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	<title>accident &#8211; Terrain Fragile</title>
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	<description>TEXTES &#38; PHOTOGRAPHIES FRANCOISE  RENAUD</description>
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	<title>accident &#8211; Terrain Fragile</title>
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		<title>nouveau champ de bataille</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 02 Jun 2021 09:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[corps]]></category>
		<category><![CDATA[accident]]></category>
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					<description><![CDATA[Tu disais que tout allait trop vite, que tu n&#8217;avais pas assez de temps pour t&#8217;organiser, que de passer d&#8217;une chose à l&#8217;autre, ça finissait par te prendre au ventre. Tu disais aussi que ta cheville te faisait mal, tu pensais qu&#8217;il fallait vraiment ralentir l&#8217;enchaînement des tâches et la course des heures, tu avais &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/nouveau-champ-de-bataille/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« nouveau champ de bataille »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Tu disais que tout allait trop vite, que tu n&rsquo;avais pas assez de temps pour t&rsquo;organiser, que de passer d&rsquo;une chose à l&rsquo;autre, ça finissait par te prendre au ventre. Tu disais aussi que ta cheville te faisait mal, tu pensais qu&rsquo;il fallait vraiment ralentir l&rsquo;enchaînement des tâches et la course des heures, tu avais même dit : « Exactement comme ça que c&rsquo;est arrivé il y a deux ans, cet accident grave, cette chute dans le trou », donc tu le sentais venir, ton corps te le murmurait, il tremblait en disant les mots, et tu essayais d&rsquo;être vigilante, attentive aux dénivellations dans la rue, aux aspérités des grilles d&rsquo;évacuation et des caniveaux, pourtant tu n&rsquo;as pas su. Et puis cette fois ça viendrait d&rsquo;ailleurs. Les événements étaient en marche.<br />
Il a fallu que tu ailles percuter un linteau de béton à hauteur de front, le genre de surface suffisamment dure pour stopper ta course folle, la chatte dans les bras, toutes circonstances contribuant à aggraver la situation et à te faire courber le dos à la façon d&rsquo;un gymnaste, une petite seconde et quelque chose dans le temps qui bascule, qui s&rsquo;arrête (était-ce ce que tu voulais ?), à moins que ce ne soit le monde lui-même qui a changé d&rsquo;axe, et l&rsquo;angoisse a monté très fort après le choc, cette violence faite à ton dos et le souvenir des mots que tu avais prononcés environ une semaine avant comme une prémonition (jamais tu ne pourras revenir en arrière, tu en as bien conscience), juste conserver en toi l&rsquo;idée que parfois on sait, c&rsquo;est inscrit mais on ne le voit pas, on ne veut pas le voir et même on lui tourne le dos.</p>
<p style="text-align: justify;">Tu as attendu l&rsquo;ambulance, brisée, la peur nichée partout dans tes yeux, dans tes mains, tu avais tellement besoin qu&rsquo;on te rassure. Longues heures dans une petite pièce, scanner des dorsales au matin. Pas de miracle. Plusieurs semaines en corset, tu n&rsquo;es pas étonnée. Les jours d&rsquo;après tu n&rsquo;as pas envie de répondre aux questions, le téléphone t&rsquo;est pénible, tu laisses dire les gens — facile de causer une fois que le mal est fait —, les émotions traversées ont été trop fortes, et puis tu aurais tellement préféré qu&rsquo;on te soutienne, qu&rsquo;on te dise des mots d&rsquo;amour ou autre chose, mais pas qu&rsquo;on te fasse la morale, enfin ce genre de truc.</p>
<p style="text-align: justify;">Du coup tu as dû inventer une nouvelle route, investir un nouveau champ de bataille, tout à portée de main pour minimiser les déplacements — thé, ordi, téléphone, ouvrages en cours de lecture. Souvent la chatte est couchée avec toi sur le drap, tout près. Tu entends sa respiration calme, tu envisages la douceur de son poil comme une promesse de guérison, ta vie contenue dans le grand Tout, la maison nichée dans son recoin de vallée, la chambre ouverte au soleil et propice à l&rsquo;exploration intérieure. Tu revois le chemin parcouru depuis ton bourg natal au bord de la mer. Tu as longé l&rsquo;enfance comme une vaste prairie, mordu dans l&rsquo;âge adulte avec du vague-à-l&rsquo;âme, cherché ta place, usé ta peau, pleuré souvent.<br />
Et il y a cet instant précis où la lumière entre à plein et investi le champ du lit. Tu y es sensible. La chatte te regarde, allonge ses pattes tout en détendant ses mâchoires. Tu bouges avec précaution, tends la main vers elle, caresses son museau. Les bruits autour de la maison. L&rsquo;univers vibre plus fort dans le cœur, la vie, ta vie encore préservée.</p>
<p style="text-align: right; font-size: 14px;"><em>Photographie, Françoise Renaud, 1er juin 2021</em></p>
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		<title>accident</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 17 May 2021 12:03:21 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[corps]]></category>
		<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[accident]]></category>
		<category><![CDATA[Dictionnaire du Comment écrire]]></category>
		<category><![CDATA[petites solitudes immobiles]]></category>
		<category><![CDATA[tiers livre]]></category>
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					<description><![CDATA[Vous allez le comprendre, je suis à nouveau arrêtée dans ma course. Repos forcé, nouvelle épreuve, mais ça va aller&#8230; J&#8217;en profite pour écrire sur ces circonstances &#8212; une contribution au Dictionnaire du « Comment écrire » sur Tiers Livre autour de ce terrible mot Accident. Vivre &#8211; écrire- traverser le temps et l&#8217;espace &#8211; accueillir &#8211; &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/accident/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« accident »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify; font-size: 15px;">Vous allez le comprendre, je suis à nouveau arrêtée dans ma course. Repos forcé, nouvelle épreuve, mais ça va aller&#8230; J&rsquo;en profite pour écrire sur ces circonstances &#8212; une contribution au Dictionnaire du « Comment écrire » sur Tiers Livre autour de ce terrible mot <em>Accident</em>.<br />
Vivre &#8211; écrire- traverser le temps et l&rsquo;espace &#8211; accueillir &#8211; participer à son devenir.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Fait imprévu intervenant au beau milieu de la vie. Choc violent, chute, culbute, torsion, bouleversement, anéantissement, interruption momentanée ou définitive de l’image. L’accident arrive sans crier gare. Il touche soi ou les autres. Quand il s’agit d’un proche, c’est comme si c’était soi, pire même. L’accident déchire la toile, détruit la perception qu’on a du temps. Tout ce qui était bâti ou en train de s’inventer s’effondre. En un éclair l’accident reconfigure le monde – comme une mise à jour. Forcément générateur d’écriture à plus ou moins long terme.</p>
<p style="text-align: justify;">Chaque accident dont j’ai été victime, a planté ses griffes dans la chair et la mémoire, a secoué l’idée de la mort tout en creusant une zone grise dans le livre en cours d’écriture. Hier j’étais heureuse de mon escapade dans l’ouest, de mes carrés de potager en espérance de soleil, de mes petits projets. Et voilà qu’un linteau de porte me stoppe net. Je me fracture le dos. Corps à terre, douleur aigüe. Le printemps a brusquement changé de visage. Il y a deux ans : la cheville tourne, le corps bascule dans un trou creusé par une pelleteuse dans la rue – combien de fois déjà, cet enracinement défaillant ? Ou encore, à la mort du père : l’escalier aux marches mouillées, tibia brisé.</p>
<p style="text-align: justify;">L’accident réclame nécessairement des mots &#8212; écrits ou simplement prononcés &#8212; afin qu’ils constituent une douce enveloppe, caressent nos os et nos joues, engendrant une sorte de psalmodie consolante alors qu’on voudrait encore marcher le long  du fleuve, se donner une chance de voir le paysage plus loin. L’accident crée des inclusions dans le texte pareils aux insectes saisis à jamais dans l’ambre, petites solitudes immobiles.</p>
<p style="text-align: right; font-size: 14px;"><em>Photographie : Iris couchés au jardin, Françoise Renaud, mai 2021</em></p>
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		<title>dix jours en cage</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 01 May 2019 09:36:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[corps]]></category>
		<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[accident]]></category>
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		<category><![CDATA[raie manta]]></category>
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					<description><![CDATA[26 avril il faut imaginer une autre vie, un autre rythme, il le faut oui bien sûr, il faut entendre les réclamations du corps blessé corseté (une pensée pour Frida), rameuter la patience, trois mois ce n&#8217;est rien dans une existence, ah tout ce qu&#8217;on te dit (le plus souvent en connaissance de cause), d&#8217;autres &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/dix-jours-en-cage/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« dix jours en cage »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><img fetchpriority="high" decoding="async" class="alignnone size-large wp-image-2009" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/05/Nouvelle_Caledonie_Grande_Terre_Voh_lagon_vol_ULM-301-824x618.jpg" alt="" width="730" height="548" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/05/Nouvelle_Caledonie_Grande_Terre_Voh_lagon_vol_ULM-301-824x618.jpg 824w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/05/Nouvelle_Caledonie_Grande_Terre_Voh_lagon_vol_ULM-301-300x225.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/05/Nouvelle_Caledonie_Grande_Terre_Voh_lagon_vol_ULM-301-768x576.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/05/Nouvelle_Caledonie_Grande_Terre_Voh_lagon_vol_ULM-301-1200x900.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/05/Nouvelle_Caledonie_Grande_Terre_Voh_lagon_vol_ULM-301.jpg 2048w" sizes="(max-width: 730px) 100vw, 730px" /></p>
<p style="text-align: justify;">26 avril<br />
il faut imaginer une autre vie, un autre rythme, il le faut oui bien sûr, il faut entendre les réclamations du corps blessé corseté (une pensée pour Frida), rameuter la patience, trois mois ce n&rsquo;est rien dans une existence, ah tout ce qu&rsquo;on te dit (le plus souvent en connaissance de cause), d&rsquo;autres passés par là avant toi, et tout cela te paraît raisonnable alors que sans cesse tu revois l&rsquo;instant fatidique où ton œil a lâché la surveillance du pied en train de se poser sur le sol pour se tourner vers le seuil de la porte, sur le sac posé là, prêt à être saisi, tu n&rsquo;y peux rien, ça revient comme une scène fatale, une obsession qui donne des haut-le-cœur à revoir ton pied tordu, déboîté, en perdition, et l’éclat de violence dans le dos — satanée obsession — <span id="more-2000"></span>et tu te demandes comment tu vas bien pouvoir oublier ce minuscule fragment de temps où ça s&rsquo;est déchiré dans l&rsquo;os alors que le printemps rôdait dans les jardins occupant les terrasses au-dessus de la route les rendant magnifiques (tu as même envie de dire sublimes) — toutes espèces de verts, des blancs, des roses fragiles ou azalée, le bord crénelé et pâle des tulipes, les aulnes fouettés par le vent, les pétales d&rsquo;arbres de Judée couvrant la terre du chemin d&rsquo;un semis improvisé qui te fait penser à l&rsquo;Inde, à certaines fêtes si colorées —, d&rsquo;ailleurs tu les décriras juste après l&rsquo;accident, ces jardins-là, tu auras tout le temps de le faire et de toutes les façons possibles, tu raconteras une fois encore le déroulé des événement à un ami venu te réconforter, la fracture la beauté si fortement rapprochées dans le même espace, la douleur et la couleur, la blessure et la renaissance, tu en prends conscience soudain et ça t&rsquo;étonne, cette cohabitation — le meilleur et le pire dans le même panier, l&rsquo;amer et le sucré, est-ce là l&rsquo;équilibre proposé pour le plat que tu t&rsquo;es préparé dans ce rush incontrôlé du dernier mois écoulé ? —, et ce souvenir n&rsquo;est déjà plus qu&rsquo;une ombre sur le mur lessivé par les orages d&rsquo;avant-hier, fondu, incorporé déjà en tes eaux souterraines</p>
<p style="text-align: justify;">27 avril<br />
soleil et vent fort, les nuées bougent à vive allure, elles ont remplacé l&rsquo;obscurité d&rsquo;hier et la vie a repris autour de toi comme avant&#8230; peu à peu l&rsquo;immobilité te ramène à l&rsquo;observation des choses familières même si la perte de tout ce qui allait de soi — gestes ordinaires, toilettes, habillages, repas — reste très vive<br />
[de l&rsquo;intérêt chez toi depuis toujours, de l&rsquo;effort à comprendre les articulations de ces choses minuscules qui composent aussi bien le réel que le récit]</p>
<p style="text-align: justify;">28 avril<br />
tous les passés sont réunis en cette journée suspendue, étrange et sans repères, comme enveloppée dans un ballot de paille ou enrobée d&rsquo;ambre, les passés avec leurs lieux, leurs personnages et leurs mystères qui se côtoient et dansent d&rsquo;une façon inexprimable (il y a tant à déchiffrer de soi dans la perturbation des lignes, dans l’ébranlement inattendu du quotidien)</p>
<p style="text-align: justify;">29 avril<br />
c&rsquo;est décidé en une poignée de secondes, tu passes sur le billard tout à l&rsquo;heure, le stress monte et fait trembler l&rsquo;intérieur de la peau&#8230; allongée dans le chariot du bloc avant la prise en charge des anesthésistes, tu regardes l&rsquo;écran placé haut dans ton champ de vision qui diffuse un documentaire sur les poissons tropicaux, en particulier cette raie manta à l&rsquo;envergure impressionnante qui plane au-dessus du sable dans un rythme fascinant</p>
<p style="text-align: right; font-size: 13px;"><em><span style="font-size: 13px;">Photographie : ©Charlotte Renaud, 2018 (Nouvelle-Calédonie,Grande-Terre)</span></em></p>
<p style="text-align: justify;">
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		<title>mais qu&#8217;est-ce qui t&#8217;arrive ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[françoise renaud]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 24 Apr 2019 13:44:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[corps]]></category>
		<category><![CDATA[écriture]]></category>
		<category><![CDATA[accident]]></category>
		<category><![CDATA[chute]]></category>
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					<description><![CDATA[il peut se faire que la terre se dérobe sous tes pieds [sous tes pieds &#8211; la terre &#8211; dérobée] et juste après comme une bascule, un chavirement que le corps ne peut pas comprendre, informations fausses ou incomplètes ou contradictoires envahissant le cerveau, alors plus de coordination forcément, plus rien d&#8217;un coup (comme débranché), &#8230; <p class="link-more"><a href="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/mais-quest-ce-qui-tarrive/" class="more-link">Lire la suite de<span class="screen-reader-text">« mais qu&#8217;est-ce qui t&#8217;arrive ? »</span></a></p>]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><img decoding="async" class="alignnone wp-image-1988" src="http://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/04/bouchedégout_NB-824x824.jpg" alt="" width="640" height="640" srcset="https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/04/bouchedégout_NB-824x824.jpg 824w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/04/bouchedégout_NB-150x150.jpg 150w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/04/bouchedégout_NB-300x300.jpg 300w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/04/bouchedégout_NB-768x768.jpg 768w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/04/bouchedégout_NB-1200x1200.jpg 1200w, https://francoiserenaud.com/terrainfragile/wp-content/uploads/2019/04/bouchedégout_NB.jpg 2048w" sizes="(max-width: 640px) 100vw, 640px" /></p>
<p style="text-align: justify;">il peut se faire que la terre se dérobe sous tes pieds [sous tes pieds &#8211; la terre &#8211; dérobée] et juste après comme une bascule, un chavirement que le corps ne peut pas comprendre, informations fausses ou incomplètes ou contradictoires envahissant le cerveau, alors plus de coordination forcément, plus rien d&rsquo;un coup (comme débranché), ça va très vite, jambes bras corps en soleil, poitrine qui va cogner durement contre le sol — le sol : hétéroclite à cause du chantier qui n&rsquo;en finit pas dans la rue qui passe devant chez toi, le sol donc composé de gravats, morceaux de route, cailloux, gravillons, gravier grossier, sable, terre brune, bitume —, au cours de la chute une pierre qui a dû rencontrer le buste (à moins que ce ne soit la deuxième marche du petit escalier qui conduit à l&rsquo;habitation), onde de choc, alors dedans tu ressens comme un cisaillement, <span id="more-1974"></span>un écrasement, l&rsquo;os pareil à la roche sous pression qui finalement cède se fissure se fracture, quelque chose qu&rsquo;on comprend immédiatement à cause de l&rsquo;intensité de la douleur dans le dos, reins rompus, respiration coupée, nausée, tout de ton être chaviré dans le chaos de la route défoncée</p>
<p style="text-align: justify;">eh voilà que ça vient d&rsquo;arriver justement [terre dérobée &#8211; sous tes pieds &#8211; oui dérobée] pas plus tard qu&rsquo;il y a deux ou trois jours (maintenant tu ne comptes plus les jours, seulement les heures pour prendre les antidouleurs au moment adéquat), tu ne t&rsquo;y attendais pas, non tu ne t&rsquo;attendais sûrement pas à ce que le fil de ta vie composée de brefs voyages en ville, activités diverses, courses et compagnie, donc à ce que le fil de ta vie plutôt bien organisée vole en éclats d&rsquo;une seconde à l&rsquo;autre, programme anéanti, douleur pénétrante qui coupe le souffle et donne envie de vomir, « mais qu&rsquo;est-ce qui se passe, qu&rsquo;est-ce que je fais là, par terre comme abattue par balle ? », pourtant se relever, appeler à l&rsquo;aide, tituber jusqu&rsquo;au bout du jardin, crier quelque chose comme « je suis tombée oui, je me suis fracassée parce que trop pressée, c&rsquo;est de ma faute&#8230; », et tu expliques que tu as mal regardé où ton pied gauche se posait alors que le droit demeurait encore sur la marche supérieure, que juste après tu as chaviré dans le vide, et maintenant oui je sais, tu as mal, très mal, impossible d&rsquo;envisager la suite — c&rsquo;est grave, tu l&rsquo;as deviné tout de suite —, tassé écrasé effrité fissuré, voilà ce qu&rsquo;on dit pour décrire une fracture de vertèbre (l&rsquo;une de celles qui rattachent le dos aux reins, dite L1 par les spécialistes), car jusque là tu ne savais pas que tasser voulait dire fracturer, du moins pour un corps vertébral, et tu connais désormais cette sensation de cisaillement, tu regrettes mais trop tard (etjamais on ne revient en arrière sauf dans les histoires), on va inexorablement vers l&rsquo;avant, vers la guérison qui n&rsquo;est guère que la fin d&rsquo;une séquence puis un autre à sa suite</p>
<p style="text-align: justify;">reste à réparer, consolider les fissures, trouver un meilleur soutien, une meilleure confiance en soi, passer en revue les douleurs expérimentées depuis le début de la vie comme un album-photos, une cartographie vivante de soi, un bien drôle de panorama constitué de blessures, d&rsquo;accidents, de réparations et de rétablissements, aussi de joies nouvelles qui émanent comme une lumière pâle de cette succession d&rsquo;événements implacables, joie de vaincre le sort, et surtout cette détermination à se remettre en selle tout en se disant qu&rsquo;on fera plus attention la prochaine fois blablabla blablabla</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: right; font-size: 13px;"><em>Photographie : Françoise Renaud, 2018</em></p>
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