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	<title>blessure &#8211; Terrain Fragile</title>
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	<description>TEXTES &#38; PHOTOGRAPHIES FRANCOISE  RENAUD</description>
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		<title>falaise sans fin (10)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 19 Feb 2015 09:48:40 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[falaise sans fin (saison 1)]]></category>
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					<description><![CDATA[Ils empruntèrent une passerelle branlante sur un bras de torrent, puis un raidillon suivi d&#8217;une descente bordée d&#8217;arbres aux feuillages vernissés. Le soleil s&#8217;amenuisait, habillant les cimes d&#8217;un ruissellement doré. Toujours sous la menace de l&#8217;arme et portant le corps geignant de Mermel, ils abordèrent bientôt un vallon qu&#8217;on ne pouvait soupçonner en cheminant le &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/falaise-sans-fin-10/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« falaise sans fin (10) »</span></a></p>]]></description>
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<p class="wp-block-paragraph">Ils empruntèrent une passerelle branlante sur un bras de torrent, puis un raidillon suivi d&rsquo;une descente bordée d&rsquo;arbres aux feuillages vernissés. Le soleil s&rsquo;amenuisait, habillant les cimes d&rsquo;un ruissellement doré. Toujours sous la menace de l&rsquo;arme et portant le corps geignant de Mermel, ils abordèrent bientôt un vallon qu&rsquo;on ne pouvait soupçonner en cheminant le long des rives.<br />Là, quelques maisons regroupées sur la pente offerte au sud. Des animaux en pâture, un peu plus haut.<br />Accroupie près d&rsquo;un banc de pierre, une femme semblait guetter leur venue.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle était vêtue d&rsquo;une robe en cuir, pièces cousues et consolidées par endroits avec des lanières. Jeune, yeux clairs. Dans l&rsquo;échancrure de la robe, on devinait la beauté de sa peau.<br />Elle semblait trier des graines dans un bol. Ou alors des petites baies noires.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;était si étonnant de la voir là, dans cet état nonchalant, adonnée à une activité paisible, qu&rsquo;ils en avaient oublié le chasseur et le fusil. Ils avaient aussi oublié leur fatigue et ils continuaient à avancer vers elle comme aspirés par l&rsquo;aimant de ses yeux et le velouté de ses bras pareil à une promesse de résurrection. L&rsquo;espoir les fouettait au visage.<br />L&rsquo;espoir d&rsquo;être bien traités. Nourriture et repos.<br />L&rsquo;espoir d&rsquo;être soignés. De retrouver une vie normale.<br />Car s&rsquo;il y avait des femmes, ça voulait dire qu&rsquo;il y aurait moins de violence et davantage de compassion. Ça voulait dire aussi que le village pouvait abriter des familles avec des enfants, des jeux, des rires. Un peu comme chez eux, dans ce pays du nord qu&rsquo;ils avaient quitté depuis de nombreux jours, quand la douceur de l&rsquo;air revenait après les longs hivers ou le soir quand ils se réunissaient autour des feux. Et s&rsquo;il y avait des troupeaux, ça voulait dire qu&rsquo;il y aurait de quoi manger et que les hommes qui gardent les bêtes sont toujours plus humains que les autres.<br />Là-dessus le chasseur cria quelque chose – sans doute le nom de la femme. Et elle se leva, fine et majestueuse, sans effort – en cet instant ils surent qu&rsquo;elle portait un petit – et disparut dans la maison proche.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Riks et Clod voulurent déposer leur fardeau sur le seuil, mais ils comprirent aux petits coups répétés contre leurs nuques qu&rsquo;il leur fallait la suivre, entrer à leur tour. Le chasseur resta dehors, assis sur le banc.</p>



<span id="more-115"></span>



<p class="wp-block-paragraph">Dedans il faisait sombre. Les ouvertures avaient la taille de meurtrières, hormis la porte aux charnières métalliques, et une odeur de paille montait des murs. Tout de suite près de l&rsquo;entrée, une lampe à huile à plusieurs mèches brûlait près d&rsquo;un grabat. Ils y allongèrent Mermel puis s&rsquo;écartèrent.<br />Elle dénoua ceinture et poignard, entreprit d&rsquo;ôter la chemise ensanglantée.<br />Quand le blessé voulut se débattre, elle lui chuchota des mots tout près de sa tempe et lui fit respirer un linge imbibé d&rsquo;une substance inconnue avant d&rsquo;entailler la plaie avec une lame très affûtée. Elle travaillait rapidement, gestes sûrs et efficaces, et même sensuels au point qu&rsquo;ils déclenchaient des frissons chez ceux qui regardaient, hypnotisés par le rythme de ses mains contre les flammes. Une fois extirpé le projectile de la chair, au voisinage du cœur, elle rapprocha les lèvres pour les coudre. Nettoya. Appliqua un cataplasme composé d&rsquo;herbes et de boue. Puis elle lui tint la main un long moment, lui caressa le front sans d&rsquo;autre intention que de le ramener à la vie, au soir qui tombait, aux feuillages qui bruissaient à travers la montagne.<br />&#8211; Voilà, c&rsquo;est très bien. La mort ne pourra plus vous rattraper à présent.<br />C&rsquo;est ce qu&rsquo;elle avait dit dans sa langue.<br />Et Riks avait entendu et il avait compris le mot mort.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>(à suivre)</em></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><em>Photographie Françoise Renaud, pays de Retz, 2014</em></p>
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