d&rsquo;une mère au visage tendre dans l&rsquo;ombre verte, il y aura un père pour lui sur cette terre.<br />Après, les laisser tranquilles – ils ont tant à faire entre désir et venue de ce fils qu&rsquo;ils appelleraient Pöli. Plutôt surveiller Riks du coin de l&rsquo;œil.</p>



<p>Riks n&rsquo;a rien oublié de son passé, de sa responsabilité de chef de cordée, des camarades perdus en chemin. Rien oublié de ce qu&rsquo;il était venu chercher, poussé par la misère et les rêves insensés des siens. Mais à son tour il trébuche sur l&rsquo;envie de s&rsquo;installer, de faire halte dans ce giron de montagne.<br />Car il faut bien reconnaître que la menace s&rsquo;était dissoute à force de semaines, que Yuli avait rangé son fusil. Progressivement les enfants avaient recommencé de sourire, la hardiesse était revenue dans la démarche des femmes, l&rsquo;espace des possibles recomposé en dépit des différences de mœurs et de langues après tant de souffrance. Riks savait que la vie reprend son cours comme la végétation après la crue. Décidément trop tôt pour se reposer. Et il possède une chose au cœur, un murmure, qui l&rsquo;incite à aller plus loin, à vouloir poursuivre la route pour ne pas oublier d&rsquo;où il vient et de quoi il est fait, à descendre le torrent rivière puis fleuve jusqu&rsquo;à la mer pour découvrir d&rsquo;autres villages, peut-être des villes, des ports, des bords de mer, des îles.<br />Quand il était jeune, il avait lu dans un livre qu&rsquo;il existait des îles si grandes qu&rsquo;elles ressemblaient à des continents, que des animaux singuliers les habitaient, protégés des mutations génétiques et adaptés aux conditions arides ou pluvieuses au contraire. Il ne savait pas si c&rsquo;était vrai. Toujours est-il qu&rsquo;il voulait voir des îles, des déserts. Il voulait voir davantage.<br />Un matin avant le lever du soleil, c&rsquo;était sûr, il partirait. Seul.</p>



<p>Clod, jeune homme fragile, marqué par les circonstances tragiques du voyage, semblait pourtant se remettre, sanglots et fureurs peu à peu réduits en somnolence, sa tête plus haute, son teint plus coloré. Il aidait à la préparation des farines, fabriquait les galettes de céréales et s&rsquo;occupait d&rsquo;alimenter le four pour les cuire. La communauté l&rsquo;avait accepté. Tous louaient son pain et sa gentillesse. Riks pensait qu&rsquo;il avait trouvé sa place, que son cœur serait bientôt consolé.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Au pli du bras des trois hommes, un motif en étoile</h3>



<p>encre métallique, vestige de l&rsquo;origine gravé tatoué qu&rsquo;ils soient éveillés ou endormis qui se déformerait avec le vieillissement progressif de la peau, comme se décompose sous l&rsquo;effet de la lueur descendante la ligne de nuages grumeleux visible depuis le sommet de la falaise, immobile, hostile, inhabitée.</p>



<p><em>(fin de la saison 1)</em></p>



<p class="has-text-align-right"><em>Illustration : Sunset, de Caspar David Friedrich 1830-1835 (25 × 31 cm), musée de l&rsquo;Hermitage</em></p>
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		<title>falaise sans fin (5)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 12 Feb 2015 14:42:34 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[falaise sans fin (saison 1)]]></category>
		<category><![CDATA[fantastique]]></category>
		<category><![CDATA[feuilleton]]></category>
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					<description><![CDATA[Les derniers mètres leur semblèrent faciles. Ils les franchirent sans s&#8217;en apercevoir. Même s&#8217;ils étaient morts de faim et raidis par une fatigue incommensurable, ils exultaient d&#8217;avoir vaincu la falaise et leurs consciences semblaient avoir évacué d&#8217;un coup le poids des épreuves encourues : les monstres ailés, le vertige, la peur noyant le ventre.Oui, la &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-5/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« falaise sans fin (5) »</span></a></p>]]></description>
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<ol class="wp-block-list">
<li></li>
</ol>



<p>Les derniers mètres leur semblèrent faciles. Ils les franchirent sans s&rsquo;en apercevoir. Même s&rsquo;ils étaient morts de faim et raidis par une fatigue incommensurable, ils exultaient d&rsquo;avoir vaincu la falaise et leurs consciences semblaient avoir évacué d&rsquo;un coup le poids des épreuves encourues : les monstres ailés, le vertige, la peur noyant le ventre.<br />Oui, la peur – sûrement leur pire ennemi.</p>



<p>Riks atteignit le premier le sommet, une sorte une vire composée de grandes dalles érodées par le gel intense, suffisamment spacieuse pour les accueillir. Il arrima sa corde solidement et aida ses compagnons à se hisser près de lui.<br />Tous les trois mouraient d&rsquo;impatience, ils voulaient voir ce qui se tramait de l&rsquo;autre côté, ils voulaient savoir à quoi ressemblait l&rsquo;autre pays. Mais la lumière mordorée du couchant commençait à envahir la vallée et estompait la plupart des détails. Debout dans le vent glacé, ils n&rsquo;envisageaient qu&rsquo;une immense plaine qui s&rsquo;enfuyait à perte de vue sous un ciel orné de nuages gris violet et rouge orangé, et d&rsquo;ailleurs leurs yeux bleu pâle – une espèce d&rsquo;innocence récemment révélée – étaient enflés, comme brûlés en dedans, ils ne pouvaient donc récolter qu&rsquo;une impression diffuse des éléments du paysage.<br />Une chose est sûre, ils prirent conscience de l&rsquo;espace qui s&rsquo;ouvrait devant eux, ils virent la raideur de la pente, ils ne pensaient ni à la prière ni à la mort, ils ne pensaient qu&rsquo;à glisser au-delà de cette ligne de crêtes pour quitter le vent, la froidure et les reflets de neige, atteindre – comment dire ? –, atteindre le paradis.<br />Tout retour en arrière était désormais impossible.</p>



<p></p>



<span id="more-17"></span>



<p>Riks indiqua qu&rsquo;ils ne devaient pas traîner. D&rsquo;une part à cause de la nuit proche, d&rsquo;autre part à cause du froid qui les paralyserait s&rsquo;ils s&rsquo;arrêtaient trop longtemps de bouger.<br />&#8211; On tient le bon bout. Ne vous en faîtes pas, on va s&rsquo;en sortir. Allez, on ne lâche rien.<br />&#8211; Oui, répondit Mermel, on fait du mieux qu&rsquo;on peut.<br />Riks désigna la sente pierreuse qui se faufilait entre les crocs de la montagne pour s&rsquo;engager sur l&rsquo;autre versant. Sûrement par là qu&rsquo;il fallait prendre. Mais auparavant, il se pencha vers le sol, composa un édifice avec les pierres qui se trouvaient là, sortit son couteau et grava sur l&rsquo;une d&rsquo;elles deux prénoms : Päl et Ernst. Dessous il coinça une lanière arrachée à sa chemise de façon à la laisser en prise au vent.<br />Les gens de sa tribu pensaient que le vent était capable de diriger l&rsquo;âme des défunts vers le monde véritable afin qu&rsquo;elle y trouve sa juste place.<br />Un instant ils regardèrent le fragile bout de tissu remuer à la façon d&rsquo;un ruban. Puis ils lui tournèrent le dos brusquement.<br />Un nouveau monde les attendait.</p>



<p>Le flanc sud était doux, souple et ventru – l&rsquo;exact opposé du flanc nord. La lumière féérique contribuait sans doute à cette impression.<br />Mermel se lança à corps perdu dans les longues pentes d&rsquo;éboulis tandis que Riks se chargeait d&rsquo;attendre Clod, désorienté, parfois gémissant, qui semblait beaucoup souffrir. Il s&rsquo;efforçait de le diriger, le stimulait avec la voix, en bref l&rsquo;accompagnait au mieux.<br />Bientôt le terrain se stabilisa. Il présentait une végétation rase, pelouse, mousses et plantes rampantes minuscules, ce qui facilita leur progression. Dans le moment où le soleil bascula derrière l&rsquo;horizon dans son berceau flamboyant, ils atteignaient les premiers couverts forestiers.<br />S&rsquo;ils n&rsquo;étaient pas capables d&rsquo;identifier la nature des arbres qui le composaient, ils savaient qu&rsquo;ils y dénicheraient un abri pour la nuit. Bien sûr, il leur faudrait rester vigilants à cause des dangers, en particulier à cause des bêtes sauvages, mais ils auraient bien moins froid qu&rsquo;au cours de ces dernières nuits, suspendus à la falaise sans fin.</p>



<p>Maintenant ils avançaient de front dans le taillis tels des somnambules.</p>



<p>La lumière avait considérablement baissé quand ils virent au loin un mur en pierre tapi contre un rideau d&rsquo;arbres courts et touffus. Une cabane.<br />Oui, sûrement une cabane.<br />De celles qu&rsquo;utilisent les chasseurs ou les bergers, rustique, tressage de branches en guise de toiture. C&rsquo;était une chose inespérée après de si longues journées d&rsquo;effort, ce havre, ce gîte, ce lieu propice au repos alors qu&rsquo;ils se demandaient à chaque seconde comment s&rsquo;orienter à travers ces espaces sauvages pour gagner les terres basses avec l&rsquo;obscurcissement inéluctable, la faim, l&rsquo;inquiétude, l&rsquo;immense fatigue prête à leur rompre les os. C&rsquo;était tout simplement magnifique.<br />Et ils se laissèrent porter vers cet espoir, cabane toute pareille à un îlot, à un canot égaré au milieu des eaux sombres.</p>



<p><strong><br /></strong><em>(à suivre)</em></p>



<p class="has-text-align-right"><em>Illustration : Abend (détail), Caspar David Friedrich, 1824</em></p>
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		<title>falaise sans fin (2)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 12 Feb 2015 14:17:14 +0000</pubDate>
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<p>Ils n&rsquo;étaient plus que trois désormais.<br />Comme ils avaient largement progressé en altitude, leur souffle se faisait plus court et leurs muscles avaient tendance à se tétaniser à cause de l&rsquo;effort continu qu&rsquo;ils produisaient pour se hisser. Leur mental, sérieusement entamé par la disparition de Päl et de Ernst, était chauffé à blanc. Il y avait aussi que le jour passait.<br />Riks, chef de troupe, estima que la lumière serait vite insuffisante et qu&rsquo;il n&rsquo;était donc pas raisonnable de continuer. Il proposa de se réfugier dans cette niche rocheuse en surplomb qu&rsquo;ils venaient d&rsquo;atteindre à la façon de certains oiseaux, accroupis, bien serrés les uns contre les autres pour résister à la baisse de la température, toujours brutale après le coucher du soleil. Il leur fallait reprendre quelques forces.</p>



<p>En silence ils mâchèrent un peu de viande séchée, avalèrent le reste de sirop de bouleau contenu dans ces outres en peau de chèvre qu&rsquo;ils portaient accrochées à leurs ceintures. Puis ils regardèrent les masses de brouillard qui remuaient à leurs pieds. Elles se teintaient de cendre jusqu&rsquo;à se confondre aux ténèbres qui semblaient venir de très loin. De là-bas, par-dessus la forêt sans limites. Ils pensaient aux familles dans l&rsquo;attente&nbsp;— dans l&rsquo;inquiétude forcément. Et ils pensaient à la falaise qui leur avait volé deux de leurs frères.<br />Le&nbsp; cri de l&rsquo;un et de l&rsquo;autre — les deux étaient de même nature — avait déjà empreint la couleur de leurs rêves.<br />Bientôt la nuit fut totale.</p>



<span id="more-11"></span>



<p><br />Ils s&rsquo;assoupirent à tour de rôle — enfin, si on peut dire. Ils sombraient plutôt, assassinés de fatigue,&nbsp; puis revenaient à eux brusquement, se souvenaient de tout ce qui était arrivé. Alors ils n&rsquo;avaient plus guère que la chaleur et la respiration des autres, accroupis là tout contre, entre terre et ciel, pour se reconnaître vivant. Ils étaient proches à la fois du commencement et de la fin des choses, entre l&rsquo;avant et l&rsquo;après. Suspendus.</p>



<p>La première lueur du jour fut longue à venir. Un peu comme s&rsquo;ils avaient souffert d&rsquo;une intense douleur physique que seule la lumière pouvait soulager, ou encore les bruits liés aux gestes simples du quotidien. Le froid avait bloqué leurs articulations et, ne pouvant exécuter que de courts mouvements pour se réchauffer à cause de l&rsquo;exigüité du surplomb, ils se demandaient comment ils allaient récupérer suffisamment de souplesse pour reprendre l&rsquo;ascension. Intuitivement chacun semblait comprendre que la souplesse du corps allait de pair avec le désir de poursuivre mais, ce matin-là, la fatigue étreignait leurs membres comme jamais ils ne l&rsquo;avaient éprouvé au cours de leur vie d&rsquo;homme. Une sorte de peur – la même qui s&rsquo;était annoncée quand Päl s&rsquo;était fracassé le premier dans l&rsquo;abîme –, étrange et glaciale pareille à une sueur, commençait à couler dans leurs yeux. Et ils n&rsquo;osaient pas se regarder les uns les autres pour ne pas entamer le restant de courage.</p>



<p>Et puis le soleil se leva dans la splendeur.<br />Ne plus penser à rien. Se lancer à l&rsquo;assaut du rocher, continuer.</p>



<p>Riks ouvrit ses paumes et réclama de serrer celles de ses compagnons qui répondirent à son geste. Leurs doigts se soudèrent deux ou trois secondes comme un nœud d&rsquo;arbre. Possible qu&rsquo;ils fermèrent les yeux et qu&rsquo;ils murmurèrent une courte prière. Enfin, Riks se redressa, noua la corde autour de sa taille, se lança en même temps que son ombre. Mermel suivit le mouvement. Quant à Clod, il avait le visage fermé contrairement à son habitude. Ses doigts écorchés par les tressages de chanvre s&rsquo;étaient fissurés et ça lui faisait un mal de chien. Il n&rsquo;en toucha pas mot, serra les dents tout en fixant le haut de la paroi éclairée par l&rsquo;astre éblouissant. On pouvait voir d&rsquo;innombrables paillettes de mica blanc qui brûlaient dans la roche, comme autant d&rsquo;expressions du feu intérieur de la terre.</p>



<p><i>(à suivre)</i></p>



<p class="has-text-align-right"><i>I</i><em>llustration : Brume du matin (Morgennebel im Gebirg) de Caspar David Friedrich, 1808</em></p>
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